Ces réflexions sont inspirées par l'article
Culture : tout se paie, tout se plaide, La privatisation du monde, du
Nouvel Observateur, butiné grâce à
Rézo.
Avec des histoires à peine croyables sur les abus de certaines lois, on reproche à la société américaine ce que l'on pourrait appeller la judiciarisation du quotidien : une proposition de cinéma devient du harcèlement au travail, une cicatrice discgracieuse une faute professionnelle du chirurgien...
Ce dont on ne se rend pas pas (ou peu) compte, c'est que cette manie des procès s'applique à un domaine qui nous touche directement, dans notre propre législation : c'est ce que Jacques Drillon appelle la privatisation du monde.
Prenons un exemple simple : la Fête de la musique.
Vous savez, le grand moment de ferveur populaire qui célèbre l'équinoxe d'été par un épanouissement de milliers de concerts amateurs à travers toute l'Europe...
Je pensais que cette fête était permise parce que les pouvoirs publics acceptaient de lever momentanément les réglementations sur le tapage (diurne tant que nocturne) et l'occupation des trottoirs. Hé bien non, pas du tout.
Enfin, si, bien sûr, ces règles sont levées, mais ce ne sont pas là les facteurs limitants de ce genre de manifestations.
La structure qui interdit normalement au groupes amateur du quartier de jouer gratuitement une nième reprise de Nirvana en public, c'est la Sacem, société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. [Note : leur site semble momentanément hors service...]
Loin de moi l'idée de contester à un auteur ou à ses ayant-droits leur propriété intellectuelle sur une oeuvre, mais certaines des dispositions de la Sacem confine à l'absurde. Vous voulez faire la révolution en braillant l'Internationale dans la rue? Vous devez des droits à la Sacem.
Étonnant, non?
Ce genre de logique se retrouve pour beaucoup de choses, en particulier les marques et les noms déposés. Tout et n'importe quoi devient sujet à brevet, avec la mauvaise fois la plus affolante. L'antériorité n'est même plus un critère pris en compte...(voir l'Affaire de la couturière Milka).
Récemment, des amis ont cherché à déposer un nom pour une exploitation commerciale dans l'industrie musicale. Ils ont soigneusement vérifié qu'il n'était pris nulle part, et utilisé par personne dans un domaine vaguement similaire. Toutes les fastidieuses démarches étant faites, ils sont propriétaires du nom.
Maintenant si, disons, Virgin (je n'ai rien contre Virgin, hein, c'est un exemple) décide de prendre ce nom pour nommer un de ses labels, la multinationale n'aura aucun problème à le récupérer. Le plus simple est de commencer à l'utiliser en toute mauvaise foi, puis de menacer d'un procès qu'ils ont au moins une chance sur deux de gagner.
Quel est le label associatif, qui tremble parce qu'il a riqué deux mille euros sur un groupe, peut se permettre de prendre le risque de perdre un tel procès?
Welcome to the world...
La solution qu'ont trouvée certains artistes à cette extension tentaculaire du concept de propriété intellectuelle est radicale, mais intéressante.En étendant aux productions artistiques des concepts comme le copyleft de la licence GNU, des licences comme celles proposée par Creative Commons révolutionnent le petit monde de la distribution artistiques.
Pour vous donner une idée, Bill Gates a trouvé le moyen de traiter les défenseurs de ces initiatives de "modern day communists" (je rappelle qu'aux États-Unis, patrie de Mac Carthy et leader du Monde Libre, c'est une insulte).
L'ironie c'est que le Monde du Libre a réagit avec beaucoup d'humour : vous pouvez maintenant trouver sur le net une foule de tee-shirts pour clamer que vous être un Creative Commonist...
Grâce à ce genre de mouvement, et contrairement à ce que le SNEP voudrait vous faire croire, il y a plein de musique à télécharger gratuitement et surtout légalement sur le net.
Un exemple parmi beaucoup d'autres : le site musique-libre.org, qui porte bien son nom
et propose pas moins de 200 groupes à découvrir...
Bonne lecture, et bonne écoute...
À lire :
Non, malgré le titre, je ne vais pas vitupérer contre la publicité en elle-même, mais contre le fait que les publicitaires nous prennent pour des cons.
J'avais déjà sursauté en voyant, il y a quelques temps, une publicité pour un quelconque opérateur téléphonique, dont le slogan était de l'ordre de
Vous n'êtes pas près de vous arrêter de parler
Sauf que bien sûr, comme cela leur aurait coûté trop cher de faire relire l'affiche à quelqu'un disposant de notions d'orthographe vaguement opérationnelles, c'était écrit :
Vous n'êtes pas prêts de vous arrêter de parler
ce qui 1/ est incorrect grammaticalement et 2/ ne veut rien dire.
Mais bon, je suis charitable, je veux bien que cette faute ne saute pas au yeux lorsqu'on survole la phrase.
Par contre, quand j'ai vu la publicité pour Tabac info service (en l'occurrence que le site du Monde), je n'en ai pas cru mes yeux.
À l'ère des correcteurs orthographiques intégrés dans le moindre téléphone portable, on peut lire, dans une campagne officielle payée par le contribuable :
Bon sang, non seulement le publicitaire n'a pas fait son boulot, mais c'est aussi le cas de toute la chaîne de commande censée contrôler la campagne!
Dans ces conditions, peut-on vraiment reprocher à la génération SMS de considérer l'orthographe comme un luxe suranné? Rondudju de screugnegneu...
Parce qu'il faut de tout pour faire un monde, et que les lois de la génétique réservent parfois des surprises, imaginez-vous que j'ai un père minutieux et très organisé.
Alors quand mon auguste géniteur tombe sur quelque chose qui l'interpelle, il le garde soigneusement sous le coude pour en référer aux autorités compétentes, et il se trouve que, parfois, l'autorité compétente, c'est moi...
Me voici donc en possession d'une coupure de journal méticuleusement découpée dans le quotidien gratuit Métro, édition parisienne, n°749, du 8 juin 2005 (minutieux, vous dis-je), dont voici le contenu :
DATA 12 Les autorités sanitaires britanniques ont annoncé hier l'ouverture d'une enquête sur un nouveau virus particulièrement virulent qui pourrait venir d'Amérique du Nord et qui atteint les hôpitaux du pays. Le virus, une nouvelle variété de la bactérie Clostridium difficile, a tué depuis 2003 douze personnes, pour la plupart âgées, dans un hôpital d'Aylesbury, près de Londres.
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Ça ne vous choque pas? Vous ne voyez pas ce qui a fait tiquer mon papa qui, pour tout chenu qu'il est, n'en est pas encore sénile?
Allez, je vous aide :
Le virus, une nouvelle variété de la bactérie...
Panique à bord!
Virus et bactérie, il faut vraiment regarder ailleurs pour confondre : le premier est en général une centaine de fois plus petit qe la seconde, et surtout, n'est pas vivant!
Pour vous donner une idée, c'est un peu comme écrire :
Ce kangourou, une nouvelle variété de l'arbre Sequoia sempervirens...
Mais en pire.
Évidemment, en lisant cela, j'ai copieusement insulté l'équipe typographiste (car peut-on parler de rédaction?) de Métro, et je me suis immédiatement mise en chasse de quelques informations.
On apprend grâce à l'article (en anglais) de News-medical.net quelques points importants :
* Il s'agit bien d'une infection à la bactérie Clostridium difficile (prononcer dificilé).
* Il s'agit effectivement d'une nouvelle souche particulièrement résistante.
* Il n'y eut jamais l'ombre d'un virus dans cette histoire.
Mais alors, qu'a-t-il bien pu passer par l'esprit du réacteur de cette brève? A-t-il inventé tout seul cette élucubration?
Bien sûr que non. C'est l'Agence France Presse qui s'en est chargée pour lui.
En effet, sur le site du Monde (mais aussi de Yahoo, MSN,etc), on peut lire cette dépêche :
Un nouveau virus frappe les hôpitaux britanniques
AFP 06.06.05 | 21h43
Un nouveau virus, le Clostridium difficile (CD), frappe les hôpitaux britanniques, déjà victimes d'une très mauvaise réputation en matière d'infections nosocomiales, ces infections parfois mortelles contractées par les patients lors de leur hospitalisation.
Ce nouveau virus a tué 934 personnes en 2003, selon les derniers chiffres disponibles dévoilés lundi par le ministère britannique de la Santé.
Un bilan presque aussi important que celui du fameux MRSA (Methicillin Resistant Staphylococcus Aureus), le "supervirus" pointé du doigt durant la dernière campagne pour les élections législatives comme preuve du mauvais état de l'hôpital public britannique, qui a tué 955 personnes en 2003.
Plus inquiétant pour les autorités sanitaires, le nouveau virus semble plus résistant que son prédécesseur, et il est en passe de devenir le virus le plus dangereux au sein des hôpitaux britanniques: les infections mortelles au CD ont progressé de 38% en deux ans (2003 et 2004), contre une hausse de 30% des cas mortels de MRSA sur la même période.
En nombre total de cas, le Clostridium difficile devance de loin le MRSA, avec près de 44.OOO cas en 2004, contre environ 7.000 pour le MRSA. Au total, près de 300.000 patients ont été victimes d'infections nosocomiales en 2004.
On passe de 12 à 934 morts, mais c'est simplement que le premier chiffre concerne un seul hôpital (Aylesbury), au cours de 18 dernier mois, tandis que le deuxième concerne tout le Royaume-Uni, pour l'année 2003.
Nettement plus grave, je suis sidérée de voir que le mot "bactérie" n'apparaît pas une seule fois, rendant l'article certe plus cohérent que la brève de Métro, mais d'autant plus susceptible d'induire le lecteur en erreur.
Mais dites-moi, ils ne sont pas censés avoir un service scientifique, au Monde? Quelqu'un à qui le mot Clostridium dirait quelque chose?
Après tout, cette famille n'est jamais responsable que du tétanos (C. tetani), du botulisme (C. botulinum) et de la gangrène gazeuse (C. perfringens), rien de bien connu...
Ou encore quelqu'un capable de remarquer que le MRSA (Staphylocoque doré résistant à la méthicilline) est assez peu crédible en supervirus.
Même Madame Michu ma concierge sait qu'on ne soigne pas un rhume viral aux antibiotiques! Tandis que le Staphilocoque doré, si.
Après comparaison des communiqués français et anglais, j'ai fini par comprendre : quelqu'un que je n'ose honorer du respectable titre de traducteur a converti le mot bug (bête, bestiole) utilisé pour décrire la bactérie en "virus" (et superbug => supervirus). De qui se moque-t-on?
Je suis donc officiellement consternée.
Je pensais en être quitte pour une vitupération énergique à l'encontre des gratuits qui ne recoupent ni ne vérifient jamais leurs infos (voir par exemple cet article de l'Acrimed), mais voici que les racines du mal semblent venir de bien plus loin.
Ce lamentable cafouillage a plusieurs sources :
* D'abord, une traduction affligeante.
On veut bien comprendre que tous les traducteurs n'ont pas une formation scientifique, mais on pourrait imaginer qu'ils prennent la peine de se renseigner en cas de doute.
Oui, oui, je sais, c'est révolutionnaire.
* Ensuite, le fait que cette traduction soit reprise sans même ne serait-ce qu'une relecture par les grandes rédactions, ce qui la légitime automatiquement.
* Et surtout, l'illusion confortable de la pluralité de la presse française.
Bien sûr, il y a un nombre astronomique de titres, bien sûr le citoyen désireux de disposer d'une information non biaisée peut dévaliser son kiosquier tous les jours, mais à quoi bon si toutes les informations sont issues de la même source?
Les différentes couleurs politiques donnée aux mêmes dépêches de l'AFP sont-elles vraiment suffisantes pour justifier l'orgueil que notre presse nationale met dans sa liberté d'informer?
J'en doute.
Maintenant, je me vois placée face à un choix cornélien : pour les mails d'insultes aux rédactions, je commence par qui?
(Pour voter pour l'AFP tapez "1"...)
Dans le "ventre" du Monde daté du jeudi 16 juin, on lit un article intitulé Microsoft, censeur zélé de la liberté d'expression en Chine sur la façon dont Microsoft aide à pourchasser les velléités démocratiques des bloggeurs chinois.
C'est édifiant, et cela a bien sûr réveillé la blogosphère française, toujours sensible aux petites attentions du géant de l'informatique (par exemple sur Pointblog, ou encore chez Mitternacht. Pour plus de détails sur l'affaire, lisez donc l'article de Semantic compositions).
Comme ce mème n'a pas besoin de moi pour faire son chemin, je me contenterai de souligner le tout dernier paragraphe de l'article :
En mars, le gouvernement chinois a annoncé que tous les "blogueurs" et détenteurs de sites devaient être dûment enregistrés auprès du gouvernement avant le 30 juin. S'ils n'obtempèrent pas, ont-ils été avertis, leur site sera supprimé.
Je sais bien que la façon dont on applique la loi est au moins aussi importante que la loi elle-même, mais cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Par exemple les dispositions de la toute nouvelle Loi pour la confiance dans l'économie numérique, dont j'ai discuté ici...Enfin, vous me connaissez, hein, je dis ça, je dis rien.