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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 14:59
Vous vous imaginez bien que si j'ai défilé avec les cortèges universitaires jeudi dernier, j'étais aussi de la partie mardi dernier. pour le huitième (!) défilé des enseignants-chercheurs en deux mois.
Et laissez-moi vous dire que si les manifestants sont toujours aussi déterminés, les forces de l'ordre, elle, commencent à perdre leur calme...

Un exemple : après la manif, plusieurs centaines de manifestants sont allés soutenir la Ronde infinie des Obstinés qui tourne en rond devant l'Hôtel de Ville jour et nuit depuis lundi midi (regardez-la en direct ici).
Il y avait évidemment pas mal de CRS, de policiers et de gendarmes mobiles à l'entour. Après quelques temps, un enseignant-chercheur aux cheveux gris, peu soupçonnable d'être un black block, et que nous appelerons J. pour préserver la fiction de son anonymat, a voulu de quitter la place et s'est alors vu intimer par un policier l'ordre de retirer son badge «Sauvons l'Université». Le prétexte était que le port de ce badge aurait constitué une manifestation non autorisée.
J. ayant demandé à quelle loi il faisait référence, le policier a répondu «Article 1 : Nul n'est censé ignorer la loi.»

Rappellons tout de même que cet adage, pour important qu'il soit à la philosophie juridique, n'est qu'une fiction juridique, et ne figure pas dans les codes (à ma connaissance...).
Pour preuve, l'Article 111-1 du Code pénal est :
Les infractions pénales sont classées, suivant leur gravité, en crimes, délits et contraventions.
et l'Article 1 du Code civil commence par :
Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs
entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication.

Le principe antique de Nemo censetur legem ignorare est toujours très apprécié des forces de l'ordre, mais que cela ne vous fasse pas prendre tout ce qu'il disent pour argent comptant : ils sont assermentés, amis enver sla justice, pas envers vous...

Devant son refus d'obtemptérer poli mais ferme, justifié par le fait que son droit à l'expression discrète de ses opinions politiques ne menaçait pas l'ordre public, le policier a ensuite déclaré que s'il ne voulait pas enlever son badge, il ne pouvait pas sortir de la manifestation ! Notre valeureux chercheur est donc allé chercher une sortie ailleurs sur la Place de Grève.
On pourrait conclure à la fantaisie de planton fatigué si la même chose n'avait pas été rapportée à plusieurs issues différentes, les choses pouvant dégénérer jusqu'à voir des étudiants gazés en plein visage et à bout portant pour avoir refusé d'enlever leurs autocollants.
Le principe de parcimonie fait donc pencher en faveur de consignes directes de la hiérarchie.

Je considère ce comportement policier comme :
1) un abus de pouvoir, étant donné que je ne vois vraiment aucun juge soutenir  cette exigence. Demander de rouler une banderole, oui. D'enlever un pin's, faut peut-être voir à pas déconner.
2) une provocation caractérisée. Pour peu que le monsieur en question ait été un peu moins flegmatique, et un peu moins habitué aux situation de conflit d'autorité (*), je suis disposée à penser que tout énervement verbal lui aurait valu des poursuites pour outrage, et toute approche (il y a des gens qui ne peuvent se disputer avec vous que s'ils sont à moins de trente centimètres...) une vérification énergique d'identité au poste, avec d'éventuelles poursuites pour rébellion (**).

J'en profite donc pour ajouter quelques conseils généraux à ceux que j'avais compilé il y a bientôt deux mois :

Ne répondez pas aux provocations.
Gardez votre calme, et le contrôle de la situation.

Restez poli.
Soyez d'autant plus poli que vous êtes énervé. Essayez de vous convaincre qu'un «Monsieur l'agent» bien placé est la pire des insultes.

Ne vous approchez pas.Tout corps-à-corps, même si vous en resortez avec le crâne ouvert et deux dents en moins sera une occurrence de rébellion, et pire, de violence à dépositaire de la force publique.
J'en profite pour citer un petit livre édité en 2002 par le Syndicat de la magisatrature, intitulé Vos Papiers ! : Que faire face à la police ? :

Il est donc important d'éviter tout outrage ou toute rébellion, ainsi que tout acte ou geste qui pourrait être interprété comme tel. (...) Le problème est que l'incrimination est large (...). En conséquence, l'infraction est souvent relevée au moindre geste de protestation, à la moindre parole prononcée plus haut qu'une autre, ou au moindre ton d'agacement perçu dans la voix.

Si vous êtes emmené au poste pour une vérification d'identité ou pour une garde à vue, on va vous retirer votre téléphone portable (si vous en avez un). En conséquence, si vous craignez pour vos contacts, éteignez votre téléphone avant de vous faire coffrer...
Apparemment, il y a en ce moment une tendance des flics à se jeter dessus pour essayer de récupérer les vidéos/photos que vous pouvez avoir dessus.Ils n'en ont pas le droit.
Je cite l'article de Rue 89 Ce que manifestants et policiers ont le droit de faire (ou pas) :
Enfin, un gendarme ou un policier ne peut pas saisir un appareil photo ni une caméra, ou son contenu. Sauf s'il s'agit d'un officier de police judiciaire habilité par le parquet à l'effectuer. Mais cette mesure est rarissime et nécessite donc l'autorisation d'un magistrat.

Par ailleurs, vous avez le droit de faire prévenir un proche ou un avocat par téléphone.
Problème : on vous le proposera alors que votre téléphone n'est déjà plus en votre possession, et qu'on lui a retiré sa batterie (they're nothing if not thourough...).
En conséquence, notez de façon analogique (papier, broderie, tatouage, que sais-je encore...) et apprenez par coeur le numéro de votre meilleur ami / amant et donnez lui des consignes précises en cas d'interpellation : demander où vous êtes exactement, prévenir la famille, etc.
Munissez-vous également du numéro d'un avocat si vous en connaissez-un. Certains recommandent même de se l'écrire sur l'avant-bras avant la manifestation, histoire d'être sûr de l'avoir sous la main...

Informez-vous.
Si vous souhaitez pratiquer l'action sociale dans le climat actuel vous vous devez de connaître au moins superficiellement les procédures auquelles vous vous exposez, même avec la meilleure foi du monde. J'ai moi-même tendance à être une goody-two-shoes d'un légalisme scrupuleux, mais ça ne m'empêche de me renseigner.
Pour commencer, lisez  ce petit guide du manifestant, qui résume l'essentiel.
Vous trouverez des détails complémentaires dans cette brochure de quatre pages qui résume divers conseils de manif et de cpomportement face aux force de l'ordre : Guide pour mieux se mobiliser et mieux se défendre, du Fond Monétaire des Insurgé-e-s (le pdf s'imprime pour faire un petit livret A5).
Et pour aller plus loin, je vous encourage télécharger, lire en ligne, ou acheter le guide Face à la police/Face à la justice d'Élie Escondida et Dante Timélos, et à consulter le weblog des auteurs pour les mises à jour.

Après ces considération fort sérieuses, rappellons quand même que la manif de mardi était fort réussie de l'aveu même des forces de l'ordre. Voici quelques images, en attendant que je récupère mes propres photos...


(*) And I quote : «Vingt CRS, c'est rien à côté d'un amphi de cent-vingt étudiants...»
(**) Eh oui, rébellion prend un accent, bien que ni rebelle ni rebeller n'en prennent. Allez vous plaindre à l'Académie, pas à moi.
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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 10:32
Comme promis, voici photos de la manif générale de la semaine dernière que je m'en voudrais de ne pas partager ...
Le désormais classique Rêve général :
Et son verso



Le Cogito ergo sum de Descartes à été mis à toutes les sauces :
Je pense donc je suis inutile

Je vis donc je suis terroriste
Et le très situ : je pense donc je nuis ! (pas de photo pour celui-là, il bougeait trop).

Une demoiselle avait fait une utilisation très inventive du gros scotch de travaux :

Ni Dieu, ni maître, ni BHL

Smic ta mère

UMP : Union Matraque Pognon
Les psychologues étaient très remontés :
Reviens Dolto pour éduquer Sarko

L'humain n'est pas une marchandise.

Ô rage, ô désespoir, ô Pécresse ennemie !
Pécresse perd ses facultés

Je ne porte pas une affection sans borne à Metternich, mais je dois admettre que cette citation est des plus adaptée à la manifestation :
«Gouverner, c'est se tenir debout et marcher»

Étudiant >< Client

Chez ces gens-là Monsieur, on ne pense pas, Monsieur, on compte !

<private joke> Ha non pas tous à la fois !</private joke>

On cherche, tu nous trouves.

Amis de la poésie :
Carla, on est comme toi, on se fait niquer par le chef de l'État


Et je laisse le dernier mot au monsieur philosophe à la belle moustache (il ne lui manque que le monocle) qui tenait fièrement sa pancarte au milieu de la place de la Nation pendant que les CRS commençaient de refermer le cercle :
Nous sommes dans la merde jusqu'au cou, c'est pourquoi nous mrchons la tête haute.


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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 17:32
Or donc, mes petits loupiots mordorés, comme je vous le disais dans l'article précédent, j'ai arpenté l'autre jour le pavé familier du chemin République-Nation en signe de pas-contentitude avancée.
J'ai même fait le trajet deux fois pour faire bonne mesure, malgré les protestations indignées des knackis ébouillantées en lesquelles s'étaient changées mes gambettes à la fin de la journée.

Il faisait beau, les gens portaient des tee-shirts amusants, l'ambiance était bon enfant mais l'humeur politique, elle, était franchement excédée.

Côté slogans, il y avait les classiques indémodables :

On veut des CAPES pour pas finir CRS ! (*)
On veut étudier pour pas finir policiers !
(variante plus subversive : députés...)

Un ami proposait dans le même genre :
On défend la fac pour pas finir à la BAC !


De l'argent, il y en a, dans les caisses du patronat !
S'il n'y en a pas assez, y'a le yacht de Bolloré !
Il est d'ailleurs tout à fait remarquable de constater à quel point une consonne occlusive peut se transformer en labio-dentale quand elle est braillée joyeusement...

La base interpellait les syndicats :
C-G-T ! On s'sort les doigts du nez !
F-S-U ! On s'sort les doigts du cul !
Y compris les syndicats patronaux ...
Medef !
Medef !
Mais défonçons-les !


Côté enseignement supérieure et recherche, le gagnant du jour fut sans conteste :
Y'en a marre, marre, Marcel Proust !
La Recherche, c'est pas du temps perdu !

Sur l'air de «C'est la mère Michel», cette adaptation a aussi été chantée avec beaucoup de conviction
C'est la mère Pécresse qui a pondu sa loi,
Qui demande à qui l'appliquera
C'est les gens dans la rue
Qui lui ont répondu
Abroge la LRU
Et casse-toi tu pues !
Et casse-toi tu pues,

...
Il faut dire qu'il y a de quoi râler : un couple charmant rique d'être séparé !


Avouez que ce serait bien dommage, même si je soupçonne la mariée de faire quelques infidélités à son CNRS de mari ...


L'esplanade du Centre Pompidou, où le cortège universitaire s'était donné rendez-vous avant de rejoindre République, permettait à de grandes banderoles de s'ébattre à l'aise :




Outre les mariés, on aura remarqué un golden trader :

Bon, j'arrête là mon compte-rendu photographique : ma religion m'interdit de faire des articles trop longs à charger : suite et fin au prochain numéro...
Je vous laisse sur cette profession d'amitié qui n'a en fait que peu à voir avec la défense de la recherche en chimie fondamentale :
C'est en fait un extrait de La Java des bons enfants, chanson anarchiste. Merci à V. pour l'identification, et par ici la zizique !


(*) J'ai tendance à renâcler à l'insulte envers les forces de l'ordre lors des manifs (à moins qu'elle soit explicitement destinée à protester contre la répression) : sans même parler de provocation gratuite, cela me paraît parasiter le passage du message.
 À part l'historique «CRS SS !», j'ai beaucoup entendu ces temps-ci «Flics : Porcs ! Assassins !», alors qu'en janvier l'ambiance était plutôt à «CRS en colère ! le pastis il est trop cher !». La rue semble en avoir de plus en plus marre de ne pas être entendue.
Quant au slogan «CRS impuissants ! La matraque fait pas d'enfants !», elle semble répondre, à quarante ans d'intervalle, à l'affiche de mai 68 qui proclamait bien plus sombrement  «Les CRS aussi sont des hommes. La preuve : Ils violent les filles dans les commissariats».
Edit 27/03 : Dans un souci d'exhaustivité, ajoutons :
Police nationale, milice du capital !
Pétain, reviens, t'as oublié tes chiens !
Et le franchement difficile à défendre : Un flic, une balle : justice sociale !

Note sans intérêt : Les photos de cet article et du précédent sont stockées sur Photobucket à titre expérimental. Vous êtes encouragés à aller voir le reste de l'album, et surtout à me signaler tout problème technique.
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 16:30
À la manifestation générale de jeudi dernier, toutes les slogans n'étaient pas sur les banderoles...
En avant-goût d'une note plus développée, voici quelques exemples que j'ai eu l'occasion d'y croiser :

Toujours utile en manif, le plan perpétuel qui reste vrai où que vous alliez :


Les grandes vérités :
(C'est toujours un plaisir de demander à une parfaite inconnue
«Excusez-moi mademoiselle, est-ce que je peux prendre vos seins en photos ?»)



Les revendications :
(Pour ceux qui ne voient pas le rapport entre le symbole copyleft et le logo d'Aeroflot,


Il y avait aussi de la propagande gouvernementale :

Et biens sûr des calembours bons (ou pas) :


Pour finir, un petit rappel des règles de sécurité afférentes aux produits chimiques dangereux (vendu chez ThinkGeek) :

Pour le reste il faudra attendre un peu...


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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 23:18
Pas de photos pour cette journée de mobilisation, mais pleins de bruits entendus, avec entre autre les percussions thématiques allant de la maternelle (gobelets en plastique scotchés ensemble et remplis de coquillettes) à l'université avec les flacons de cultures cellulaires remplis de cones de micro-pipettes...

Sur les banderoles et les pancartes, j'ai aussi noté pas mal de choses amusantes :

Quand je cherche, je trouve.
Quand on me cherche, on me trouve.

Esprit critique à sens unique

Avis de recherche:
États généraux de la recherche de 2004, 100 propositions disparues !


Une affiche du Mépris avec Pécresse en Bardot,


Les enseignants de Rased dévoilaient la lecture du sigle par Darcos :
Rien À Secouer des Élèves en Difficulté

À côté d'un portrait du hobbiturge :
 Tolkien était chercheur, pas trader

Avec l'aide du nouveau logo,
"Sans le CNRS on l'a dans le CULS !"

Des classicistes avaient mis en scène un Triomphe de l'Université, aux cris de «Avé César, ceux qui veulent étudier te saluent !», avec quatres chevaux blancs (en cartons), moultes toges et couronnes de laurier, et évidemment un butin de trophées pris à l'ennemi, principalement constitué de Rolex.

J'ai pu réviser mes intégrales curvilignes grace à cette typo originale du slogan bien connu :
\vec{F} \alpha \dot{c} \equiv o \oint\oint\ !

Des informaticiens de l'Université de Versailles Saint-Quentin ont donné quelques saines consignes, à la sauce geek :
apt-get --purge remove lru
rm -Rf lru

Je trouve que ça manque juste un peu de sudo...

J'ai aussi récupéré un mignon petit fascicule de chansons dû aux bons soins du collectif Bib Bang de la bibliothèque de Paris 8, qui regroupe des hits comme «J'entends Sarko, le Fillon et la Pécresse/ J'entends Sarko et la Pécresse craquer» (sur l'air de «j'ai vu le loup le renard et la belette»).

Et enfin, un grand classique français, joliement revisité...

et la quatrième de couv' :

Résultat des courses : 25 000 à Paris (8 000 d'après la peau douce), entre 30 000 et 60 000 en province.
Des efforts et des progrès. Peut mieux faire : rendez-vous le 19 !
Et pour ceux qui ne savent pas quoi faire pour la Saint Patrick, venez au grands Moulins papoter, écouter de la zik et même guincher mardi à la Nuit de l'Université !

Edit : On m'a passé le lien de cette galerie photo de panneaux, banderoles et slogans de cette manif et des autres. J'apprécie en particulier le lent saignement supérieur...


Merci aux photographes et au metteur en ligne !
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 00:10
Malgré les mésaventures de la manifestation générale du jeudi 29 janvier, je me suis tout de même bougé le fion pour retourner battre le pavé jeudi dernier (soit le 5 février), pour la défense de l'enseignement supérieur et de la recherche (compte-rendu de Libération).



Le parcours du cortège était un concentré de Quartier latin (cliquez et lisez, c'est passionnant !), et même la partie sauvage de la manif s'est entièrement déroulée à l'intérieur du périmètre du cinquième arrondissement , après être passée devant tout ce que que le coin compte d'institutions de création et de diffusion des savoirs, et ce n'est pas tout à fait rien :

(image empruntée à la wikipédia anglaise : grande version)

Lieu de rassemblement  (14h) : Jussieu, un des plus gros campus de France, avec l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI), l'Institut de Physique du Globe et encore quelques bouts de l'université Denis Diderot (Paris VII), maintenant domiciliée aux Grands Moulins.

Rue Linné, mélange de sandwicheries et de disquaires d'occasion qui résistent envers et contre tout à la vague du numérique dématérialisé.

Rue Geoffroy Saint-Hilaire : Le Muséum national d'Histoire naturelle, (cher à mon coeur parce qu'on peut y entendre le chant nuptial des flamants roses en préparant ses gels d'électrophorèse) avec sa bibliothèque pleine de manuscrits de savants, sa Grande Galerie, son Jardin des Plantes où les gamins s'amusent aux côtés des petits vieux, des touristes et des quelques préparationnaires biologistes qui viennent y prendre l'air au prétexte de réviser leur botanique...
Sans oublier la galerie de minéralogie, et ma préférée, celle de Paléontologie et d'anatomie comparée.

À la mosquée, on bifurque au métro Censier-Daubenton et on prend la rue Censier, site de l'université Sorbonne Nouvelle (Paris III), puis on descend le bas de la rue Monge.

Arrivés à l'avenue des Gobelins, il s'agit de rebrousser chemin illico sous peine de se retrouver dans un arrondissement périphérique, et personne n'a pensé à prendre son passeport !

Alors on remonte la rue Claude Bernard en passant devant la rue Pascal, la rue Broca, (oui, celle-là même que vous ne trouverez jamais en arpentant le boulevard Port-Royal en voiture, bien qu'elle le coupe...) l'Institut national agronomique (qui fait pousser les carottes)
, et les rues Berthollet et Vauquelin.
On passe à un jet de pierre de l'ESPCI, puis on tourne à droite dans la Rue d'Ulm pour longer l'École normale supérieure de Paris, ainsi qu'une annexe du Collège de France, dont les cours sont disponibles en podcast.
La rue débouche ensuite sur la place du Panthéon, le long du lycée Henri IV, et le cortège se retrouve bloqué à peu près à la hauteur de l'église Saint-Étienne-du-Mont, lieu de dispersion prévu de la manifestation.

Après négociations, l'on est autorisé à continuer rue Soufflot, mais seulement sur quelques centaines de mètres.
La suite, je ne suis pas sûre  de l'avoir bien comprise : les CRS, alignés, abrités derrière leurs boucliers et adossés à leurs camions, décident de laisser passer les manifestants, qui les dépassent tranquillement et continuent leur chemin : rue Victor Cousin, juste à côté du lycée Louis-le-Grand, puis rue de la Sorbonne : on passe bien sûr devant la-dite Sorbonne, ainsi que devant l'École des Chartes, antre discret des archivistes paléographes, et une école primaire où la sortie des classes bat son plein. Les gamins prennent les tracts proposés avec un sérieux pontifical, et j'entend le slogan «Le primaire avec nous  !».

Rue des Écoles, on tourne à gauche, et l'hallucination continue : le cortège bloque le boulevard Saint-Michel sans qu'aucune bleusaille ne cherche à l'en empêcher, le descend tranquillement et commence un sit-in au beau milieu du carrefour avec le boulevard Saint-Germain.
Au bout d'un moment de flottement, on entreprend de le remonter, avec la perspective de rejoindre le Ministère de la Recherche, sis dans les mur de l'ancienne École Polytechnique. La rue des Carmes étant prévisiblement bloquée, on gravit la montagne Sainte Geneviève par la rue Monge, et l'on rejoint le croisement entre la rue Clovis et la rue Descartes. Les manifestants se tassent même jusqu'à la rue Thouin.

On y scande des slogans qui font savoir sans ambiguité l'opinion que la foule a du dernier décret de Valérie Pécresse, devant une ligne de policiers de la brigade d'intervention qui se demandent un peu ce qu'ils font là.
À moment donné, arrive une partie de la manif qui s'était aventurée jusqu'à l'Odéon (ciel, le sixième arrondissement, quasiment la banlieue !), puis sur les quais, et a pu constater que si les CRS n'avaient pas pu garder le boul'Mich' ouvert à la circulation, ils étaient cependant déterminés à ce que personne ne s'approche d'un poil de l'Assemblée nationale. Tout s'explique : voilà donc où ils étaient partis. 

Dans l'ensemble, pour une manif dont l'organisation devait plus à l'intelligence des foules qu'à la prévoyance, le bilan est plutôt positif. Pendant ce temps, notre blonde ministre se faisait énergiquement interpeller à la cérémonie qu'elle présidait à l'Université de Strasbourg :
cette fois-ci, personne n'a l'air disposé à laisser passer ce que le gouvernement tente de faire.

Allez, je vous laisse souffler, la suite pour plus tard.

Edit : Corrigé quelques fautes, rajouté quelques liens wikipédiens, et surtout j'ai mis la main sur cette belle étude de  géographie du Quartier latin. Je n'en avais lu des ébauches quand l'auteur était en maîtrise, ce qui remonte à peu de chose près à la transition Crétacé-Tertiaire...

Je me rends compte, du coup, que si le monde était bien fait (ou du moins, ce blog), cet article devrait appartenir à la catégorie «Au fil des rues». Hé ben non !

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 23:00
Or donc, j'en était resté au début de soirée du jeudi 29, où j'ai pu apprécier la vue depuis la salle d'attente des urgences de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu de 20h à 22h bien tassées. Ils ont une plaque tournante pour permettre aux ambulances et aux camions de pompiers de faire demi-tour dans l'espace très restreint de la cour, c'est fascinant à regarder quand on n'a rien d'autre à faire.

Exclamation de l'infirmière à l'accueil :
«Vous aussi, c'est les CRS ? Mais faut faire un club !»

Admis à 19h30, mon frangin est ressorti à 22h15, enfin recousu d'une dizaine de points de suture sur le crâne, avec un joli pansement compressif sur une plaie qui saignait toujours. Les toubibs avaient eu un peu de mal à le recoudre, parce que voyez-vous,  les coups de matraques ont ceci de particulier qu'ils font éclater la chair, en particulier celle qui se retrouve coincée entre le coup et l'os du crâne.
La plaie s'est même rouverte mardi, comme si on n'avait pas vu assez de sang comme ça...

(Photo prise à son arrivée à l'hôpital par le pote accompagnateur.
Comme quoi, les smartphones avec un objectif raisonnable ont parfois du bon...)

Vous voulez savoir le plus drôle ?
Ce n'était pas une fin de manif.
L'ambiance était bon enfant, pas mal de gens tournaient le dos aux CRS pour regarder la manif.
Pas d'ordre de dispersion, pas  gaz poivre, pas de lacrymo.
Les témoignages sont concordants, y compris venant de gens qui n'en sont pas à leur première charge de CRS, et qui pensaient savoir les prévoir.

Brusquement, la ligne des forces de l'ordre éclate pour aller matraquer tout le monde. Si mon frère s'est fait plus taper que les autres, c'est qu'il protégeait une petite minette en jupe et talons, qui ne courait pas assez vite.
Et si c'est le crâne qui a saigné, c'est en fait le dos et les épaules qui ont le plus mal, avec des bleus maousses.

Autant vous dire que je suis un petit peu énervée. Je vais donc profiter de la tribune que me donne ce blog pour prodiguer quelques conseils d'ordre général, au cas où vous auriez l'intention de manifester prochainement...

Attention à vous. Le comportement des forces de l'ordre est en train de devenir vraiment imprévisible. Le jeudi 29, ça tapait méchamment, alors que ce mercredi (4), ils ont laissé la manif des universitaires les déborder au Panthéon et continuer sur le boulevard Saint-Michel et le boulevard Saint-Germain, sit-in au carrefour inclus. Mais la tête de manif, partie vers le Châtelet, a pris très cher.
Comprenne qui pourra, moi je ne perçois pas la logique : c'est ce qui rend les choses dangereuses.
De façon générale, restez avec des cortèges organisés (n'importe quel syndicat un peu expérimenté fera l'affaire) : cela limite les risques de dégénérescence, ne serait-ce que grâce à l'équipement matériel permettant de faire passer les mots d'ordre de dispersion (mégaphones).

Ouvrez les yeux
. Si vous voyez des provocations, ou une préparation de charge, mettez les bouts, à moins d'être déterminé à jouer les héros.
Apprenez à différencier les CRS (uniforme bleu, écusson rouge, bande jaunes sur le casques), des gendarmes mobiles (noir en haut, bleu en bas, casque à bandes blanches). Il y a aussi parfois des policiers des brigades d'intervention.

Si vous vous faites charger : cassez-vous, et vite.
Ils sont casqués, armés, avec des gaz incapacitants. Fichez le camp et attendez d'être hors de portée pour commencer à compter vos abattis.
Restez groupés et ne laissez pas quelqu'un derrière : une personne sonnée par un premier coup en prendra bien plus si elle reste dans la zone de tabassage. Prenez contact avec ceux qui ont probablement subi la même charge autour de vous : ça peut servir pour la suite des opérations.

Si l'un d'entre vous est blessé : appellez les secours (112) ou, dans le cas où la personne peut se déplacer, présentez-vous aux urgences de l'hôpital le plus proche.
Une personne qui a reçu des coups sr le crâne ou dans le ventre (et a fortiori inconsciente) ne doit pas être laissée seule, même si elle a l'air d'aller à peu près bien. Les plaies saignant abondamment doivent êtres comprimées (à condition qu'il n'y ait rien dedans, bien sûr) avec ce que vous avez sous la main (écharpe, pull...) pour limiter la perte de sang.
(Avez-vous suivi une formation aux premiers secours ? Vous en souvenez-vous encore ? Il est peut-être temps d'y penser.)
Demandez au médecin qui vous examinera un Certificat initial de constatation de lésions, avec une mention du genre de «lésion compatible avec un coup de matraque».

Pour porter plainte
, si vous considérez que vous avez été victime de violences injustifiées, vous ne pouvez pas vous adresser au commissariat de quartier : les simples policiers ne peuvent pas prendre de plaintes contre «les collègues».
Il faut vous présenter le plus vite possible à l'Inspection générale des services. A Paris vous la trouverez à cette adresse :
Inspection générale des Services,
30 rue Antoine-Julien Hénard  75012 Paris
Métro Montgallet (ligne 8)
Téléphone : 01 56 95 11 57

Ouvert du lundi au vendredi jusqu'à 18h30, 
le samedi jusqu'à 17h30.
C'est là que vous allez déposer la plainte la plus détaillée possible, et que l'on vous demandera d'identifier votre agresseur.
Vous étiez de dos, en train de vous faire courser par un «tortue ninja» casqué, avec un physique militaire standard, à la tombée de la nuit, mais vous êtes censés l'identifier, parce que la plainte est déposée contre une personne, pas contre la brigade entière, même si tous ses membres ont agi de la même façon...
La charge de la preuve revient au plaigant, c'est à dire, dans ce cas, à la victime. donc amenez des témoins si vous en avez, ainsi que les photos, vidéos, et tout ce qui peut faire office de preuve.

Si l'on ne prend pas votre plainte
, vous pouvez l'adresser directement au procureur de la République du Tribunal de grande instance dont dépend le lieu où se sont déroulés les faits, par lettre recommandée avec accusé de réception.
Pour Paris, l'adresse est :
Monsieur de Procureur de la République
Tribunal de grande instance de Paris
4 boulevard du Palais
75055 Paris

 Vous trouverez une lettre-type par ici, mais je vous conseille de la rédiger avec l'aide d'un ami juriste, et de ne pas vous faire trop d'illusion sur la suite de l'affaire...

Une fois la plainte déposée
, présentez-vous dès que vous le pouvez aux Urgences médico-judiciaires, à l'Hôtel Dieu sur l'île de la Cité :
Hôtel-Dieu de Paris
1 place du Parvis Notre-Dame 75004 Paris
Métro Cité, Châtelet ou Hôtel de Ville.

Vous pouvez prendre rendez-vous au
01 42 34 82 85.
Vous vous y ferez établir un certificat d'ITT, Interruption totale de travail, auquel vous avez droit même si vous ne travaillez pas (encore heureux). Il est important de ne pas trop traîner, de façon à ce que les médecins puisse correctement évaluer vos blessures.

Et ensuite ? Ensuite vous retournez vaquer à vos occupations dans un pays où le nombre de gardés à vue pour l'an dernier correspond à un pourcent de la population («La France gardée à vue», Le Monde de mercredi dernier).


Edit :
Par ici pour encore quelques conseils de comportement en manif et face aux forces de l'ordre .


Remarques :
- Ces conseils sont centrés sur Paris, car je ne parle que de ce que je connais. Mes excuses au reste du monde, et surtout n'hésitez pas à apporter vos infos.
- Je suis loin d'avoir une gra
nde expérience des manifestations. Il me semble que ce sont des conseils de bon sens, avec des informations précises, mais si je me trompe ou que j'oublie des bouts importants, merci d'avance de me le signaler.
- Pour conclure : les mouvements sociaux actuels sont partis pour durer un moment, alors gardez votre énergie et organisez-vous pour rester au courant de la suite des événements.

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 15:31
Avec pas mal de retard, je me décide quand même à évoquer la manifestation du jeudi 29 janvier, qui avait à Paris et ailleurs des proportions tout à fait remarquables.
Pour commencer, il y a ce grand plaisir des manifs unitaires qui consiste à retrouver des connaissances et des amis perdus de vue depuis pas mal de temps en allant faire le tour des banderoles... J'y ai même salué mon directeur de département, qui est pourtant dur à attraper à l'occasion !

J'ai recensé quelques slogans derrière le ballon « Enseignement et recherche » :
The University Strikes Back
Enseignant chercheur... d'emploi
Quelques revendications classiques :

Plus de chercheurs, moins de traders !
Du flouze pour les blouses !
Du pognon pour les neutrons !


Et une fabuleuse affiche, avec une photo de Valérie Pécresse tout sourire :
Gouvernement Sarkozy :
le gouvernement où la gentille est aussi la méchante...

(C'est une référence à la campagne de pub pour la série Dexter.)

Le palais de la Découverte, bien mis à mal récemment, a aussi son mot à dire :


Ailleurs dans le cortège, des slogans plus variés, comme cette pique bien méritée :

(Je ne sais pas ce que le fumarate vient faire dans le panneau rouge en arrière-plan...
Quelqu'un du CCRF peut-il me renseigner ?)

Ou encore :
Des sous pour les sans logis, Sarkozy au pilori !

Avec une animosité prononcée - quelle surprise - envers la gent financière :
Tout pour Madoff, rien pour les profs
Des sous pour la santé, des cordes pour les banquiers !

Il y a aussi des références historiques


Et même des slogans en latin, comme «Ite  pauper minus», c'est-à-dire «Casse-toi pauvre con!», et pleind e chansons adaptées pour l'occasion, comme «Il était un petit homme, paillettes, talonnettes...».

Mais la phrase la plus vue est sans aucun doute l'autocollant "Rêve Générale" dont je n'ai même pas réussi à récupérer un exemplaire :
 

À 18h, les derniers cortèges quittaient la place de la Bastille, suivis de près par les engins de nettoyage municipaux, et je remontai tranquillement la manif' avec un ami histoire de sentir l'ambiance.
Avant d'arriver à l'Opéra, vers 19 heures, j'entends les mégaphones de la CGT signaler qu'une dispersion précoce est recommandée : je me pose donc dans un bar histoire de me réchauffer les patounes et de faire le point avec mon petit camarade sur cette après-midi réussie.
Mais mon Perrier-rondelle rituel n'a pas le temps d'arriver que je reçois un appel d'un pote de mon frangin pour me dire qu'il est en train de l'emmener à l'hosto, et du même coup de repeindre le métro en rouge sang.
Ah.
So much for the nice afternoon.

La suite par ici.
(Photos A. Potier)


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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


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Ordo Ab Chao