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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 14:58

Aujourd'hui 13 mars, c'est la Journée mondiale contre l'endométriose, une maladie extrêmement douloureuse qui touche une femme sur dix.

À cette occasion le dessinateur Martin Vidberg a collaboré avec sa femme pour faire une petite bande dessinée témoignage. 

EndometrioseVidberg.gif

 

Cette histoire a suffisemment tourné sur les réseaux sociaux pour que mon propre frère m'envoie le lien, et laissez-moi vous dire que connaissant sa nosophobie notoire vis-à-vis des maladies viscérales, a fortiori gynécologiques, ça veut dire quelque chose. Je me suis donc retrouvée à lui faire une réponse-fleuve, et ça a fini par ressembler à un article de blog.

Ouvre tes esgourdes, frangin, et garde en tête que toute cette colère n'est pas liée à mon histoire, même s'il m'est plus simple de donner des exemples personnels : là-dessus, ta sœur a plutôt eu de la chance. Et pourtant ça a suffi à t'horrifier. Alors pense aux autres.

 

Comme l'explique la BD, la question de l'endométriose fait partie d'un tableau plus large. 

Le problème plus général touche à l'ensemble des troubles menstruels : on n'en parle pas, parce que c'est honteux (une fille ça ne pète déjà pas, alors saigner...) et ce n'est pas gratifiant (pas de solution miracle) et puis, hein c'est pas comme pour les seins, on ne peut pas faire de campagnes « drôles » sur la nécessité de sauver ce qui fait bander.
Sur la question des douleurs menstruelles, une partie des généralistes et des gynécos ne semble pas se soucier de soin, et apparemment tout ce qu'on peut espérer est qu'ils prennent un jour leur retraite.
Prenons une gamine qui commence à avoir ses règles. Si ça lui fait :
  • un peu mal : on lui dit que c'est normal
  • assez mal : on lui dit que c'est normal
  • très mal / elle vomit / s'évanouit : on lui donne du Spasfon.
Oh joie.
Un traitement.
Quelque chose contre la douleur, prescrit par le médecin : c'est forcément bien, non ?
Ben non.
Le Spasfon est efficace contre les douleurs spasmodiques digestives. Pour la sphère gynéco, ça ne vaut franchement pas grand chose, même les recommandations de la HAS le disent !
Aucune recommandation ne préconise l’utilisation d’antispasmodiques lors d’une douleur pelvienne (...) Le rapport efficacité/effets indésirables de ces spécialités est faible. Il existe des alternatives thérapeutiques à ces spécialités, notamment les antalgiques de palier I (AINS, paracétamol). Le service médical rendu est faible.

Du coup, si la gamine a encore mal après ce placebo, c'est sûrement juste parce qu'elle est stressée hein ?

(Trouve-moi une ado qui n'est pas au moins un peu stressée).

Mais bon sang de bon dieu, quand bien même ce serait le cas, est-ce une raison de ne pas traiter la douleur somatique ?

La dysménorrhée touche entre la moitié et deux tiers des jeunes filles. Tous les mois, ou une fois sur deux. Celles qui ont de la chance voient leurs douleurs régresser avec le temps, ou la pilule.

Quid des autres ?

Mais même pour celles-là, ce n'est pas fini pour autant, après il y a la dysménorrhée un peu différente des femmes plus agées  : mastodynies (je ne suis pas près de me mettre au jogging), migraines atroces...

Le message général, c'est qu'on doit se résigner.

Il a fallu que je vomisse de mal de crâne devant une copine médecin pour qu'elle me dise que ce n'était pas "normal" (même si peut-être courant) et qu'elle aille m'acheter de la codéine au milieu de la nuit.  Quand elle m'a donné le tube, j'en aurais chialé de soulagement. 

Le seul truc qui avait marché, avant ça, c'était un suppositoire belladone-codéine, acheté en catastrophe par mon copain à la pharmacie (sans ordonnance, la pharmacienne a dû avoir pitié) lors d'une de mes pires crises, parce que SOS Médecins ne se déplace pas pour de simples douleurs menstruelles. Ce médicament a depuis été retiré du marché.

Il y a aussi d'autres conséquences médicales à répéter à des filles qui se tordent douleur que c'est normal, ou pas grave, ou dans leur tête.

Il y a quelques mois, j'ai eu une pyélonéphrite (tu sais, le truc qui est censé te faire douiller ta race) pas exactement piquée des vers blancs.

Si j'ai mis trois jours à la signaler, c'est qu'elle me faisait au final moins mal que beaucoup de mes règles, et que même moi avec ma grande gueule j'ai intégré l'idée  que si ça ne fait que mal, c'est sûrement normal.

Pourtant, par tempérement, j'aurais plutôt tendance à m'écouter un poil trop, alors ça me fait franchement frémir pour les autres, les pas diplômées, les timides, les gamines... 

Bon sang, il y a des retards significatifs de traitement de l'appendicite pour ces mêmes raisons !

Si on traitait correctement les douleurs gynécologiques (en particulier chez les jeunes filles, qui sont les plus touchées et les moins à même de taper du poing sur le bureau du médecin), on remarquerait celles qui sont réfractaires au traitement, et au lieu de les traiter de folles on pourrait soigner leur abomination d'endométriose avant qu'elle ne leur troue les intestins.

 
Bordel.

 

Disclaimer :

Je sais que le métier de médecin est tout sauf facile, mais je trouve qu'il y a une différence entre ne pas être au point sur le traitement d'un syndrome improbable et s'enferrer dans des pratiques paternalistes à la limite du mensonge.

Il faut dire qu'en tant que corporation, les gynécologues français ont une furieuse tendance à camper sur leurs positions en dépit de toutes les données disponibles (cf. la pose de stérilet chez les nullipares).

 


 

Allez, anecdote bonus :

Quand je me suis fait poser un stérilet, j'ai dégobillé tripes et boyaux pendant environ une demi-heure, et il m'a fallu une demi-heure de plus pour tenir assise. On va dire que le retour en métro a été compliqué. Commentaire des professionnelles de santé (assistantes ? infirmières ?) « Mais, pourquoi n'avez-vous pas quelqu'un pour vous raccompagner ? »

Parce que semble-t-il que le degré de douleur post-procédure n'est pas une information pertinente, et que personne ne m'avait prévenue...

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 17:42

On dirait pas comme ça, mais je suis quelqu'un de sensible. La dernière fois que j'ai regardé le Zapping, j'ai failli me faire une rupture d'anévrisme.

 

Du coup je me suis bien juré de ne plus regarder ce « reflet de la télévision », mais v'là-t-y pas qu'aujourd'hui, paf accident bête, je regarde un quart d'heure du Petit Journal de Canal Plus. Non seulement je me suis étranglée sur le générique, mais en plus ils ont diffusé un extrait de JT.

Du 13 heures.

De Jean-Pierre Pernaut.

Je vous jure que quelqu'un veut ma mort.

 

HistogrammePernaud2.png

 

Sans déconner les gars, un histogramme* diagramme en bâtons pour montrer une liste ?

 

Du coup j'ai cherché l'étude à l'origine de ce schéma et j'ai trouvé ce sondage TNS Sofres de novembre 2012 mentionné sur le site de TF1 dès sa sortie (pourquoi la ressortir deux mois plus tard ?), et lequel était fourni avec un histodiagramme qui raconte lui une toute autre histoire...

 

tofres.png

Les graphistes de TF1 ont donc eu le front de représenter les crêpes comme quasiment deux fois plus populaires que l'île flottante alors que les deux desserts obtiennent le même nombre de mentions ?! Y'a des explosions de rotules qui se perdent ! 

 

Quant aux axes muets... disons que je me retiens de ne pas appliquer la méthode SMBC.

 


* Un lecteur aussi fidèle qu'attentif m'a rappelé la différence entre histogramme et diagramme en bâtons, le premier terme étant réservé à la représentation d'une variable continue.



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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 17:18

Je viens de jeter un œil à la vidéo du Petit Journal de Canal Plus d'hier, et pour la première fois, j'ai vraiment regardé le générique.

Du coup, j'ai remarqué qu'iil y a dedans une image qui m'a fait saigner les yeux : vous savez, le moment où tourne un globe terrestre coupé en deux avec le titre de l'émission sur la section.

 

Capture-du-2013-01-31-17-12-33-copie-1.png

 

Ça ne vous choque pas ? Zoomons un peu :

 

terrepttjournal.png

 

Le problème, c'est que ce qui est montré n'est pas un globe terrestre : si tous les continents étaient regroupés sur la même face du globe, ça se saurait !

Un globe terrestre, ça ressemble à ça :

 

3dglobe.jpg

 

Rien à voir, donc.

Ces gros branlôs ont simplement collé sur une demi-sphère une projection de mappemonde, et pas n'importe laquelle : une projection de Mercator, notoirement déformante, et préférable uniquement pour calculer les caps de navigation.

 

J'espère que les graphistes responsables ont au moins un peu honte. À titre de démonstration de contrition, je leur prescris la lecture du très bon  How to lie with maps, histoire que ça ne se reproduise pas.

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 15:48

Dans le zapping de samedi dernier, je suis tombée sur une nouvelle qui m'a fait tiquer :

 

Un chiffre, ce soir : 500 000 professeurs en France auraient fait le choix de s'assurer, eh bien, contre les coups et blessures qu'ils pourraient recevoir

 

On peut voir  le reportage complet dans la vidéo du journal de 20h de vendredi sur le site de France 2 (vers 14 minutes 30).

 

500 000 profs, c'est beaucoup, sur un total de 850 000 (public et privé confondu). D'où vient ce chiffre ? Directement de l'assurance en question : on le retrouve dans cet édito du Président daté du 6 août : 

 

En deux ans, près de 500 000 professionnels de l’Education ont déjà fait le choix de cette protection.

 

Notez la précision : l'assurance n'offre cette possibilité que depuis deux ans. C'est en fait un partenariat récent avec la MAIF, célèbre assurance historique du monde enseignant. Est-ce que la petite assurance "l'Autonome" a réussi à reunir plus de la moitié de enseignants en deux ans ? Bien sûr que non, c'est un chiffre qui correspond probablement aux nombres de souscripteurs à l'offre "Métiers de l'éducation" de la MAIF, qui existe depuis trèèèèès longtemps.

Mais peut-être les inscriptions à cette offre ont-elles augmenté cette rentrée, une nouveauté qui du coup expliquerait sa présence au journal, vous savez, là où on vous cause d'actualité ? Peut-être, on ne le saura pas. Les journalistes ont préféré aller interviouver un employé de l'Autonome pour qu'il leur explique à quel point leur contrat est formidable.

 

Donc : c'est un chiffre non recoupé, présenté de façon peu claire, utilisé pour offrir à la société qui l'a fourni une page de pub de plusieurs minutes à un moment de grande écoute et pile à la date où ça l'arrange.  Je vous passe l'ambiance anxiogène générale, c'est si courant qu'on ne le remarque plus.

 

Ça ne vous rappelle rien ? On dirait l'histoire du chiffre terrible de 200 000 usurpations d'identité par an (f34r!) qui était agité par des experts recommandant l'achat immédiat d'un broyeur à documents sous peine de passer pour un irresponsable.

Un chiffre magique issu d'une étude financée par pure coïncidence et par le fabriquant de broyeurs qui donnait tous ces bons conseils... Arrêt sur Image y a même consacré toute une enquête.

 

Ce type de journalisme fait passer pour de l'information une espèce d'informercial qui récompense les boîtes assez attentionnées pour fournir des histoires déjà investiguées, avec des chiffres choc, communiqués de presse rédigés, experts fournis et témoins bien disposés. Nick Davies a inventé un mot pour ça dans son terrifiant livre Flat Eath News sur l'évolution de la presse : churnalism, de churn, dans ce contexte "pisser-la-copie", et journalism : pas le temps de vérifier, recouper, encore moins de réfléchir. Même la tradition (en elle-meme assez contestable) de chercher une voix discordante pour donner une impression d'impartialité a été oubliée depuis longtemps : on fait de la communication, information be damned.

 

Sur ce, je vous laisse avant de me métamorphoser définitivement en Will McAvoy. (Je vous dirais bien que Newsroom c'est de la balle, matez-le, mais il me manque le recoupement d'une deuxième source indépendante.)

 

Morale de l'histoire : un chiffre ne vaut qu'avec son contexte, et dans ce contexte il y a les méthodes d'obtention et l'origine....

 

Morale de cette morale : Douze ans que je n'ai plus la télé, et le simple visionnage d'un zapping sur internet suffit à me mettre hors de moi. Ne serait-ce que pour ma tension artérielle, j'ai fait le bon choix...


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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 19:31

Ça fait déjà un moment que le Picard Garou a commis cette lettre magnifique, mais je ne peux pas laisser le monde dans l'ignorance plus longtemps. Cliquez donc pour en savourer toute la nerditude et la green-ink-addict attitude.

 

ARS2011pitit.jpg

 

Et des fois que vous voudriez aller vérifier : degré français et degré Fahrenheit.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 14:28

Ce matin sur Twitter, l'histoire reprise par tout le monde était pour le moins intriguante :

 

moinsdevetements.png


Évidemment, ça vient d'un article en anglais repris par les internautes anglophones :


lessclothing.png

 

L'article en question est sur le site du Huffington Post, a un contenu complètement et volontairement absurde et se conclut par :

 

As a result of Burkhart's findings, the British government is considering making public nudity legal and is strongly urging all women in the meantime to wear as little clothing as possible.

Et des gens l'ont pris sérieusement. (Sans doute pas tous, hein, mais une bonne partie).

Autre indice ? L'auteur est décrit comme « humoriste » et la rubrique est Comedy...


Après un peu de googlage, j'ai cru qu'il s'agissait d'un plagiat puisque l'article a déjà été publié il y a sept ans dans l'inénarrable Weekly World News ;


WWN-copie-1.png

(Du coup j'ai pu me faire une opinion sur ce tabloïd : c'est le même principe que The Onion, mais sans l'humour...)

Mais, comme me l'a signalé bladsurb, il ne s'agit pas de plagiat (ma première idée) : c'est bien le même auteur, qui se contente de recycler de vieux articles sur son blog du HuffPo...

Voilà qui donne une idée de la qualité de ce journal en ligne (que je vomis déjà à cause de sa couverture de la science en général et de la neuro/psycho en particulier), et des capacités de compréhension écrite des personnes qui font tourner le lien le plus sérieusement du monde, en particulier sur les réseaux sociaux.

Je sais que cliquer "like" ou "retweet" est facile, mais résistons au moins à la tentation de le faire sur la seule foi du titre...

 


Mise à jour : Eeeeet voilà, ça n'aura pas pris longtemps !

 

Voici GS, un «magazine » en ligne qui présente cette histoire comme vraie, dans la section Actualités, signé « Info rédaction »... Elle est belle la rédaction !

Joie de l'agrégation, ça a été repris par rien moins que Yahoo News : souvenez-vous-en la prochaine fois que vous voudrez utiliser ce portail comme source d'information...

 

Grmpf grmpf grrrr </rant>.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:30


Je viens d'apprendre que la Fac de Droit de Brooklyn était un peu chafouinée, parce qu'elle a loué sa bibliothèque universitaire à une marque de fringues pour une séance photos, et que les images résultantes (il s'agit de sous-vêtements) sont apparemment un peu plus osées et de mauvais goût que prévu.
Jusqu'ici, je m'en fous tranquillement et vous aussi.
Certains étudiants ont beau protester sur le thème « Hé ho, on bosse tous les hours sur ces ordis, alors mollo sur le destroy », j'ai tendance à penser que tant que les touches des claviers ne sont pas collées entre elles à la suite d'une orgie mal contrôlée, je vois pas trop le pourquoi de tout ce foin.

Et là où je comprends d'autant moins, c'est que la fac a en fait une excellente raison de s'indigner et de pousser une gueulante mémorable au lieu de jouer les vierges effarouchées.

Regardez-moi cette image :


dieselblibli2.png
Vous ne voyez pas ?

Regardez mieux.:

 

dieselbibli.png

 

Mais putain de grognasse, tu vas arrêter d'éclater la reliure de ce bouquin avec ton cul, oui ?!

Et pendant que t'y es, tu veux bien ne pas t'essuyer les grolles sur l'étagère du dessous, tu s'ras mignonne !

Nanméjerève... Je ne suis pourtant pas une fétichiste bibliophile, et je ne vois pas de problème à user un livre en le lisant.

Mais en le lisant justement, avec les yeux, de préférence...

Grrrrmgbl...

Ils mériteraient que je leur lâche le Bookhunter aux trousses, tiens, ça leur apprendrait la vie.

 

NB : Il s'agit clairement d'une publicity stunt de la marque, donc vous trouverez très bien tout seuls de laquelle il s'agit.


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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 17:22
La démocratisation (toute relative pour l'instant) des lecteurs d'ebooks comme le Kindle d'Amazon* est en passe de changer la perception du rôle des éditeurs et des distributeurs.
Mais on se demande parfois si certains d'entre eux ne sont pas victime d'un sabotage par des taupes qui chercheraient à caricaturer la situation et à donner au monde entier l'impression que ce sont des parasites absurdes et hautains...

Vous avez tous entendu parler des ebooks effacés sans prévenir par Amazon sur les Kindle de ses clients.
Paralèlle à peine exagéré : si un vendeur de la Fnac entreprend de s'introduire clandestinement chez moi pour retirer de mon étagère un bouquin qu'il m'a vendu, même par erreur, je vous assure qu'il va y avoir du grabuge !
La théorie de l'inside job est soutenue par les titres des ebooks retirés : La Ferme des Animaux et Mille neuf cent putain de quatre-vingt quatre, nom de Zeus !

Hé bien dans un autre genre de foutage de gueule, Amazon a inventé autre chose : déjà que ses ebooks tendent à être très chers, c'est-à-dire à peine quelques dollars de moins que la version physique, voici qu'elle trouve moyen d'inverser la vapeur...
Pour pouvoir lire Convergence Culture de Henry Jenkins, vous payerez 25,65$ pour le livre broché, ou 12,89$ pour le livre de poche,


Ou bien, vous voudrez vous procurer l'ebook, fichier dématérialisé qui n'a demandé aucune dépense d'impression, d'acheminement, de stockage physique... pour 13,79$ !


Quatre-vingt cents en plus pour le privilège de ne pas avoir de version physique, je trouve ça vraiment invraisemblable. Je suis tentée d'attribuer cette situation au fait qu'Amazon prend ses clients pour des cons, mais paraît-il qu'il ne faut pas attribuer à la malveillance ce qui peut être expliqué par la stupidité... Auquel cas, il est temps de devenir un peu compétent dans l'harmonisation des tarifs, mon cher Amazon.

Par ailleurs, il va décidément falloir que je me renseigne en détail sur la répartition des revenus dans la vente  de livres électroniques.



Une dernière remarque en passant : voilà quelques jours, je tombe sur ce témoignage d'étudiant qui me fait découvrir l'emprunt d'ebooks (!), et une fabuleuse description de la gestion des stocks de pdf :

Avec un copain, on a regardé sur le site et on a essayé d'emprunter un ebook (...). On va donc pour emprunter un ebook sur visual basic, et là, on voit, grosso modo :
« Visual basic, gnagnagna, 3 exemplaires restants, ».


Des exemplaires de fichiers informatiques ? J'imagine que c'est lié aux engagements pris par la bibliothèque avec les éditeurs, mais avouez que ça fait bizarre
.



* Dont j'espère farouchement que le nom ne deviendra pas un nom commun générique, comme Caddie© ou Frigidaire©, parce que ce serait malheureux que cet ensemble soit représenté par un exemple aussi bridé, où l'on ne peut même pas mettre ses propres fichiers... Du coup, je refuse de mettre un "s" au pluriel !
Ceci dit je ne me fait guère d'illusion, au vu des alternatives : reader, lecteur d'ebooks sont des anglicismes, liseuse est polysémique, et bouquineur  est long, avec un côté ridicule. Au final, et malgré ma haine de ce genre de crase, je me demande si je ne devrais pas me mettre à utiliser le mot livrel.

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 10:57
Punaise.
Une séquence de France Info sur le suicide avec un certain Docteur Lemoine, qui dit (de mémoire), en parlant dui rôle des adultes dans la prévention du suicide adolescent :

Les enseignants qui ont leur part de culpabilité, parce que ce sont eux qui passent le plus de temps avec nos enfants.

Hôôô-là, Bijou. On se calme !
On est en train de parler du suicide des adolescents, donc de l'enseignement secondaire. Rappellons que c'est une structure où chaque professeur passe au maximum 8 (huit) heures par semaine en face de chaque classe (c'est le nombre d'heures hebdomadaire de philosophie en terminale littéraire)
. Une classe c'est entre 15 (demi-groupes) et 35 élèves, avec un cours à faire.
Je conçois les sentiments des parents inquiets qui ont l'impression de passer à côté de la vie que leur gosse a au lycée, mais ils voient tout de même leur enfant plus d'une heure par jour en moyenne, bon sang !

Le corps enseignant fait beaucoup de prévention : délinquence (éducation civique), santé et vie sexuelle (programme de SVT), troubles alimentaires (je pense en particulier à l'enseignement scientifique de 1eL, avec -par exemple- des gamines en option danse...). Mais il est dans la nature même de l'enseignement qu'il est plus facile de faire passer des informations, que de percevoir des indices discrets chez les élèves : c'est parfois le cas, et heureusement, mais il semble absurde de l'exiger.

Nota : Il est évident que mon raisonnement ne s'applique pas dans le cas particulier des parents n'ayant pas la garde (mais il y a bien un autre adulte qui vit avec, que ce soit l'autre parent ou une famille d'accueil). La responsabilité de l'équipe pédagogique (à titre collectif) est bien sûr nettement plus lourde dans le cas des internats.

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 00:08
Je ne sais pas s'il en est de même pour vous, mais voilà déjà un bon nombre d'années que je passe mon temps à tiquer en lisant les nouvelles et en suivant les journaux parlés, et pas seulement à causes des réclames. (Oui, j'ai eu mon père au téléphone dernièrement, pourquoi ?).

D'abord à cause des fautes de français, et je ne parle pas du lapsus ou du mot un peu avalé par nécessité d'aller vite. Je parle plutôt de contre-sens déprimants révélateurs d'une inculture crasse (quelques exemples). Je pense aussi à des tentatives désespérées pour écrire ou parler de façon soutenue, et qui aboutissent à des catastrophes sémantiques et grammaticales (encore des exemples blogués ici, il y en a tant... ).

Vous voulez des exemples plus frais? En voici.


Je commence par de l'anodin, pour ne pas m'énerver tout de suite.
J'ai regardé le journal télé vespéral de France 2 diffusé mercredi 29, pour la première fois depuis deux ou trois siècles parce qu'on m'a dit que j'y verrai ma tata. Je l'ai bien vue, mais j'ai aussi dû entrendre le présentateur parler de pays « frappés par le sceau du drame », qui est un horrible mélange d'os zé de chairs meurtries, c'est-à-dire plus précisément un gloubiboulga de trois expression distinctes :

Un pays peut être frappé par un drame, et malheureusement par plusieurs, sans que ça pose un problème de français.
Quand une chose est marquée du sceau de l'infamie, du génie etc, c'est qu'elle en porte la marque de façon indélébile
On dit aussi d'une chose logique et intelligente qu'elle est frappée au coin du bon sens, une vieille expression qui remonte au temps où battre monnaie était avant tout une affaire de métaux, et pas d'assignats.
Mais prendre un sceau (c'est lourd et contondant ces trucs-là) et frapper un pays avec, non, vraiment, c'est méchant.


Mais mon objet n'est pas d'accabler un speaker qui a peut-être tout bêtement eu la langue qui a fourché (il est plus probable que l'erreur soit dans le prompteur, mais je préfère donner au rédacteur des titres le bénéfice du doute).
Je vais plutôt accabler son confrère de la presse écrite qui avait la lourde tâche journalistique de compiler les dépêches AFP sur la mort de Jörg Haider pour le Nouvel Obs, et qui a réussi à se ramasser la gueule en beauté. Comment donc ?, me demanderez vous, incrédules.
En confondant le nom d'un homme politique et celui de son parti :

Vlaams Belang, chef de file du parti flamand d'extrême droite : a salué Jörg Haider comme "un modèle" pour sa famille politique nationaliste.

Ce qui revient à écrire : M. Front National a dit lors de sa conférence de presse... 
En effet, Vlaams belang (Intérêt flamand) est un parti politique belge, actuellement dirigé par Bruno Valkeniers, dont on peut supposer qu'il est l'auteur de la phrase citée dans l'article.
Ce n'est pas par le Nouvel Obs qu'on pourra en être sûr, cependant : l'erreur, signalée depuis trois semaines dans les commentaires, n'a toujours pas été corrigée.


Angry yet? Vous n'avez encore rien lu.
Libération a dernièrement laissé passé une dépêche AFP sur les progrès du dépistage de la trisomie 21 qui comparait le nouveau test à l'amniocentèse et qui expliquait sans ciller que cette dernière technique a 50% de risque d'entraîner une fausse couche spontanée. 50%. Cinquante putain de pourcents, si vous voulez bien excuser mon vocabulaire.
Vous imaginez le médecin qui utilise de façon routinière un test qui provoque la fin de la moitié des grossesses testées ? Le chiffre correct est plus petit de deux ordres de grandeur : le risque est de 0,5 %, ce qui est déjà beaucoup, et qui explique son utilisation restreinte aux grossesses à risque (mère de plus de 38 ans, tests sériques inquiétants, etc.) et l'intérêt pour un test sanguin efficace.

Eh bien à Libé, personne n'a cillé avant la mise en ligne, ce qui lui a valu de se faire incendier dans les commentaires et de corriger en vitesse. Comme dit l'un des lecteurs, sévère mais juste :
Chiffres au lance-pierre sans aucune vérif, article AFP, article non corrigé, photo Flickr... Il y a t-il un journaliste chez Libé où est-ce l'égo journalistique qui vous étrangle? (orthographe rectifiée)

Notez bien, la Libre Belgique non plus n'a pas relevé,  ça a été repris texto par tout le monde sur l'interweb...

Si vous voulez quelque chose de décent sur la question, lisez donc cet article du Nouvel Obs, écrit cette fois-ci par une vraie journaliste, avec une culture scientifique et un cerveau en état de marche. Ça console un peu...



La morale de l'histoire ? Hé bien, rien que de très banal, et de déjà dit au sujet d'une autre bourde, biologique celle-là : quand l'AFP merdoie, c'est toute la presse francophone qui prend l'eau et se ridiculise aux yeux du monde entier...
L'AFP devrait au moins émettre des errata, ne serait-ce que par  conscience professionnelle, et les journaux devraient s'assurer que *tout* ce qui est publié, ne serait-ce qu'électroniquement, est relu par au moins une paire d'yeux, connectée à un cerveau si possible vaguement humain, quoiqu'au point où on en est, un pigeon serait déjà une amélioration...

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao