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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 18:13
Ces derniers temps j'ai eu un poème dans la tête, comme on peut avoir une chanson, parce qu'au fond, bien avant les questions d'euphonie, la poésie est une histoire de rythme.
C'est une petite chose de rien du tout, écrite par Robert Frost, sur laquelle je suis tombée par le plus grand des hasard et qui ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours.

Some say the world will end in fire,
Some say in ice.
From what I’ve tasted of desire
I hold with those who favor fire.
But if it had to perish twice,
I think I know enough of hate
To know that for destruction ice
Is also great
And would suffice.


C'est tout simple et sans prétention, tout ce que j'aime.
Or il se trouve que je me suis récemment retrouvée à veiller jusqu'à des heures indues, et que c'est aux heures grises que j'ai tendance à me lancer dans des entreprises absurdes, comme par exemple tenter de traduire quelque chose qui me trotte en tête.
(Du coup, je me rends compte que le dernier exemple de ce genre de pulsion qui ait fini sur ce blog ne date vraiment pas d'hier. We're not getting any younger, I'm afraid...)

Comme pour tout exercice de style (car je ne prétends pas à une traduction qui satisfasse tous les critères à la fois), il faut se poser des règles. Je me suis donc choisi deux contraintes :
  • En priorité, respecter le rythme
  • Dans la mesure du possible, conserver les mots à la rime.
Avec ces priorité, le sens passe au second plan, mais je crois que l'idée est à peu près conservée :

La fin du monde viendra du feu
Ou de la glace.
J'ai goûté au désir un peu,
Je penche donc en faveur du feu.
Mais que deux fois la fin se fasse,
Je crois connaître assez la haine
Pour dire qu'en destruction, la glace
Est une aubaine,
Pas une audace.

Et après ça, enfin, j'ai dormi comme une souche.


Merci à V. pour le débuggage de la quatrième ligne.
Le titre est une référence à G.R.R. Martin, dont j'espère très fort qu'il ne va pas nous jouer un tour à la  Robert Jordan pour la fin de sa saga...
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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 12:00
J'ai découvert sur l'étagère book exchange du pub irlandais d'en bas de chez moi un auteur apparemment fort célèbre au Royaume-Uni, répondant au nom étrange de Will Self. J'ai le plaisir d'y cueillir par brassées dans ses nouvelles des mots d'un vocabulaire anglais rare ou du moins peu usité dans les oeuvres de fiction que je lis d'habitude, comme dewlap, easel, dosser, aspidistra et bien d'autres...

Son humour déjanté et vaguement dépressif me réjouit au plus haut point, et on l'a
comparé à David Lodge parce qu'il place souvent ses récit dans un milieu académique où tout peut arriver. Comme le résume un critique :

An anthropologist observes that the
"spinning cycle of laundry has some of the properties of the mandala." A scientist postulates that the "visible nose represented only one-eighth of the 'real' nose."  

Ça ne se prend pas au sérieux et c'est pourtant incroyablement bien observé. Ces quelques citations n'en donneront qu'une idée très vague, mais je tente tout de même le coup :

'Well it's like this,' began Mother. 'When you die you go and live in another part of London. And that's it.'

 « The London Book of the Dead »

From its inception I knew that [my theory] fulfilled the criteria required by all great scientific theories: 1. It made large scale predictions. 2. These were testable empirically. 3. The testings would really eat up cash.

«The Quantity theory of insanity»

Extrait du recueil de Will Self, The Quantity Theory of Insanity, éditions Penguins, 1994, piqué au Cork and Cavann.

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 12:09
J'ai réalisé aujourd'hui avec horreur et grande honte que je confonds irrémédiablement Stefan Zweig et Franz Kafka.
Enfin, irrémédiablement, je n'espère pas... Disons que j'ai pourtant lu des oeuvres des deux, et qu'ils ne formaient pour moi qu'une seule et même entité. Rhôôô les boules...

Dans l'espoir d'en finir avec cette confusion infamante, voici une brève biographie de ces deux auteurs qui n'ont guère comme point commun que d'être siècle dernier, germanophones, et morts.

Kafka1906-resized.jpg
Stefan-Zweig01.jpgFranz Kafka est tchèque (enfin, techniquement, bohémien...), naît en 1883 à Prague, et meurt de tuberculose près de Vienne en 1924.
Son œuvre embématique est sans conteste la nouvelle La Métamophose (à lire), où le narrateur est tranformé, sans crier gare et sans explication, en cancrelat.

Stefan Zweig est autrichien, naît en 1881, s'exile en 1934 et se suicide en 1942, de concert avec sa femme, de désespoir face à la deuxième guerre mondiale.
Ses œuvres les plus connues sont Lettre d'une inconnue, Le Joueur d'échecs, et Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.
Elles reflètent son intérêt pour l'étude approfondie et subjective de la psychologie des personnages.

La seul rationalisation vaguement crédible que j'aie pu trouver, c'est que pour moi les livres que j'ai lu d'eux (Le Procès, La Métamorphose, Le Joueur d'échecs...) sont toujours caractérisés par une atmosphère de cauchemar et de torture mentale.
Désolée, m'sieur l'juge, promis, j'le r'f'rai plus...

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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 00:21
Des fois, je retombe sur des vieilles listes de liens sur lesquelles je voulais bloguer et que j'ai laissé prendre la poussière dans un coin de mon Desktop.
Parmi ce fatras, j'ai retrouvé un article de Wired qui vaut son pesant d'arachides : un concours d'histoires très courtes, basées sur celle d'Hemingway :

For sale: baby shoes, never worn.
A vendre : chaussures d'enfant, jamais portées.

Six petits mots pour raconter une histoire? Impossible! Quoique...
De nombreux auteurs ont relevés le défi et nous gratifient donc de nouvelles de six mots, dont certaines sont absolument fabuleuses et relèvent quasimet de l'art du haïku. (en anglais)

Celle de Josh Whedon m'a beaucoup fait rire :

Gown removed carelessly. Head, less so.

Je vous la traduirais bien mais c'est bien au-delà de mes capacités...
Quant à l'idée de transposer cet exercice de style au français, elle semble hasardeuse, l'anglais étant significativement plus concis (moins d'article, génitifs, gérondifs, "construction par accollement"...).
Que pourrait-on bien raconter en six mots?

J'ai pourtant essayé, en faisant appel à l'imagination du lecteur :

"Lettre bien reçue. C'est non."

Trop? Ce n'est jamais assez.

Demain est un autre jour. Non?

Lundi mardi mercredi jeudi vendredi Stop.

J'ai changé d'avis.
Dieu.

Monotremes oviparous, ovum meroblastic. Go figure.
(Ok, celle là est en anglais)

Veuillez s'il-vous-plaît cesser.

Et l'écran afficha "Game Over".
Edit:
 Le sixième jour, Il se reposa.
 
Une paraphrase de Beaumarchais s'est glissée au milieu de ces phrases. Sauras-tu les retrouver?
Je vous invite à essayer de faire mieux, ce devrait être faisable sans trop d'entorse au cerveau et je suis prête à proposer un prix en carambars....

Bien à vous.
Abie

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7 mai 2006 7 07 /05 /mai /2006 15:51
Allez, assez blablaté dernièrement : à la place je vais vous mettre des images...

Voici un graffiti aperçu cet hiver rue Charles Robin, à côté de la place du Colonel Fabien, et qui m'a mis de bonne humeur pour la journée.



Pour ceux qui se demandent ce que O. Henry peut bien avoir de littéraire, je vous renvoie à mon article sur ses Contes du Far-West...

PS : Ça y est j'ai mis une photo du fût de Guinness - tronc à donations!
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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 00:55
Je n'aurai qu'un mot : Youpi-youpi-tralala un mot assez long mais parfaitement adapté au sens que je veux faire passer.
En effet, deux bonne nouvelles lecturesques viennent de me dégringoler sur l'occiput .
Allez, je commence par la bonne :

1/ Le troisième tome de BlackSad, L'Âme rouge, est sorti, et c'est bien. Si vous voulez en savoir plus sur tout le bien que je pense du seul chat noir détective, allez par là.
Si vous voulez voir la bande-annonce, cliquez ici.
Si vous voulez lire les dix premières pages, cliquez-là.
Si vous voulez continuer la lecture de cet article, rendez-vous en 2/.

2/ Le trentième tome des Chroniques du Disque-Monde est sorti en anglais, et c'est bien.
On ne voit décidément pas le temps passer avec Pratchett!...
Il s'appelle
Thud!, et raconte une histoire de Sam Vimes  (dont je parlais plus tôt) et de la Garde d'Ankh-Morpork.
Et c'est très bien.
Je vais me jeter dessus dès que j'aurai terminé cet article.
Et ça, c'est formidable.

[Edit : Lire la suite dans Vingt-quatre heures après]

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10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00
J'ignore si vous vous intéressez à la littérature fantastique, d'horreur, ou de fantasy. Pour ma part, c'est un genre auquelle je suis prête à beaucoup pardonner, jusqu'à la faiblesse du style et l'inanité du scénario, pour peu que l'opération de création d'un monde par pure force d'imagination fonctionne.
Il faut dire que j'ai la suspension d'incrédulité facile, mais cela ne veut pas dire que je néglige la qualité en la matière... Quand l'inventivité rejoint le style littéraire, on ne peut que se rendre :  j'ai donc un gros faible pour Lord Dunsany, Lovecraft et les autres.

c.a. smithEh ben justement, en voici, un autre, dont j'ignorerais encore tout si une bonne âme n'avait pas pris sur elle de me sortir de mon ignorance crasse, c'est Clark Ashton Smith.
Il était grand pote avec Lovecraft, et les auteurs qui ont plus ou moins inventé tout un genre du fantastique, mais à la différence de ceux-ci, il a vécu fort vieux, au lieu de se suicider ou de bêtement sombrer dans la folie...

Il a donc tranquillement continué de produire jusque dans les années cinquante, et s'est donc trouvé le défenseur tout désigné de la déferlante fantastique / science-fiction dédaignés en choeur les critiques "classiques" mais acclamée par le public, depuis les grands classiques jusqu'aux pulp magazines dans le plus pur style Mars Attacks.

En exergue d'un recueil de ses oeuvres, j'ai donc lu ceci :

On Fantasy

We have been told that literature dealing with the imaginative and fantastic is out of favour among the Intellectuals, whoever they are. Only the Real, whatever that is or may be, is admissible for treatment; and writers must confine themselves to themes well within the range of statisticians, lightning calculators, Freud and Kraft-Ebbing, the Hearst and McFadden publications, NRA, and mail-order catalogues. Chimeras are no longer the mode, the infinite has been abolished; mystery is obsolete, and sphinx and medusa are toys for children. The weird and the unearthly are outlawed, and all mundane impossibilities (which, it may be, are the commonplaces of the Pleiads) have been banished to some limbo of literalistic derision. One may write of horses and hippopotomi but not of hippogriffs; of biographers, but not of ghouls; of slum-harlots or the hetairae of Nob Hill but not of succubi. (read more)

Ce qui se traduit à peu près par :

Sur la Fantasy

On nous a dit que la littérature traitant de l'imagination et du fantastique est tombée en disgrâce parmi les Intellectuels, qui que cela puisse être. Seul le Réel, quoi qu'il soit ou puisse être, constitue un sujet acceptable; et les écrivains doivent bien se confiner au domaine des statisticiens, des super-ordinateurs, de Freud et Kraft-Ebbing, des publications Hearst et McFadden, de la NRA, et des catalogues de vente par correspondance.
Les chimères ne sont plus en vogue, l'infini a été aboli; le mystère est obsolète et le Sphynx et la Méduse sont des jouets pour enfants. L'étrange et l'irréel sont réprouvés, et toutes les impossibilités triviales (qui sont, possiblement, très courants chez les Pléiades) ont été exilés dans les limbes de la dérision littéraire.

L'on peut écrire au sujet de chevaux et d'hippopotames, mais non d'hippogriffes; de biographes, mais non de goules; de ribaudes des bas-fonds ou des hétaires de Nob Hill, mais non de succubes.


L'excellent site The Eldritch Dark lui est entièrement consacré.



Notes :
* Kraft-Ebbing : psychiatre  allemand contemporain de Freud.
* Hearts et Mc Fadden : deux maisons d'éditions spécialisées dans les histoires de détectives (bas de gamme d'après ce que j'ai compris).
* NRA = National Rifle Association : Association qui défend le droits des américains à porter des armes, souvent par un lobby politique très efficace mais extrême. Les Associations de chasseurs puissance dix.
Pour vous donnez une idée, jetez un oeil à Bowling for Colombine.

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14 septembre 2005 3 14 /09 /septembre /2005 00:00
orgie littéraireLu dans le Charlie Hebdo de la semaine dernière (n°690), dans un article de Cavanna qui vilipende la soi-disant rentrée littéraire :

Il me faut de le lecture, beaucoup de lecture, et de la bonne, et de n'importe quelle époque.

Je souscris avec énergie. (Traduction en forumeux : +1)

Pour rester dans la littérature, j'ai appris l'autre jour une triste nouvelle en passant aux Gobelins : un de mes dealers favoris dont je vous ai déjà parlé, et à qui je dois d'avoir gardé un semblant de santé mentale pendant deux éprouvantes années scolaires, est en liquidation totale avant fermeture.
J'en suis bien marrie.

Passez voir si vous avez le temps, il y a sans doute de bonnes affaires à dénicher à :
En Marge
10 bis avenue des Gobelins
Paris 13ème

Enfin, une nouvelle qui viens de m'arriver dans l'oreillette : le prochain biopic* hollywoodien portera sur la vie d'Edgar Allan Poe.
Et sera tourné par Sylvester Stallone. (C'est Imdb qui le dit)

Oui, moi aussi, ça m'a fait bizarre, mais après tout, s'il dit être fasciné depuis toujours par l'auteur, pourquoi pas?
Et je vous rassure tout de suite, en citant le Guardian (ici et) :

Unfortunately for posterity, Stallone will not play Poe.
Malheureusement pour la postérité, Stallone ne jouera pas le rôle de Poe.

C'est déjà ça de pris.


* : Biopic = biographic picture = film biographique.


PS : Pas grand'chose à voir avec la choucroute, mais si vous avez une image de la campagne de publicité faite il ya quelques années par Chapitre.com, sur le thème "Faites des orgies de livres", dites-le moi et vous gagnerez ma reconnaissance éternelle plus un carambar...
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22 août 2005 1 22 /08 /août /2005 00:00
Ai-je déjà mentionné que les Anglais sont dotés d'un petit grain de folie qui n'appartient qu'à eux? Oui, je sais, je radote, mais que voulez-vous, c'est l'âge...
Imaginez-vous que j'étais en territoire britannique lors de l'événement apocalyptique que fut la sortie mondiale du sixième tome des aventures du jeune sorcier binoclard, j'ai nommé Harry Potter and the Half-Blood Prince.

Évidemment, ce fut une mémorable ruée, chaque chaîne de librairies annoncant des chiffres plus hallucinants les uns que les autres; il semblerait qu'il ait été écoulé en un jour plus d'exemplaires que de Da Vinci Code en... un an!
On peut donc hasarder que ce n'est pas de si tôt que Sa Gracieuse Majesté récupérera son titre de femme la plus riche du royaume, devancée qu'elle est par J.K. Rowling.

Une brève lue dans le journal m'avait alors beaucoup fait rire: un inconnu avait installé au-dessus d'une route une banderole dévoilant la fin du bouquin aux "unsuspecting motorists" qui passaient par là. La mairie, alertée, a bien sûr immédiatement envoyé une équipe pour remédier à ce drame de lèse-suspense...
Le plus amusant était de voir la façon dont le journaliste prenait des pincettes pour tourner autour du pot : "L'affiche portait l'inscription du nom d'un personnage, suivi du mot dies."

Pourquoi je vous raconte tout ça?
Parce que le site T-shirt Hell (where all the bad shirts go), célèbre pour ses t-shirts d'un goût contestable (par exemple ici) mais souvent hilarants (mon préféré), a récupéré le concept de ce terroriste littéraire, en proposant des ticheurtes portant la mention :

XXX dies page 556 :
I just saved you 4 hours and £8 (1)

C'est le tee-shirt parfait pour exercer la manie effroyable de se faire toujours, partout des ennemis (2)... Mais ne cliquez pas par là sans être sûr de vouloir connaître la fin!
 
 Ceci dit, pour justifier le classement de cette note dans la catégorie Lis tes ratures, je me sens dans l'obligation de mentionner que j'ai fini par lire ledit sixième tome il y a peu, avec une certaine satisfaction.
Ce n'est peut-être pas le meilleur de la série, mais j'aime beaucoup le développement du personnage de Dumbledore, qui est le seul de la série à pouvoir dire sans sourire des choses comme :
And now, let us step out into the night and pursue that flighty temptress, adventure.

Par ailleurs je me permet de porter à l'attention de mes lecteurs anglophones l'existence d'excellentes fanfictions inspirées de la série. Je pense en particulier aux tomes écrits par un certain Barb, qui, trouvant le temps long entre le tome 4 et 5, décida de rédiger lui-même un cinquième épisode alternatif  de 500 bonnes pages, vite suivi d'un 6ème, d'un 7ème, et même d'une "prequel" présentant l'adolescence de Bill Weasley (3).
Bien entendu introuvable dans le commerce, ces romans sont disponibles par le site Schnoogle, et méritent une attention certaine : s'adressant à un public averti, la fanfic a bien moins d'inhibitions que l'original, tant en terme de sexualité que de tentatives d'introspection.
Alors, ne jouez pas les intégristes comme un ayatollah de ma connaissance, et donnez sa chance à cet itinéraire bis!



(1) La version US indique, elle, la page 596 et un prix de $30.
(2) Cyrano de Bergerac, acte 2 scène VIII.
(3) Respectivement :
Harry Potter and the Psychic Serpent,
Harry Potter and the Time of Good Intentions,
Harry Potter and the Triangle Prophecy
et The Lost Generation.
 
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25 mai 2005 3 25 /05 /mai /2005 00:00
Il y a peu, j'ai comblé une de mes grosses lacunes (1) littéraires en me gavant de Neil Gaiman, et je ne l'ai pas regretté. Ce monsieur est un conteur-né, et sait jouer les funambules dans des genres où le risque est grand de tomber dans les poncifs et les clichés littéraires.
J'ai beaucoup apprécié le recueil de nouvelles intitulé Miroirs et fumées, mais ce n'est pas ce dont je veux vous parler aujourd'hui.
Stardust est un roman de fantasy qui mérite d'être lu, ne serait-ce que pour pouvoir le comparer à Neverwhere, du même auteur. Il a la légèreté des contes de fées pluricentenaires, et on se prend à regretter qu'il soit si court.
Un exemple?

I gain my freedom on the day the moon loses her daughter,
if that occurs in a week when two Mondays come together.
I await it with patience.
Je reprendrai ma liberté le jour où la lune perdra sa fille, si cela arrive une semaine des deux lundis. J'attends ce jour avec patience.

Ce qui permet de passer toute la lecture à se tordre l'esprit pour inventer une semaine avec deux lundis...

Or l'exergue de ce livre est un poème que j'avais déjà lu auparavant, par le plus grand des hasards, dans le roman pour enfants Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones (qui a été adapté en dessin animé par Miyazaki avec Le Château ambulant). Il apparaissait comme un poème étudié en cours d'anglais qui se retrouvait par hasard dans le monde d'un magicien. L'apprenti du magicien essayait désespérément de comprendre à quelle recette le poème pouvait bien correspondre, avec ses histoires de sirènes et d'étoiles filantes...
Sur le moment je n'ai pas réagi, et c'est en relisant au début de Stardust que j'ai compris qu'il s'agissait d'un vrai poème ancien anglais...

Il a été écrit par John Donne, un poète anglais du tournant du seizième siècle, et est :

so old that that it belonged to an age when there were far more 'e's around.
si vieux qu'il vient d'un âge où il y avait beaucoup plus de "e". (2)

Je vous mets donc la version originale, puis celle avec une orthographe anglaise moderne (25 "e" en moins, quand même), parce que la modernisation est déjà souvent une sorte de traduction (3).
Il est sobrement intitulé Song (Chanson).

Goe, and catche a falling starre,
Get with child a mandrake roote,
Tell me, where all past years are,
Or who cleft the Divels foot,
Teach me to heare Mermaides singing,
Or to keep off envies stinging,
And finde
What winde
Serves to advance an honest minde.
If thou beest borne to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand daies and nights,
Till age snow white haires on thee,
Thou, when thou retorn'st,wilt tell mee
All strange wonders that befell thee,
And sweare
No where
Lives a woman true, and faire.
If thou findst one, let mee know,
Such a Pilgrinage were sweet;
Yet doe not, I would not goe,
Though at next doore wee might meet,
Though shee were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet shee
Will bee
False, ere I come, to two, or three.

Go and catch a falling star,
Get with child a mandrake root,
Tell me where all past years are,
Or who cleft the devil's foot,
Teach me to hear mermaids singing,
Or to keep off envy's stinging,
And find
What wind
Serves to advance an honest mind.

If thou be'st born to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand days and nights,
Till age snow white hairs on thee,
Thou, when thou return'st, wilt tell me,
All strange wonders that befell thee,
And swear,
No where
Lives a woman true and fair.

If thou find'st one, let me know,
Such a pilgrimage were sweet;
Yet do not, I would not go,
Though at next door we might meet,
Though she were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet she
Will be

False, ere I come, to two, or three.

J'ai aussi trouvé deux traductions françaises de ce poème, avec chacune leurs particularités propres :

Va et attrappe au vol une étoile filante,
Fait qu'une mandragore enfante
Dis-moi où s'en sont allées les années,
Qui, du Diable, a fendu le pied,
Apprends-moi, des Sirènes, à ouïr le murmure,
Ou comment, de l'envie, ignorer la morsure,
Et trouve
Quel vent
Pousse un coeur honnête en avant.

Fusses-tu né pour voir l'irréel
Les choses invisibles au commun des mortels
Eusses-tu voyagé dix-mille jours et nuits
Et des que revenu, m'eusses-tu conté, l'ami,
Tout ce qu'euses vécu d'étranges aventures,
Nulle part, en nulle contrée
Tu l'eusses pu jurer
Ne vis femme fidèle et de toute beauté.

En trouverais-tu, une sitôt me l'écrirais,
Semblable pélerinage si doux me serait,
Et pourtant non, au final, point n'irait.
Quoiqu'au seuil voisin nous pourrions renconter
Quelque fidèle qu'elle fut, quand croisa ton chemin
Il n'en demeure pas moins
Qu'avant mon arrivée
À deux ou trois déjà elle se sera donnée.


Traduction de Jean Fuzier et Yves Denis,
extrait de Poèmes de John Donne, Éditions Gallimard.


Va attraper une étoile filante,
Fais qu'une racine de mandragore enfante,
Dis-moi où sont les jours d'antan passés,
Ou qui fit fourcher des Diables les piés,
Enseigne-moi à ouïr chanter Sirènes,
Me prémunir des piqûres de la haine,
Et m'apprends
Quel vent
Sert à pousser esprit honnête en avant.

Si tu es né pour des paysages impossibles,
Voir des choses invisibles,
Chevauche mil et une nuit, chevauche le Temps,
Jusqu'à ce que l'âge sur toi neige des cheveux blancs,
Toi, tu me diras, quand tu seras rentré,
Toutes les merveilles étranges qu'auras rencontrées,
Et jureras que nulle part
Ne vit la chose rare
D'une femme honnête, et belle aussi.

Si tu en trouves une, préviens moi; je gage
Que serait doux tel pèlerinage;
Et puis non, je n'irais point,
Même si par aventure, nous pussions nous voir non loin,
Bien que, lorsque tu l'as vue, elle parut sincère être
Au moins jusqu'au moment ou tu écrivis ta lettre
Déjà elle, je crois,
Sera
Infidèle, le temps que je vienne, à deux ou trois.


Traduction de Gilles de Seze, trouvée ici.

Dans la première traduction, les traducteurs ont privilégié le style et la rime au mot à mot, et se sont donné du mal pour dégager une idée d'archaisme et d'excentricité (subjonctif, constructions...), aux dépens de la légèreté.
Dans la deuxième traduction, l'archaïsme est plus discret (piés, mil..), et la lettre du texte est plus respectée, mais le rythme est brisé avec des vers longs (jusqu'à treize pieds, contre sept ou huit dans l'original).

Comme vous le voyez, pour remarquables qu'elles soient, aucune de ces deux traductions ne me satisfait tout à fait.
Alors, au lieu de dire du mal de gens tout à fait compétents, et qui ont fait du bon travail, je me suis mise au défi de faire ma propre traduction.

J'ai sué, j'ai compté des pieds sur mes doigts (ce qui est toujours bizarre), j'ai grincé des dents à la laideur de mes rimes en -é, -er -és, j'ai offert mon royaume pour un dictionnaire de rimes....
Voici donc le résultat :
(--ta-daam!--)

Chanson

Va, attrape un météore
,

Féconde une mandragore,
Trouve-moi les années passées,
Qui du Malin fendit le pied.
Apprends-moi le chant des Sirènes,
Les protections contre la haine
Et le vent
Pouvant
Pousser un coeur honnête en avant.

Si tu es né pour les spectacles étranges,
Pour voir ce que nul ne vit,
Chevauche dix mille jours et nuits
Jusqu'à ce que l'âge enneige ta frange.
À ton retour, me feras le récit
De ces merveilles inouïes
Et jureras
Qu'il n'est pas
De femme belle et sincère à la fois

Dis-moi si la trouves, au loin,
Le voyage doux me semblera
Mais non, tais-toi : je n'irais point
Serait-elle en face de chez moi.
Bien que sincère quand tu la vis,
Encore quand tu me l'écrivis,
Malgré cela,

Elle en aura
Avant mon arrivée trompé deux ou trois.

Comme vous le voyez, je reprend un certain nombre de choses des versions précédentes ; j'ai réduit l'archaïsme à la portion congrue, et j'ai sabré dans les sructures de phrases pour sauvegarder le rythme autant qu'il était possible.
Ce sont des choix discutables, et il y a sans doute mieux à faire pour remplir les but fixés, mais, vous savez quoi?...

...je suis contente de moi.


Disclaimer : Certains vont dire que ce poème est misogyne. Libre à eux.
C'est un poème d'amour, même s'il n'en a pas l'air, et que celui qui n'a jamais fait semblant de penser Toutes des salopes, sauf Maman!, ou Tous des rats! Ma mère m'avait bien dit..., jette la première pierre...


Dernière minute : Une recherche sur le web et divers catalogues de bibliothèques vient de m'apprendre que je ne suis pas la seule à m'intéresser à la question.
En effet, un éminent professeur du nom d'Antoine Bernan s'est penché dessus et en a tiré un livre intitulé Pour une critique des traductions : John Donne.
Mince alors, si on ne peut même pas élucubrer tranquille...


(1) Comme dirait mon père, c'est long comme lacune.
(2)
Citation traduite avec les pieds des Wee Free Men de Terry Pratchett.
(3) Un bon mot veut que les anglais envient les autre nations, parce que les étrangers, eux, peuvent lire Shakespeare traduit...
Mais si l'on obligeait les élèves de lycée à étudier Rabelais dans le texte d'origine, je vous assure qu'ils penseraient exactement la même chose!
Vous en doutez? Allez donc lire un peu ici Pantagruel dans le texte...

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao