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29 mai 2005 7 29 /05 /mai /2005 00:00

Ayant pris la peine d'informer précisement le Père Noël de mes goûts, j'ai reçu en étrennes il y a six mois déjà un très beau pavé : Pseudodoxia epidemica, ou Examen des idées reçues et des vérités généralement admises, aux excellentes Éditions José Corti.
Ce titre prometteur est l'ouvrage de Sir Thomas Browne, un écrivain et philosophe anglais du dix-septième siècle, qui avait l'âme curieuse et l'esprit inquisiteur.

Comme son nom l'indique, le bouquin s'intéresse à une multitude de sujets allant de la chimie à l'éxégèse biblique, et passe un certain temps à détailler des croyances touchant aux animaux tant courants (salamandre dans le feu) que mythiques (basilic) . Certaines existent toujours, d'autres sont perdues, d'autres enfin, expliquent beaucoup de choses...

Livre troisième, Chapitre VI
De l'Ourse

Que lorsque l'Ourse met bas, ses petits sont informes et qu'elle les façonne en léchant tout leur corps est une opinion qui, de nos jours n'est pas seulement vulgaire et commune parmi nous mais c'est une opinion qui a autrefois été également affirmée par d'anciens Écrivains.

Pour s'opposer aux auteurs antiques, Browne invoque d'autres autorités, en autre celle d'Aldrovandi, et conclut en substance qu'il n'y a pas de fumée sans feu :

Or, comme cette opinion fait offense au bon sens et à la raison, il faut bien qu'elle ait quelques fondements dans l'un et l'autre. Ainsi, lorsque l'ourson sort enveloppé du Chorion, une membrane solide et épaisse qui dissimule sa forme, et que l'Ourse se met à mordre et déchirer, l'observateur peut penser de prime abord qu'il s'agit d'une masse de chair grossière et informe, et à cause d'elle attribuer la forme de l'Ourson aux lèchements de l'Ourse.

L'expression "ours mal léché" prend soudain une nouvelle profondeur! (Jusque là, je me disais qu'il devait s'agir d'une question d'hygiène, un peu comme pour les chats.)

Un autre chapitre animalier a aussi retenu mon attention :

Livre troisème, Chapitre V
Du Blaireau

Que le Taisson ou Blaireau ait les pattes d'un côté du corps plus courte que celle de l'autre côté, est sans doute une opinion assez peu ancienne mais cependant généralement répandue et acceptée par les théoriciens tout autant que par les crédules sans expérience, et approuvée par la plupart de ceux qui ont eu l'occasion de d'observer l'animal et de le chasser quotidiennement; ce que, cependant, après enquête, je décrare contraire aux trois déterminants de la vérité, Autorité, Bon sens et Raison.

Pour l'Autorité, il cite Albert le Grand et (encore) Aldrovandi, pour le Bon sens sa propre expérience, et pour la Raison des considérations fonctionnelles, et conclut donc que c'est une superstition injustifiée.
J'avoue avoir été très étonnée à la lecture de ce chapitre : d'abord, par ce que je ne vois pas pourquoi on aurait affublé le malheureux blaireau d'une telle malformation, et surtout parce que cette description rappelle irrésistiblement le plus classiques de canulards, la plus discrète des espèces montagnardes, l'ombre insaisissable que poursuivirent des générations de gosses, j'ai nommé : le Dahu.
Pour en savoir plus n'hésitez pas à lire la page très sérieuse que lui consacre Wikipédia, avant de vous lancer en expédition de chasse (Surtout les Alpes, tant françaises qu'italiennes...)!


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28 mai 2005 6 28 /05 /mai /2005 00:00
La langue scientifique a tendance à créer beaucoup de mots aux racines obscures pour décrire des objets confidentiels.
Certains ne manquent pas d'élégance...

Migmatite est par exemple un mot joli et étrange, avec une formation autant originale dans le cas du nom que dans celui de la chose.
Selon les sources, il vient soit, très sérieusement, du grec migma (mélange), soit, plus étrange, de mi- et magma, ce qui est plus original, voire d'une déformation de pegmatite...

Micropyle, lui, doit son côté ridicule au fait qu'il n'a rien, mais alors rien à voir avec une mini-batterie (il veut dire petite porte en grec).
Il présente la particularité d'être une structure à la fois animale (photo noir et blanc) et
végétale (photo colorée), ce qui ne court pas les rues de nos jours, ma bonne dame. Et c'est l'anagramme de polymeric, mais ça n'a aucun rapport.



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27 mai 2005 5 27 /05 /mai /2005 00:00
shadokAllez, je continue avec mes brèves radiophoniques...
Toujours sur France-Info, dans la rubrique qui nous présente de jeunes-entrepreneurs-dynamiques-et-créatifs, me voici une fois de plus confrontée au jargon commercial qui m'horripile au dernier degré. (Mais il faut dire que j'ai l'horripilateur facile).

Il cherchait des partenaires "en France et à l'international", en particulier pour "migrer nos technologies sur téléphone portable".

Mettons les choses au point : les pays qui ne sont pas la France, ça s'appelle l'étranger. International en tant que substantif, signifie

Joueur athlète sélectionné dans une équipe nationale pour les rencontres internationales. Un international de rugby. (Le Petit Robert)

Je ne pense vraiment pas que c'est ce à quoi pensait notre énergique chef d'entreprise....

Le deuxième abus est grammatical plutôt que lexical : sous quelqu'angle que vous le regardiez,
il n'y a pas à tortiller, migrer est un verbe intransitif.
Donc s'il tient à la métaphore, il aurait pû dire quelque chose comme "pour faire migrer nos technologies vers les téléphones portables".
Le plus simple restant bien sûr "pour adapter nos technologies aux téléphones portables".

Mais comme disent les Shadoks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et pourquoi faire compliqué quand on peut faire inextricable?



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26 mai 2005 4 26 /05 /mai /2005 00:00
Il y a de mauvaises raisons de voter Non (pour emmerder Raffarin, par exemple), tout comme il y a aussi de mauvaises raisons de voter Oui.
Je trouve que cet argumentaire ouiste, trouvé sur un blog qui se veut de "bon sens", est proprement atterrant.
Pour en prendre un bout au hasard :

Je vais dire "oui" parce que ma fille Emilie et mon gendre sont créatifs et ont des projets qui peuvent dépasser nos frontières.

WTF? Moi, je vais dire oui parce que mon (hypothétique) chien est un croisement Berger allemand et de Setter irlandais, peut-être...

Le pire, c'est que je suis tombée dessus parce qu'une jeune élue UMP en parle dans son blog pour dire qu'elle trouve cette note "fraîche, juste, positive, pratique et confiante dans l'avenir". Rien que ça.

Ah, tiens pendant que j'y suis, je vous recommande le site SciencePolitique.net, idéal pour vous renseigner sur divers aspect du référendum, et en particulier pour vous y retrouver dans les sondages, entre BVA, Louis-Harris, Sofres et les autres...
Il est aussi accessible à l'adresse constitution-europeenne.com, c'est même comme ça que je l'ai découvert.



Encore une chose, qui n'a vraiment rien avoir le reste.
Ce soir, je me coucherai moins conne bête, parce que j'ai appris aujourd'hui :

- que l'Égypte était en état d'urgence depuis 1981!
Renseignements pris, cela ne bat pas la Syrie, qui est elle en état d'urgence depuis... 1963!! Adhérez à Amnesty, ya du boulot...
Comme c'est pratique, l'état d'urgence... je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fairt regarder l'article 16 (1) de la Constitution d'un autre oeil. (Source : Libé)

- et que J.P. Raffarin était fan des Wampas. Et ça, ça me troue. (Source : page Wikipédia dudit JP).(2)



(1) Parce que j'ai bien compris que vous êtes des flemmards, voici la citation...
L'article 16 est celui qui dit :

Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances.

Traduction : quand c'est la merde, le Président prend les pleins pouvoirs.
Si vous voulez en savoir plus sur la législation de ce genre de situations, lisez donc ces précisions sur les atténuations au principe de légalité (c'est fou comme je traite de sujets sérieux, je m'épate moi-même).
Et si vous voulez vous donner des sueurs froides, lisez donc cet article québéquois "L'article 16 fait-il encore peur?".
Vu comme ça, plutôt, oui.

(2) Je soupçonne le canular, tout de même...


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25 mai 2005 3 25 /05 /mai /2005 00:00
Il y a peu, j'ai comblé une de mes grosses lacunes (1) littéraires en me gavant de Neil Gaiman, et je ne l'ai pas regretté. Ce monsieur est un conteur-né, et sait jouer les funambules dans des genres où le risque est grand de tomber dans les poncifs et les clichés littéraires.
J'ai beaucoup apprécié le recueil de nouvelles intitulé Miroirs et fumées, mais ce n'est pas ce dont je veux vous parler aujourd'hui.
Stardust est un roman de fantasy qui mérite d'être lu, ne serait-ce que pour pouvoir le comparer à Neverwhere, du même auteur. Il a la légèreté des contes de fées pluricentenaires, et on se prend à regretter qu'il soit si court.
Un exemple?

I gain my freedom on the day the moon loses her daughter,
if that occurs in a week when two Mondays come together.
I await it with patience.
Je reprendrai ma liberté le jour où la lune perdra sa fille, si cela arrive une semaine des deux lundis. J'attends ce jour avec patience.

Ce qui permet de passer toute la lecture à se tordre l'esprit pour inventer une semaine avec deux lundis...

Or l'exergue de ce livre est un poème que j'avais déjà lu auparavant, par le plus grand des hasards, dans le roman pour enfants Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones (qui a été adapté en dessin animé par Miyazaki avec Le Château ambulant). Il apparaissait comme un poème étudié en cours d'anglais qui se retrouvait par hasard dans le monde d'un magicien. L'apprenti du magicien essayait désespérément de comprendre à quelle recette le poème pouvait bien correspondre, avec ses histoires de sirènes et d'étoiles filantes...
Sur le moment je n'ai pas réagi, et c'est en relisant au début de Stardust que j'ai compris qu'il s'agissait d'un vrai poème ancien anglais...

Il a été écrit par John Donne, un poète anglais du tournant du seizième siècle, et est :

so old that that it belonged to an age when there were far more 'e's around.
si vieux qu'il vient d'un âge où il y avait beaucoup plus de "e". (2)

Je vous mets donc la version originale, puis celle avec une orthographe anglaise moderne (25 "e" en moins, quand même), parce que la modernisation est déjà souvent une sorte de traduction (3).
Il est sobrement intitulé Song (Chanson).

Goe, and catche a falling starre,
Get with child a mandrake roote,
Tell me, where all past years are,
Or who cleft the Divels foot,
Teach me to heare Mermaides singing,
Or to keep off envies stinging,
And finde
What winde
Serves to advance an honest minde.
If thou beest borne to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand daies and nights,
Till age snow white haires on thee,
Thou, when thou retorn'st,wilt tell mee
All strange wonders that befell thee,
And sweare
No where
Lives a woman true, and faire.
If thou findst one, let mee know,
Such a Pilgrinage were sweet;
Yet doe not, I would not goe,
Though at next doore wee might meet,
Though shee were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet shee
Will bee
False, ere I come, to two, or three.

Go and catch a falling star,
Get with child a mandrake root,
Tell me where all past years are,
Or who cleft the devil's foot,
Teach me to hear mermaids singing,
Or to keep off envy's stinging,
And find
What wind
Serves to advance an honest mind.

If thou be'st born to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand days and nights,
Till age snow white hairs on thee,
Thou, when thou return'st, wilt tell me,
All strange wonders that befell thee,
And swear,
No where
Lives a woman true and fair.

If thou find'st one, let me know,
Such a pilgrimage were sweet;
Yet do not, I would not go,
Though at next door we might meet,
Though she were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet she
Will be

False, ere I come, to two, or three.

J'ai aussi trouvé deux traductions françaises de ce poème, avec chacune leurs particularités propres :

Va et attrappe au vol une étoile filante,
Fait qu'une mandragore enfante
Dis-moi où s'en sont allées les années,
Qui, du Diable, a fendu le pied,
Apprends-moi, des Sirènes, à ouïr le murmure,
Ou comment, de l'envie, ignorer la morsure,
Et trouve
Quel vent
Pousse un coeur honnête en avant.

Fusses-tu né pour voir l'irréel
Les choses invisibles au commun des mortels
Eusses-tu voyagé dix-mille jours et nuits
Et des que revenu, m'eusses-tu conté, l'ami,
Tout ce qu'euses vécu d'étranges aventures,
Nulle part, en nulle contrée
Tu l'eusses pu jurer
Ne vis femme fidèle et de toute beauté.

En trouverais-tu, une sitôt me l'écrirais,
Semblable pélerinage si doux me serait,
Et pourtant non, au final, point n'irait.
Quoiqu'au seuil voisin nous pourrions renconter
Quelque fidèle qu'elle fut, quand croisa ton chemin
Il n'en demeure pas moins
Qu'avant mon arrivée
À deux ou trois déjà elle se sera donnée.


Traduction de Jean Fuzier et Yves Denis,
extrait de Poèmes de John Donne, Éditions Gallimard.


Va attraper une étoile filante,
Fais qu'une racine de mandragore enfante,
Dis-moi où sont les jours d'antan passés,
Ou qui fit fourcher des Diables les piés,
Enseigne-moi à ouïr chanter Sirènes,
Me prémunir des piqûres de la haine,
Et m'apprends
Quel vent
Sert à pousser esprit honnête en avant.

Si tu es né pour des paysages impossibles,
Voir des choses invisibles,
Chevauche mil et une nuit, chevauche le Temps,
Jusqu'à ce que l'âge sur toi neige des cheveux blancs,
Toi, tu me diras, quand tu seras rentré,
Toutes les merveilles étranges qu'auras rencontrées,
Et jureras que nulle part
Ne vit la chose rare
D'une femme honnête, et belle aussi.

Si tu en trouves une, préviens moi; je gage
Que serait doux tel pèlerinage;
Et puis non, je n'irais point,
Même si par aventure, nous pussions nous voir non loin,
Bien que, lorsque tu l'as vue, elle parut sincère être
Au moins jusqu'au moment ou tu écrivis ta lettre
Déjà elle, je crois,
Sera
Infidèle, le temps que je vienne, à deux ou trois.


Traduction de Gilles de Seze, trouvée ici.

Dans la première traduction, les traducteurs ont privilégié le style et la rime au mot à mot, et se sont donné du mal pour dégager une idée d'archaisme et d'excentricité (subjonctif, constructions...), aux dépens de la légèreté.
Dans la deuxième traduction, l'archaïsme est plus discret (piés, mil..), et la lettre du texte est plus respectée, mais le rythme est brisé avec des vers longs (jusqu'à treize pieds, contre sept ou huit dans l'original).

Comme vous le voyez, pour remarquables qu'elles soient, aucune de ces deux traductions ne me satisfait tout à fait.
Alors, au lieu de dire du mal de gens tout à fait compétents, et qui ont fait du bon travail, je me suis mise au défi de faire ma propre traduction.

J'ai sué, j'ai compté des pieds sur mes doigts (ce qui est toujours bizarre), j'ai grincé des dents à la laideur de mes rimes en -é, -er -és, j'ai offert mon royaume pour un dictionnaire de rimes....
Voici donc le résultat :
(--ta-daam!--)

Chanson

Va, attrape un météore
,

Féconde une mandragore,
Trouve-moi les années passées,
Qui du Malin fendit le pied.
Apprends-moi le chant des Sirènes,
Les protections contre la haine
Et le vent
Pouvant
Pousser un coeur honnête en avant.

Si tu es né pour les spectacles étranges,
Pour voir ce que nul ne vit,
Chevauche dix mille jours et nuits
Jusqu'à ce que l'âge enneige ta frange.
À ton retour, me feras le récit
De ces merveilles inouïes
Et jureras
Qu'il n'est pas
De femme belle et sincère à la fois

Dis-moi si la trouves, au loin,
Le voyage doux me semblera
Mais non, tais-toi : je n'irais point
Serait-elle en face de chez moi.
Bien que sincère quand tu la vis,
Encore quand tu me l'écrivis,
Malgré cela,

Elle en aura
Avant mon arrivée trompé deux ou trois.

Comme vous le voyez, je reprend un certain nombre de choses des versions précédentes ; j'ai réduit l'archaïsme à la portion congrue, et j'ai sabré dans les sructures de phrases pour sauvegarder le rythme autant qu'il était possible.
Ce sont des choix discutables, et il y a sans doute mieux à faire pour remplir les but fixés, mais, vous savez quoi?...

...je suis contente de moi.


Disclaimer : Certains vont dire que ce poème est misogyne. Libre à eux.
C'est un poème d'amour, même s'il n'en a pas l'air, et que celui qui n'a jamais fait semblant de penser Toutes des salopes, sauf Maman!, ou Tous des rats! Ma mère m'avait bien dit..., jette la première pierre...


Dernière minute : Une recherche sur le web et divers catalogues de bibliothèques vient de m'apprendre que je ne suis pas la seule à m'intéresser à la question.
En effet, un éminent professeur du nom d'Antoine Bernan s'est penché dessus et en a tiré un livre intitulé Pour une critique des traductions : John Donne.
Mince alors, si on ne peut même pas élucubrer tranquille...


(1) Comme dirait mon père, c'est long comme lacune.
(2)
Citation traduite avec les pieds des Wee Free Men de Terry Pratchett.
(3) Un bon mot veut que les anglais envient les autre nations, parce que les étrangers, eux, peuvent lire Shakespeare traduit...
Mais si l'on obligeait les élèves de lycée à étudier Rabelais dans le texte d'origine, je vous assure qu'ils penseraient exactement la même chose!
Vous en doutez? Allez donc lire un peu ici Pantagruel dans le texte...

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24 mai 2005 2 24 /05 /mai /2005 00:00
Traducteur, traître.
Quand j'ai compris, vers quatorze ans (j'avais un prof d'anglais bizarre), que le proverbe italien était fondamentalement juste, ça m'a déprimé pendant un petit moment : je me demandais si cela valait vraiment la peine d'apprendre une langue étrangère (alors que c'est pour cela qu'il faut le faire!)...
Rassurez vous, j'en suis remise depuis, mais il m'en reste une admiration sans borne pour les bons traducteurs, et une certaine férocité pour les mauvais (1).
C'est sans doute pour quoi j'apprécie tant l'excellent weblog de Céline Graciet, qui traite de traduction et d'interprétariat, ou les notes de traduction dans les ouvrages sérieux.

J'ai découvert voilà quelques années maintenant que la traduction se composait en fait en plusieurs disciplines qui n'aboutissent pas du tout au même résultat...
Il y a, bien sûr, la traduction technique : celle qui vous explique qu'il faut insérer la vis dans le trou en haut à gauche du panneau rectangulaire.(2) C'est aussi celle des pages ouèbe commerciales, des contrats, des dépêches AFP : cette traduction ne se préoccupe que du sens.

Puis, par ordre de complexité, vient la traduction de textes littéraires. Si vous êtes un étudiant en traductologie, vous effectuerez une traduction scientifique, c'est à dire bourrée de notes de bas de pages et d'explications sur l'intraduisibilité de tel jeu de mot, les références culturelles et sociales de l'oeuvre ou les termes monétaires médiévaux en Bas Letton. Ce sera très intéressant, mais il ne faudra pas vous attendre à ce que cela se vende comme du Harry Potter.

Si au contraire, vous êtes employé par un éditeur pour traduire, justement, Harry Potter en anglais, vous ne pouvez pas vous retrancher derrière votre intégrité de traducteur en disant que "Hogwarts" est un nom qui porte trop de sens dans sa sonorité pour pouvoir être traduit en français. Vous le traduisez donc, pour le plus grands bonheur des jeunes lecteurs, "Poudlard" :
c'est la traduction littéraire . Cela vous vaut la haine ferme et inextinguible d'un certain nombre de moins jeunes lecteurs, moi la première ; mais ce sont les risques du métier...
C'est ainsi qu'en cherchant à retransmettre non seulement le sens mais aussi le style d'un texte, le traducteur se voit obligé d'inventer, de laisser parler son imagination, de faire des concessions : donner un nom bizarre à un personnage, pour pouvoir traduire un jeu de mot, ou abandonner le jeu de mot? Choix difficile mais nécessaire. Et le choix des mots, des formules et des tournures permet d'imprimer sa patte à l'oeuvre.
Par exemple, Patrick Couton, l'immensément admirable traducteur de Terry Pratchett en français (3), a marqué à leur insu une génération de lecteurs de science-fiction, puisqu'en plus des chroniques du Disque-Monde, il a aussi traduit en français les Chroniques d'Alvin le Faiseur d'Orson Scott Card, ou encore plusieurs romans de Michaël Moorcock. Sans le savoir, presque tout le monde a lu du Couton.

Mais lorsqu'il s'agit de poésie, la traduction quitte le domaine de la compétence pointue pour entrer dans le royaume de l'impossible...
Il ne s'agit plus seulement de rendre dans une autre langue le sens, le style, et les références, mais aussi le rythme, la scansion, la rime et surtout.. la poésie.

Un bon exemple de ce dilemne est celui du célèbre poème If de Rudyard Kipling.
Si vous voulez une traduction fidèle, lisez celle de Jules Castier, mais vous ne reconnaîtrez pas le poème. Car tout le monde connaît une autre version, celle qui commence par :
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie,
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir...

C'est la traduction d'André Maurois. Bien que moins fidèle, elle a une force lyrique qui fait qu'elle restera, pour tout les non-anglophones, la "vraie" version du poème Si...

Bon vous vous demandez sans doute pourquoi je raconte tout ça. La réponse en est : parce que je suis une incorrigible bavarde.

Ah, vous vouliez la cause proximale?
Eh bien parce que je voulais vous parler des différentes traductions d'un poème anglais sur lequel je ne cesse de tomber, mais j'ai voulu commencer par des généralités sur la traduction, et voilà où j'en suis!

Il va donc falloir attendre un peu, pour que je vienne compléter mon "Babel Web"( oui, je sais, c'est faible...).


(1) Ça a l'air brutal, dit comme ça, mais pour qu'un lecteur lambda se rende compte d'un problème, il faut y aller fort...
Dans mon cas, vu que je ne connaîs guère que l'anglais, ils y vont en général à grands coups de faux-amis de (aéroplane pour avion, désappointé pour déçu, blouse pour chemisier, paranoïde pour paranoïaque, etc.), et de calque maladroit.
Et puis il y a l'autre catégorie de "mauvais traducteurs", celles des traducteurs du dix-neuvième qui se croyaient autorisés à réécrire intégralement l'oeuvre. Groumpf.
Mais, heureusement, il y a les bons, qui se reconnaissent au fait qu'on les oublie complètement. C'est ingrat comme métier, quand on y pense, une oeuvre de l'ombre, un peu comme monteur au cinéma.

(2) Sauf lorsqu'elle a été effectuée par un tadjik germanophone à partir de la version coréenne, auquel cas elle vous informera de glisser le pointu à la point de le plaque derrière, et il ne vous restera plus qu'à vous reporter à la version anglaise....

(3) Il existe en enfer un département spécial où les traducteurs les plus scandaleux sont condamnés à traduire du Pratchett jusqu'à ce que le résultat soit absolument parfait. Je les plains.

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23 mai 2005 1 23 /05 /mai /2005 00:00
Entendu aujourdhui à la radio, par un maire corse au sujet des poseurs de bombes :

Ils n'ont ni feu ni loi...

Petit rappel :

Sans foi ni loi : Bandit, qui ne respecte, ni l'honneur, ni la religion, ni la loi.
Sans feu ni lieu : Vagabond, n'ayant pas d'âtre pour se réchauffer ni d'endroit pour dormir.

Enfin, au moins ce n'était pas un journaliste....

 
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18 mai 2005 3 18 /05 /mai /2005 00:00
Il y a deux jours, je suis allée voir la page "Statistiques" de ce blog et j'ai été impressionnée par l'augmentation des chiffres de fréquentation.
Plus de quarante visiteurs par jour sur le mois de mai, c'est loin d'être ridicule, et on peut se demander ce qui vous (oui vous, là!) amène ici.
Après moultes recherches, j'ai enfin la réponse : c'est un complot sataniste.
La preuve? La voici :


Si jamais un monsieur aux pieds bots et fendus(*) sonne à ma porte, je vous tiendrai au courant (et ce sera de votre faute)...

(*) "Tell me, who cleft the devil's foot?"
John Donne
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17 mai 2005 2 17 /05 /mai /2005 00:00
L'échéance du 29 mai approche à grand pas.
Je profite donc de ce blog pour faire circuler, à mon humble échelle, les documents qui m'ont paru intéressants, bien argumentés, et thought-provoking (qui donnent à penser).

Encore une fois, si quelqu'un a des arguments en faveur du Oui au traité de Constitution qui lui paraisse raisonnables, je serais ravie de les entendre.
Je ne connais personnellement qu'un seul partisan du oui
, pour l'instant, et son argument est "que si on vote Oui, on mangera de la merde pendant dix ans, mais qu'on mangera de le merde pendant encore dix ans de plus si on vote Non". Ça n'emporte pas ma conviction.
Ce qui va suivre, par contre, oui.

  • §2 En plat de résistance, je vous propose cet interview , tirée de l'Express, et dénichée ici, sur le blog de Thierry Lenain.
express

Le monsieur qui cause dans le poste, un certain Jacques Généreux, m'est parfaitement inconnu, mais après écoute de ce qu'il a à dire, hautement sympathique, il faut bien l'avouer.

Mais ne vous arrêtez pas là! Allez écouter les autres interviews (c'est bien moins fastidieux que de lire, et puis ils parlent avec les mains...) : il y avait dix personnalités différentes, également réparties entre le Oui et le Non, et répondant toutes aux dix mêmes questions. C'est très intéressant, et j'ai été amusée de voir que l'interview pro-Oui de Jacques Attali me donne une envie impérieuse d'aller immédiatement voter Non, en même pas trente secondes...

§
3
Enfin, butiné sur le portail Rezo.net, la profession de foi d'un ancien partisan du Oui, employé par l'État-major du gouvernement pour développer son argumentaire, et qui a vu ses convictions fondre comme neige au soleil.
Il raconte ainsi sa désillusion :

J’ai été, au milieu de la campagne, lors d’une de nos réunions hebdomadaires du lundi, troublé d’entendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton de l’évidence que « comme on ne peut pas contrer les arguments du Non, il faut le discréditer, le ringardiser » ….
sans que cela ne soulève la moindre vague de protestation chez les participants.

Il a alors essayé de se faire sa propre opinion, et troqué un oui de coeur contre un non de raison.
Il accuse, avec une intransigeance qui l'honore (surtout si l'on considère le mal qu'elle peut faire à sa carrière) le gouvernement de rien moins que de forfaiture.
Prenez la peine de le lire, pour avoir enfin une réponse la prochaine fois que vous entendrez "Tous pourris!".

Et puis si vous voulez des nouvelles de nos voisins belges qui n'auront pas, eux, la chance qu'on leur demande leur avis, lisez donc ce blog du Plat Pays.

Encore une fois tous les commentaires et contestations sont les bienvenus, et n'hésitez à citer ces liens ou cet article.



[Edit] Suite des évènements, toujours grâce à Rezo.net...
Il semble que ladite profession de foi a eu un certain succès, ce qui donne l'occasion d'une étude en médiatique, avec journalisme, présentation, et réponse du berger à la bergère :
Pour continuer la réflexion, voici un Ouiste qui n'est pas du tout d'accord avec lui, et puis une liste qui reprend un certains nombres d'argumentaires du Non, dont déjà trois cités ici, héhé! (et surtout, lus, c'est là qu'est le haut fait...)

Un carambar à qui les retouve!
 
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15 mai 2005 7 15 /05 /mai /2005 00:00
Un moment de poésie interdisciplinaire?

tapir and baby
 
*** Physiciens, attention! ***
Détournez les yeux, ça pourrait vous faire du mal.

- Un atome c'est fait de quoi?
- De gènes?

(...)

- Et la masse de l'électron?
- Elle est nulle.

Pour prévenir les questions : oui, il le faisait exprès... Mais tout de même, où va-t-on?

 
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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao