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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 00:08

Je viens de regarder The Stepford Wives, un film que je voulais voir depuis longtemps. C'était un bon film et un navet. Pas les deux en même temps, cela dit : les deux à trente ans d'intervalle. Le premier date de 1975, le remake de 2004, et j'ai beau avoir une certaine sympathie pour Mme Kidman1 (héroïne de la deuxième version), la différence est assez douloureuse à regarder.

 

Ma chance a  cependant été de commencer par le plus récent (la dure loi des torrents) : je suis passée de ce qu'on appelle aujourd'hui du triste nom de "feel-good movie" à un vrai film, ce qui m'a permis de terminer sur une note positive. Dans l'autre sens, je me serai sans doute énervée.


Attention, la suite de cet article dévoile des éléments important du scénario.
Si vous pensez vraiment que savoir que Dracula boit du sang

enlève tout intérêt à la lecture du roman, arrêtez-vous ici.

Si vous pensez qu'une histoire digne de ce nom supporte d'être racontée plus d'une fois,

je vous invite à continuer...

 

Voici donc un petit guide pour les scénaristes de remake : vous connaissez un film intéressant, qui a eu un franc succès et a même réussi à donner une expression lexicalisée à la langue anglaise ? Vous voulez le faire un remake pour capitaliser sur sa notoriété sans vous fouler le faire découvrir aux jeunes générations ? Fort bien, mais assure-vous d'abord de l'avoir rendu complètement inoffensif en suivant soigneusement ces étapes.

  • - Last things first : changez la fin pour que ça finisse bien. Sinon, ça risquerait de porter à conséquence, voire de faire réfléchir les gens après le générique de fin, et personne n'a envie d'une chose pareille.

  • - Remplacez une terreur de conte fantastique par une opération technologique trivialement réversible2. Les métaphores c'est un peu trop intellectuel pour le public, tu vois, et puis une histoire écrite par le même auteur que Rosemary's baby, c'est flippant, un peu, faisons dans le léger !

  • - Rendez les héroines quelque peu détestables, histoire de laisser entendre que, bon quand même, elles ont un peu poussé, et qu'elles méritent un poil leur sort, au fond.

  • - Donnez au méchant une justification psychologique qui prouve bien que c'est la souffrance qui l'a rendu fou et que personne de sensé n'a vraiment ce genre d'idée.
  • Et puis choisissez une folie certes dangereuse mais au fond bien intentionnée, hein : on ne veut pas Heath "I'm an agent of chaos" Ledger, non, prenez plutôt Glenn Close et faites-lui dire des choses hyper subversives comme "what could I do to make the world more beautiful?"

  • - Débarrassez-vous des derniers restes de pertinence sociale en éliminant complètement la problématique de classe.

  • - Remplacez-la par une louche de clichés éculés sujets de société, quelques répliques amusantes, et du comique de situation. Rappelez-vous : c'est une comédie, maintenant qu'on a changé la fin.

 


1975: Patriarchal pressure changes independant women into mindless robots. 

 

 


2004: Crazy broken-hearted scientific lady brainwashes carrier-driven over-achievers into being picture-perfect 50's houseviwes, but in the end love conquers all.

 

 

 


Detoothed, declawed, and nice all around... Le tour est joué : le film s'est fait stepfordiser.


When you come back, there will be a woman with my name and my face, she'll cook and clean like crazy, but she won't take pictures and SHE WON'T BE ME!



1. Ne serait-ce que pour les deux heures d'hilarité convulsive que je dois à l'inénarrable BMX Bandits où elle fit ses débuts cinématographiques, quand elle était encore dotée de son joli nez de lait et de sa tignasse rousse.
2. Par exemple en appuyant complètement au hasard sur des panneaux tactiles super-modernes.


 


NB: Et pour ce qui est de l'original, je n'arrive pas à savoir si je suis plus amoureuse de Katharine Ross ou de Paula Prentiss. Ma vie est un enfer

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commentaires

sieglind la dragonne 07/06/2010 08:39



Le pire c'est que je crois avoir zappé le premier, mais j'ai toujours un a priori quant aux remakes... presque toujours déçue... (voir la maison du diable et sa "bouse" Hantise par exemple)


Je note ça, histoire de rattraper la faute (le vrai, pas la nouvelle version évidemment)


Rien à voir ou presque, mais je cherche vainement à acheter The Changeling (bizarrement re-baptisé L'Enfant du Diable en françaks) un bon film fantastique sans la sampiternelle machinerie
informatique et mécanique actuelle.



Tororo 15/05/2010 00:46



Excellente dissection de la méthode. 


J'ai ressenti une impression d'agacement un peu du même ordre en comparant la première version de Man on Fire avec son remake presque à l'identique: on a, certes, rajouté des effets
spéciaux numériques qui rendent les éclaboussures de sang encore plus jolies et les explosions encore plus pimpantes - cela, personne ne s'en plaindra; mais, à part ça, tous les changements vont
dans le même sens: on atténue tout ce qui pouvait être dérangeant dans le premier film; on multiplie les occasions pour le héros de se montrer gentil avec la petite fille (sans doute
pour  que le spectateur comprenne bien que c'est un gentil: le héros du premier film était bien trop bourru!); on insiste sur le fait que la quête désespérée du héros est une
rédemption, et on en gomme l'aspect déplaisant  de descente aux enfers;  on remplace la fin originale, victoire au goût amer (l'amertume dans la victoire, ce n'est pas de très bon goût)
par une classique happy end avec glaçage de tragédie (parfum "accomplissement de destinée christique"...) en évitant de suggérer que la jeune héroïne ait pu être si peu que ce soit traumatisée
par ce qu'elle a vécu et hop, le tour est joué: tout en respectant les impératifs du cahier des charges - autant, voire un peu plus, de coups de feu tirés - on a un produit beaucoup plus
consensuel.  


Je suis impatient de voir les remakes du Faucon Maltais et du Trésor de la Sierra Madre: les fins seront sûrement plus gaies (façon Ocean Eleven, sans doute).


 



Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao