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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 16:02
Pfffff. Que dire ?
Je ne vous ferai pas l'insulte de vous réexpliquer depuis le début qui est Jean Sarkozy, ex-future star des planches, ex-futur étudiant modèle, et les raisons de sa subite popularité mondiale, depuis Twitter jusqu'à la télé chinoise.

L'annonce de sa nouvelle promotion (le pauvre enfant n'est que conseiller général et président du groupe UMP des Hauts de Seine) lui a valu du courrier, mais aussi plein de conseils bien intentionnés, ce qui était à prévoir.

Mais j'avoue être atterrée par le niveau abyssal des arguments présentés par ceux qui prétendent le défendre.

Fillon s'embrouille désespérément dans la signification de cette nomination, semblant croire que cela a quelque chose à voir avec le suffrage universel (en fait, pas du tout).
Mais des sommets de mauvaise foi sont atteints dans les réactions recueillies par cet article du Monde :
Copé rétorque par exemple qu'on «ne présente plus Martine Aubry comme la fille de Jacques Delor

Certes. Comparons un peu : Martine Aubry, née en 1950, sort de Sciences Po en 1972, de l'ENA en 1975, et quand elle est détachée en 1980 pour un an au Conseil d'état, cela fait six ans que son père n'exerce plus le poste executif le plus élevé qu'il ait jamais occupé en France, celui de secrétaire
général pour la formation professionnelle et la promotion sociale auprès du Premier Ministre de l'époque Chaban-Delmas. La vie politique d'Aubry commence assez logiquement avec l'élection de Mitterand : elle a déja une jolie carrière de haut fonctionnaire derrière elle, avec une qualification approfondie pour le domaine du travail (administratrice civile au Ministère du travail, et militante à la CFDT).
Si elle avait voulu prouver qu'elle était plus que la fille de son père, elle ne s'y serait pas prise autrement. Copé est-il vraiment certain que la comparaison soit des plus flatteuses pour celui qu'il essaye de défendre ?

Dans le même article, c'est au tour de Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau Centre de la Seine-Saint-Denis, de faire valoir son opinion :
«Je trouve totalement horripilante cette polémique parce que désormais quoi qu'il fasse ou qu'il dise, on lui colle son âge et son père. (Or) à son âge Bonaparte était général d'armée et il devait être en Egypte. C'est une tare typiquement française, où l'on considère que si on n'a pas 50 ans on n'est pas capable de faire quoi que ce soit.»
Tiens, oui c'est vrai, Bonaparte. Peut-être que cette comparaison est plus pertinente que la précédente : deux siècles de différence, ce n'est rien que ne puisse négliger un esprit fort...
Hé bien Bonaparte, mes amis, est né en 1769, ce qui lui fait tout juste vingt ans à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, si c'est pas la classe quand même, comme façon de fêter son anniv'.
A cette date, il était apprenti artilleur (parce qu'il était brillant en mathématiques), et ce n'est qu'après son vingt-deuxième anniversaire qu'il quitte l'École royale d'artillerie d'Auxonne.  À 23 ans, il est capitaine d'artillerie. À 24, chef de bataillon. Après quelques tribulations à la chute des jacobins, il gagne son retour en grâce avec la répression du 13 vendémiaire, et le voilà
général de division, ce qui n'est pas la même chose qu'un général d'armée ; il a 26 ans. Son succès pendant la Campagne d'Italie en fait une figure si populaire que le Directoire l'envoie en Egypte, au moins en partie dans l'idée de l'éloigner du centre du pouvoir. Il a presque 30 ans, une solide formation dans son domaine disciplinaire qu'il applique de façon assez créative (l'utilisation du canon de Gribeauval comme force mobile d’appui des attaques d’infanterie, par exemple), huit ans de cariière et quelques jolis succès derrière lui.
Est-il entièrement pertinent de le comparer avec Jean Sarkozy ? Ne soyons pas chien, je vois un point commun assez net : les cheveux.

Chantal Jouanno veut nous rassurer :
Il a 23 ans, a été élu (conseiller général des Hauts-de-Seine, NDLR), a une légitimité. Il va être sous observation, regardé de tous les côtés. Maintenant la balle est dans son camp. A lui de faire ses preuves.
Faire ses preuves, c'est-à-dire ? Être un mon conseiller général pendant cinq ans de mandat avant de réclamer plus ? Obtenir sa licence de droit public (plus que deux ans si tout va bien) avant de prétendre à la présidence du plus gros établissement public de France ? Ah, non, apparemment pas.

Et quand bien même il s'agirait, au renouvellement d'un poste important, de tenter de faire une place aux jeunes, d'apporter du sang neuf, de leur laisser leur chance, que sais-je...
Mais non, même pas. Nous ne nous approchons même pas de la fin du mandat d'Hervé Marseille, le président actuel de l'ENAD. Il vient donc de démissionner après un demi-mandat (un an et demi) pour céder la place, bien conscient que son bilan ne faisait pas le poids face à cet incontestable  génie administratif, cet irrésistible don du ciel dont il aurait été criminel de priver plus longtemps les tours de La Défense, j'ai nommé Jean Sarkozy.
Le pauvre, je le plaindrais presque : avec toutes ces écrasantes responsabilités qu'il n'a sûrement même pas demandées, comment peut-il espérer réussir correctement sa deuxième année de droit ?

Correction  Marseille n'est qu'administrateur de l'ENAD, ou plutôt était : il laisse effectivement son siège au conseil d'administration à Jean Sarkozy. Le président en fonction, Devedjian, est touché par la limite d'âge (65 ans), donc il ne peut de toute façon pas rester en poste.
Le «Prince Jean» récupère donc le demi-mandat (18 mois) de Marseille, et la possibilité de candidater pour la présidence de l'ENAD.

Une dernière remarque en passant : certains de ses défenseurs arguent du fait que président n'est pas directeur général, et que ce ne sera pas lui qui prendra le gros des décisions exécutives, pour en tirer l'idée que ce n'est donc pas bien grave. Parfait, on peut donc y mettre n'importe qui ? Voilà qui n'est guère obligeant pour les précédents occupants du poste que sont Patrick Devedjian, Jacques Gautier et un certain N. Sarkozy, peu connu du grand public.

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commentaires

Sébi 18/10/2009 21:27


Merci, vraiment merci !
(tiens, je suis tombé sur ça, tu l'as peut-être vu avant moi, enfin en attendant j'ai pensé à toi)


maurinier 14/10/2009 22:55


Bravo Abie, pour cette analyse incisive et bien documentée.
C'est comme ça que je t'aime !


Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

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Ordo Ab Chao