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18 août 2005 4 18 /08 /août /2005 00:00
Voilà un petit moment que je n'ai pas fait la somme de mes lectures estivales, et il se trouve que j'ai beaucoup à raconter.  Je vais donc y aller doucement,  de façon à ne pas saturer trop vite vos méninges doucement liquéfiées par l'action émolliente de la semaine du 15 août...

Peaux de Phoque, de Veqet, est un livre rare.
C'est un  livre qui parle des esquimaux (plus précidément des habitants de la Tchoukotka sibérienne), mais qui n'est pas écrit par un étranger, et surtout qui est une fiction. Vous en connaissez beaucoup, vous, des livres qui parlent du Grand Nord sans être documentaires?   
Le terme de roman est sans doute peu adapté, mais il s'agit d'un conte, qui prend comme héros une famille très pauvre. En cela rien d'original, mais on constate vite que le froid rend toute chose plus dure : être pauvre, c'est comme partout avoir faim et honte, mais c'est aussi élever ses enfants enfermés parce qu'il n'ont pas d'habits pour sortir, dans une tente qui diminue de surface à mesure que les peaux s'usent, dans l'obscurité complète car l'huile est rare...
Le terme de "peaux de phoque" est un surnom moqueur, qui stigmatise ceux qui n'ont pas de peau de renne pour dormir, qui est bien plus chaude, et bien sûr les héros finissent par en remontrer à tous, et à sauver le village dans la plus pure tradition des contes de Grimm.
Pas mal du tout, vraiment.

Sprats, de David Bessis
Un petit roman sans prétention, en équilibre entre l'humour absurde et l'horreur froide, avec un argument des plus simples, mais des plus efficaces : un homme se réveille avec des tentacules qui lui poussent sur le ventre, et se retrouve emporté dans un tourbillon sans fin d'hospitalisation et de diagnostics contradictoires.
L'auteur arrive à garder en permanence une sorte de distance pince-sans-rire, qui lui permet d'écrire avec le plus grand sérieux (le héros sort emmailloté de pansements d'une opération chirurgicale ) :
Vendredi 20 janvier 2014 : Je suis un saucisson.  

Frais et distrayant, il est en outre édité par mes bien-aimées éditions Allia, pour un prix ridicule.

Les Bijoux indiscrets, de Diderot.
Excuse, lecteur, une courte digression, destinée à contextualiser cette lecture.
Quand vous allez à Guernesey en bateau, les autorités portuaires, portant l'insularisme albionesque au niveau d'art, exigent la déclaration d'à peu près tout :
- l'alcool (et qui se tape de compter une par une les bières rangées au fond de l'équipée la moins accessible, hein?),
- les clopes,
- la viande (uncooked meat and poultry : le jambon fumé, ça compte?),
- les légumes (comment dit-on courgette et aubergine en anglais? je vous le donne en mille : courgette et aubergine. En américain, par contre, zucchini et eggplant.)
- les articles interdits (mais encore?)
- les fourrures, l'ivoire (heureusement que la pilosité humaine ne compte pas)
- et puis, au milieu d'une énumération ad libitum dont les termes précis m'échappent :  les ouvrages à caractère pornographique ou obscène.

Nous avons donc eu l'immense plaisir de déclarer à la douane, entre nos trois kilos de patates et nos vingt litres de binouze, le roman de Diderot intitulé Les Bijoux Indicrets, qui conte les aventures d'un prince exotique ayant reçu le pouvoir de faire parler les femmes par celle de leurs bouches qui ne sait pas mentir, si vous m'accordez cette licence poétique.
C'est à hurler de rire, pas chiant pour un sou, et à vous faire regretter d'avoir négligé les cours de de langues étrangères, puisqu'un de ces bijoux est polyglotte (c'est là que Diderot case les passages vraiment licencieux.)  
 
The Algebraist, de Iain M. Banks
Voilà un moment qu'on me parle de Iain M. Banks, auteur de science-fiction très encensé, et auteur de non science-fiction non moins encensé sans le "M.". Je me suis donc attaquée au dernier de ses romans, qui, malgré le titre, ne parle pas du tout des aventures d'un matheux au milieu d'espaces vectoriels en folie.
Or donc, nous nous retrouvons dans un monde où vivent presque sans aucun contact deux types d'espèces intelligentes: les Rapides (l'espèce humaine, et des centaines d'autres espèces allant de proches à très très bizarres), et les Lents.
Les Lents ont des espérances de vie de l'ordre du milliard d'années, un tempérament indolent, et une attitude d'incompréhension aigüe, et d'amusement méprisant envers ces Rapides frénétiques et impatients qui se multplient et s'éradiquent mutuellement avec une régulatité lassante
Banks se donne beaucoup de mal pour renouveller certains concepts éculés, à témoin le voyage supraluminique transformé en voyage à travers des "trous de vers", l'idée amusante d'une religion solipsiste intitulée The Truth, ou encore les efforts d'adaptation des conventions du dialogue littéraire appliquées à des organismes non-conventionnels.
C'est donc plein d'idées et rempli d'une sorte d'humour calme, en association avec un discours indirect libre presque systématique et très bien géré, deux choses que j'associe en général avec les polars dans le genre de ceux de Léo Malet.  
Toutefois, l'ensemble ne réussit pas à emporter complètement mon enthousiasme, et je compte bien, sur l'avis d'amis bien informés, essayer quelques uns des titres précédents.

Quatre bouquins pour aujourd'hui, ça me paraît un bon début pour me remettre dans le bain blogesque.
La suite bientôt!
 
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25 juin 2005 6 25 /06 /juin /2005 00:00
Je continue la liste de mes lectures, recommencée il y a peu. Au programme : du très bon et du moins bon, mais le bilan est globalement positif...
Marguerite Duras L'amant

Bon bah, ça y est je l'ai promis, je l'ai fait. J'ai comblé une lacune et je peux maintenant dire en connaissance de cause : c'est vraiment chiant à crever, le Nouveau roman.

Anatole France La Rôtisserie de la Reine Pédauque,
Très bon et incroyablement érudit, mais très second degré. Décidément, j'aime beaucoup ce monsieur Anatole. De lui, aussi lu Les Fous dans la littérature, trouvé sur Wikisource.
Hé oui, c'est le grand avantage des auteurs dont tous les textes sont tombés dans le domaine public : vous trouverez huit textes de lui en libre accès sur Wikisource, ce qui n'est pas mal du tout, mais à comparer avec Flaubert (une douzaine) et Balzac (une soixantaine!)...
Manuel Vasquez Montalban Happy End
Un roman très court sous forme de récit plus ou moins rêvé, raconté par un hypothétique Humphrey Bogart. Le genre de truc qui ne me convainc pas des masses, en fait.
Serge Brussolo Le carnaval de Fer
Classé dans science-fiction, il en est pour la lettre mais pas pour l'esprit : certes, nous sommes bien dans un monde post-apocalyptique et dictatorial, mais les images relèvent plus de la poésie que d'autre chose : une ville de carnaval permanent, d'où la guerre a été bannie, et où l'on dîne dans une vaisselle forgée avec le fer des canons sur une nappe faite de draps de lupanars, mais où les pulsions homicides trouvent d'autres échappatoires...
Des pêcheuses de perles impubères plongent à la recherche les kystes précieux des étranges nains qui ont remplacé la mer...
Bourré d'idées et plaisant à lire.
Ray Bradbury Les pommes d'or du soleil
Encore un auteur qui a révolutionné la SF parce que d'une certaine façon, il n'en fait pas (j'entend déjà hurler les aficionados...). Sur les vingt-deux nouvelles de ce recueil , je n'en compte qu'une demi-douzaine qui peuvent rentrer dans ce domaine.
Pour le reste, à l'exception de deux nouvelles qui donnent dans l'"étrange" (l'enfant qui ne vieillit pas d'Adieu et bon voyage, l'étrange héroïne de La sorcière du mois d'avril), ce sont des histoire "normales" racontée sur un mode poétique (j'aime beaucoup Le grand incendie et La prairie).
Au fond, quand on y réfléchit, Fahrenheit 451 n'a jamais été de la SF : son argument ne tient pas à la télé projetée sur les murs, pas plus qu'aux robots traqueurs. Alors pour le classer tout de même, on l'appelle un roman d'anticipation,
en touchant du bois ...
Patrick Süskind Le Parfum
Oui, je sais, j'ai dix ans de retard sur tout le monde, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. L'écriture est un tour de force, le vocabulaire est enchanteur (opoponax, storax, castoreum...), et après la lecture, on se surprend à renifler partout...
Susie Morgenstern Le vampire du CDI
Hi, hi. Il est cool, ce roman de la Bibli des loisirs. Vive les auteurs pour la jeunesse qui ne prennent pas leur lecteurs pour des demeurés!
Jim Fergus Mille femmes blanches
C'est une "romanciation" (novelization) d'une histoire véridique : un marché avait été passé entre le gournement américain et une tribu d'Indiens, à la requête de ces derniers, pour échanger mille femmes contre mille chevaux, dans le but qu'elles apprennent à la tribu et à leurs enfants les façons de l'homme blanc. Le pacte a bien sûr été gardé secret, et seul le premier contingent de femmes (une trentaine) tirées des hospices, des prisons ou des hôpitaux psychiatriques a été livré, puiqu'entre temps une solution beaucoup plus radicale au "problème indien" avait été décidée.
Le bouquin n'est pas inintéressant, mais l'on s'impatiente aux considérations personnelles de la narratrice : la partie historique et documentaire est trop diluée dans la masse.

Pour ceux qui veulent un authentique document sur un sujet semblable, je recommande Souvenirs d'un chef sioux, d'Ours debout, chez Payot. Ours Debout est né en 1868, et sa première chasse au bison fut aussi la dernière de son peuple. Il profite de son éducation forcée pour immortaliser son témoignage de la fin d'une époque, et ça vaut vraiment la peine d'être lu, ne serait-ce que pour apprendre que la lune des écorces qui craquent, c'est le mois de décembre.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.
Prévisions pour la suite :
Les mystères de Paris, dont je viens de terminer la première partie (c'est long) et c'est invraisemblablement kitsch..
et Salammbô, parce qu'il paraît que la vie sans avoir lu ce livre est une erreur...

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15 juin 2005 3 15 /06 /juin /2005 00:00
Bien sûr, je pourrais vous parler de Sin City pendant des pages. Vous rappeller à quel point les BD sont bien, que c'est une riche idée que l'auteur ait eu la main haute sur cette adaptation cinématographique, ou encore vous encourager à lire l'article de Matière Focale sur la question.

Je pourrais vous faire des comparatifs d'images tirées de la BD et du film pour vous montrer que les images de synthèse ne sont pas nécessairement la fin de toute imagination, vous dire toute mon admiration pour les maquilleurs de plateau et avouer mon respect sans borne des responsables du casting. Ou encore signaler que le site officiel du film ne manque pas de chien (ici pour la version anglaise).

Mais d'autres se chargeront bien mieux que moi de vous transmettre en détail le message, qui se résume à :

Sin City, c'est bien.
Allez le voir, allez le lire, dans l'ordre qui vous plaira,
(sauf si vous êtes allergique à la violence graphique).

À la place de tout cela, je vais vous parler d'autre chose, mais en restant dans le sujet.
Comme Sin City, c'est une bédé, ou plutôt un "roman graphique" comme on dit de nos jours.
Comme Sin City, c'est en noir et blanc. C'est-à-dire seulement en noir et en blanc, le gris n'entrant pas en ligne de compte.
Comme Sin City, cela nous parle de personnages désespérés, avec une violence qui ne se cache pas.
Comme Sin City, c'est excellent.

Mais contrairement à Sin City, il n'y a pas eu d'adaptation cinématographique hollywoodienne, aucun Bruce Willis ni aucune chanteuse plantureuse n'en ont incarné les personnages. Alors rien que pour ça, j'invitent tous ceux qui gavent leurs potes en protestant à longueur de temps contre le matraquage médiatique, même justifié, à lire attentivement la suite.

Ça s'appelle Je suis un vampire, dessin d'Eduardo Risso, scénario de Carlos Trillo, en quatre tomes paru à partir de 2000.



Comme il le clame dans le titre, le héros est un vampire, sans doute possible. Pourtant, aucune atmosphère romantico-gothique dans ces images : la lumière est crue, le soleil sans pitié, et c'est cette lumière qui revient ressusciter, siècle après siècle, un enfant vieux de cinq mille ans et qui ne peut pas mourir.
Aussi obstinée que le soleil, une éternelle Némésis, sa soeur en cette incompréhensible malédiction qu'elle est seule à partager avec lui, le poursuit de son inextinguible soif de vengeance.

C'est graphiquement impressionnant, avec un scénario efficace et élégant qui laisse derrière lui tout ce que les termes "vampire" ou "malédiction" portent de poncifs.
Sombre sans être désespéré, il nous propose une galerie de portraits aussi improbables qu'attachants, et si vous trouvez que ce que je raconte est ridiculement grandiloquent, je vous mets au défi de le lire et de me mettre en faute.

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30 mai 2005 1 30 /05 /mai /2005 00:00
Voila plus d'un an que j'avais abandonné la saine pratique de noter les références des livres que je lis, ce qui évite de s'arracher les cheveux en se demandant de qui était tel roman, ou encore à qui on l'avait emprunté, quand on cherche à le retrouver des mois plus tard.

J'ai donc décidé de reprendre le compte, et j'ai commencé par faire un effort de mémoire pour essayer de retrouver les livres que j'ai lu en 2005. Ce n'est sans doute pas complet (cela néglige une grande quantité de BD), mais ça donne une idée :

Terry Pratchett : Discworld series
Monster Regiment
Going postal
Small gods
The amazing Maurice and his educated Rodents
The wee free men (re)
A hat full of sky (re)
Neil Gaiman
Miroir et fumées
Stardust (fr)
Neverwhere (fr)
Gaiman + Pratchett Good Omens
Eugène Sue Le Juif errant
Diana Wynne Jones
Le château de Hurle
Orson Scott Card The tales of Alvin Maker
Seventh son
The red Prophet
Prentice Alvin
Alvin Journeyman
Heartfire
The crystal city
Bret Easton Ellis Les lois de l'Attraction
Colin Turnbull Les Iks
Han Shaogong Parfum secret et autres nouvelles
Ariane Buisset Le Maître de la laque (nouvelles)
Salinger Nouvelles
P. G. Wodehouse Hollywood follies (fr)
Jean-Louis Fetjaine Le crépuscule des elfes
Jules Lermina L'ABC du libertaire
Marguerite de Navarre L'Heptaméron
Baltasar Gracian Le Criticon (tomes 1/3 et 2/3, le 3ème n'est pas traduit)
Dan brown The Da vinci code
Pierre Louys Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation
Anatole France L'île des pingouins
Dan Simmons L'Échiquier du mal
La Rochefoucault Maximes (re)
Fredéric H Fajardie Le souffle court
Greg Egan Axiomatique (nouvelles)
Paul Bowles Leurs mains sont bleues
Sir Thomas Browne Pseudodoxia epidemica
Charles Darwin L'expression des émotions chez l'homme et les animaux
Poppy Z Brite Contes de la fée verte (nouvelles)
David Brin La chose au coeur du monde
Craig Thompson Blankets (manteau de neige) (BD)
Manu Larcenet Retour à la terre, 1 et 2 (BD)
John Boorman Zardoz (en)
Isaac Asimov Némésis
James Blish A case of conscience
Patrick Süskind le Pigeon
Robin Hobb : The Farseer trilogy
Assassin's Apprentice
Royal Assassin
Assassin's Quest

Ce qui nous fait une dizaine de bouquins par mois, avec un tiers en anglais.
Certes, cette proportion est biaisée, puisque les livres que je lis en anglais sont souvent des Pratchett ou des sagas de Fantasy qui tendent à faire 800 pages, contre une petite centaine pour Le Pigeon de Süskind...
Alors j'ai pris des bonnes résolutions ; au programme des semaines à venir, il y a Marguerite Duras et Anatole France!

Parmi ces titres, je recommande particulièrement Terry Pratchett (Monster Regiment et The Wee Free Men en particulier), Neverwhere de Gaiman pour la fantaisie, Les Iks de Turnbulls pour son approche très personnelle de l'ethnologie, l'Ile aux pingouins d'Anatole France pour l'ironie ravageuse de cette histoire de France revue et corrigée, et puis Blankets de Craig Thompson, qui renouvelle le genre difficile de l'autobiographie en BD.

Pendant que je suis dans ma bibliothèque, j'en profite pour faire de la pub aux très bonnes Éditions Allia, dont j'ai reçu il y a peu le catalogue 2005.
Leur politique éditoriale est d'éditer des textes qui ne sont pas ou plus disponibles: trop vieux, trop courts, trop osés, trop pointus...Ce qui leur permet de présenter des perles rare (cf Le Criticon, plus haut), avec un appareil critique souvent impressionnant et une "mise en livre" (*) à qui me plaît beaucoup, le tout à des prix très raisonnables pour des éditions aussi confidentielles (le catalogue commence à moins de sept euros).

Donc, comme chaque année, j'ai passé une demi-heure à lire le catalogue en rêvassant, et au final il y a bien une quinzaine de titres que j'aimerais bien acheter sur le champ, sans compter ceux que je lirais avec intérêt s'ils me tombaient sous la main!
Pfff. Comme je suis raisonnable, je me contenterai de ce que je peux trouver en bibliothèque...



(*)
Tout comme la collection Petite Bibliothèque des Éditions Rivages dont j'adore les couvertures, ou encore la collection Babel d'Acte Sud.

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao