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29 novembre 2005 2 29 /11 /novembre /2005 00:00
(C'est-à-dire vingt-quatre heures après cet article)

Ayé. Fini THUD!, de Terry Pratchett.

Vachement bien.

Rempli de références à, en vrac :
- Le Da Vinci Code
- la technologie moderne (Dis-Organizr GooseberryTM avec BluenoseTM Integrated Messager Service and iHUMTM function)
- peut-êtreLe Tableau du Maître Flamand, et les échecs
- la Mafia, ici la Brecchia (brèche, en géol') des Trolls
- les virées entre fille très Sex and the City
- un brin de Tolkien (le Silmarillion)
- les histoires de vampires et de loup-garous en général
- les histoires de flics en général, et d'enquêtes criminelles
- les histoires d'horreur et de malédiction
- les romans d'espionnages
- les fanatismes religieux en général et leur sexisme en particulier
- la difficuté des relations inter-ethniques et la discrimination positive
- la presse et ses rapports avec la police
- la difficile question de la définition de l'Art
- et bien sûr le reste des Chroniques...
'And here we have the University Librarian'
'But that - that's not a man! that's an orangutan, Pongo Pongo, native of BhangBhanduc and nearby islands!'
'Ook!' said the Librarian, patting A.E. Pessimal on the head
'Well done, A.E.!' said Vimes. 'Not many get that right!''

Plus que jamais, on tombe dans le cadre de la satire tous azimuths, bourrée de références compréhensibles par tous, parce qu'elles ne sont pas des citations proprement dites, mais plutôt des allusions à des ensembles de clichés que tout le monde connaît plus ou moins. (Pour les curieux, plus par là sur ce concept qui est appellé white knowledge par Tolkien)

Il y a des nouveautés non négligeables :

* Nobby Nobbs dit des choses intelligentes et a même une petite amie. Si, si, je vous jure... Bon évidemment there is a catch (there always is).

The plain fact was that while Tawneee had a body that every other woman should hate her for, she compounded the insult by actually being very likeable. This was because she has the self-esteem of a caterpillar and, as you found out in any kind of conversation with her, about the same amount of brain.
En vérité, alors que Tawnee avait un corps pour lequel toute autre femme aurait du la détester, elle élaborait l'insulte en étant en fait très sympathique. La cause en était qu'elle avait autant d'amour-propre qu'une chenille, et, comme on s'en rendait compte avec une conversation avec elle, était à peu près aussi intelligente.

L'un de mes drames dans la vie, c'est que je connais beaucoup trop de filles qui vérifient presque totalement cette description, mais qui n'ont même pas la décence de remplir la dernière condition...

* Vimes est devenu papa et prend la chose très au sérieux, mais ça ne l'empêche pas de conserver une vue très arrêtée de la vie en général :

Chess in particular had always annoyed him. It was the dumb way the pawns went off and slaughtered their fellow pawns while the kings lounged about doing nothing that always got to him; if only the pawns united, maybe talked the rooks round, the whole board would be a republic in a dozen moves.
Les échecs, en particulier, l'avaient toujours ennuyé. Il finissait toujours par s'éverver de la manière stupide qu'avaient les pions d'aller massacrer leurs collègues pendant que les rois se baladaient et se tournant les pouces; si seulement les pions s'unissaient, et peut-être gagnaient le soutien des tours, tout le  plateau pourrait être une république en une douzaine de coups.

Et à part ça, mon autre drame dans la vie, c'est que maintenant que je l'ai lu, je l'ai fini. Ça me pendait au nez...
Argh, que la vie est dure!

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26 novembre 2005 6 26 /11 /novembre /2005 00:00
Allez, je continue à rattraper mon retard : j'ai encore une douzaine de livres à vous présenter...

Gorilles dans la brume
, de
Dian Fossey

Voilà des mois que je l'ai terminé, et je n'avais pas encore trouvé le temps d'en parler...
Comme je n'ai pas pensé à l'inclure dans la fournée Science, Dian Fossey rentrera donc dans la catégorie autobiographie, ce qui n'est pas absurde.
Comme vous le savez sans doute, l'étude des grands singes (aussi dit anthropoïdes) a été révolutionnée dans la deuxième moitié du XXe siècle par les contribution de trois femmes de terrain :
- Dian Fossey chez les gorilles du Rwanda,
- Jane Goodall chez les chimpanzés de Tanzanie et, la moins connue du lot,
- Biruté Galdikas, chez les orang-outangs de Bornéo.
Elles ont toutes été encouragées et aiguillées par le paléontologue Louis Leakey, ce qui leur a valu le surnom de Leakey's Angels...

Leur point commun : elles ont consacré des années de leur vie à l'observation quotidienne des grand singes, en on tiré un corpus de données fondamentales, et se sont jetées corps et âme dans la défense de l'espèce, en particulier contre le braconnage.
Dian Fossey est sans doute celle qui a payé le plus lourd tribut, puisqu'elle a été tuée en 85 sur les lieux de ses 18 ans de recherches, probablement parce qu'elle gênait le trafic.

Le bouquin est un mélange étrange de récit d'anecdotes passionnantes, de présentation des pays et des milieux naturels où elle a travaillé, et de ses observations des gorilles.
Dans un souci de cohérence, l'ensemble n'est pas exactement chronologique de façon à pouvoir suivre l'histoire de chacun des groupes de gorilles observés : cela marche plutôt bien, mais il y a tout de même des moments de flottement où l'on ne sait plus à quel groupe, gorille, ou moment on a affaire.

Ceux qui attendent une description sensationaliste de ses années chez les gorilles seront déçus : on y apprend plein de trucs très sérieux, avec des stats sur la nourriture, la reproduction ou la vie quotidienne de ces grosses bêtes. Mais que cela ne décourage pas les lecteurs timides! Il y a aussi beaucoup d'émotion et de petites histoires racontées avec humour. Comme sa toute première observation : deux heures passées aux jumelles à scruter un gorille qui s'est avéré être.. un cochon sauvage! 

Plus sérieusement, Dian Fossey laisse pour continuer sa tâche le Centre de recherche du Karisoke et le Dian Fossey Gorilla Fund.

NB : Gorilles dans la brume ( en vo Gorillas in the Mists)est aussi un film biographique (biopic, comme on dit pour faire court), avec Sigourney Weaver dans le rôle principal.

Moins qu'un chien, de Charles Mingus


Mon incompétence notoire en matière de musique en général et de jazz en particulier m'a encouragée à lire cette autobiographie de Charles Mingus, contrebassiste mythique (site officiel).

Le livre est introduit comme une conversation avec son psychanalyste, et raconte la vie de Chaz depuis son plus jeune âge jusqu'à son succès, en insistant sur le racisme qui imprègne toute la société américaine (il nait en 1922...), sur la musique bien sûr, et sur le sexe (vu l'interlocuteur supposé, ça se conçoit).
Très brutal, cynique, parfois hilarant et fascinant, il finit dans une débauche de mauvais goût que beaucoup considèrent apocryphe. En clair : il est mytho. Mais à quels moments du livre? dur à dire.
À lire donc cum grano salis.

Pour avoir une idée plus précise de sa vie, une biographie serait plus utile , comme "Myself When I Am Real: The Life and Music of Charles Mingus" de Gene Santoro, à l'OUP, ou Mingus, a Critical Biography, de Brian Priestly.

Pour ma part je suis frustrée : ce n'est pas ainsi que j'en apprendrai plus sur le jazz...


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23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 00:23
On ne dirait pas comme ça, mais il m'arrive de lire des livres sérieux. Attendez que je vous raconte :

Mitchourine, Lyssenko, et le problème de l'hérédité, du Dr Jacob Segal
Ahhh... tout un poème!
Pour ceux à qui ces noms ne disent rien, Mitchourine et Lyssenko sont les grands noms de la science officielle soviétique, qui, pour des raisons plus ou moins idéologiques, ont pris pendant des décennies le contre-pied de la génétique classique. Ben oui, le déterminisme des gènes, ça rentre mal dans le cadre de la dialectique matérialiste où l'homme est le maître de son destin et de la nature...
(--à ma gauche, Lyssenko, charmant garçon aux yeux doux et tendres--)
Je ne dis pas que les méthodes empiriques de Mitchourine n'ont rien apporté (l'étude des dormances et le perfectionnement de la vernalisation sont réels, mais ils ne l'ont pas inventé!) mais cela ne justifie pas d'envoyer en Sibérie les généticiens mendéliens ou morganistes ou de mettre le feu aux labos... Ceci dit, bien qu'elle fasse partie de la culture collective de la discipline (1), on trouve assez peu de documentation sur cette histoire paralèlle de la biologie.
Donc quand je suis tombée dans le fond du labo SVT du collège sur cette antiquité datée de 1951 défendant le Lyssenkisme, je me suis jetée dessus comme la petite-vérole sur le bas-clergé breton, si vous voulez bien me passer l'expression.
Je vous passe les détails techniques pour ne pas faire fuire les profanes (n'hésitez pas à me les demander si ça vous intéresse...), mais il y a tout de même des trucs fabuleux :
Mitchourine s'en explique ainsi : "On ne peut reconstruire totalement la science que sur la base de la doctrine de Marx, Engels, et Staline."
Le reste est à l'avenant, mais souligne de façon intéressante la situation de la génétique au sortir de la guerre : beaucoup de formalisme pertinent, mais une conscience aigue du manque de connection à la réalité cellulaire, et des domaines entiers hors de portée de l'approche morganiste, comme celui de l'immunologie.
Et bien sûr trois ans après la parution de ce fascicule, la biologie allait enregistrer  la découverte fondamentale, fondatrice à elle toute seule de la génétique moléculaire, rien moins que la structure moléculaire de l'ADN (2).
Le lyssenkisme, lui, ne sera liquidé qu'en 63, avec la déstalinisation opérée par Khroutchev.
 
Quleques liens :
- un peu plus sur Lyssenko (en)
- un discours de Lyssenko en 1940, qui attaque violemment les morganistes.


Médecine et médecins, de Paule Dumaître
L'auteure est la/le Conservateur en chef de la Bibliothèque centrale de médecine de Paris de l'époque (aujourd'hui la BIUM), et ça me rend encore plus sévère...
De l'histoire des sciences à l'ancienne (années 70), à pleurer d'ennui. Aucune références pour l'iconographie, pourtant riche (vive la Bium), aucune bibliographie, et le premier mot contient une hénaurme faute d'orthographe : Hyppocrate. Je sais, c'est bête, mais ça ne fait vraiment pas sérieux.
Pour ce qui est de la neutralité historicienne, on repassera :
La médecine des cavernes : Saluons-les, nos lointains ancêtres (...). Sous leur rude écorce, ils savaient se dévouer à leurs semblables et possédaient un coeur d'homme.
Les druides : Leur pratique consistait en cérémonies bizarres.
Et à la fin d'un chapitre qui nous présente la médecine orientale et en particulier chinoise (rhinoplastie, acupuncture, pharmacopée), elle a le front de conclure : Et pendant ce temps, en Grèce, naissait vraiment l'art de guérir.
Snif.

Darwin and the barnacle, de Rebecca Stott
De l'histoire des sciences très moderne, portant sur la vie et les travaux de Darwin avant la parution de son célébrissime De l'Origine des espèces.
L'idée est simple : il savait que pour se faire entendre dans le grand débat qu'il avait l'intention de lancer, il devait être reconnu comme un naturaliste sérieux, pas un spéculateur.
Il a donc consacré 8 (huit!) ans de sa vie à la classification des Cirripèdes, cette étrange famille de crustacés qui regroupe les pouce-pieds et les balanes, pendant que son premier essai de théorie de l"évolution dormait scellé dans un tiroir, avec des instructions de le publier à sa mort.
On apprend vraiment plein de choses dans cette lecture, par exemple que le grand père de Charles, Erasmus, avait déjà des opinions bien arrêtées sur la mutabilité des espèces, et l'ensemble se lit plutôt bien pour un bouquin biographique de 300 pages.
L'auteur se laisse parfois entraîner dans des métaphores un peu tirées par les cheveux, ou des flambées d'enthousiasme originales ("Someone had to crack the barnacle code", ça sonne un peu comme du Dan Brown...), mais ce sont des défauts mineurs dans cet art difficile qu'est la biographie. 



(1) Combien de fois ne vous a-t-on pas répété "La reproductibilité des protocoles est la garantie de la vérification des résultats! Ne faites pas comme Lyssenko!". Zéro? Ah...
 Mais bon, j'ai eu des profs exceptionnelles au lycée.

(2) Les prix Nobel Watson-et-Crick, grâce aux travaux de Rosalind Franklin.

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3 novembre 2005 4 03 /11 /novembre /2005 00:00
Nom de nom, pas moyen de trouver le temps de rédiger quoi que ce soit de satisfaisant sur mes lectures...
Je vous mets donc en vrac et en vitesse des trucs que je n'avais pas encore mentionnés.

Feuilleton:
le comte et le vicomte
Les Mystères de Paris d'Eugène Süe.
Très long, très kitsch, parfois chiant, souvent édifiant, extrêmement intéressant sur l'histoire de la littérature engagée. Süe est tout de même, avec cet opus l'inventeur d'un genre : le feuilleton (ben oui, avant les journaux à grand tirage, pas de feuilletons). L'ensemble est d'autant plus marrant à lire que c'est une édition d'époque, avec gravures caricaturales en bonus.

Pamphlets:
couv antimanuel
Antimanuel d'Economie, de Bernard Maris, aussi dit Oncle Bernard pour les lecteurs de Charlie Hebdo. Extrêmement clair et instructif, cet "antimanuel" attaque les évidences à la tronçonneuse et force à réfléchir. Ca change.

Instructions aux domestiques, de Jonathan Swift aux Mille-et-unes Nuits.
Dans la droite ligne de ses autres satires (lire la très courte et très drôle Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leur parents...  ou en anglais A Modest Proposal) ce livre est une description précise et cynique des relations entre maîtres et domestiques. Malheureusement inachevé.  

Pornographie et obscénité, de
David Herbert Lawrence, aux Mille-et-unes Nuits aussi. L'auteur de l'Amant de Lady Chatterley a dû faire face à de multiples attaques sur son "immoralité". Il y répond dans ce pamphlet courageux mais délicieusement daté, où il rejette la faute sur... les romans sentimentaux!
[Edit :
Une citation par ici...]

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24 octobre 2005 1 24 /10 /octobre /2005 00:00
Si le plaidoyer de Clark Ashton Smith que j'ai cité ici m'a tant interpellée, c'est que je lis beaucoup de science-fiction / anticipation / fantastique / fantasy... enfin, en un mot : de littérature d'imagination. J'ai même poussé le vice jusqu'à lire des bouquins sur ce type de littérature, et la meilleure façon de la classifier, c'est dire !
Ces quelques notes de lecture me semblent une bonne illustration de la diversité des oeuvres qu'on y classe...

Excession, de Iain M. Banks

couv excession Or donc, je promettais il y a quelque temps d'approfondir une première impression sur Iain M. Banks, que j'avais découvert avec The Algebraist ; j'ai donc lu Excession.

Cette fois-ci, le "choc culturel" exploité par l'auteur pour obtenir une impression d'étrangeté et d'exotisme n'a pas lieu entre Lents et Rapides, mais plus classiquement entre humains et Intelligences Artificielles.
Bien évidemment, je ne peux donner que mon point de vue de francophone, c'est-à-dire que ma lecture est sensiblement plus laborieuse, et que je rate sûrement plein d'allusions subtiles, mais l'ensemble m'a paru, encore une fois, intéressant et dynamique, mais aussi un peu confus.
Parmi les petites inventions qui rendent un univers crédible, j'ai beaucoup apprécié les noms des vaisseaux spatiaux : ceux-ci étant des entités conscientes , ils choisissent eux-mêmes leur patronyme, et font montre en la matière d'un grande imagination.
Cela va du  fonctionnel pur : Sleeper's Service,
au belliqueux complet (pour les vaisseaux de combat) : Shoot Them First, Killing Time et Kiss the Blade,
en passant par le bucolique : Anticipation of a New Lover's Arrival (The),
avec une préférence marquée pour le métaphysique comme Ethics Gradient ou Fate Amenable To Change.
Il y en a encore quelques brouettes, à ajouter aux noms des vaisseaux des autres romans de la série "Culture" : un petit récapitulatif par là, ou par là.

Verdict final : Satisfaisant, mais pas enthousiasmant au point de me sentir obligée de lire le reste des oeuvres de Iain M. Banks.
Mais l'explication se trouve peut-être dans ce commentaire de lecteur sur Amazon :
Impossible de commencer le cycle de la Culture par cet ouvrage, toutefois, il est un élément incontournable de la série pour pouvoir comprendre le monde de l'Intelligence artificielle dévelloppé par Iain M. Banks.
Caramba, encore raté!

L'affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde

couv'Au contraire, voici un bouquin qui me remplit d'une irrépressible envie de me jeter sur les autres tomes. D'ailleurs, dès que mes finances me le permettent, je me rue sur le Next Boxed Set, qui rassemble en v.o. toutes les aventures de notre atypique héroine : Thursday Next (c'est-à-dire Melle Prochain, Jeudi de son prénom).
L'Affaire Jane Eyre est un roman très particulier : on n'y parle que de littérature, et pourtant il ne fait pas de doute que c'est bien un polar. Mais un  livre dont la couverture porte une canette de dodo à cloner ne peut que nous réserver des surprises...
L'univers de Thursday Next est une sorte de monde parallèle, où, par exemple, la guerre de Crimée (1853-1856 chez nous) ne s'est jamais conclue, où l'on ne connaît pas le moteur à réaction, où les cartes banquaires s'appellent Pascal ou Babbage, et surtout où les chefs-d'oeuvre littéraires font l'objet d'un engouement populaire monumental.
upgradeIl faut dire que fiction et réalité y sont intimement liées : les manuscrits conservant une sorte de pouvoir sur les oeuvres, toute modification se répercute sur les autres versions, sans parler des protestations des personnages...
On se retrouve donc avec des kidnappeurs de manuscrits  de Dickens ou Brontë menaçant de détruire des passages entiers si on ne leur donne pas satisfaction!
Comme vous le voyez déjà à cette brève descrition, ce bouquin est inventif en diable, échevelé, érudit, plein de trouvailles et de poésie...
Premier roman de son auteur, il a eu un tel succès que vous trouverez sur ce site internet tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les migrations de mammouths laineux en Angleterre, ou comment upgrader votre version 1.2  du livre en version 2.1...

Pour conclure, cette lecture a été absolument délicieuse et rafraichissante, et je ne saurais trop la recommander, quels que soient vos goûts en littérature : c'est tellement varié qu'il y en a pour tout le monde! Mes seuls regrets sont au nombre de deux :  l'avoir lu en français, et ne pas connaître beaucoup des auteurs cités, mais je vais me dépêcher de combler ces deux lacunes.
Première étape : The man who was Thursday de G.K. Chesterton, qui a valu son nom à l'héroine.

Bon sang, pour un livre lu, j'en ajoute cinq à ma liste! En viendrais-je jamais à bout?



Et bientôt, de la medieval fantasy, et de l'authentique fantastique!

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5 octobre 2005 3 05 /10 /octobre /2005 00:00
Je lis beaucoup de nouvelles, tant par goût que par facilité : terminer la saga des Rougon-Macquart en 10 stations de métro ne fait pas encore partie de mes compétences...
J'en ai donc pratiqué plusieurs recueils dernièrement, en plus des mirifiques Contes du Far-West dont j'ai déjà parlé. Les voici donc, par ordre chronologique :

L'homme qui ne voulait plus se lever, de David Lodge

David Lodge est un romancier britannique qui s'est rendu célèbre pour son illustration drôle et cruelle de la vie universitaire anglaise, avec ses travers et ses idéaux : La Chute du British Museum est à hurler de rire, Un tout petit monde est d'une précision chirugicale, tandis que Changement de décor présente un chassé-croisé plein de malice et
non dénué de délicatesse entre recherche et industrie, sciences et lettres, hommes et femmes...
Je suis donc fort amatrice de cet auteur, et les grandes espérances sont faites pour être déçues : j'ai trouvé que ce qui fait le sel de son écriture et de son analyse se perd dans ces brèves histoires regroupées sans souci de cohérence narrative visible.
Toutefois, force m'est d'admettre que mon jugement aurait été plus indulgent face à un auteur inconnu, et que les nouvelles tiennent assez bien la route prises individuellement.
C'est juste qu'une anecdote autobiographiqe suivie d'une fable symbolique, qui précède une mise en abyme de la condition d'auteur nombriliste, avouez que c'est un peu déstabilisant.

Sous le micocoulier, de Fernand Rambion


Encore un bouquin estampillé "fournée maternelle" (voir ici et ).
Ces historiettes sont censées illustrer la vie villageoise de Provence profonde au temps où l'on parlait patois à l'ombre du micocoulier, et sont d'un intérêt extrêmement limité pour qui ne se passionne ni pour la langue d'oc, ni pour le sulfatage des vignes.
Une perle cependant, qui rachète sans doute l'ensemble : Le dernier soldat du Reich  l'anectode peut-être même véridique d'un soldat "Malgré-nous" laissé en arrière lors de la retraite pour s'occuper d'une histoire d'explosifs, et récupéré par le soi-disant dynamiteur pour l'aider à nourrir  le village.
Comme quoi, il ne faut jurer rien...

Lilith de Primo Levi

Hé oui, Primo Lévi a écrit autre chose que Si c'est un homme (qui n'en est pas moins un très grand bouquin, infiniment plus intéressant à lire que sa notoriété scolaire ne le laisserait craindre).
Mieux encore : il a écrit sur autre chose que les camps.
Le succès de cet autre oeuvre a sans doute beaucoup pâti de ce statut de témoin de l'horreur concentrationnaire, qui tend à le ranger dans une case "documentaire WWII" avec le Journal d'Anne Frank sans tenir compte de son fabuleux talent de conteur.
Ce recueil contient une bonne trentaine de nouvelles courtes et percutantes, dont certaines parlent des camps, d'autres des vallées italiennes avant, pendant et après la guerre, et un certains nombres donnent carrément -et étonnament- dans la science-fiction (Dysphylaxie) et le fantastique.

Il dit aussi quelques choses très intéressantes sur les questions posées par le fait d'écrire sur des personnages réels, et encore vivants.
C'est selon les cas glaçant, amusant, surprenant, émouvant, mais toujours réussi.

Mais tout de même, si vous n'avez pas lu Si c'est un homme, commencez par là.
Ripetetele ai vostri figli.
O vi si sfaccia la casa,
La malattia vi impedisca,
I vostri nati torcano il viso da voi.

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2 octobre 2005 7 02 /10 /octobre /2005 00:00
The Sandman, de Nail Gaiman

sandmanJe vous ai déjà parlé de l'intense plaisir que j'avais eu à découvir la production romanesque de Neil Gaiman. Vos ne serez donc pas étonnés d'apprendre que j'ai profité de cet été pour lire celle de ses oeuvres qui lui vaut la plus grande part de sa notoriété, et ce à très juste titre.

Si j'ai mis tant de temps à en parler dans cette rubrique, c'est tout simplement que ç'a été rien moins que la révélation littéraire de mon été, et que je voulais me donner la peine de lui faire suffisamment justice.

Je savais déjà Gaiman capable  de créer des univers à la fois si étranges et si familiers qu'on jurerait ses fables polies au coin du feu par des générations de grand-mères malicieuses. Cette nouvelle lecture m'a montré qu'outre les contes de fées, Gaiman savait écrire des mythes.
Et des scénarios de bande dessinée.

Eh oui, cette oeuvre majeure, c'est une bande dessinée, ce qui suffira à en détourner les moins ouverts d'esprit.
Pire encore : c'est un «comic», une série d'histoires courtes parues mensuellement et éditées par DC Comics, l'autre mastodonte américain de ce domaine avec Marvel.
Les dessinateurs, et donc le style graphique, varient à chaque chapitre, mais cela ne dessert en rien l'impression d'unité du lecteur : soit que les dessinateurs aient été choisis en fonction de l'histoire à traiter, soit qu'ils sachent se plier à leur ahmosphère propre, cette diversité parvient à mettre en valeur  les ambiances changeantes de cette mosaïque narrative.
En bref : ça ne choque pas, bien au contraire.

Avant de passer à l'histoire proprement dite, une petite parenthèse explicative : je ne l'ai sans doute pas encore dit, mais mes buts ultimes dans la vie sont bien définis, et fort simples. Il s'agit, dans le désorde, de dormir, manger (gras si possible), et de me faire raconter des histoires (1). Et  vous allez voir qu'en matière d'histoires, The Sandman n'y va pas avec le dos de la main-morte (2).

Pour faire simple, Gaiman nous propose une vision du monde à la fois très personnelle et tout à fait universelle. Le personnage autour duquel est construit le récit est, en toute modestie Dream (Rêve), aussi dit the Sandman (c'est-a-dire le Marchand de Sable).
Entendons-nous bien : il ne s'agit pas d'un roi du royaume des rêves, ou d'un quelconque rêveur. Non, il est Rêve, des Éternels, Dream of the Endless, une incarnation ou, pour utiliser le terme technique que Gaiman partage avec Pratchett, une personnification anthropomorphique
(3).

Les Éternels sont au nombre de sept : Destiny, Death, Dream, Desire l'androgyne et Despair sa soeur jumelle, la pauvre Delirium, qui dans les temps anciens fut Delight, et le dernier, qui a abandonné son poste.(4)
They are whispered of in the Inner Mysteries:
the Seven, who are not prayed to, who are not Gods, who were never men.


Sont reprises avec délicatesse diverses légendes, allant de Morphée et son fils Orphée au Royaume de Féérie shakespearien.
Et à chaque Éternel échoit des symboles dont on n'arrive même plus à savoir s'il sont connus depuis la nuit des temps, ou si Gaiman vient juste d'en avoir l'idée géniale :
Destiny est, bien entendu, aveugle et solitaire dans son jardin labyrinthique où chaque croisement est un choix, et les pages de son grand Livre bruissent avec la sonorité troublante de la peau humaine séchée.
Despair a, elle, comme attributs les miroirs : derrière chacun d'eux, à l'affût de la moindre de vos faiblesses, elle vous guette inlassablement.

Dream et DeathEt puis tout Éternels qu'ils soient, ils ne sont pas parfaits et peuvent avoir leurs petits différents familiaux, comme lorsque Death fait la leçon à son frère :
You are utterly the stupidest, most self-centered, appallingest excuse
for an anthropomorphic personification on this or any other plane!
- Death

Pour le reste du casting, vous trouverez parmi les résidents du royame de Dream une certaine Ève, deux frères nommés Abel et Caïn, un corbeau parlant, et celui qui a pris à Rupert Giles son titre de bibliothécaire le plus funky de ma connaissance, l'innénarable Lucien, maître des Livres Jamais Écrits, et qui prend très au sérieux son rôle de conservateur.

Do you know how long it's been since I mislaid a book?
Well, let's just say the continents weren't in their current shapes, not that that means anything to you.

-Lucien

En guest stars, citons aussi : les Muses, Lucifer (Morningstar) et ses démons, des anges pas si angéliques que ça, Odin et Loki, les trois Parques, Haroun Ar-Rachid, Perséphone, ou encore Ishtar, déesse tombée au rang de gogo-dancer, et Bastet, qui doit sa survie à l'inconsciente dévotion des enfants aux chats.
Et bien sûr, vous retrouverez tous ceux sans qui ceux-là n'existeraient même pas : nous, simples mortels, qui rêvons, aimons et désespérons tour à tour, et parfois tout en même temps.

We of the Endless are the servants of the living -- we are not their masters.
We exist because they know, deep in their hearts, that we exist.
When the last living thing has left his universe, then our task will be done.


C'est bourré de références à Poe, Shakespeare, Kit Marlowe, Lovecraft, Lord Dunsany, Casanova, et bien d'autres, et ce n'en est pas moins drôle et accessible, comme le montre l'histoire où le Royaume de Féérie est convié à une représentation de Songe d'une nuit d'été...

"I am that merry wanderer of the night"?
 I am that giggling-dangerous-totally-bloody-psychotic-menace-to-life-and-limb, more like it.

-Une fée, parlant de Puck et de sa représentation sur scene.

Bien sûr, certains des personnages ne rentrent dans aucunes de ces catégories, comme ce grand-père pas comme les autres qui tente de raconter une histoire à sa petite-fille :

Of course you don't believe in fairies. You're fifteen. You think I believed in fairies at fifteen? Took me until I was at least a hundred and forty. Hundered and fifty, maybe. (...)
Listen, blood of my blood. Although I'm a hard man to anger, and I love you deeply, if you interrupt me again so help me I'll rip out your throat with my teeth.

C'est, selon les tomes, terrifiant ou réconfortant, léger ou profond, douloureusement lucide ou joyeusement déjanté, et ça a tout simplement révolutionné le comic pour adultes, et la façon de raconter les histoires en BD.
Je ne peux rien vous dire de la traduction française, si ce n'est qu'elle existe, au moins pour les quatre premiers volumes : vous n'avez donc aucune excuse.

Lisez The Sandman, et surtout, n'oubliez pas : il faut faire confiance au conte, mais jamais au conteur...


(1) : Et quand je serai Présidente du monde, il sera obligatoire de lire des histoires aux enfants au moins jusqu'à leur majorité, ah mais.

(2) : Le copyright de cette expression appartient au Monde de Monsieur Fred, glorieuse émission de Ouï FM.

(3) : Il est d'ailleurs extrêmement amusant de voir comment Terry Pratchett et Neil Gaiman, qui partagent beaucoup de leurs paradigmes (voir Good Omens/De bons présages, écrit à quatre mains) aboutissent à des athmosphères bien différentes : la Mort de Pratchett est spirituelle, mais distante et masculine, tandis que celle de Gaiman est attachante, presque réconfortante, et indubitablement féminine.
On peut aussi comparer les mécanismes de naissance et de mort divine entre The Sandman et Small Gods, ou le concept de trinité féminine avec Wyrd Sisters.

(4) Respectivement : Destinée, Mort, Rêve, Désir, Désespoir, Délire (Joie)
.
Je n'ai pas le courage de me lancer dans la traduction des citations, mais n'hésitez pas a m'en proposer....


Liens :
- Le site officiel de Neil Gaiman (en)
- Une présentation bien documentée de Gaiman, en français.
- La page de présentation de Gaiman chez son éditeur français, Delcourt.
- Goliath, une nouvelle de Neil Gaiman située dans l'univers de...Matrix!


Un commentateur me fait remarquer qu'il est rare de classer la BD dans le genre "littérature".
Il faut se consoler en se disant que c'est tout de même de plus en plus courant : les lecteurs finissent par se rendre compte que le média ne fait pas la qualité, et que The Sandman a plus de littérature dans une seule de ses cases que toute une collection d'Arlequin.

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26 septembre 2005 1 26 /09 /septembre /2005 00:00
Contes du Far West, de O. Henry

couvertureJ'avoue, j'avoue : je calomnie ma propre mère. Certes, elle me refile parfois, juste pour s'en débarrasser, des bouquins qu'elle n'a même pas ouverts, mais des fois, tout de même, elle me prête des petits bonheurs de la littérature.
C'est entre autres grâce à elle que j'ai découvert O. Henry, immense nouvelliste américain méconnu des francophones.

Contes du Far West est le seul recueil de nouvelles de O. Henry paru en français à ma connaissance, et c'est bien dommage. L'auteur est un spécialiste hors pair du retournement de situation, de l'ironie mordante qui ne montre ses dents qu'à la dernière page, et de la narration à la fois tendre et moqueuse à l'égard de ses personnages.
C'est drôle, c'est vif, bien trouvé, bien décrit, avec des personnages archétypaux à la fois improbables et complètement crédibles.  N'attendez pas, vous-dis-je, lisez-le!
Et n'oublions pas que l'auteur y a vcu dans ce far-West étoffe de toutes les légendes, alors on paut bien écouter ce qu'il a à en dire...

Par ailleurs, son oeuvre a dû tomber dans le domaine public puisqu'une flopée de nouvelles sont accessibles sur le net, et, encore mieux, une dizaine de recueils sont téléchargeables sur le site du formidable Projet Gutenberg.
Vous pouvez commencer par l'une de ses plus célèbres : The Gift of the Magi (Le présent des Rois-Mages).
Je m'en vais m'y prélasser de ce pas...



Dans ma vieille édition, j'ai tout de même été consternée par deux ou trois fautes de traduction de dimensions colossales.
Un exemple, pour que vous ne me preniez pas pour une pinailleuse :

En anglais, le mot vault signifie en gros la même chose que voûte en français : on parle ainsi de la voûte d'une église et une cave voûtée se dit, s'il faut en croire les restaurants du quartier latin, vaulted cellar.
Certes. Le problème c'est que par association d'idée parfaitement compréhensible (voûte = cave = réserve = chambre forte d'une banque = coffre-fort), vault veut aussi dire "coffre fort".
Il est donc très irritant de lire l'histoire d'un gangster spécialisé dans le perçage de voûtes, et qui sauve de l'asphyxie une petite fille enfermée par accident dans la voûte qui vient d'être livrée!
Grr...



Le droit à la lecture existe-t-il? (Par la page du projet Gutenberg)

C'est la question posée la décision de justice rendue au Canada à la sortie du dernier Harry Potter. (Pour des détails sur le livre et l'hystérie subséquente, lire cette autre note.)
En effet, des personnes à qui il avait été vendu par erreur des copies  de Harry Potter and the Half-Blood Prince avant la date mondiale de sortie se sont vu interdire de lire le livre
par une cour de justice canadienne.

Ce serait drôle si ce n'était qu'une demande de l'éditeur, mais ça l'est beaucoup moins venant de la justice.
Cela a e
n particulier beaucoup énervé Richard Stallman, le célèbre inventeur de la licence GPL et grand défenseur de la liberté d'information. Il cite dans son appel au boycott l'avocat de l'éditeur, qui aurait dit "There is no human right to read", justifiant de fortes inquiétudes quant aux procès à venir si une jurisprudence de ce type s'installe.
Il  met aussi un lien vers une petite histoire d'anticipation écrite par ses soins et qui fait froid dans le dos : Le droit de lire.

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24 septembre 2005 6 24 /09 /septembre /2005 00:00
Traité d'athéologie, de Michel Onfray

Michel Onfray est au livre ce que Bernard-Henry Lévy est à la télé : un philosophe emblématique et tourné vers le public. Par exemple, il a un site officiel très bien fait, ce qui n'est pas, croyez-moi, monnaie courante chez les philosophes...

Je connais très mal BHL, et je ne connaissais pas du tout Onfray avant de piquer ce pavé (1) à mon colocataire : j'ai donc lu ce tout nouveau Traité d'Athéologie, Physique de la métaphysique sans a priori si ce n'est un intérêt certain, puisque mon côté bouffe-curé n'est plus à démontrer (2) et qu'on est toujours ravi de se faire caresser dans le sens du poil ou de trouver des gens connus qui pensent comme soi.
J'ai été assez décue, mais d'une façon suffisamment subtile pour nécessiter une explication détaillée : vous pardonnerez donc la verbosité de cette note, j'essaye juste de me faire comprendre

Pour ce qui est de la forme, on remarque une tendance certaine à faire de la formule choc à tout propos, certaines fois bien à propos, d'autres beaucoup moins. Quelques exemples :

Le monothéisme sort du sable.

Dieu est mort?[...]Qui a vu le cadavre?

Il manque au philosope de Sils-marra son Paul et son Constantin, son voyageur de commerce hystérique et son empereur planétaire.

Il prend aussi un malin plaisir à être aussi abscons que possible, ce qui est tout de même paradoxal quand on se veut un philosophe grand public. C'est vrai, quoi, ataraxie, bétyle ou hypostase ne font certainement pas partie du vocabulaire courant du vulgus pecum que l'auteur feint de vouloir convaincre.
Loin de moi l'idée de vouloir réduire son lexique à 500 mots sous prétexte de le rendre accessible, d'autant que tous les mots que je viens de citer sont dans le Petit Robert, mais je trouve qu'un lexique aurait été la moindre des choses.

Edit : J'ai remis la main sur mes notes, et j'ai de quoi étayer mes opinions. Vous pouvez ajouter quelques entrées  à ce très nécessaire lexique  :
histrionisme, érysipèle, pilariose, hémoroïsse, amaurose, anosmie, mélisme, éviration, anaphore, ethnarque, eumonien, montaniste, plurivocité, excipé, apodictique, récipiscence, uxoricide
....


Cela dit, on trouve dans ce déluge continu de pédanterie un certain nombre de références bibliographiques intéressantes et détaillées, qui donnent envie d'aller lire dans le texte Jean Meslier, abbé athée et anticlérical sous Louis XIV (3), ou encore
Cristóvão Ferreira, jésuite parti au Japon auteur d'un pamphlet incandescent contre le catholicime.

Il y a aussi quelques anecotes amusantes égrenées au fil des pages, comme l'histoire de l'empereur romain qui continua de régner après sa mort parce que, effrayés par la perspective d'une succession mouvementée, les ministres continuaient de faire leur rapport à son cadavre...
Ou encore :
Stercorius, Crépitus et Cloacine chez les Romains, respectivement divinités des ordures, du pet et du fumier.
Si non e vero, e bene trovato...

Mais ni le style pénible ni les anecdotes divertissantes ne sont de beaucoup d'importance. Ma principale critique envers ce livre est tout simplement que le raisonnement utilisé ne me paraît pas recevable. Il confond avec complaisance la critique des religions et l'athéisme, et en tire des conclusions mal dégrossies et insatisfaisantes. Il utilise sa propre conviction athée  comme une évidence d'une façon qui rappelle un peu ceux qu'il attaque.
Son attaque virulente contre la religion prétend démontrer l'athéisme alors qu'elle ne saurait soutenir que la laïcité (dans un système) et l'agnostisme (pour un individu). C'est récurrent, et d'autant plus irritant que je refuse de croire à la bonne foi de l'amalgame : ce mec a l'air de savoir suffisemment réfléchir pour comprendre ce qu'il écrit.

Au lieu du traité grand public et pédagogue que nous promet le titre, il nous donne un pamphlet pédant et démagogue. C'est d'autant plus dommage que j'aurais vraiment aimé en recommander la lecture, mais tel qu'il est, il peut être exploité (biblios en particulier), mais, à mon avis, pas apprécié.

Si quelqu'un a aussi lu cet ouvrage, et n'est pas d'accord avec mon (humble) analyse, je serais ravie d'en discuter. De même, si on peut me conseiller un autre livre d'Onfray, je voudrais bien essayer d'aller au-delà de cette première impression : encore une fois, je ne suis ni philosophe ni exégète, alors ne me croyez pas sur parole, et si ça vous intéresse, lisez-le! (4)



(1) Je dis pavé par principe, mais j'oublie toujours que les livres grand format sont en fait écrits très gros, et que cela tiendrait aussi bien dans un poche.
Conclusion : achetez des poches, ça coûte moins cher, c'est plus facile à lire dans le métro, ça prend moins de place sur l'étagère et en plus ça coupe moins d'arbres.

(2) Comme le savent ceux qui me lisent depuis un moment. Voir par exemple.

(3) L'auteur de cette impérissable phrase :
« Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »
D'autres citations disponibles ici.

(4) Des extraits de la première partie sont disponible sur cette page.


NB : Mon illustration ne reprend pas la couverture car je n'ai pas trouvé d'image satisfaisante : le fond noir sort très mal. J'ai donc remplacé par le tableau qui y est représenté, le combat de Jacob avec l'ange, par Delacroix.

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22 septembre 2005 4 22 /09 /septembre /2005 00:00
Rondoudjou!
je viens de réaliser que je suis en train de prendre un énorme retard sur mes comptes-rendus de lecture : je n'ai parlé que de quatre des livres lus cet été, et même si la rentée est venue mettre un sérieux frein à mes pulsions de lecture, je risque d'abandonner une fois de plus  mes notes de lecture si je laisse trop d'écart se creuser.

Cet été, j'ai beaucoup bouquiné, en particulier une fournée de livres d'origine maternelle, que j'ai donc lus pour le principe, étant donné que le prétexte relève plus du "tiens ça t'intéressera peut-être, -moi-j'ai-la-flemme", que du "ma-fille-voilà-le-meilleur-livre-du-monde-lis-le".
Partant sans a priori, j'ai donc eu droit à quelques découvertes.

L'étudiant étranger, de Philippe Labro

atudiant etranger J'ai donc lu ce livre de Philippe Labro sans trop savoir à quoi m'attendre.
Pour commencer, le nom de l'auteur faisait partie de ceux que j'identifie comme connus mais dont je ne sais strictement rien. Effectivement, et comme souvent, il s'agit d'un journaliste/auteur, dont on ne peut échapper au patronyme, sans jamais en apprendre plus sur eux.
Ceci dit, je médis sans doute : il a l'air d'avoir été vraiment journaliste, puis écrivain, et même cinéaste, pour finir à la tête d'une chaine de télévision TNT.

Le roman est très fortement autobiographique et raconte à la première personne l'année d'étude d'un jeune Français boursier dans une université du Sud des États-Unis, dans les années cinquante.

Je dois admettre qu'au bout de quelques chapitres, j'ai envisagé d'arrêter la lecture; en effet, la narration à la première personne est un style difficile s'il en est, et le style me paraissait emprunté et laborieux. Mais bon, après tout je n'avais rien d'autre à lire, et j'étais curieuse de voir ce qui avait mérité au roman son Prix Interallié.

J'ai donc persévéré, et je ne l'ai pas regretté.
Soit que le style se soit insensiblement amélioré, soit que la description de la vie sociale du campus ait réussi à masquer complètement ses défauts, j'ai terminé la suite du bouquin en un clin d'oeil, et j'en suis ressortie horrifiée.
Horrifiée par l'idée d'un campus si snob que point n'est besoin d'un uniforme pour que tous s'habillent exactement pareil (1), où un étudiant peut être convoqué devant une commision de camarades parce que - tenez-vous bien-, bien qu'il dise bonjour à tous ceux qu'il croise, il ne sourit pas toujours en le disant...
Et, est-il besoin de le préciser considérant le lieu et la date, un racisme tellement appliqué qu'il n'y a à peu près aucun contact entre les communautés noire et blanches, sauf pour de rares rapports monnayés et dominateurs (pour faire court, ménage et prostitution).

C'est puant, oppressant, déprimant, insupportable rien qu'à lire, et on s'apprête donc à éprouver une certaine compassion envers le personnage. On en est empêché par sa réaction : il adore.
Il fait tout pour se couler dans le moule, pour remplir les critères, pour pouvoir lui aussi jouer son rôle dans cette danse rigide et mécanique qui tient lieu de relations sociales, le bal de prom' en étant l'apothéose.
Je viens de lire dans Wikipédia qu'il a rédigé une suite, basée sur un été à travailler comme bûcheron pour payer le reste de son séjour. J'ignore si je lirai cet Été dans l'Ouest : j'avoue être partagée entre la curiosité et la crainte quant à ce qu'il y voit, et surtout ce qu'il en pense.

Djamilia, de Tchinghiz Aïtmatov (2)

djamilia Voilà un livre atypique : traduit du kirghiz en russe, il a été découvert et traduit en français en 1959 par Aragon, qui l'a présenté comme rien moins que "la plus belle histoire d'amour du monde". (3)
Mazette, venant d'un auteur  célèbre pour l'extravagante intensité de son amour pour son Elsa, ça vous pose un livre. (4)

C'est une histoire courte, dans un style simple, qui présente au moins trois intérêts :
    D'abord, vous avez déjà lu des auteurs kirghizes? Bah pour moi aussi c'était une première, et ça ouvre un peu l'esprit.
Un peu comme Peaux de phoque, ça permet de réaliser que la production littéraire d'une langue ne se mesure pas à sa proximité géographique, ni à sa densité de population.

     Dans le même ordre d'idée, cela permet de découvrir un monde qui nous paraît étranger parce qu'il est rural, communautaire, et à peine sédentarisé, mais aussi parce qu'il doit autant à l'action de la russification communiste qu'au mode de vie traditionnel.
    Et puis pour une fois, l'histoire d'amour n'est pas racontée par l'un des tourtenaux ni par un narrateur omniscient, mais par le tout jeune beau-frère de l'espiègle Djamilia, qui du haut de ses treize ans lui voue un amour sans borne dont il n'est même pas conscient.  

C'est simple, presque naïf en épousant le point de vue du narrateur, et on y trouve un charme discret et presque obsédant. Et puis après, vous pourrez briller dans les salons en faisant une étude comparée des littérures tchouktche et kirgize...

La suite bientôt!


(1) Je sais bien que le conformisme social joue partout, mais il y a toujours 5 ou 10% d'exceptions plus ou moins marquées... Là, non.

(2) Ce malheureux Aitmatov n'a pas de page dans la Wikipédia française : le lien pointe donc vers l'article angloophone.
Pour les anglophones et/ou russophones, une petite nouvelle intitulée Le petit soldat est disponible en ligne.
Enfin, J'ai pris comme illustration la couverture de l'édition de Denoêl, mais celle de Folio Gallimard présente l'avantage de reprendre la préface de Louis Aragon, ce qui ne se refuse pas.

(3) Reprenant ainsi la formule de Rudyard Kipling, qui a intitulé une de ses nouvelles La plus belle histoire du monde (
The Finest Story in the World).

(4) Pour un exemple parmi tant d'autres, lire ici.

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao