Je suis en train de lire La vie des termites de Maeterlinck .
Riez, riez, moi j'assume grave, et puis j'ai comme qui dirait l'habitude : La vie des crapauds de l'Immortel Jean Rostand avait beaucoup amusé dans ma classe de quatrième :-p .
L'ouvrage date de 1927, et on sent tout de même que l'auteur est un poète... Mais au delà des descriptions gothiques et des comparaisons politiques douteuses (termitière = soviet?), il y a quelques pépites.
Au sujet de l'explication de l'organisation des termites, et surtout de la gestion fine (réduire la ponte quand il y a pénurie, etc) :
En tout cas, l'hypothèse de l'instinct n'est pas plus satisfaisante que celle de l'intelligence. Peut-être l'est-elle un peu moins, car nous ne savons pas du tout ce que c'est que l'instinct, au lieu, que nous croyons à tort ou à raison, ne pas entièrement ignorer ce que c'est que l'intelligence.
Et puis une belle explication de la notion de méta-organisme :
Une autre hypothèse pourrait considérer la ruche, la fourmilière et la termitière comme un individu unique, mais encore ou déjà disséminé, un seul être vivant qui ne serait pas encore, ou qui ne serait déjà plus coagulé ou solidifié et dont les divers organes, formés de millers de cellules, bien qu'exteriorisés et malgré leur apparente indépendance, resteraient toujours soumis à la même loi centrale. Notre corps est aussi une association, un agglomérat, une colonie de soixante trillons de cellules, mais de cellules qui ne peuvent pas s'éloigner de leur nid, ou de leur noyau, et demeurent, jusqu'à la destruction de ce nid ou de ce noyau, sédentaires et captives. Si terrible, si inhumaine que paraisse l'orgnaisationd e la termitière, celle que nous portons en nous est calquée sur le même modèle. Même personnalité collective, même sacrifice incessant d'innombrables parties au tout, au bien commun, même système défensif, même cannibalisme des phagocytes envers les cellules mortes ou inutiles, même travail obscur, acharné, aveugle, pour une fin ignorée, même férocité, même spécialisation pour la nutrition, la reproduction, la respiration, la circulation, etc., mêmes complications, même solidarité, mêmes appels en cas de danger, mêmes équilibres, même police intérieure.
Voilà voilà.
Allez, j'y retourne, il me reste à apprendre comment un entomologiste s'est fait dévorer sa chemise (coton=cellulose=comestible) pendant son sommeil par les termites qu'il était venu étudier...
Edit (16/10) : La lecture étant terminée, j'amende un peu mon opinion.
La première partie est une monographie assez complète pour l'époque de l'état des connaissances sur ces mystérieuses fourmis blanches, pleine d'anecdotes et de vocabulaire délicieusement suranné. Mais la seconde partie est un amas de ratiocinations obscures, sur la destinée humaine, l'Anima Mundi, l'intelligence étherée...
À choisir une vie, je vous recommande donc, de loin, La vie des crapauds de Rostand Jr., compte-rendu passionnant d'expériences minutieuses et de réflexions éminemment scientifiques.