Je rêve.
Voyez-vous en ce moment, une proportion non négligeable de ma tranche d'âge bat le pavé dans l'espoir de se faire entendre d'un peu plus que des riverains du parcours République-Nation. Il semble toutefois que la rue de Varenne soit singulièrement isolée du point de vue acoustique.
Dans ce genre de cas, j'essaie toujours de chercher des arguments qui vont dans le sens opposé à ma pente naturelle, je me force à jouer l'avocat du diable.
J'ai donc cherché de la documentation officielle sur le Contrat Premier Emploi, et j'ai lu, sur le site www.premier-ministre.gouv.fr (où j'avais bien rigolé l'an dernier), l'article intitulé CPE : pour lutter contre le chomâge des jeunes.
Il n'y a pas exactement de scoop, mais tout de même, je me suis étranglée devant ça :
S’ils ont fait une période de stage, de CDD ou d’alternance dans l’entreprise qui les recrute, cette période sera décomptée des 2 ans : un jeune qui aurait fait 1 an de stage et 6 mois de CDD aura déjà fait les trois quarts du chemin.
Je rêve.
Le but est de nous montrer que ah, c'est trop cool, les stagiaires vont enfin être embauchés.
La question posée est : après un an de stage et six mois de CDD, pourquoi a-t-on besoin d'une (insert profanity here) période d'ESSAI?
Mec, c'est TOI qui l'a formé le minot, alors tu dois avoir une idée un peu précise de ce qu'il sait faire. D'autant que tu as jugé bon de le reprendre à la fin de son apprentissage, il devait donc faire l'affaire. Qu'est-ce que tu veux tester avec un CPE, à part sa capacité à te cirer les pompes et à faire des heures sup' gratuites tellement il sue de trouille (et je reste polie)?
Essai. oui, comme dans essayer une paire de chaussures, une voiture ou un pantalon. On l'essaye. Si ça ne va pas on en prend une autre mais ce n'est pas grave, vu qu'on n'a pas usé la première.
Le concept de période d'essai de deux ans (DEUX ans. Quatre-vingt-quatorze semaines ouvrées. Plus de trois mille heures de taf) est une blague qui a oublié d'être drôle aux alentours de la première syllabe....
Cette blague a été appliquée pour le CNE (Contrat Nouvelle Embauche), à l'intention des entreprises de moins de 20 employés, le but annoncé étant de leur permettre de s'adapter aux variations d'activité de la boîte sans faire un énorme pari à chaque embauche.
Et on va élargir la mesure à toutes les entreprises? Dites moi pas que c'est pas vrai...
Tu veux un taf? Pas de pot. Un CDI en plus? Tough! il va falloir le mériter...
Une période d'essai de deux ans ne teste pas la capacité d'une personne à faire son boulot, mais le point auquel un employé est près à se mettre à la merci de son employeur. Pas de justification à donner pour foutre quelqu'un à la porte avec quinze jours de préavis, ça se traduit dans la vraie vie par pouvoir discrétionnaire, c'est-à-dire que le CDI il va vraiment falloir le mériter en suivant le chemin, comme dit le texte. Chemin de croix.
On nage en pleine morale judéo-chrétienne de mes ovaires (souffrance k(r)ystique? hihihi désolée.)
Ah, un petit truc marrant : dans la page des FAQ du CPE, on lit en première question
1. Le CPE implique une baisse des salaires moyens pour les jeunes comme le faisait le CIP en 1994.
Le CPE comporte une garantie de rémunération et en aucun cas, les rémunérations ne pourront être inférieures au régime commun des salariés. Le CPE n’est en aucun cas un nouveau CIP, ces deux contrats étant totalement différents l’un de l’autre. Ainsi, le CPE ne comporte aucune forme de salaire plafond.
Tiens, on voit exactement pourquoi il sont si anxieux de nous expliquer que Le CPE n'a rien à voir avec le Smic-jeune de sinistre mémoire. ...
D'après cet article du Monde Villepin, la foi en son destin.Les députés de l'UMP eux-mêmes murmurent, pensant peut-être à la loi Falloux :
"Villepin ? c'est Juppé avec des cheveux !"
L'intéressé répond en disant :
Je ne serai pas un premier ministre droit dans ses bottes qui n'écoute personne !"
Ah ouais?
CHICHE.
Mais bon, vous me connaissez. : je rêve...