L'Afrique est tellement pleine de serpents, qu'on lui accorde à juste titre la palme de cette malfaisante production.
Les cérastes portent de petites cornes, au nombre de quatre, par le mouvement desquelles ils attirent les oiseaux, comme par un appât, et les font périr : à cet effet, ils ont l'instinct de se couvrir de sable le reste du corps, et ne laissent paraître que la partie qui, en présentant une nourriture illusoire, appelle les oiseaux à leur perte. L'amphisbène a deux têtes, dont l'une est à sa place naturelle et l'autre à la queue, ce qui fait que son corps suit ses deux têtes en décrivant un cercle.
Le serpent dit jaculus se tient sur les arbres, d'où il s'élance avec une force prodigieuse pour frapper tout ce qui se présente.
La scytale a des couleurs si variées qu'elle arrête par sa beauté ceux qui la voient, et, comme elle rampe lentement, elle met à profit l'admiration qu'elle fait naître pour arriver à ceux qu'elle n'atteindrait pas autrement. Toutefois, c'est elle qui la première, au, milieu de tout cet éclat, dépose sa dépouille d'hiver.
Il y a de nombreuses et diverses espèces d'aspics, dont chacune nuit à sa manière : la dipsade tue par la soif ; l'hypnale par le sommeil : on se procure ce reptile pour se donner la mort, comme le fit Cléopâtre. Le poison des autres espèces, que l'on peut neutraliser, leur donne moins d'importance. L'hémorrhoïs fait, par sa morsure, jaillir le sang, et, par l'interruption des canaux qui le renferment, la vie s'échappe en même temps que ce fluide. La piqûre du prester produit un gonflement, une obésité dont on meurt. Celle du seps produit la putréfaction. Il y a encore l'hammodyte, le cenchris, l'éléphantie, le chersydre, le chamédracon ; et ici autant de noms, autant d'espèces de morts.