La récolte de perles continue...
Voilà quelques jour que j'ai manqué de m'étouffer en entendant sur France Info une interview d'un certain Jean-Claude Guillebaud, que j'aurais sensément dû connaître, mais dont le nom ne me disait rien du tout. C'est donc sans a priori, et d'une oreille distraite que je l'ai écouté faire la promotion de son dernier livre, Comment je suis redevenu chrétien.
(Je ne trouve pas références exactes, mais il s'agit peut-être d'un extrait de cette émission de France Culture)
Bon, mettons. Ce monsieur nous explique tout le bien qu'il pense du message des évangiles, comment tout cela est très moderne, et rappelle (citation approximative, je ne retrouve plus le bout de papier où je l'avais notée).
que de nombreuses valeurs de la société actuelles comme l'individualisme, l'égalité entre l'homme et la femme [...] ont leur origine lointaine dans la religion judéo-chrétienne.
Il m'a fallu un moment pour débarasser la phase de toutes ses volutes et prendre conscience que ce monsieur très érudit et compétent et tout et tout vient de nous asséner la bouche en coeur que l'égalité homme-femme vient de la religion judéo-chrétienne.
On parle vraiment de la même Bible, là?
Celle où les femmes sont considérées comme des possessions de valeur marginalement supérieure à celle des esclaves?
Celle de la polygynie quasi-systématique?
De l'obligation faite aux femmes de se couvrir les cheveux et de se vêtir modestement ? (un homme lui, même à poil il est modeste, faut croire... Ou plutôt si quelqu'un le voit en train de cuver dans le plus simple appareil, c'est de la faute du voyeur, et ça mérite bien une petite malédiction, confer Genèse 9:20-27. )
Ou bien parle-t-on du christianisme paulinien, où la femme est un être failli, qui a bien du mal à ne pas être un suppôt de Satan?
Je m'arrête là...
Tout ça pour dire que je ne comprend pas que l'intervieweur laisse passer ça sans battre un cil : si c'est effectivement la conviction de l'auteur, très bien, mais il est quasiment malhonnête de le glisser comme ça au milieu du reste. Une affirmation comme "le ciel est rouge à pois jaunes" demande plus qu'une simple mention en passant !
Mais j'aurais dû m'y attendre : dès qu'on parle de spiritualité et de sentiment religieux, tout devient guimauve et petits lapins roses parce que 1/ Dieu est amour et 2/ c'est pas gentil de critiquer les croyances de ses petits camarades.
Grumph.
Entendu hier, toujours sur France-Info, dans une interview sur le (vin) rosé :
Les raisins arrivent, et, in petto, ils passent à la cuve...
Dans le contexte, il est très clair que la locutrice voulait dire immédiatement et que l'expression adaptée aurait été illico presto ou simplement illico.
La locution in petto, elle, n'a vraiment rien à voir avec le schmilblick : elle est utilisée pour désigner une pensée, une décision prise en silence, à part soi, étymologiquement dans sa poitrine, en son coeur.
Notons aussi que in petto est une explession assez soutenue, tandis que illico est clairement familière, et pour conclure, proposons une occurrence de celle-ci :
Si je publie des noms, combien de Pénélopes
Passeront illico pour de fieffées salopes,
et de celle-là :
Quand on n'est pas d'accord avec le fort en thème
Qui, chez les sorbonnards, fit ses humanités,
On murmure in petto : "C'est un vrai Nicodème,
Un balourd, un bélître, un bel âne bâté."
Il y en a d'autres, du même auteur...