Je ne sais pas si je suis la seule dans ce cas (et pour être honnête, j'en doute), mais je passe ma vie à m'étrangler en lisant la presse. À cause de la situation du monde en général et de la politique française en particulier, bien sûr, puisque même la lecture de Télérama me met au bord de la crise d'apoplexie, mais pas seulement.
Je tombe régulièrement sur des conneries tellement énormes et des énormités tellement connes que pendant un instant je crois à la blague. Mais non, mais non, nous sommes juste cernés par des incompétents notoires et/ou des individus entièrement dénués de conscience professionnelle.
J'exagère?
Peut-être après tout. Je vous laisse donc juger :
Dans Libération, un article sur la "Life-Parade" intitulé Une croisade masquée contre l'homoparentalité nous apprend que :
Parmi les associations partenaires figurent par exemple les Associations familiales catholiques. Et, en soutien, la Fondation Jérôme Lejeune, découvreur du gène de la trisomie 21, militant antiavortement et catholique fervent, décédé en 1994, qui est en passe d'être béatifié.
Rien ne vous choque? Allez, je vous aide :
La trisomie 21, aussi appelée Syndrome de Down, comme son nom l'indique, est une maladie chromosomique qui consiste en une trisomie du chromosome 21, c'est-à-dire le fait de porter non pas deux mais trois versions de ce chromosome.
Il existe des trisomies qui concernent d'autres chromosomes (trisomie 13, trisomie 18) mais elle sont moins connues car, paradoxalement, beaucoup plus sévères : peu d'enfants dépassent les quelques semaines de vie.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu'il en ressort que le syndrome de Down est lié à un chromosome, pas à un gène nom de non !
Vous me direz, c'est marginalement moins pire que la précédente énormité Libéresque...
(Via Bakkhus)
Edit 23/03 : Quelques réflexions sur la question
Dans les commentaires, Ruxor me fait justement remarquer que :
le problème sémantique est plus subtil que ce que tu dis, parce que s'ils avaient écrit « découvreur de la cause de la trisomie 21 », ç'aurait aussi été idiot : le Monsieur a découvert la cause du syndrome de Down et a, justement, montré que c'était une trisomie. L'ennui c'est que si on dit ça les gens ne comprennent pas parce qu'ils ne savent pas ce que c'est que le syndrome de Down, et si on dit mongolisme ce n'est pas politiquement correct.
J'essayai donc, avec un succès mitigé, de résoudre le problème posé :
on pourrait dire que le Pr. Lejeune est "le découvreur de la trisomie 21" (et non pas du syndrome de Down), mas des gens penseraient sans doute qu'il a découvert la maladie. Ou "le découvreur du caractère chromosomique de la trisomie 21" ? un peu redondant, mais correct.
Et v'là-t-y pas que je lis dans Le Canard Enchaîné de ce mercredi 21 mars, dans un article intitulé "Alors, bienheureux?" (p.5) :
le professeur de médecine Jérôme Lejeune, disparu en 1994, découvreur du chromosome fauteur de mongolisme, mais aussi chef de file des anti-avortements (sic).
Indépendamment du fait que je ne vois vraiment pas pourquoi il y a un "s" à anti-avortement, le palmipède semble avoir résolu notre quadrature du cercle, quoiqu'en faisant la nique au politiquement correct avec le terme "mongolisme".
Entendu il y a déjà une éternité sur Radio Franprix (aucune idée de la fréquence, mais je sais qu'elle m'encourage à faire mes courses vite, très vite...) une question de culture générale :
Le mot lycée a-t-il une origine
a) latine ?
b) allemande ?
Bien tenté, mais en fait lycée, comme l'indique d'ailleurs son i grec, vient non du latin mais du grec :
Du nom du Lycée «gymnase situé au nord-est d'Athènes où enseignait Aristote», 1568 (BL.-W.1-5), gr.
«id.»; dès 1544 on rencontre la forme Lyceon.
Même que les allemands appellent le lycée Gymnasium (à prononcer Guime nazioume).
Aussi retrouvé dans mes notes (oui, je prends des notes sur des bouts de papier que je laisse s'accumuler dans un coin, et que je n'entreprends de trier que lorsque le volume dépasse significativement celui d'un nid de muscardin), une expression entendue sur France Info :
...des jeunes en déshérence d'objectifs, de repères...
J'imagine que le journaliste voulait dire que ces jeunes sont déboussolés parce qu'ils n'ont pas hérité de repères.
Sauf que être ou tomber en déshérence s'applique en fait aux biens qui ne peuvent pas être attribués faute d'héritiers, pas à des héritiers spoliés de leur héritage...
Encore un méfait de l'obsession jargonnesque des journalistes !
C'est un peu comme le contre-sens qui fait utiliser le terme "bien achalandé" pour "bien approvisionné" alors qu'un magasin achalandé est simplement bien pourvu en chalands, c'est à dire... en clients!
Les files d'attentes caricaturales des magasins soviétiques, par exemple, prouvent qu'ils étaient bien achalandés ; mais pour ce qui est de l'approvisionnement...
À propos du meurtrier en série qui a étranglé une demi-douzaine de dames aux affections négociables (copyright T. Pratchett) dans une petite ville d'Angleterre (*) il y a quelques mois déjà, j'ai eu la surprise de lire dans Le Monde, journal-de-référence sérieux-d'intellectuels tout ça tout ça, une comparaison avec le serial killer le plus légendaire de toute l'Angleterre, j'ai nommé... Jack l'étrangleur!
sauf que non...
Le Jack l'éventreur (The Ripper) en question, il les découpait en rondelles ses victimes : non content de leur trancher la gorge, il leur mettait joyeusement les tripes à l'air, et à l'occasion emmenait un souvenir charmant, comme un rein...
Sur le sujet, j'ai lu le petit livre éponyme de Robert Desnos, paru tout récemment aux faramubilifiantes éditions Allia. Croyez-moi, ça change de la fourmi de dix-huit mètres...
(*) qui n'est pas du tout un trou perdu, promis juré ! D'ailleurs son équipe de foot a gagné la coupe d'Angleterre en 1981! (ou alors on m'a menti :p)
Voici encore une coupure de presse qui dort depuis un moment sur une étagère : en décembre dernier, Métro nous annonçait des progrès extraordinaire dans la communication avec l'au-delà en titrant : Queen Mum en podcast!

Hélas!
À la déception générale, il ne s'agissait que d'une confusion infâmante entre la Reine Élisabeth II, vivante et chef du Commonwealth, et son auguste génitrice la Queen Mother (Reine Mère), qui jamais ne régna fut chef d'état, et que ses saines habitudes de boire du bourbon et de fumer des cigares ont conservée jusqu'à l'âge honorable de 101 printemps, mais pas au-delà : elle est morte il y a déjà cinq ans.
(Vous pourrez apprendre tout et le reste sur sa vie sur le site que lui consacre CNN)
Notez bien, que l'info que le podcast est une brève de l'AP : Métro n'avait ici qu'à lui donner un titre, et ils ont quand même réussi à se ramasser...
J'en ai sûrement plein d'autres, mais ce sera tout pour aujourd'hui!