Je viens d'exhumer un de mes vieux carnets, avec citations tirées de l'étrange bouquin de Stendhal intitulé De l'Amour.
Elles se classent plus ou moins en trois catégories : les descriptions plutôt perspicaces, les grandes généralités sexistes et les remarques qui font brutalement comprendre la structure de la société de l'époque. Et il y en a qui réussissent l'exploit de rentrer dans les trois cases à la fois!
L'ensemble est décousu, mais j'ai cette excuse que le texte d'origine aussi...
1. Il y a ce malheur dans la vie que ce qui fait la sécurité et le bonheur de l'un des amants fait le danger et presque l'humiliation de l'autre.
2. Une femme ne peut être guidée par l'habitude d'être raisonnable, que moi, homme, je contracte forcément à mon bureau, en travaillant, six heures tous les jours, à des choses froides et raisonnables.
3. Il est beaucoup plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu'on n'a vu que deux fois, après trois mots de latin dits à l'église, que de céder malgré soi à l'homme qu'on adore depuis deux ans.
4. Le nombre de sottises que j'ai dites depuis deux ans pour ne pas me taire me met au désespoir quand j'y songe.
5. À peine en sa présence [de l'objet de la cristallisation], il survient comme une sorte d'ivresse dans les yeux . On se sent porté comme un maniaque à faire des actions étranges, on a le sentiment d'avoir deux âmes ; l'une pour faire, et l'autre pour blâmer ce qu'on fait.
6. Il faut se rappeller qu'assez souvent un être tout ému n'a pas le temps d'apercevoir l'émotion de la personne qui cause la sienne.
7. Il a été donné aux femmes de sentir, d'une manière admirable, les nuances d'affection, les variations les plus insensibles du coeur humain, les mouvements les plus légers des amours propres. Elles ont à cet égard un organe qui nous manque ; voyez-les soigner un blessé.
8. Les fluides nerveux, chez les hommes, s'usent par la cervelle, et chez les femmes par le coeur ; c'est pour cela qu'elles sont plus sensibles.
9. L'erreur commune est d'en agir avec les femmes comme avec des espèces d'hommes plus généreux, plus mobiles et surtout avec lesquels il n'y a pas de rivalité possible.
10. De l'orgueil féminin naît ce que les femmes appellent les manques de délicatesse. Je crois que cela ressemble assez à ce que les rois appellent lèse-majesté, crime d'autant plus dangereux qu'on y tombe sans s'en douter [...]. Il faut se rappeller sans cesse qu'on a affaire à des êtres qui, quoique à tort, peuvent se croire inférieurs en vigueur de caractère, ou, pour mieux dire, peuvent penser qu'on les croit inférieurs.
11. Un ami qui veut procurer la guérison du malade [d'amour] doit d'abord être toujours du parti de la femme aimée, et tous les amis qui ont plus de zèle que d'esprit ne manquent pas de faire le contraire.
12. Formées par les aimables Français qui n'ont que de la vanité et des désirs physiques, les femmes françaises sont des êtres moins agissants, moins énergiques, moins redoutés et moins puissants que les espagnoles ou les italiennes.
13. Quant à la jalousie chez les femmes, elles sont méfiantes, elles risquent infiniment plus que nous, elles ont plus sacrifié à l'amour, elles ont beaucoup moins de moyens de distractions, elles en ont beaucoup moins surtout de vérifier les actions de leur amant.
Une femme se sent avilie par la jalousie, elle a l'air de courir après l'homme, elle se croit la risée de son amant et qu'il se moque surtout de ses plus tendres transports, elle doit penscher à la cruauté, et cependant elle ne peut tuer légalement sa rivale.
Quant à la citation numéro 4, j'avoue qu'elle ne rentre dans aucune de mes catégories, c'était juste pour le plaisir de le voir s'autoflageller.
Je viens de me rendre compte que ces citations ignorent complètement le seul concept neuf du texte : celui de cristallisation, dont vous avez dû entendre parler en philo. Je me sens quelque peu obligée de vous mettre la citation classique du bouquin...
Laissez travailler la tête d'un amant pendant vingt-quatre heures, et voici ce que vous trouverez : Aux mines de sel de Salzbourg, on jette, dans les profondeurs abandonnées de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver ; deux ou trois mois après on le retire couvert de cristallisations brillantes : les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une mésange, sont garnies d'une infinité de diamants, mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif. Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.
J'attends vos réactions à chaud sur ce sujet... brûlant?
Mise à jour 01/06/2012 : La citation la plus pertinente m'était apparemment passée sous le nez...