Un petit blog sans prétentions et sans ligne éditoriale fixe.
Ingrédients :
Munissez-vous d'une pâtisserie exagérément appétissante achetée au coin de la rue, ou chez Hédiard, à votre choix : permettez-moi de suggérer quelque chose de bien riche comme un opéra, un royal, ou une religieuse. Ça marche aussi, mais moins bien, avec les biscuits (comme les macarons) même très bons, parce qu'ils accrochent moins la lumière, voyez-vous.
Un bonus est prévu s'il y a des décorations à la crème.
Installez-vous innocemment sur votre banc vert pour faire dinette, et entreprenez de vous tartiner consciencieusement les doigts et le museau de chocolat (en évitant les yeux, parce que ça pique un peu).
Une fois les premières vagues de félicité gustative passées, prenez soudain conscience du fait que les joggers indifférents qui passent régulièrement vous lancent tous le même regard : quelque part entre la fascination, la stupeur et la douleur.
Constatez que les coups d'œil désespérés se poursuivent même après que vous ayvez sommairement décrassé votre museau et fait un effort pour manger proprement.
C'est à ce moment-là qu'on m'a rappelé un détail qui donnait la clé du manège : sécrétion picomolaire d'insuline.
C'était une anecdote d'une mienne prof qui avait une façon bien à elle d'expliquer les mécanismes physiologiques de régulation de la glycémie.
Elle nous avait exposé la difficulté de mettre en branle les mécanismes de lipolyse dans le cadre d'un régime, et la fragilité du processus : selon elle, un arrêt devant une vitrine de boulangerie, dans un accès de concupiscence gastronomique, suffisait à bloquer momentanément le mécanisme de réduction des graisses, et ce, même en faisant l'effort de volonté surhumain de ne pas acheter cette religieuse si délicieusement appétissante. Pourquoi ? Tout simplement parce que le cerveau, en présence d'un stimulus alimentaire1, a tendance à lancer le processus de digestion et en l'occurrence de stockage du sucre et des graisses censés bientôt entrer dans l'organisme, grâce à la sécrétion d'insuline...
En fouillant un peu j'ai même trouvé une étude qui mesurait la sécrétion d'insuline de sujets mis devant un plat, et dont la conclusion est :
Our study demonstrated a positive correlation between (1) the reflex insulin release, (2) body weight and (3) a conscious effort to maintain current body weight.
Donc non seulement ma gourmandise leur a fait envie sur un plan purement gustatif, mais j'ai bloqué leur perte de poids à hauteur de leur volonté de tenir leur régime. La vie est vraiment injuste.
Du terrorisme, vous dis-je !
1 : Ce n'est que l'un des nombreux facteurs, parmi lesquels on peut citer l'horaire (quand on a une vie bien réglée) ou des signaux mécaniques comme la mastication.