Or donc, mes petits loupiots mordorés, comme je vous le disais dans l'article précédent, j'ai arpenté l'autre jour le pavé familier du chemin République-Nation en signe de pas-contentitude avancée.
J'ai même fait le trajet deux fois pour faire bonne mesure, malgré les protestations indignées des knackis ébouillantées en lesquelles s'étaient changées mes gambettes à la fin de la journée.
Il faisait beau, les gens portaient des tee-shirts amusants, l'ambiance était bon enfant mais l'humeur politique, elle, était franchement excédée.
Côté slogans, il y avait les classiques indémodables :
On veut des CAPES pour pas finir CRS ! (*)
On veut étudier pour pas finir policiers !
(variante plus subversive : députés...)
Un ami proposait dans le même genre :
On défend la fac pour pas finir à la BAC !
De l'argent, il y en a, dans les caisses du patronat !
S'il n'y en a pas assez, y'a le yacht de Bolloré !
Il est d'ailleurs tout à fait remarquable de constater à quel point une consonne occlusive peut se transformer en labio-dentale quand elle est braillée joyeusement...
La base interpellait les syndicats :
C-G-T ! On s'sort les doigts du nez !
F-S-U ! On s'sort les doigts du cul !
Y compris les syndicats patronaux ...
Medef !
Medef !
Mais défonçons-les !
Côté enseignement supérieure et recherche, le gagnant du jour fut sans conteste :
Y'en a marre, marre, Marcel Proust !
La Recherche, c'est pas du temps perdu !
Sur l'air de «C'est la mère Michel», cette adaptation a aussi été chantée avec beaucoup de conviction
C'est la mère Pécresse qui a pondu sa loi,
Qui demande à qui l'appliquera
C'est les gens dans la rue
Qui lui ont répondu
Abroge la LRU
Et casse-toi tu pues !
Et casse-toi tu pues,
...
Il faut dire qu'il y a de quoi râler : un couple charmant rique d'être séparé !

Avouez que ce serait bien dommage, même si je soupçonne la mariée de faire quelques infidélités à son CNRS de mari ...

L'esplanade du Centre Pompidou, où le cortège universitaire s'était donné rendez-vous avant de rejoindre République, permettait à de grandes banderoles de s'ébattre à l'aise :



Outre les mariés, on aura remarqué un golden trader :

Bon, j'arrête là mon compte-rendu photographique : ma religion m'interdit de faire des articles trop longs à charger : suite et fin au prochain numéro...
Je vous laisse sur cette profession d'amitié qui n'a en fait que peu à voir avec la défense de la recherche en chimie fondamentale :
C'est en fait un extrait de La Java des bons enfants, chanson anarchiste. Merci à V. pour l'identification, et par ici la zizique !
(*) J'ai tendance à renâcler à l'insulte envers les forces de l'ordre lors des manifs (à moins qu'elle soit explicitement destinée à protester contre la répression) : sans même parler de provocation gratuite, cela me paraît parasiter le passage du message.
À part l'historique «CRS SS !», j'ai beaucoup entendu ces temps-ci «Flics : Porcs ! Assassins !», alors qu'en janvier l'ambiance était plutôt à «CRS en colère ! le pastis il est trop cher !». La rue semble en avoir de plus en plus marre de ne pas être entendue.
Quant au slogan «CRS impuissants ! La matraque fait pas d'enfants !», elle semble répondre, à quarante ans d'intervalle, à l'affiche de mai 68 qui proclamait bien plus sombrement «Les CRS aussi sont des hommes. La preuve : Ils violent les filles dans les commissariats».
Edit 27/03 : Dans un souci d'exhaustivité, ajoutons :
Police nationale, milice du capital !
Pétain, reviens, t'as oublié tes chiens !
Et le franchement difficile à défendre : Un flic, une balle : justice sociale !
Note sans intérêt : Les photos de cet article et du précédent sont stockées sur Photobucket à titre expérimental. Vous êtes encouragés à aller voir le reste de l'album, et surtout à me signaler tout problème technique.