Un petit blog sans prétentions et sans ligne éditoriale fixe.
Le sujet de ma ratiocination du jour est des plus quotidiens, mais vous ne réalisez sans doute pas à quel point il est complexe : je parle bien sûr de l'acte, apparement si anodin à nous autres franchouillards, de se faire la bise.On peut toujours passer pour le plouc de quelqu’un. Le jeune François de Rugy, fraîchement entré à l’Assemblée en tant que député des Verts, vient d’en faire les frais et l’explique sur son blog. En apercevant sur les bancs son ex-camarade verte Aurélie Filippetti, nouvelle élue PS de Lorraine, il s’était précipité pour l’embrasser… Patatras ! Totalement ringard dans l’Hémicycle.L'explication tient à la tradition de l'Assemblée, qui possède un règlement digne d'un pensionnat religieux :
Faire la bise est interdit par le réglement intérieur de l'Assemblée Nationale française. Si un député est surpris à faire la bise à une députée pour la saluer, un huissier les remet courtoisement mais fermement à l'ordre en leur rappelant la bienséance à respecter dans un des lieux phares de la République. Il paraît que de jeunes députés, choqués par ce réglement vieillot, se font la bise en cachette, attendant pour cela que les huissiers aient le dos tourné !Confirmation sur le blog de l'intéressé, l'élu PS François de Rugy :
Le Parisien (pas de source plus précise)
Je retrouve Aurélie Filipetti, nouvelle élue PS de Lorraine et ancienne Verte. Je découvre en lui faisant la bise que c’est là une pratique interdite dans l’Hémicycle ! Les huissiers nous le signalent mais, toujours prévenants, nous indiquent qu’ils font preuve d’indulgence pour les premières séances !Garder les portes du palais Bourbon ne doit pas être marrant tout les jours, et j'imagine que ces huissiers (plus bonhommes que ceux de justice) s'amusent fort à policer ainsi les moeurs de nos parlementaires...
As you change from one side to the other, you could conceivably brush the other person’s lips. Quite frankly, highly strung as I was at that age I think I would have swooned at such intimate contact.Voilà qui est bel est bon. A-t-on pour autant levé le dernier voiles sur les mystères de ce miracle quotidien de coordination sociale ? Demandons donc son avis à Arte, chaîne bi-culturelle et donc à même de juger de la difficulté des règles implicites de l'exercice. Un épisode de son ancienne émission Karambolage, est des plus instructifs :
Lorsque vous changez d'un côté à l'autre, vous pourriez possiblement effleurer les lèvres de l'autre. Franchement, tendue comme je l'étais à cet âge, je pense qu'un contact aussi intime m'aurait fait m'évanouir.
Si dans les grandes villes (Paris, Lyon, Strasbourg) la règle semble claire (deux bises), dès qu’on s’éloigne des centres-villes, tout se complique. Ainsi, une lycéenne de ZEP entrée en classe prépa à Paris révèle être « passée pour une beauf » en tentant, par habitude, de claquer quatre bises à ses camarades venus d’horizons plus chics. Une habitante du Quesnoy (Nord), elle aussi habituée à embrasser quatre fois ses cousins, raconte le choc de son installation à Lille où les codes supposent deux bises seulement…Le critère de la classe sociale semble assez inextricable, mais celui de la pure géographie déjà piqué la curiosité de personnes moins vélléitaires que moi, qui ce sont attachées à cette tâche ingrate de collecte et de mise en forme des informations sur la questions.


