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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 12:42
Si vous prenez le métro, vous avez sans doute eu l'occasion de de remarquer les affiches de la campagne "Destination Tauquiot" pour la SNCF.

L'idée de trouver des homonymes franchouillards, voire franchement ploucs, de noms de métropoles internationales m'a semblé assez divertissante, je m'y suis donc collée :
Panneau Pré TaurillatVanoud-à-Toue
Quonste-en-Tinople
Ville Nyusce
St-Aucqueaulme
Sart-à-Gosses
Croc-à-Scie
La Barre-Badde
Pré Taurillat
Montrêts Halle
Quai Baicques
Cattemand (Doubs)
Meaux-en-Bique
Six-Cilles
...

Drôle de voir comment l'ajout de forme typique des mots français, comme les terminaisons muettes en t, d, s, x...), ou les "cqu", "eau", etc. suffit à changer l'apparence d'un nom propre...

Vous en trouverez des milliers d'autres sur le site du concours correspondant, dont le fort amusant "Bord d'eau" : l'auteur a sans le savoir retrouvé l'étymologie du toponyme...
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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 00:00
lady.jpgS'il y a un domaine professionnel à placer avec la médecine au premier rang de la jargonnance et de l'incompréhension générale, c'est bien le droit.
Voici donc un petit florilège de mots bizarres, étranges et inconnus du vulgus pecum qui appartiennent au vocabulaire juridique.

Antichrèse
J'ai réfléchi à un moyen d'éclaircir la définition proposée, et je ne vois que l'explication par l'exemple.
Posons que Jean doit 10 000 euros à Claire, mais ne peut pas les lui rembourser. Jean possède cependant un appartement, mais ne va pas le vendre juste pour 10 000 euros.
Alors Claire récupère l'usage de l'appart', le loue à 1000 euros par mois pendant 10 mois pour apurer la dette, puis le rend à Jean.
C'est donc cela l'antichrèse, si j'ai bien tout suivi...

Anatocisme  une chose simple à comprendre, et simple à rejeter. L'anatocisme est presque complètement interdit, et c'est tant mieux.    
  
Chirographaire (adj.) de chiros, la main en grec. Voir : Chiralité, Chiromancie, Chiropracteur

Emphytéose,  à ne pas confondre avec l'apothéose, ni l'emphysème.

Fideicommis
: Encore un mot étrange issu du latin. La personne qui en est l'objet est le grevé de restitution. Ça ne donne pas très envie, mais en fait c'est un position de force.

Fongibilité : n'a rien à voir avec les champignons ou les antifongiques. Non, vraiment rien.

Intestat : moins mystérieux que les autres : on parle souvent du rique de mourir intestat. Rien à voir avec les intestins.
À noter que cela vient directement du latin, et que le mot est donc invariable : à mon grand regret, je ne serai donc jamais intestate.

Mainlevée : à ne pas confondre avec sa cousine la main-courante.

Marc le franc
: sans lien familial avec Dicentim le petit Franc.

Nolissement
: action de noliser. Ah.

Olographe
: encore une histoire de testament.

Plumitif : hé non, ce n'est pas seulement, comme je le croyais, une insulte à destination des journalistes ! Ce fut aussi le nom donné au registre d'audience.

Pollicitation : contrairement à ce qu'on pourraît croire, c'est pas l'action par laquelle les abeilles transportent le pollen de fleur en fleur.

Préciput : étonnament, ce n'est pas le devant du crâne. Dommage, ça aurait fait un joli pendant à l'occiput.

lady-justice.jpg Rédhibitoire
: celui-là, je ne l'inclus pas dans la liste parce qu'il est inconnu mais parce qu'il est mal connu. D'abord, le h est après le d, pas autre part, merci.
Un vice rédhibitoire c'est un vice caché, qui n'était pas apparent lors le la vente, et qui rend celle-ci caduque. C'est très utilisé dans le cas particulier des animaux, puisque les affections chroniques ne sont pas forcément visibles au premier coup d'œil.

Réméré
: sans lien avec le rémora. j'ai découvert ce mot grâce à la page wikipédia du père d'Alexandre Dumas (père). Vous suivez ?


Sapiteur : la prochaine fois que vous voudrez briller en société en disant que vous en connaîssez un rayon sur un sujet, expliquez que vous êtes sapiteur. Juste pour rire un peu.
Je sais pas vous, mais moi, je sapite à fond.

Staries, ou jours de planche. Très Pirates des Caraïbes, non?

Stellionat : assez rare. S'applique, par exemple, quand un aigrefin vend la Tour Eiffel  à un touriste naïf.

Usucapion
: aucune remarque bête à faire sur ce mot-là, il est trop bizarre pour ça.

Viduité : encore un mot atroce du point de vue de sa construction : le fait d'être vide, normalement, cela s'appelle la vacuité. Sauf dans ce cas, où il s'agit, je vous le donne en mille, du ventre des femmes. Allez comprendre.


Et voici la liste des différents vices rédhibitoires établis par la loi, pour votre éducation (et la mienne, dois-je admettre, je ne connaissais que ceux du cheval).

Les six vices rédhibitoire du chien sont :
La maladie de Carré.
L'hépatite contagieuse ou hépatite de Rubarth.
La parvovirose canine.
La dysplasie coxo-fémorale (de la hanche).
L'ectopie testiculaire pour les animaux de plus de 6 mois.
L'atrophie rétinienne.

Chez le chat, ce sont :
La leucopénie infectieuse
La péritonite infectieuse féline
L'infection par le virus leucémogène félin
L'infection par le virus de l'immuno-dépression (FIH)

Chez le cheval, la rédhibition peut être causée par  un cas de :
Boîterie ancienne intermittente  
Immobilité                              
Fluxion périodique  (uvéite isolée)               
Tic (de l'ours, à l'appui...)                                               
Cornage chronique                   
Anémie infectieuse    

Emphysème pulmonaire (c'est fou, j'ai réussi à caser le mot emphysème deux fois dans le même article...)
La morve et le farcin sont deux infections bactériennes qui ont cessé de faire partie de cette liste, vu qu'elles ont disparu de France.

Pour les porc, un seul vice : la ladrerie (infestation par le ténia)
Pour les bovins, on refuse :

La tuberculose
La rhino-trachéite infectieuse.
La leucose enzootique
Pour les vaches, les moutons et les chèvres  : la brucellose.
(Je connais quelqu'un qui a un jour attrappé la bruxellose. C'est quelque chose qui n'est pas censé arriver, la maladie étant réputée non transmissible à l'homme, mais vu qu'en l'occurence c'était une chercheuse qui manipulait quotidiennement des animaux malades...)

Mais assez divagué pour ce soir...
Bonne nuit!


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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 12:32
J'ai tout récemment fait l'acquisition chez un soldeur d'un petit livre amusant intitulé Les Mots Canailles, qui recueille des expressions pittoresques comme rester sur le rôti ou se croire le premier moutardier du pape. En particulier, j'ai noté un certain nombre de locutions équivalentes à passer l'arme à gauche.
J'en ai profité pour en chercher d'autres dans ma biliothèque et sur le net, et voici le résultats de ce fouinage : un vocabulaire populaire du trépas, classé par grandes idées :

La CamardeRendre l'âme (à Dieu ?)
Rendre son permis de chasse
Rendre sa clef
Rendre sa canne au ministre

Arrêter son activité
Déposer son bilan
Remiser son fiacre
Mettre les volets à la boutique
Lâcher la rampe
Perdre son bâton
Fermer son parapluie
Ramasser ses outils

Abandonner ses vêtements
(Y) Laisser ses houseaux
Laisser ses guêtres
Y laisser le moule du pourpoint

Casser un objet
Dévisser son billard
Passer l'arme à gauche
Casser sa pipe
Casser sa canne
Laisser fuir son tonneau
Filer l'huile
Moucher sa chandelle
Renverser son casque
Renverser sa marmite
Dépoter son géranium
Filer son câble par le bout
Filer son nœud.

Prendre congé des vivants
Remercier son boulanger (son boucher)
Prendre congé de la compagnie

Partir en voyage
Faire sa valise
Boucler sa malle
Plier bagage
S'en aller au grand galop
Faire la cabriole

Le cercueil
S'habiller de sapin
Se faire tailler un costume en bois
Mettre le paletot sans manche
Mettre le pardessus en peau de sapin
Sortit entre quatre planches
Être troussé en malle
Sortir les pieds devant

Le cimetièreDes Mauves
Rendre le cimetière bossu
Aller au boulevard des allongés
Mettre la table pour les asticots
Manger les pissenlits par la racine
Fumer les mauves (par la racine)
Aller au champ de navets
Être au royaume des taupes
Avoir payé sa dette à la nature
Être à quatre jambes le vallin
(Lyonnais)

Le grand repos
Tirer ses chausses
Fermer les yeux
Fermer les paupières

Avaler...

Avaler son bulletin de naissance
Avaler (ou poser) sa chique
Avaler le goujon
Avaler sa gaffe

La mort physique
Perdre le goût du pain
Oublier de respirer
Ne plus avoir mal aux dents
Rentrer les pouces (la rétraction des tendons fait que les doigts du cadavre se ferment autour du pouce)

La Mythologie
Aller ad patres
Descendre chez Pluton
Embrasser (épouser) la Camarde
Je ne suis pas pressé d’embrasser la camarde
C’est déjà bien assez qu’elle ait pris tous mes chats,
Mes femmes, mes souvenirs et mon temps qui retarde. Christian Péqueux
Les mots simples
Claboter
Clampser / clamser
Crever
Crevogner

Claquer
Cronir
Calancher
Caner
Faire couic
Raidir
Y passer
Sources :
Le vocabulaire du deuil
Les synonymes du verbe mourir
Un Dictionnaire des synonymes en ligne
Une liste de synonymes sur un forum de linguistes
Un site sur la langue lyonnaise
Dictionnaire du Français argotique et populaire, F. Caradec, Références Larousse, 2001.
Les Mots canailles, Daniel Lacotte, Albin Michel, 2005.

Il y en a sûrement qui m'échappent, mais je ne doute pas vous me les signalerez. Quant à ma préférée, pas de doute, c'est bien l'idée d'aller fumer les mauves...
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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 00:00
Je me suis récemment rappelée d'une des théories favorites de mon auguste géniteur, qui a trait à l'étude philologique du mot fleur.
Son point de départ est de souligner la diversité d'usage du mot : pour les fleurs au sens botanique, mais aussi au sens figuré de conter fleurette, ou encore le teint qui est dit fleuri lorsqu'il est rose, tout cela est peu surprenant.
Mais que penser des affleurements, des contacts à fleur de peau ou à fleur d'eau?
Mon papounet décidait donc de considérer que le mot fleur était un homonyme avec plusieurs sens distincts (comme avocat) qu'on peut détailler ainsi (sans ordre particulier) :
1 : l'idée de floraison, de produit, de joliesse, d'ornement (les jeunes filles en fleurs de Proust...)
2 : l'idée de surface, de niveau horizontal, en particulier dans l'expression à fleur de, à rapprocher de floor (sol, niveau, étage...)
3 : l'idée de pulvérulence, sur le mot anglais flour, pour farine.
Pour étayer le lien entre fleur et farine, il évoque les expressions du typefleur de froment, fleur de sarrasin, pour parler de la farine, ou encore l'expression toute faite de Charlemagne, empereur à la barbe fleurie (ou chenue) qui se traduit par barbe blanche.
4 : (possiblement issue de 1) l'idée d'excellence, de meilleur (cf. fleuron) : la fleur de l'âge... À noter qu'elle est souvent utilisée dans l'expression "fine fleur" qui est liée à la farine....
Comme chantait le poète :
Quant à la faune habitant là-dessous
C'était la fine fleur, c'était l'élite,
La fine fleur, l'élite du pavé...
Comme vous le voyez, on ne s'ennuyait pas à la maison, pendant les longues soirées d'hiver...
Son argumentation m'étant toujours apparue comme raisonnable et argumentée, je me l'étais tenu pour dit.
fleuron.gif
Mais plus récemment, j'ai réalisé que je disposait d'un accès à diverses ressouces documentaires utiles remarquablement supérieur à tout ce que le digne vieillard a pu avoir.
Rappellons donc mes sources. Pour le français :
- Le Dictionnaire de l'Académie, accessible via le sacro-saint TLFI
- Le Littré, mêmement accessible en ligne
- Mon petit, mais honnête, Dictionnaire étymologique et historique de la langue française, Références Larousse, édition 1993. (Plus de dix ans de bons et loyaux services)
Pour l'anglais (voir aussi mon articles sur les Dicos en or) :
- Le Cambridge Dictionary Online
- Le Webster Online Dictionary (US)
- Le Merriam-Webster Online (US)
- Le Online Etymology Dictionary, très utile dans ce genre de recherche
Pour le reste, une seule adresse : Lexilogos, qui centralise tous les liens dont vous avez toujours rêvé...

À tout seigneur tout honneur, commençons donc notre quête par l'article du TLFI. On peut le résumer ainsi :
A. Domaine concret (=> Idée n°1)
B. [P. réf. à une qualité particulière de la fleur]
1. [P. réf. à la position de la fleur à l'extrémité supérieure de la plante, du rameau] Ce qui est à la surface de quelque chose; ce qui est supérieur à quelque chose. (=> Idée n°2 )
[P. réf. à la floraison] Époque où certaines personnes ou certaines choses sont dans toute leur beauté, dans tout leur éclat.

a) [Sans valorisation] : Poudres minérales (=> Idée n°3). Coté poil pour un cuir
b) [Avec valorisation] La meilleure partie, la plus belle d'une chose (=> Idée n°4)
2. [P. réf. à l'évocation, à l'aspect de la fleur]
3. [P. réf. à la fleur considérée comme une production de la plante] Expression, fruit, résultat (de quelque chose).
4. [P. réf. à l'épanouissement de la fleur et à la floraison] La plus belle époque
5. [P. réf. à l'emploi, l'aspect décoratif, ornemental de la fleur]
Je ne sais pas si vous allez être d'accord avec moi, et je commets peut-être un crime de lèse-Académie en proférant cette opinion, mais cette belle énumération bien ordonnée me semble puer la rationalisation a posteriori, en particulier pour le lien entre l'idée de surface et celle de position apicale de la fleur.
Référence gardée envers les Immortels, ça fait sonner mon pipomètre.

Mais passons à ce qui est le plus pertinent : l'étymologie...
1. Ca 1100 bot. flor (Roland, éd. J. Bédier, 2871);
2.
ca 1100 flur « élite, le meilleur de quelque chose » (ibid., 2431);
3. 1121-34 « fine farine » (
PH. THAON, Bestiaire, 983 ds T.-L.);
4.
XIVe s. a la fleur de l'iaueModus et Ratio, 80, 69, ibid.). Du lat. flos, floris « fleur; partie la plus fine de quelque chose » au fig. « élite »; le sens 4 peut-être p. réf. à l'idée de « partie la meilleure de quelque chose » d'où « partie supérieure » et « surface de quelque chose » ou bien d'apr. les emplois agric. fleur de vin « moisissures à la surface » et surtout fleur de lait « crème », la loc. paraissant s'être formée en Normandie (cf. affleurer).
Tout cela ne nous donne qu'une seule origine latine, ce qui semble infirmer l'hypothèse paternelle.
Allons donc voir ce que nous dit ce dictionnaire de latin :
flos, floris, m. : -
1 - fleur; quelquefois suc des fleurs, odeur. -
(=> Idée n°1)
2 - poil follet, première barbe, duvet. - (=> ? Idée n°2 ?)
3 - la fleur, l'élite, la partie la meilleure. - (=> Idée n°4)
4 - fleur, extrémité supérieure, produits volatils de certaines substances, surface, écume. - (=> Idée n°2 )
5 - fleuron, lanterne du dôme; fleur du chapiteau corinthien; fleur d'acanthe. -
6 - éclat de la flamme, flamme. -
7 - fleur de l'âge, beauté, éclat, lustre, puissance, prospérité, bonheur. -
8 - fleur d'innocence, chasteté, virginité. -
9 - fleurs, parure du style.
Ah ha ! Voilà qui est intéressant ! on y retrouve à peu près tous les sens présents dans l'usage courant.
Le détail des locutions est encore plus parlant :
Idée n°2
- flos genae, Luc. : barbe naissante. (est-ce suffisant pour évoquer l'idée de surface ?)
- flores modo rerum decerpere, Plin. : se borner à effleurer les choses.
- flos salis, Plin. : le sel blanc, i.e. la fleur de sel, recueillie en surface.
- flos lactis, Vitr. : crème du lait, qui elle aussi se décante en surface.
Idée n°3
- floris semodius, Plin. : un demi-boisseau de fleur de farine.
Idée n°4
- flos olei, Plin. : huile vierge.
- in flore virium, Liv. : dans toute sa force ("dans la fleur de sa force")
- flos juventutis, Cic. : l'élite de la jeunesse.
- primus flos animi, Stat. Ach. 1, 625 : l'énergie morale du premier âge (litt. "la première fleur de l'âme/force")
- on pourrait rajouter ici aussi la fleur de sel et la fleur de lait : de surface, ce sont aussi les meilleures parts du sel et du lait respectivement...
Mais zalors, mais zalors, me direz-vous, si tous ces sens sont dans la racine latine, d'où viennent ces parallèles troublants avec d'autres langues?
Excellente question, je vous remercie de me l'avoir posée.
J'y répondrai dans un autre article, pasque là, je voudrais par dire mais il commence à se faire tard. Alors au lit sans discuter, les poulpiquets!

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 00:00
Revenons un peu aux mots qui changent de sens comme de genre. J'ai déjà proposé :
aide, aigle,
couple, crêpe, critique,
enseigne, espace,
foudre,
garde, geste, guide,
légume (arg.), livre,
manche, manoeuvre, mémoire, mode, moule,
oeuvre,
page, parallèle, pendule, physique, poêle,
relâche,
solde,
tour, trompette,
vapeur, vase, voile...
Je viens de remettre la main sur un vieil article de l'excellent Langue sauce piquante, qui nous en donne d'autres :
cartouche
interligne
faune
merci
office
statuaire
ainsi que les commentaires, qui proposent :
carpe
ombre
platine
somme
ou encore :
greffe
On a même une ébauche de classification :
1/ homonymes différenciés par le genre :
livre; mousse; page; tour; vase
2/ noms de même origine mais de genre différent selon le sens :
couple; crêpe; foudre; greffe; guide; mémoire; mode; parallèle; pendule; solde; voile

3/noms désignant une personne ou une chose selon le genre > par exemple:
aide; critique; enseigne; garde; manoeuvre; trompette
4/ noms qui ont le même sens mais de genre différent >par exemple:
locataire; esclave; élève; enfant

Les mots qui nous concernent ici tombent dans la première ou la deuxième catégorie, et je suis au regret de revenir sur ce que j'ai pu affirmer plus tôt : sont qualifiés d'épicènes les seuls mots de la 4e catégorie, ceux qui sont "en commun" aux deux genres, comme tous les noms en -iste par exemple.

Edit 25/05/07

Quand y'en n'a plus, y'en a encore !
J'ai encore trouvé des liens pleins de mots...

Une première fournée nous fournit :
cache (objet qui cache/endroit où l'on cache)
hymne (national/religieuse)
mort
mousse
plastique
politique
ponte (autorité/œufs)
secrétaire
Elle donne aussi aune, mais l'Académie infirme...
Le deuxième lien, lui, est complet au point de l'exhaustivité :
barde (musicien/lard)
basque (nationalité/pantalon)
casse (arg.) (hold-up/terme typographique)
cave (arg.)
claque (chapeau)
laque (objet d'art peint laqué)
môle (terre-plein/maladie)
nocturne (morceau pour piano/ouverture de magasin tardive)
orge (la semence/la plante)
pourpre (couleur-mollusque/étoffe)
Je crois vraiment que cette fois-ci, il va être difficile de faire mieux...
Pour ceux qui veulent, j'ai compiler l'ensemble en une liste récapitulative. À garder sous la main pour briller en société !

  
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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 00:00
Oui, je précise bien qu'il s'agit d'un yacht hollandais, et non maltais....

Dans le Charlie Hebdo de cette semaine, ce cher Cavanna se lance dans une de ces digressions qui font son charme :
À propos,« yacht », voilà un mot qui m'emmerde, moi. Figurez-vous, j'étais un môme, pas plus con qu'un autre, l'instituteur -- on disait « le maître d'école », mais bon...--, à propos de je ne sais quelle dictée extraite de l'œuvre bien léchée de je ne sais quel barbu, nous mit en garde contre les traîtrises dissimulées dans ce mot d'alors encore fraîche importation.
« Surtout, nous exhortait cet homme intègre et soucieux de notre avenir, surtout, je vous en supplie, mes enfants, ne prononcez pas "yott", comme hélas le font trop de prétentieux ignorants. "Yacht" est un mot emprunté au néerlandais, qui est le langage des heureux habitants de la Hollande -- pays théoriquement neutre --, et n'a rien à voir avec cette prononciation vicieuse empruntée, crois-je, à l'anglo-saxon par des gens qui ne connaissent pas un mot d'anglo-saxon.»
Quelle ne fut pas ma surprise -- surprise indignée ! -- lorsque, parvenu dans les parages virils de l'âge adulte, je dus me résigner à constater que tout le monde -- enfin, tous ceux que les hasards de la conversation amenaient à se trouver nez à nez avec se mot --, prononcaient « yott » d'une voix haute et claire où se distinguait fort bien une nuance de hautain mépris. Jusqu'à ce jour d'hui, oncques n'entendis « yakt », ou « yak », ou « yatt », ou quoi que ce soit qui eût essayé de rendre hommage dû à la vertueuse Hollande. Dont acte.
Quel dommage que Cavanna ne m'ait pas rencontrée dans mes jeunes années ! Ayant lu le mot bien avant de l'entendre, j'ai longtemps traîné l'étrange idée  qu'il existait deux types de bateaux distincts : les yachts (à prononcer  "yach-te") et les yautes (à écrire dieu-sait comment).
Et il a raison : yacht vient bien du néerlandais (où il signifierait chasse) en passant par l'anglais, et la prononciation commune n'est, d'après l'oracle Tlfique, pas justifiée, sinon par l'usage récent :
Prononciation et Orthographe: [] et vieilli ou techn. [jak(t)]. (...)
La prononciation [jak] est justifiée par l'étymologie et c'est par confusion qu'on dit [] comme si le mot venait de l'anglais par lequel il a transité. Voir Dictionnaire de l'Académie , attesté depuis 1762 (1762-1835) "on prononce iaque" mais 1935 "on prononce à l'anglaise iote".
Vivement que je refasse de la voile ! Je vais pouvoir crâner à peu de frais (et si vous êtes sages, je vous parlerai peut-être des abîmes sans fond que cache pour moi le mot abbaye)...


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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 01:24
Plus ça va, plus mon empathie se développe à l'égard des étrangers qui tentent d'apprendre la langue française.
Bien sûr, ça pourrait être pire : nous n'avons que deux genres, pas de déclinaison du nom, et finalement pas tant de lettres que ça dans l'alphabet.
Dans l'autre plateau de la balance, on mettra les conjugaisons, qui ne manquent pas d'une certaine fantaisie et discordent à l'occasion, les accords de l'adjectif, les finesses sur l'accord du pronom possessif pluriel, sans parler du fait que le concept de cas n'est jamais explicite alors qu'il est fondamental, ne serait-ce que pour la déclinaison du pronom personnel.

Ma révélation du jour, elle, a trait à une autre particularité française : la disparité totale des adverbes grammaticaux.
En anglais par exemple, on les compose avec une particule de quantité (aucun, un peu, tous) et une racine qui spécifie ce dont on parle (de temps, de lieu...)
  where one (body) thing way time
no nowhere no one nothing ? never
some somewhere someone something someway sometime
every everywhere everyone everything everyway every time
any anywhere anyone anything anyway any time

Ça donne un tableau clair et complet, avec une exception dans le cas de never, et une case vide : je ne vois pas ce qui serait utilisé idiomatiquement.

Tentons maintenant la même démarche avec les mots français :

  lieu personne chose temps façon
no nulle part (ne) personne (ne) rien (ne) jamais ?
some quelque part quelqu'un quelque chose parfois d'une façon ou d'une autre
every partout tout le monde tout toujours de toute façon
any n'importe où n'importe qui n'importe quoi n'importe quand n'importe comment
  où que + subj qui que ce soit quoi que ce soit ? de quelque manière que ce soit

C'est tout de suite moins limpide, n'est-il pas? On remarque cependant :

1) Que notre rapport conflictuel à la négation rend les choses très compliquées.
Avec le temps, toutes sortes de mots à sens positif se sont associés avec le mot "ne" : pas, point, guère, rien (= chose), jamais et oncq 1(= un jour), personne, et avec la chute de la négation, on arrive au paradoxe d'utiliser les mots positif comme rien et personne pour signifier leur absence.
Signalons que des formes plus anciennes, comme nul (n'entre ici...), échappent à cette contradiction
Je ne sais pas si je me fais comprendre, alors n'hésitez pas à protester ou à me corriger si je suis vire trop cryptique.

2) Que le mot "tous" a perdu en force au point que nous ne l'utilisons plus seul. Pour donner dans l'universalité, on est obligé d'insister en diant "tout le monde", ce que je trouve vaguement ridicule, sans trop savoir pourquoi.

3) Que la fonction d'opérateur de parcours2 n'est en français pas dévolue à un simple mot grammatical, comme c'est le cas en anglais avec any (et ever). Elle est en fait remplie par un mode : le subjonctif, et par exemple Anywhere you go se traduira Où que tu ailles.

(Merci à mon prof de seconde pour le concept d'
opérateur de parcours et à Worthless de m'avoir clarifié les idées.)

Il y a beaucoup d'autres choses à dire sur le sujet, mais c'est tout pour aujourd'hui!


Je suis en train de tester la version 2.0 d'overblog, et il y a quelques... features, on va dire. Donc je n'ai brusquement plus le droit de mettre des liens. Alors il va falloir les copier à la main :

1 : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot=onc
2 :
http://edel.univ-poitiers.fr/corela/document.php?id=958
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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 20:46
Voilà un petit moment déjà, je vous avais parlé des mots qui changent de sens en changeant de genre, comme par exemple page, moule et voile.

Résumé de l'épisode précédent :
aide, solde, mode, manoeuvre, foudre, trompette, vase, aigle, crêpe, moule, page, manche, geste, voile, espace, couple, enseigne, critique, vapeur, relâche, tour, livre, mémoire, oeuvre, page, guide, physique, pendule, poêle, parallèle.

Après réflexion, j'y rajoute guide (au féminin, une rêne d'attelage) et légume (une grosse légume = une huile : un diététicien y perdrait son latin ! )



Pendant mon voyage en Russie -je commence seulement à trier mes notes de voyage- , je ne sais trop pourquoi, je me suis cette fois interrogée sur les mots féminins susceptibles d'être utilisés pour décrire un individu masculin.

Exemple canonique (c'est le cas de le dire) : la sentinelle.
Certe, rien n'empêche une femme de monter la garde, mais sans précision particulière, une sentinelle, c'est bien un homme...

Les mots que j'ai trouvés qui répondent à cette condition rentrent dans trois grandes catégories :
- le vocabulaire militaire
- le vocabulaire musical
- et l'argot de mauvais goût (tapette, fiotte, etc.)

Dans la première catégorie, on trouve :
sentinelle
ordonnance
enseigne
estafette
vigie
taupe
voire barbouze
ou fine lame

Dans la seconde, on a :
haute-contre
basse
contre-basse

En voyez-vous d'autres exemples?

Edit 06/05

On m'a proposé caution :
M. Machin est la caution morale du mouvement,
mon père s'est porté caution pour mon appartement...

J'ai aussi pensé à cloche au sens un peu vieilli de clochard; et balance au sens de délateur.
Il semble vraiment qu'en dehors du vocabulaire militaire le substantif féinin de l'individu masculin soit une caractéristique argotique.


PS : Je suis les conseils d'un fidèle lecteur et j'essaye de rendre plus visibles les ajouts a posteriori (edits).
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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 06:40
Je suis récemment tombée sur une article fort intéressant de Skatje à Lacrimae rerum. Elle s'y penche sur les différents types de systèmes pour le nom des jours de la semaine.

Les plus évidents sont
Les astres : tout le monde sait que Lundi est le jour de la Lune
Le pantheon latin : de la même façon Mardi est le jour de Mars
La numérotation (en commençant le dimanche ou le lundi)
Le panthéon nordique :
Les dénomination chétiennes
Et puis d'autres types : appeller le mercredi "milieu de semaine" (allemand), le samedi "jour de lessive"  (islandais) ou le dimanche "jour de marché" (hongrois) sont des spécificités difficiles à intégrer dans une système bien carré...

Commençons par quelques langues germaniques :
Tables

Anglais
Neerlandais Allemand
Jour 1 Monday Moon (Lune) Maandag Montag Lune
Jour 2 Tuesday Tyr Dinstag Dienstag Dinge (Mars germanique)
Jour 3 Wednesday Wotan/Odin Woensdag Mittwoch Mi-semaine
Jour 4 Thursday Thor Donerstag Donnerstag Tonnerre
Jour 5 Friday Frigga Vrijtag Freitag Freya?/Frigga
Jour 6 Saturday Saturne Zadestag Samstag Sabbat
Jour 7 Sunday Sun (Soleil) Zontag Sonntag Soleil

Je colore Mittwoch en bleu clair, car pour que mercredi soit au milieu de la semaine, il faut que celle-ci commence le dimanche...

Passons maintenant aux langues latines, qui se sépare en les païennes, inspirées du latin,  et pieuses, avec une numérotation directement issues du latin d'église qui place le dimanche en premier :

Tables

Tables


Latin Français Italien

Latin d'église Portuguais
Jour 1 dies Lunae Lundi Lunedì Lune Feria secunda Segunda-feira
Jour 2 dies Martis Mardi Martedì Mars Feria tertia Terça-feira
Jour 3 dies Mercurii Mercredi Mercoledì Mercure Feria quarta Quarta-feira
Jour 4 dies Jovis Jeudi Giovedì Jupiter Feria quinta Quinta-feira
Jour 5 dies Veneris Vendredi Venerdì Venus Feria sexta Sexta-feira
Jour 6 dies Saturni Samedi Sabato Sabbat Sabbatum Sabado
Jour 7 dies solis Dimanche Domenica Dominis (Seigneur) Dominica Domingo


Bien évidemment, le fait de distinguer  les racines liées aux Astres et celles liées au panthéon romain par exemple est un peu paradoxal...
Je concluerai donc sur l'esemple de la semaine japonaise qui est entièrement astrale, mais dont la traduction "jour de Vénus", "jour de Mars" donne une fausse impression...

Dimanchenichiyoubisoleil
Lundigetsuyoubilune
MardikayoubiMars (feu)
MercredisuiyoubiMercure (eau)
JeudimokuyoubiJupiter (bois)
VendredikinyoubiVénus (métal)
SamedidoyoubiSaturne (terre)


Vous pouvez en apprendre beaucoup plus sur le Bloc-note de thzb, chez qui j'ai volé ce tableau.


En cherchant un peu plus loin en Europe et en Asie, on va trouver :

Tables
Islandais
Grec
Russe
Slovaque
mánudagur jour de la Lune Deutera deuxième jour Ponedjelnik Début de la semaine Pondelok Début de la semaine
þriðjudagur troisième jour Triti troisième jour Vtornik deuxième jour Utorok deuxième jour
miðvikudagur  milieu de la semaine Tetarti quatrième jour Sredá troisième jour Streda troisième jour
fimmtudagur cinquième jour Pempti cinquième jour Tjetverg quatrième jour Stvrtok quatrième jour
föstudagur jour du jeûne Paraskeui Préparation Pjatnitse cinquième jour Piatok cinquième jour
laugardagur jour du lavage Sábato Sabbat Subbota Sabbat Sobota Sabbat
sunnudagur jour du Soleil yriaki jour du Seigneur
Résurrection Nedela Ne rien faire

Les Islandais prouvent donc leur attachement à l'hygiène, et je vote de tout coeur pour la définition slovaque du dimanche!

Et encore un petit coup d'exotisme, avec une définition du dimanche qui ne manque pas de charme non plus :

Tables
Turc
Pazatesi jour d'après le bazar
sali troisième jour
çarsamba quatrième jour (de sabbat)
persambe cinquième jour
cuma jour du rassemblement
cumartesi jour d'après le rassemblement
Pazar jour de marché (bazar)

On retrouve une numérotation qui prend le dimanche comme premier jour de la semaine, mais pour des raisons complètement différentes : il n'est pas "la tête de la semaine" parce que sacré mais au contraire parcequ'il est profane...
La semaine musulmane est construite autour de la grande prière du Vendredi, jour de réunion de la communauté des croyants (à rapprocher de l'étymologie grecque d'église, ekklesia=assemblée).

En arabe les noms peuvent varier beaucoup en fonction du dialecte, mais la langue arabe a aussi influencé le nom des jours de la semaine dans des langues insoupçonnées.
Un exemple? le Swahili.


Français Swahili
Samedi
Jumamosi
littéralement : premier jour de la semaine
Dimanche Jumapili
littéralement : deuxième jour de la semaine
Lundi Jumatatu
littéralement : troisième jour de la semaine
Mardi Jumanne
littéralement : quatrième jour de la semaine
Mercredi Jumatano
littéralement : cinquième jour de la semaine
Jeudi Alhamisi
En Arabe : cinquième jour de la semaine
Vendredi Ijumaa
en arabe : Jour de la réunion de prière

Ce tableau a été volé sur cette page fort intéressante qui présente succintement cette langue, dont tout le monde a au moins entendu "Akouna matata"...

Il nous démontre un cas très original de double numérotation : le jeudi et le vendredi, empruntés à l'arabe,  appartiennent à la numérotation musulmane classique qui commence le dimanche, tandis que les autres jours, nommés en bantous, sont comptés à partir du samedi !

Après l'Afrique, faisons  un détour vers le Nouveau Monde :

Tables
Sioux Micmac
Jour 1 Amgwes premier jour
Jour 2 Ta'puowei deuxième jour
Jour 3 Si'stewei troisième jour
Jour 4 Ne'wowei quatrième jour
Jour 5 Kweltamultimk journée de revenus
Jour 6 Gesp'teg le dernier jour
Jour sacré Aqantie'umg ou Ekntiéwimk jour de repos ou jour saint

Légende :
Astres
Pantheon nordique
Panthéon romain
numérotation commençant le lundi
numérotation commençant le dimanche
nomenclature chrétienne
nomenclature musulmane



Liens intéressants :
Les jours de la semaine  en une trentaine de langues chez Lexilogos
Les jours de la semaine en Chinois, Japonais et Vietnamien (en anglais)
Une page fabuleuse que j'ai trouvée après avoir fait cet article (!), qui nous donne la semaine en plus de quatre-vingt langues!
Et un forum bien rempli sur le sujet chez le Projet Babel.
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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 08:27
Ben ça alors! Libération se met à me voler mes jeux de mosts stupides :
je découvre chez Jean Véronis que Libé a intitulé "Babel Web" un dossier sur la traduction automatique, ce qui en fait un plagiat éhonté du titre de mon article vieux de deux ans sur les traductions de John Donne...

Devrais-je porter plainte pour atteinte à ma propriété intellectuelle?
J'ai bien peur que non :  Euroscom a baptisé Babelweb un projet vieux d'au moins cinq ans de cahier des charges pour les sites multilingues,
Dans un domaine légèrement différent,
voilà 6 ans que le site Bab-el-Web. com recense l'actualité tunisienne (en arabe Bab=porte, donc Bab-el-Web = Portail du web), et c'est aussi le titre d'un film sorti en 2005

La conclusion? C'est que quand un calembour est dans l'air (avec le nombre de gens qui parlent du web à longueur d'article..) c'est bien le diable s'il n'est pas trouvé quatre ou cinq fois indépendemment...

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao