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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 15:45
On m'a parlé aujourd'hui de quelque chose étant "comme les langues d'Ésope".
Le pluriel m'intrigué et je lui allée fouiller cette histoire. Ésope, le fabuliste phrygien, était l'esclave plein d'esprit du philosophe Xantus.

Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur, et rien autre chose. « Je t'apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave.» Il n'acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces : l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtèrent.  
« Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur ?
- Eh ! qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison : par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées, on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux.
- Eh bien ! dit Xantus qui prétendait l'attraper, achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi ; et je veux diversifier.»

Le lendemain Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les Dieux, de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance.»
Les langues d'Ésope, c'est donc quelque chose qui peut être le pire ou le meilleur selon ce qu'on en fait.
Edit 14/10/2008 : Voir aussi une autre version de la même histoire dans le Dictionnaire du mensonge de Pio Rossi.

J'en ai profité pour lire  toute son histoire et je me suis bien amusée, en particulier en retrouvant des structures semblables à des histoires bien différentes, comme celle de la reconnaissance de dette qui se retrouve quasiment à l'identique chez Kalidasa, un poète indien antique.

Parmi les mots interessants à trouver dans ce récit, citons :
Escarbot, à ne confondre ni avec escabeau, ni avec escargot. Il s'agit en fait d'un scarabée, et les deux mots ont d'ailleurs la même racine : escarbot est populaire, scarabée est savant, comme la plupart des mots masculins en -ée (lycée, caducée...).
L'histoire de l'aigle, du lapin et de l'escarbot a été reprise par La Fontaine, et explique pourquoi les aigles pondent quand il fait encore froid (au cas vous vous seriez posé la question)...
Cédule (féminin) : Vieux terme pour une reconnaissance de dette, d'engagement...
De ce côté-ci de l'Altlantique, il n'est plus guère utilisé qu'en argot judiciaire français (cédule de citation) ou suisse (cédule hypothécaire).
Mais nos cousins québéquoués l'utilisent dans un autre sens, celui de programme, ou "schedule" en anglais (à prononcer skédoul' si vous êtes  Américain, chédioul' si vous vous sentez plutôt l'âme british). Maizalor, me direz-vous il s'agit donc d'un horrible anglicisme !
Oui et non...
Oui, parce que quand on construit le verbe céduler pour dire « programmer à un horaire donné », il s'agit d'un calque de l'anglais.
Non, parce que schedule vient lui-même du mot français cédule ! La boucle est bouclée.
Par ailleurs, j'ai trouvé trace d'un usage moderne de cédule pour remplacer post-it. N'est-pas charmant ? Adopté !

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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 07:28
Ne vous ébaubissez pas outre mesure de ce titre d'article étrange et pénétrant :  c'est juste qu'il n'est guère aisé de trouver un introduction simple à des mots bizarres...

Les mots du jours sont donc :

Evergète
, mot mordoré trouvé dans un commentaire de Rue 89 (Rue 89, ça fait la peau douce et la cervelle indisponible à CoucaCoula, lisez-en !).
L'évergétisme décrit la coutume antique des puissants (empereurs, édiles, etc.) de s'adonner à la philanthropie et def faire des dons variés à la communauté. À recaser la prochaine fois que vous payez la tournée de demi...
Et pour faire bon poids, je vous ajouter le mot pollicitation qui désigne l'action de butiner, c'est-à-dire solliciter du pollen, et c'est une copine à la punctation.
Ou pas.


Tomenteux, vous avez bien lu, pas de "R", aucun rapport avec la tourmente.
C'est un mot rare et pédant servant à désigner ce qui est couvert de poils mous, à l'aspect cotonneux, dixit le TLFI. Il n'est guère utilisé qu'en botanique et en médecine, et je l'ai découvert sur Wikipedia en discutant phryganes (porte-bois) avec l'auteur de mes jours. Parce que bon, ce sont tout de même, à ma connaissance, les seuls insectes activement impliqués dans l'industrie bijoutière.

Pour les affamés à qui des deux pépites ne suffisent pas pour aujourd'hui, je n'ai qu'une chose à vous dire : vous avez bien raison. Allez donc lire cette superbe présentation du royaume de Belgique, chez Bon pour ton poil.
  
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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 00:18
Je me suis récemment posé des questions sur les mots-phrases, ou plus précisément les mots composés contenant un verbe conjugué.
Il s'agit en général d'une composition (verbe)-(nom), et la vaste majorité concerne des outils, comme par exemple tire-bouchon, abat-jour, abaisse-langue, ou chasse-neige.

Un petit  passage  au peigne fin du TLFI permet d'évaluer les verbes les plus fertiles en constructions de ce type, mais le comptage précis est problématique : faut-il prendre en compte les mots ultra-techniques ? ceux si viellis qu'ils ne sont plus du tout utilisés ? les mots rares, voire, (il y en a quelques uns) les hapax ?
Plutôt que de m'arracher les cheveux sur la question, je préfère vous donner une liste sans ordre particulier des verbes les plus représentés :
Abat- (jour)
Brise- (glace)
Brûle-(gueule)
Cache- (nez)
Casse- (pied)
Chasse- (neige)
Chauffe- (eau)
Coupe- (vent)
Garde- (chasse)
Lance- (flammes)
Lave- (linge)
Monte- (charge)
Pare- (balles)
Perce- (oreille)
Porte- (plume) : des dizaines !
Pousse- (café)
Rince- (doigts)
Serre- (tête)
Taille- (crayon)
Tire- (bouchon)
Tourne- (disque)
...

Bien évidement, les mots les plus courants ne sont pas nécéssairement les plus savoureux, loin s'en faut !

En voici quelques uns que je ne voudrais pas voir se perdre :
baise-en-ville (n.m) : Petit nécessaire de voyage (sac, petite valise) qui contient ce qu'il faut pour passer la nuit hors de chez soi.
Malgré les apparences, ce mot n'est absolument pas argotique, ce qui ne m'a pas empêchée de me poser des questions quand, préadolescente s'apprêtant pour la nuit chez une amie, je me suis vue demandé par mon père si j'avais bien mon baise-en-ville...

Dans la poésie involontaire, il y a aussi le fabuleux :

brise-brise (n.m.) Petit rideau tendu au bas d'une fenêtre pour empêcher l'air de passer
La listes des mots à sauver est longue :
cache-maille (n.m.) : Régional. Tirelire. (Tire-lire, d'ailleurs)
Ce joli mot vient de maille, petite monnaie, voir  aussi avoir maille à partir avec qqn et l'usage récent et argotique de maille (non comptable) pour argent.
chasse-galerie
(n.f) : Région. Ronde nocturne des sorciers ou des loups-garous; p. ext. tapage. Courir la chasse-galerie
fesse-mathieu (n.m.) : personne qui prête sur gage ; par extension personne avare. (Plus de détails chez le Mot du jour)
pleure-misère (n.) : personne qui se plaint sans cesse de manquer d'argent, qui feint d'être dans la gêne.
pousse-au-crime (n.m.) : dans l’argot populaire, vin rouge grossier à fort degré alcoolique.
pousse-cailloux (n.m.) :
- Fantassin (dans un langage argotique, populaire, vieilli)
- Enfant qui traîne dans les rues (mais c’est une acception rare).
revenez-y (n.m.) :
- action de revenir à une personne ou à une chose que l'on a aimée, appréciée.
- nouvelle manifestation d'un sentiment, retour de la pensée de quelqu'un à quelque chose.
- retour en arrière.
venez-y-voir (n.m.) :
-
par ironie, vx. : Chose sans importance, sujet d'intérêt médiocre.
- Objet par lequel on tente d'attirer l'attention. En particulier, vx. Garniture ornant, au XVIIIe s., le talon des chaussures afin d'attirer l'attention.

décrochez-moi-çà (n.m.) : Pop., vieilli 
Friperie, vêtement d'occasion.
par méton. Boutique de fripier.
Chapeau d'occasion pour femme,
ramasse-ton-bras, vx fam. Fanfaron.

Il y a aussi beaucoup de trouvailles dans le domaine  de la coiffure féminine :
suivez-moi-jeune-homme : ruban de chapeau féminin qui flotte dans la nuque.
accroche coeur Mèche de cheveux formant une boucle plate sur les tempes
cache-folie (n. m. ou f.) : vx. Fausses boucles de cheveux que les femmes ajoutaient à leur coiffure, souvent en toupet
cache-peigne (n.m.) Boucles de cheveux qui servent à cacher le peigne qui retient la coiffure d'une femme.
battant-l'oeil (n.m.) Ancienne coiffure féminine dont le bord retombe sur les yeux.
Gober est  bien pourvu en composés étranges :
gobe-goujons : homme faisant maigre chère.
gobe-or : avare.
gobe-prune : tailleur (allez comprendre!).
gobe-lune, gobe-la-lune : personne crédule.
Et ne parlons pas de trousser :
trousse-pet : vx, fam., péj. Petit garçon, petite fille; en particulier, enfant qui fait l'important. (Dict. XIXe et XXe s.). Synon. morveux..
trousse-galant : Vx, fam. Maladie foudroyante qui emporte le patient en peu de temps; en particulier, choléra.
trousse-jupon, trousse-jupe, trousse-cotte : coureur de jupons.

Le trousse-cotte trouvera un équivalent féminin plus moderne dans la
saute-au-paf Pop., vulg. Femme qui recherche activement des relations sexuelles avec les hommes.
Le verbe claquer donne lui aussi beaucoup de dérivés dotés d'une grande capacité d'évocation :
claque-bosse : bordel.
claque-merde : bouche.
claque-des-genoux : Homme sujet à la peur.
claque-patin, traîne-patin : gueux, miséreux.
Dans la liste des composés à caractères familiers ou argotiques servant à désigner peu charitablement certaines personnes, on notera :
pète-sec : Personne autoritaire, qui commande sèchement.
pisse-copie : Journaliste
pisse-froid : Homme ennuyeux, sinistre, glacial.
pisse-vinaigre : Personne avare. −Personne grincheuse, morose, triste.  (Quand ce n'est pas une île...)

Et puis il y a des mots qu'on ne trouve pas dans le TLFI : j'ai ainsi cherché en vain suce-pierre, un des noms usuels de la lamproie, presse-purée et décapite-oeuf. Dans un autre domaine, citons aussi
arrache gueule : tord-boyau (d'après mon pâpâ).
gratte-papier : employé administratif.
dort-en-chiant : personne lente, peu intelligente. (Merci à Siné pour ce joyau !)
pue-la-sueur : ouvrier
peine-à-jouir : bizarrement, pas moyen de trouver une définition autorisée de ce mot, qui devrait faire mériter une certaine compassion, mais reflète au contraire un profond mépris...
tue l'amour : mon voisin, se voyant réclamer une définition correcte de ce mot m'a répondu laconiquement "Chaussettes". Comme on dit aux Chiffres et les Lettres : pas mieux.
Je termine donc cet article par un appel à contribution : si vous avez des mots de ce type à caractère argotique, n'hésitez à me les envoyer...

Edit : Mes excellents lecteurs se sont fait un devoir de répondre à mon appel. La suite de ce billet est à lire par là !


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28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 19:48
Un ami me fait remarquer qu'un de mes articles comporte une erreur dont je devrais rougir : dans mon enquête sémantique sur le mot illécébrant, j'utilise le mot décade pour signifier dix ans, alors que tous les dictionnaires sont formels.
Prenons par exemple le TLFI :

décade, subst. fém. 1. « période de dix jours... »
2. « chacune des parties d'un ouvrage composée de dix livres ou chapitres »

Plus complet encore, le Littré précise :
Dizaine. Les racines grecques ont été divisées par décades, c'est-à-dire par groupes de dix vers.
Les Décades de Tite-Live, titre de l'histoire de Rome composée par Tite-Live, et ainsi nommées, parce qu'elles contenaient chacune dix livres.
Espace de dix jours. Les mois grecs étaient divisés en décades. La décade républicaine, période qui dans l'ancienne république française avait remplacé la semaine.
La Décade philosophique, journal politique et littéraire commencé le 10 floréal an Il, et continué jusqu'en 1807, ainsi nommé parce qu'il paraissait chaque décade.

Bien évidemment, je confondais décade avec le (bien plus courant, pourtant) décennie, et j'avoue ma grande faute : il s'agissait sans doute d'un calque inconscient sur l'anglais decade.
Mais je suis loin d'être la seule, m'apprennent nos amis québecois, toujours à l'affut des anglicismes :
Vers 1850, on constate que le mot est souvent utilisé dans le sens de « période de dix ans », probablement sous l’influence de l’anglais, où decade, ayant conservé les deux possibilités de la valeur étymologique, signifie à la fois « période de dix jours » et « période de dix ans ». Cet usage, observé chez bon nombre d’écrivains du XIXe siècle et – malgré la création du mot décennie en 1890 – du XXe siècle, est attesté dans certains ouvrages. Il est cependant critiqué et souvent considéré comme un anglicisme. La plupart des grammairiens recommandent de n’utiliser, par souci de clarté, que le terme décennie pour désigner une période de dix ans.
Je voudrais aussi appeller à la barre ce témoin de la défense, qui m'obtiendra, je l'espère, les circonstances atténuantes :
[O]n a tendance à confondre « décade » et « décennie »… en tout cas, à employer les deux mots à peu près indifféremment… Est-ce une erreur ? Pas vraiment : « Décennie » renvoie très clairement à une période de dix années. L’origine latine est très claire à ce sujet… Et « décade » renvoie à une période de dix… Mais de dix quoi ? Un peu ce qu’on veut… Dix ans… dix jours… Les deux sont possibles et l’étymologie du mot n’est nullement contraignante.
Donc, en bref, pas de problème.
Bon, j'ai corrigé quand même, mais je me sens moins bête...
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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 00:14
Attention, accrochez-vous à vos siège, la semaine a été fort fertile en mots absolument incroyables.
Je commence par ma dernière trouvaille, que je dois à Joe et qui lui vaut mon éternelle reconnaissance.

Madame, mademoiselle, monsieur, cher lecteur, cher lectrice, concentrez vous.
Connaissez-vous le nom de la touffe de poils qui pousse entre les sourcils ?

chain.jpgMerci à l'animateur de télévision qui nous fournit cette illustration fort parlante .

Sans doute, comme moi, êtes-vous même surpris qu'on veuille lui donner un nom...
Après tout, le terme de mono-sourcil utilisé par d'aucuns est bien assez clair, point n'est besoin d'aller chercher un terme spécifique pour une pilosité si peu importante en taille...
Et pourtant le nom existe bien et vaut son poids en or :
il s'agit de la taroupe.

C'est je vous l'accorde un mot éminemment rigolo, comme chaloupe et bien d'autres, mais il n'en est pas moins authentique. Ainsi, bien que le TLFI restât muet, j'ai pu le trouver dans le Littré, et le Wiktionnaire m'a même donné cette définition doublement savoureuse :

taroupe féminin (Anatomie) Poil qui pousse sur la glabelle, c’est-à-dire entre les sourcils.

Pour le même prix, je découvre donc la mirifique glabelle, espace (le plus souvent sans poils) compris entre les sourcils. Le mot vient du latin glabellus, diminutif de glaber, "glabre".
Manifestement, la taroupe, elle, ne connaît pas le latin...

*
* *
Un peu plus tôt, je suis tombée par hasard et par une nuit sans lune, sur un article du blog de biologie Genomicron qui présente le mot anglais logodaedaly, emprunté au grec et qui désigne le fait de forger de nouveaux mots, comme nous l'explique ce site :
logodaedaly
In Ancient Greek, daidalos means "cunning," and in Greek legend, a man named Daidalos was the first sculptor. Daidalos also designed the labyrinth where the Minotaur (half-bull, half-man) was kept according to Greek mythology. In Athens in the fourth century B.C., Plato the philosopher needed a word for "wordsmith." He invented logodaidalos from logo- "word" or "speech" + daedalos. In 1611 A.D., Ben Johnson picked logodaedale out of Plato or a Latin text which used it, and used it perhaps for the first time in English. So logodaedaly became English and means "capricious coinage of words."
Je ne peux pas m'empêcher de trouver redondant de préciser qu'il s'agit d'une création de mot "arbitraire". Le langage dans son ensemble n'est- il pas une convention on ne peut plus arbitraire qui veut que le son "pon" désigne une structure traversant une rivière, tandis que "ponpon" correspond à un objet complètement différent...
Mais je m'égare. Il semble que le mot ait été introduit en anglais par Ben Johnson, mais que le passage en français n'a jamais vraiment eu lieu. Voilà une omission bien regrettable, et qu'il s'agit de réparer au plus vite :

Par la présente, je fais donc entrer dans le corpus de la langue française le mot

logodédalie, n.f., du grec par l'anglais logodaedaly : Construction délibérée de néologismes destinés à enrichir la langue.
Voilà une bonne chose de faite.
*
* *

Enfin, un petit florilège de mots rares à très rares, construits sur des racines grecques ou latines de façon plus ou moins sérieuse :
Déjà citée dans mon article sur le Pendule de Foucault, cette liste proprement
vertigineuse de (prétendues ?) disciplines divinatoires, parmi lesquelles :
Agalmatomancie, Aigomancie, Aitomancie, et bien d'autres...

Dans le même genre, il y a les termes savants qui désignent les peurs paniques du noir, des araignées, de l'enfermement ou des chats. Sauriez- vous deviner ce qu'est l'apopathodiaphulatophobie?

Et si mes lecteurs un peu anglophones veulent s'amuser, voici un quizz de vocabulaire intitulé Sesquipedalian Logodaedaly (j'ai fait un score de 8/10, si vous voulez savoir), et un Purity Test for People with Large Vocabulary tellement obscur qu'il en perd presque caractère grossier. Attention, âmes sensibles : j'ai dit presque...
C'est tout pour aujourd'hui!
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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 00:04
Comme il n'est jamais trop tard pour bien faire et que vieux motard que j'aimais, j'ai enfin commencé la lecture de l'inénarrable Pendule de Foucault, de mon grand satrape favori, j'ai nommé Umberto Eco.
Ce cher Umberto laisse libre cours à son amour immodéré des mots obscurs, et la récolte est plus que bonne.

Il y a des terme simplement vieillis, ou techniques, comme lierne, voire précieux comme épitomé, mais il excelle surtout à l'exhumation de termes philosophique, sémiotique ou stylistique des plus obscurs, comme numineux ou encore :
sorite (n.m) Polysyllogisme dans lequel l'attribut de la première proposition devient le sujet d'une seconde proposition et ainsi de suite jusqu'à une conclusion qui unit le sujet de la première proposition à l'attribut de la dernière.
Rien que ça...


aposiopèse (n.f.) Figure qui consiste à interrompre une phrase ou un vers sans achever sa pensée.
Aussi dit, fort joliment, réticence.


hystéron protéron (W) Encore une figure qui consiste à présenter les termes (mots ou propositions) d’une phrase dans un ordre contraire à la chronologie ou à la logique.
Et aussi incroyable que ça puisse paraître, certains de mes amis, quand je leur demande "c'est quoi un hystéron protéron", me répondent qu'enfin-voyons, tout le monde sait ça...
Je ne sais pas si je suis à plaindre ou à envier : un peu des deux, sans doute :-)


Mes découvertes ont été, comme souvent, des plus diverses, je vous les livre donc dans le désordre le plus complet, avec quelques lumières sur leur sens.

L'adjectif ossianique m'a fait découvrir l'existence (mythique?) du poète gaélique Ossian,

L'oléographie est un procédé d'impression sur papier de toile, imitant la peinture à l'huile.

L'
athanor, fourneau cosmique (gros alambic, en fait) me fait me poser des question sur l'étymologie du  prénom Athanase, mais apparemment sans raison : il vient simplement de l'arabe al tannur le four. 

Blèse
signifie (plus ou moins) bègue

Le fabuleux adjectif terraqué, qui signifie comme son nom l'indique "composé de terre et d'eau" et qui ne s'applique guère que pour parler de la Terre : le globe terraqué, la planète terraquée...
Ça relève quasiment de l'épithète homérique !

La canitie est un mot délicieux dont je ne savais plus grand'chose si ce n'est qu'il est utilisé pédantiquement pour parler de la vieillesse. La raison en est simple : de même que la calvitie décrit la perte des cheveux, le mot canitie décrit leur blancheur.
La prochaine fois que je voudrais dire à quelqu'un de ne pas s'inquiéter, je l'enjoindrai à ne pas s'exposer à un risque de canitie précoce...

oélopyleThéurgie, onomancie et chaomancie (divination respectivement dans les noms, et le chaos) permettent d'épater à peu de frais dans la conversation mondaine - vous trouverez ici une liste impressionnante de disciplines du même acabit...-,

Parmi les objets à caractères techniques, j'ai découvert l'éolipyle (ou éolipile), première turbine à vapeur que les anciens considéraient à l'égal d'un prodige, ainsi que l'Oreille de Denys, phénomène phonique suffisamment connu (quoi que pas de moi) pour que Eco l'utilise comme un synonyme de canal phonurgique, c'est à dire, en français, cornet acoustique.

Pour rester dans un contexte terre-à-terre, la gimblette est un petit biscuit de forme torique, les éteules, c'est ce qui pique les jambes quand on se balade dans les champs de blés moissonnés, une gournable est une cheville de bois, un atabaque un tambour brésilien la liburge une galère romaine,  et la balistite est une poudre sans fumée, constituée d'un mélange à parties égales de tri-nitroglycérine, et de di-nitrocellulose (ce que Jules Verne appelle fulmicoton), inventée par M. Alfred Nobel (celui du Prix).

La litharge, malgré un nom qui m'évoque inexplicablement la botanique, relève de la géologie : c'est un oxyde de plomb, qui avait des usages médicinaux, (de lithos pierre et argyre, argent en grec). Ce que je ne m'expliquais pas, c'est le passage dans Cyrano de Bergerac (II.9) où le héros raconte s'être battu avec

cent braillards avinés qui puaient (à plein nez) l'oignon et la litharge !
La solution nous est donnée par le Dictionnaire de l'Industrie :
On entend par vin frelaté, du vin altéré par quelque mélange, et vin lithargirisé, celui dans lequel on a mis de la litharge ou oxyde de plomb pour l’adoucir. (...)
Les falsifications vraiment dangereuses sont celles qui se font avec des matières nuisibles, comme la litharge, la céruse ou le blanc de plomb ; toutes ces préparations, en saturant l’acide des liqueurs vineuses, leur communiquent une douceur qui invite à en boire, et accumulent dans les entrailles un poison funeste.
(Dictionnaire de l’Industrie, Paris, An IX, Tome 6.)
Mais laissons là ces digressions peu pendulaires, et parlons d'une bien étrange substance : l'hippomane désigne dans un contexte occultiste une sécrétion de la jument utilisée comme aphrodisiaque, voie comme ingrédient à la fabrication d'un homoncule.
Mais c'est aussi une plante qui rend les chevaux fous lorsqu'ils la mangent, d'où le nom de Hippomane mancenilla donné au très toxique mancenillier.

Mais la médecine vétérinaire moderne l'applique à :
un corps brun " semblable au foie ", qui peut se trouver dans la cavité allantoïque et être expulsé en même temps que le poulain. Le docteur Jim Rooney émet la théorie que l'hippomane est une poche qui se crée vers l'extérieur, qui forme un pédicule, et se sépare pour flotter librement dans la cavité allantoïque (3). D'autres suggèrent qu'il s'agit d'un amas de débris formé de dépôts urinaires fœtaux et cellulaires (4). Selon les analyses histologiques, il semble que ce soit un dépôt concentrique semblable à des calculs urinaires.
En clair : personne ne sait vraiment à quoi elle sert, cette hippomane...

Restons dans la zoologie : saviez-vous qu'en Italie, on croyait que la piqûre de la tarentule rendait fou (on parlait de tarentisme) ; les gens touchés étaient dit tarentulé, ce qui est resté dans la langue pour signifier frappadingue. La danse de la tarentelle, elle, était supposer prévenir ces néfastes conséquences...

L'acqua Toffana est un poison qui fut vendu ouvertement et avec profit par son inventrice Giula Tofana à de nombreuses clientes romaines au 17e siècle. Elle a sans doute été à l'origine du décès indétecté d'un certain nombre de mari : un liquide incolore et inodore qui donne un moyen facile de divorcer à l'italienne, ce devait être tentant...
La Dame Tofana a eu une fin douloureuse quand l'église la soumis à la question et, lui ayant fait avouer 600 assassinats, l'exécuta en 1659.

Agarbattie
est un autre nom de l'encens à brûler, le mot staurophore veut dire porte-croix, les bogomiles étaient une secte chrétienne bulgare assez semblable aux Cathares, un sanhédrin est un conseil, un directoire, tandis qu'une infule était un bandeau blanc cérémoniel qui ornait, en particulier le front des prêtres antiques, voire de leurs victimes sacrificielles.

Trirègne est l'autre nom de la tiare papale, qui est triple, le podestat fut une charge municipale médiévale alors que le margrave avait autorité sur un territoire des marches de l'Empire  -le margraviat- : c'est l'équivalent germanique du marquis. Les cataphractaires étaient un type de chevaliers en armures.

manticoreLa manticore est un animal fabuleux à tête humaine, mais la mantique désigne l'art du devin en général,
le tauroboliaste sacrifiait rituellement les taureaux dans la Rome antique, et le kardécisme doit son nom à Allan Kardech, le père du spiritisme en France, de même que René Guénon a donné le sien à une doctrine métaphysique, le guénonisme,

Le goliard, quant à lui, fut,

au Moyen Âge, un étudiant ou un clerc vagant (clerici vagantes) qui par provocation affichait une grande gaieté et un certain cynisme dans les propos. Les goliards dénoncent les abus de l'Eglise ou chantent l'amour en termes parfois fort osés.
Futurible est un néologisme utilisé (ou pas) pour décrire quelque chose de possible dans le futur, fouger a un peu le même sens que fouir, et floche un adjectif qualifiant les tissu, et dont je n'arrive pas vraiment à me représenter le sens : (en parlant d'un tissu, de la trame d'un tissu) Dont la torsion est faible.
Vous m'en direz tant...
La définition de rhagade, est au contraire on ne peut plus claire :
Plaie linéaire d'origine traumatique sans perte de substance, mais formée dans un tissu dermique altéré par un processus inflammatoire » ``(Méd. Biol. t. 3 1972)

 Peut-être même *trop* claire :-)
Les Hiérosolymitains sont, bien évidemment, les habitants de Jérusalem, l'humation est à peu près équivalente à  l'inhumation, et vicariant vient de vicarier, c'est à dire assister de façon subalterne, comme un vicaire. L'adjectif théophanique se rapporte comme il se doit, à une théophanie (en gros une révélation divine).

L'irrédentisme a été un mouvement nationaliste italien qui refusait de rendre certaines terres. Un cipaye était un mercenaire hindou. La hiérogamie est, comme l'indiquent ses racines, un mariage sacré, rituel.

Mais le mot cosmorant, hésychaste, ogonique, rhodostaurotique et quelques autres ont vaillament  résisté à mes investigations sémantiques (rapides je l'admets).
J'espère que vous aurez trouvé dans tout ça au moins un ou deux mots qui vous plaisent, et je m'en vais me coucher : c'est que ça m'a pris du temps de combler mon ignorance !


Vous pouvez quant à vous continuer ces vaticinations en vous plongeant dans le Pendule de Foucault, ou en exploitant cet intéressant outil wikipédique : une page de concordances (en) - c'est à dire une espèce de lexique - pour aider à la lecture du livre...
 
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11 septembre 2007 2 11 /09 /septembre /2007 00:00
J'ai découvert il y a déjà longtemps que de nombreux blogs sont pleins de ressources pour les amateurs de mots et de langues.

Est-il besoin de présenter la Langue sauce piquante des correcteurs du Monde, les Technologies du langage du demi-dieu Jean Véronis ou encore le mot du jour (en pause) ?

Mais il en est de plus discrets, plus dillettantes sans doute mais néanmoins fort réjouissants à l'occasion.
Je suis ainsi tombée par hasard  sur l'impossible dictionnaire d'Almaterra où vous trouverez, entre autres, des tas de  néologismes rigolards...

Mais ma grand découverte du jour est le blog Un jour Un événement Un mot, qui a trouvé sa vocation : sauver les mots en les faisant adopter sur son arche des mots, ou les faire connaître avec sa catégorie Antonomase du jour ou Un jour un mot.
Il n'y a que là que vous découvrirez qu'un scorsonère est un salsifis noir, arpitan l'autre nom du francoprovençal, qu'il n'y a pas de honte à être glandophile, et qu'apparemment Pierre le Grand était pogonophobe...

Vous voyez qu'il ya  de quoi s'amuser....
Mais si certains d'entre vous cherchent non pas des petits blogs où se balader, mais au contraire un site central de références où il pourra trouver tous les liens, outils et ressources afférant au langages, une seule adresse :

C'est un site tout neuf, sympathique et sans prétention malgré sa remarquable exhaustivité... Courez-y!

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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 18:33
Pas plus tard que l'autre jour, j'ai entendu un ami en traiter un autre de tassin, mot qui échoue à évoquer quoi que ce soit à mon  lexique argotique, principalement parigot il faut bien l'avouer.
Tout au plus, mon (fort léger)
Dictionnaire du Français argotique et populaire,(F. Caradec, Références Larousse, 2001) me proposait-il se sécher le tasseau pour se moucher, ce qui n'a manifestement rien à voir.
A proiri, pas grand chose à tirer non plus de la riante bourgade de la périphérie lyonnaise portant le nom charmant de Tassin-la-Demi-Lune.

Renseignements pris auprès du locuteur, il s'agit d'un mot iséro/savoyard, utilisé pour s'adresser à quelqu'un de façon légèrement insultante,  quelque chose entre "bêta" et "conneaud". J'ai donc mis en marche mon moteur à corrélation, et cela m'a évoqué les termes anciens pour désigner le Blaireau (l'animal), par exemple celui de Taisson (cf. par là et aussi le personnage de Grimbert le taisson dans le Roman de Renart
).
Le TLFI nous dit que
[Blaireau] a éliminé le plus ancien taisson (xiie s. dans T.-L.)
Ce qui ne devrait pas nous étonner : ce genre de compétition entre deux racines est quelque chose de très courant (cf pie/agasse), avec souvent une répartition nord/sud assez nette (lisez La Hulotte pour des exemples plus détaillés comme l'opposition aulne/verne, dans le n°51).

On a donc un lien sémantique net entre taisson et blaireau, et une ressemblance morphologique entre taisson et tassin.
Peut-on aller plus loin? Oui, bien sûr : d'abord en renforçant le lien taisson-tassin avec des références comme ce dictionnaire d'héraldique, qui atteste la variante tasson. Ensuite en soulignant que blaireau est aussi utilisé de façon argotique pour désigner quelqu'un de peu dégourdi.
blaireau n.m. Individu non affranchi, imbécile, beauf.
Ah-ha! on se rapproche...
L'argument ultime nous est fourni par ce lexique de patois savoyard, qui donne, à côté de la tartifle (pomme de terre) et de la panosse (serpillère) :
LE TASSIN, TASSON, TACHON: le blaireau
Youpi ! Vous ne pouvez pas savoir comme je me sens intelligente  quand les correspondances bizarres qui me traversent la matière grise se révèlent fondées dans la réalité...
 

Et comme un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, je vous ai même fait un petit résumé : 

Tassin.png
Comme d'hab, merci Inkscape...
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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 14:27
Je viens de découvrir un mot absolument formidable et étrange si certain d'entre vous le connaissent, je serais curieuse de savoir par quelle voie.

Il s'agit du bédégar.
Sous ce nom étrange et d'origine persane, qui fait penser au non moins mystérieux bézoard, se cache la galle chevelue de l'églantier, parfois appellée Barbe de Saint-Pierre. Je suis sûre que vous en avez déjà vu : ça a à peu près cette tête-là
C'est une structure étrange causée par la ponte du cynips de l'églantier (Diplolepis rosae), petite guêpe toute noireaude à qui cette sale manie vaut le qualificatif de cécidogène.

Mais pourquoi donc cette furie naturaliste, me demanderez-vous ? Parce que je viens de recevoir ma commande des vieux numéros manquant à ma collection (complète maintenant) de La Hulotte, le journal qui attrape les mulots.
Souvenez-vous, je vous avais déjà  parlé...
Sur ce, je vous laisse : il faut que j'aille vaquer.

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 00:13
Encore une remarque pertinente de l'inénarrable Worthless :
Bah, florilège, anthologie, c'est pareil : rien que des herbiers !
Ou plutôt, des bouquets de fleurs sèches...
Respectivement de flor, floris, en latin, et anthos en grec, tous deux signifiant recueil de fleurs.

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao