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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 19:08
Parmi les divers trucs marrants qu'on peut trouver dans les bacs à vieux bouquins de chez Vrin :

Bien peu de gens ont la capacité ou du moins l'habitude de distiller un jugement de la matière première des faits, c'est-à-dire de recevoir des impressions, d'observer exactement les expériences, de les comparer, interpréter, élaborer intellectuellement, et de parvenir à leur sujet à des vues personnelles solidement fondées ; tous, par contre, peuvent répéter un mot dit devant eux. Voilà pourquoi les jugements tout faits des autres sont acceptés par la foule avec joie et conviction. Cela ne fait rien si ces jugements sont complètement faux, s'ils contredisent les faits de la façon la plus criante. Pour remarquer cette contradiction, il faudrait que la foule pût examiner et utiliser logiquement les faits eux-mêmes, ce dont elle est précisément incapable.

On peut faire de deux façons son chemin dans le monde : ou par ses propres qualités, ou par les défauts des autres. La première façon est de beaucoup la plus difficile et la plus incertaine, car elle présuppose avant tout qu'on possède des qualités (...). La spéculation sur les défauts des autres, par contre, réussit toujours.

Max Nordau, Paradoxes sociologiques, traduction d'Auguste Dietrich,
Paris, Félix Alcan, 3e édition, 1901, p. 53 et 63.

J'y ai aussi pêché, avec un plaisir sans mélange, l'invraisemblable mot belluaire.

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 00:45
Allégorie de l'Histoire J'essaye en ce moment de me faire une culture sur la méthode historique, et je m'incline devant le style fleuri de certains grand pontes du domaine :

L'épistémologie  est une tentation qu'il faut résolument savoir écarter [...] Tout au plus est-il opportun que quelques chefs de file s'y consacrent - ce qu'en aucun cas nous ne sommes si ne prétendons être - afin de mieux préserver les robustes artisans d'une connaissance en construction - le seul titre auquel nous prétendions - des tentations dangereuses de cette morbide Capoue.

Paul Ricoeur, Temps et récit, Paris, Seuil, 1983, p.171.

C'est marrant, ce que je connais de l'épistémologie est certes stimulant, mais aussi nettement plus austère que cette espèce de magicienne tentatrice décrite par Ricoeur. J'ai dû rater un truc : moi aussi je veux me vautrer avec abandon dans ces délices épistémologiques ! (Amours et orgues en option...)

Poser des questions auxquelles on ne voit pas le moyen de répondre est le péché fondamental en sciences, comme de donner des ordres  dont on ne pense pas qu'ils seront obéis en politique.
R.G. Collingwood, The Idea of History, Oxford, Carendon Press, 1946,  p.281.

Il est amusant que je dûsse lire des livres d'histoire pour y avoir exprimer clairement une idée scientifique aussi fondamentale...
Pour conclure, je vous laisse savourer cette Grande VéritéTM :

Il est très utile de se poser des questions, mais très dangereux d'y répondre.

Charles Seignebos, cité par Marc Bloch dans son Apologie pour l'histoire, Paris, Armand Colin, 1960.

Toutes les citations sont tirées des très didactiques Douze leçons d'histoire d'Antoine Prost, Paris, Points Histoire, Seuil, 1996.
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 00:00
Real life is physical. Give me books instead: give me the invisibility of the contents of books, the thoughts, the ideas, the images. Let me become part of a book; I'd give anything for that.

Scarlett Thomas, The End of Mr. Y, Cannongate, 2008, p.147.
Ariel Manto, mon amie, ma soeur.
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 00:00
Je retombe sur les notes que j'avais prises voilà un an en lisant De profundis d'Oscar Wilde, écrit lorsqu'il purgeait sa peine de travaux forcés dans la geôle de Reading.
Il est difficile d'en extraire telle ou telle citation, puisque quasiment tout ce que cet auteur écrit aurait sa place dans un recueil d'aphorisme...
Néanmoins, en voici quelques unes. Par exemple, sur l'infâmie de la prison :

Two of the most perfect lives I have come across in my own experience are the lives of Verlaine and of Prince Kropotkin, both of them men who have passed years in prison.

Sur les règles à suivre pour mener sa vie :


Morality does not help me. I am a born antinomian. I am one of those who are born for exceptions not for laws. (...)
Religion does not help me.
The faith that others give to what is unseen, I give to what one can touch and look at. My gods dwell in temples made with hands; and within the circle of actual experience is my creed made perfect and complete. (...)
When I think about religion at all, I feel like I would like to found an order for those who cannot believe : the Confraternity of the Fatherless one might call it, where on an altar, on which no taper burned, a priest, in whose heart peace had no dwelling, might celebrate with unblessed bread and a chalice empty of wine.

Ecrit par un auteur irlandais à la toute fin du dix-neuvième, tout de même...
Il parle évidemment beaucoup de sentiments, vu les raisons de son séjour en prison.

Love is fed by the imagination, by which we become wiser than we know, better that we feel, nobler than we are : by which we can see Life as a whole : by which, ans by which alone, we can understand others in their real as in their ideal relaions.

But Love does not traffic in the marketplace, nor use a huckster's scales. Its joy, like the joy of the intellect, is to feel itself alive.

Et puis celle-ci, que j'aime beaucoup, et que j'aurais juré avoir déjà publiée ici :

A man whose desire is to be something separate from himself, to be a member of Parliement, or a successful grocer, or a prominent solicitor, or a juge, or something equally tedious, invariably succeeds in being what he wants to be. That is his punishment. Those who want to wear a mask have to wear it.

Je ne ferai pas à l'auteur l'insulte de le traduire, mais si l'anglais vous incommode je ne saurais trop vous encourager à le lire en français.


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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 22:48
Dans un article de Rue 89 consacré aux conditions d'obtention de la Légion d'honneur, je note cet aphorisme :

Jean-Luc Godard, lui, avait refusé l'ordre du Mérite, ce qui lui avait donné l'occasion d'un de ses célèbres bons mots:
 "Je n’ai aucun mérite et je n’ai d’ordre à recevoir de personne."

L'heureux homme !

Pour des citations traitant plus précisément de la rosette, allez voir wikipédia.
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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:11
La citation du jour est du fort estimé (en tout cas par moi) Dr. Ben Goldacre, chroniqueur scientifique pour The Guardian et fier papa du blog Bad Science :

We all love big numbers, and we’re all fooled by big numbers, because we’re all idiots. That’s why it’s important to think clearly, and ignore all newspapers.

Lisez le reste de son article, donc ce joyau est la conclusion ; lisez les autres articles de son blog qui sont tout aussi bons ; lisez son livre, et pleurez des larmes de sang de ne pas avoir son équivalent en France.

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 00:32
Toutes les barrières ont été bousculées
Sur les terres vierges on édifie des villes
Le monde est silloné de routes
Tout bouge
Rien ne reste dans l'ordre de jadis
Les Indiens boivent l'eau glacée du Don
Les Perses se baignent dans l'Elbe et dans le Rhin
Bientôt viendra le siècle où sautera la dernière barrière
L'océan révèlera un continent immense
Sur l'horizon marin se lèvera un nouveau monde
Au-delà de l'Islande il y aura d'autres terres
.
Sénèque, Médée,  Choeur II, vers 369-379
traduction de Florence Dupont, Éditions Imprimerie nationale,  1997, p. 36-37

Je trouve la modernité de cette prophétie presque terrifiante...
(Pour une traduction plus ancienne et plus «classique» de ce passage, voyez par là.)

(Et pour les moins de vingt ans  -qui ne peuvent pas connaître- le titre vient de cette chanson...)
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 17:08
S'il vous est déjà arrivé de regretter amèrement d'avoir laissé passer des coquilles dans un billet de blog, une copie, ou un mémoire, cette histoire vous consolera peut-être : elle est tirée d'un article discutant les particularités de l'industrie du livre au dix-septième siècle.

Printers had to work quickly. (...) As a result, their errors were often multicharacter ones, which could "corrupt & pervert the sence (sic)". The most common of all were monosyllabic ; the worst appeared in the early 1630s, when the King's Printers themselves omitted the word "not" from the Seventh Commandment and exhorted Charles's subjects to commit adultery.

Adrian Jones, « Natural history as print culture »in Cultures of Natural History, Cambridge University Press, 1996.
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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 14:14
Les histoires suspectes entre médecins et apothicaires ne datent pas d'hier. C'est du moins ce qu'on apprend en lisant des livres sérieux :

The Dutch physician Cornelis Bontekoe (1640*-80) earned the epithet of "the tea doctor" because of his book on the healthful effects of tea, recommending eight to ten cups a day at a minimum, and fifty to two hundred a day as reasonable; rumours abounded (but have so far remained unproven) that he had close connections to the major importer of tea, the Dutch East India Company.

Harold J. Cook, «Physicians and natural history», in Cultures of Natural History, Cambridge University Press, 1996, p. 95

* D'autres sources me donnent 1647 comme année de naissance et j'ai la flemme de les mettre d'accord... je vais plutôt mettre l'eau à chauffer...

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 15:15
Une réflexion intéressante, et devenue classique, sur la hierarchie des disciplines scientifiques :

[I]t seems to me that one may array the sciences roughly linearly in a hierarchy, according to that idea: the elementary entities of science X obey the laws of science Y.

X Y
solid state or many-body physics elementary particle physics
chemistry many-body physics
molecular biology chemistry
cell biology molecular biology
... ...
psychology physiology
social sciences psychology

But this hierarchy does not imply that science X is "just applied Y". At each stage entirely new law, concepts, and generalizations are necessary, requiring inspiration and creativity to just as great a degree. Psychology is not applied biology, nor is biology applied chemistry.


P.W. Anderson, «More is Different», 1972, Science Vol 177, n° 393, p. 4047

Merci à Tom Roud pour le lien vers le fichier pdf.

Elle m'a rappelé une histoire drôle :
Les biologistes se prennent pour des chimistes.
Les chimistes se prennent pour des physiciens.
Les physiciens se prennent pour Dieu.
Et Dieu ?
Dieu se prend pour un mathématicien...

La blague connaît sans doute de nombreuses variantes, et celle-ci m'a bien sûr été racontée par un  matheux...
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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao