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23 octobre 2005 7 23 /10 /octobre /2005 00:00
pas de calaisJ'ai entendu hier dans le métro un fragment de conversation suprêmement surréaliste.
Un jeune homme qu'on dirait en politiquement correct "typé" y dissertait avec une mélancolie teintée d'un certain orgueil, dans les termes suivants (sic, je recopie mes notes telles quelles) :

Ahhh! le Pas-de-Calais...
Voilà un endroit où il y a des vrais hommes, des vraies femmes! Ici, c'est pas vraiment pareil...
Dans le Pas-de-Calais, les filles sont plus belles! A Paris, y'a que des paysans...

Toutes explications bienvenues...
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18 octobre 2005 2 18 /10 /octobre /2005 00:00
Je vous ai abandonnés pendant  l'insoutenable durée de cinq jours. Vous avez survécu. Pour vous féliciter, voici un petit florilège de ce qui m'est passé par la tête entre-temps :

Séraphin est
vraiment un crétin

Tiens, tiens, tiens, il apparaît que le teasing non revendiqué et particulièrement idiot donc je vous parlais dans le post précédent est en fait une manoeuvre tout ce qu'il y a de sournois pour détourner l'interdiction de faire de la pub pour les nouveaux numéros payants avant le 2 novembre.
Mais si, vous savez bien, les numéros payants à what-mille chiffres qui remplacent le 12, feu le numéro efficace et gratuit en appelant des cabines publiques...
Cette modernisation du service était tellement nécessaire et dans l'intérêt du consommateur que ça me donne envie de chialer d'émotion dans mes nouilles chinoises, tiens!

Toute la découverte de cette supercherie est expliquée dans l'enquête du Flog de Séraphin le crétin, dont l'existence m'a été aimablement communiquée par l'auteur dans un commentaire. Conclusion : Rendez-nous Séraphin Lampion!

Le renard qui fout le feu

Il est devenu si familier qu'on en oublierait presque qu'il n'a pas toujours été là.
Et puis on tombe sur une étude XIti qui dit qu'il a conquis  près de 15% des utilisateurs d'internet sur l'ensemble de la population européenne...
On peut dire qu'il ne fait pas les choses à moitié, et je n'aurait donc qu'un mot : Bravo Fofox!

Ça me choque

Dans la campagne de pub pour la Rainbow expo qui a été assez controversée dernièrement, il y a quelque chose qui me dérange. Je ne parle pas du bisou, mais du slogan.
Suite à une protestation plus ou moins bien assumées en public de la société d'affichage du métro parisien, la prmeière campagne portant le slogan "Ça change quoi pour vous?" a été retirée. Suite au tollé provoqué, elle est ensuite revnue avec une nouvelle formulation, et c'est là mon souci....Quand on essaye d'avoir l'air crédible, on n'écrit pas "Ça change rien pour vous" mais "Ça NE change rien pour vous", bon sang de bois!
C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.

(Hé oui, ma 6ème personnalité a un dentier, une canne, un caractère de cochon et de très mauvais goûts musicaux. Elle engueule tout le temps les autres, mais bon, c'est l'inconvénient de vivre en colocation dans ma tête.)

Le cunnilingus est une dialectique comme les autres.

Je n'invente rien, c'est Yung Hae-Chaung, un web-machineur coréen,  qui le dit par ici.
Attention, épileptiques s'abtenir!

Voilà voilà, c'est tout pour aujourd'hui!

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13 octobre 2005 4 13 /10 /octobre /2005 00:00
Il y a en ce moment une explosion d'un nouveau genre de marketing internet.
En fait, c'est une stratégie qui reprend le concept de teasing (1), c'est-à-dire des annonces intriguantes qui donnent envie d'en savoir plus. Du genre : "Que se passe-t-il le 3 juillet?" lorsqu'on est encore en juin...
On en voit parfois dans les journaux : une page de pub cryptique, qui renvoie trois pages plus loin, ou donne rendez-vous pour le lendemain.

Mais sur Internet, ça prend des proportions incroyables.
Il y a eu la campagne Bourjois avec ses petits bonshommes noirs et de mystérieux "ILS arrivent!", et voici que le phénomène prend de l'ampleur : la FNAC a maintenant son excusologiste, censé proposer de bonnes excuses pour claquer 300 euros dans un Ipod, et je suis tombée sur un teasing non identifié intitulé "Séraphin est un crétin". Je n' arrive même pas à simuler de la curiosité quand à la boîte qui est derrière.

Les points communs de ces sites : ils se veulent drôles, décalés, proposent des petits clips  (dans le plus pur esprit Culture Pub) et souvent des tests à 2 centimes dont même Femme Actuelle aurait honte. Et puis, bien sûr, il y a l'indispensable concours à la clé pour gagner qui un téléphone, qui un mascara...
Et ils pensent que cela va suffire à nous plonger dans des délires d'enthousiasme et faire marcher le buzz (mot snob pour dire bouche-à-oreille) : ils nous proposent de leur donner des adresses e-mail d'amis à qui il est absolument indispensable de communiquer cette formidable adresse.
Il paraît que c'est du marketing viral. Pourquoi pas, ça me fait bien penser à une infection débilitante.

Le pire, c'est que ça marche, comme en témoignent un certain nombre d'entrées de blogs tous plus positif les unes que les autres :
Ici,, là-bas, encore ici...
La Fnac semble vraiment avoir inventé un nouveau mot!



(1) De to tease, taquiner, provoquer en anglais.
On retrouve le mot un peu partout : les bandes-annonces très courtes sont appellées "teasers" par opposition aux "trailers" plus explicites, et il y a bien sûr le strip tease
 
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Published by Abie - dans Diatribes
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12 octobre 2005 3 12 /10 /octobre /2005 00:00
aspicD'après Lucain (1er siècle sprès J.C.), tous ls serpents viennent de Lybie, car lorsque Persée eu vaincu la Méduse, il en rappora la tête en Grèce par la voie des airs. Pallas lui recommanda d'éviter de survoler les terres fertiles et habitées : il leur préféra donc le désert de Lybie, qui reçut goutte à goutte le sang de la Méduse.

La suite est un festival de mots oubliés  :

Le premier monstre qui leva la tête de cette poudre empoisonnée, ce fut l'aspic somnifère, au cou gonflé. Un sang plus abondant, une goutte de poison plus épaisse tomba sur lui. Nul serpent n'en reçut davantage. Avide de chaleur, il ne va pas de lui-même dans les régions froides, et parcourt jusqu'au Nil les sables du désert. Mais quand rougirons-nous d'un honteux commerce ! Nous allons chercher ces reptiles de Libye pour nos morts raffinées ; l'aspic est un objet de commerce !
L'hemorrhoïs, autre serpent qui ne laisse pas aux malheureux une goutte de leur sang, déroule ses anneaux écailleux. Puis, c'est le chersydre destiné aux plaines des Syrtes perfides, et le chélydre qui laisse une trace fumante, et le cenchris qui glisse toujours tout droit et dont le ventre est tacheté comme l'ophite thébain, l'hammodyie, dont la couleur ressemble, à  s'y méprendre, à  celle du sable, et le céraste vagabond et tortueux, et le scytale, qui seul, durant les frimas épars, s'apprête à  jeter sa dépouille, et la brêlante dipsade, et le terrible amphisbène aux deux têtes, et le natrix, fléau des ondes, et le jaculus ailé, et le paréos dont la queue marque sa route, et l'avide prester, qui ouvre sa gueule écumante et béante, et le seps venimeux, qui dissout les chairs et les os, et celui dont le sifflement fait trembler toutes ces bêtes terribles, celui qui tue avant de mordre, le basilic, terreur des autres serpents, roi des déserts poudreux.

Lucain, La Pharsale, livre IX

 Lucain en dit encore :

Mais le plus terrible des reptiles qui habitent ces déserts, c'est la dipsade, serpent de moyenne grandeur et semblable à la vipère. Sa morsure est violente ; le poison qu'elle distille est épais, et il cause à l'instant même des douleurs que rien ne saurait apaiser. Il brûle, il putréfie, il allume dans tout le corps une ardeur dévorante ; on crie, comme si l'on était étendu sur un bûcher. Mais la souffrance la plus cruelle, la plus poignante, c'est le mal qui a fait donner le nom au reptile, je veux dire une soif excessive. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que plus les malheureux boivent, plus ils sont altérés ; leur désir ne fait que s'accroître davantage. Rien ne peut étancher leur soif, leur donnât-on à boire le Nil ou l’Ister tout entier ; on irriterait encore plus le mal qui les dévore ; ce serait éteindre du feu avec de l'huile.
(Lucain Livre LXIV) On vient de me signaler mon erreur, il s'agit en fait de :
Lucien, Sur les dipsades,
§4.

Sur le même sujet, Solinus était, trois siècles auparavant, bien plus précis (quoique parfois également fantaisiste) :

L'Afrique est tellement pleine de serpents, qu'on lui accorde à juste titre la palme de cette malfaisante production.
Les cérastes portent de petites cornes, au nombre de quatre, par le mouvement desquelles ils attirent les oiseaux, comme par un appât, et les font périr : à cet effet, ils ont l'instinct de se couvrir de sable le reste du corps, et ne laissent paraître que la partie qui, en présentant une nourriture illusoire, appelle les oiseaux à leur perte. L'amphisbène a deux têtes, dont l'une est à sa place naturelle et l'autre à la queue, ce qui fait que son corps suit ses deux têtes en décrivant un cercle.
Le serpent dit jaculus se tient sur les arbres, d'où il s'élance avec une force prodigieuse pour frapper tout ce qui se présente.
La scytale a des couleurs si variées qu'elle arrête par sa beauté ceux qui la voient, et, comme elle rampe lentement, elle met à profit l'admiration qu'elle fait naître pour arriver à ceux qu'elle n'atteindrait pas autrement. Toutefois, c'est elle qui la première, au, milieu de tout cet éclat, dépose sa dépouille d'hiver.
Il y a de nombreuses et diverses espèces d'aspics, dont chacune nuit à sa manière : la dipsade tue par la soif ; l'hypnale par le sommeil : on se procure ce reptile pour se donner la mort, comme le fit Cléopâtre. Le poison des autres espèces, que l'on peut neutraliser, leur donne moins d'importance. L'hémorrhoïs fait, par sa morsure, jaillir le sang, et, par l'interruption des canaux qui le renferment, la vie s'échappe en même temps que ce fluide. La piqûre du prester produit un gonflement, une obésité dont on meurt. Celle du seps produit la putréfaction. Il y a encore l'hammodyte, le cenchris, l'éléphantie, le chersydre, le chamédracon ; et ici autant de noms, autant d'espèces de morts.

amphisbène (vrai!)amphisbène
L'amphisbène, (deux-chemins en grec) est censé avoir deux têtes, et une vigilance sans faille, car elle dorment à tour de rôle.
Le nom recouvre maintenant tout un phylum de reptiles helminthoïdes (qui ressemblent à des vers). Lesquels sont appelés "doble andadoras" en espagnol et "two-headed snakes" en anglais... Les traditions ont la vie dure!

L'ophite était le serpent adoré à Thèbes en Béotie.
Le
raste (de ceros, la corne) c'est la vipère cornue. L'utilisation de ses cornes comme appat n'est plus soutenue aujourd'hui.
La dipsade doit son nom à la soif causée par sa morsure.

Le natrix est le nom latin de la couleuvre, et signifie "Nageur". (Couleuvre à collier = Natrix natrix dans la classification)
Le jaculus, c'est le boa-javelot, qui se laisse tomber des arbres sur ses proies.
La scytale est aussi le nom d'une technique cryptographique antique.

Quant à l'éléphantie, je soupçonne que c'est une description précoce de l'éléphantiasis, maladie due à des vers filiformes, mais je n'ai rien pour étayer cette hypothèse.

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Published by Abie - dans Guillemets
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11 octobre 2005 2 11 /10 /octobre /2005 00:00
mouse embryoVous n'êtes sans doute pas sans savoir que les Etats-Unis vivent une sorte de schizophrénie au sujet de ce q'on appalle les Sciences de la Vie et de la Terre. D'un côté, ils s'enorgueillissent à juste titre de leur recherche fondamentale et appliquée, du Progrès avec un grand P et de la marche de l'Amérique moderne vers une vie meilleure.
calmar De l'autre, ils sont tous chiffonnés quand les géologues et les paléontologues ne vont pas chercher leur résultats directement dans la Bible.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que parmi les myriades de blogs d'opinion qui s'épanouissement sur le net, une catégorie très dynamique soit celle des blogs parlant d'évolution, de paléontologie, et réfutant autant qu'ils leur est possible les arguments de plus ou moins bonne foi (no pun intended) avancés par les créationnistes, les partisans de la Jeune Terre, ou ceux de l'Intelligent Design.

baby octopus Pour l'instant, ce meilleur de ceux que j'ai pu rencontrer est sans conteste Pharyngula.
Parfois généraliste, parfois pointu scientifiquement, mais toujours très intéressant. Il tient une veille vigilante des grands médias, et m'apprend régulièrment plein de trucs. Et en plus il a toujours des images incroyables.

Quelques exemples parmi tant d'autres :

* Au hasard, vous saviez que certaines méduses ont des yeux?
* Que les poulpes asiatiques ont quelques points communs avec les nains de Terry Pratchett? (Autrement dit, ils savent pas distinguer le sexe de leur partenaire jusqu'au moment crucial...)
* Un libéral et un scientifique sont dans une voiture. De quoi parlent-ils?
* Ou encore, savez-vous ce que Bush a sorti à des ministres de l'Autorité Palestinienne? Je vous le traduis, juste pour vous faire peur...
Je suis poussé par une mission divine. Dieu m'a dit "George, va combattre ces terroristes en Afghanistan." Et je l'ai fait, et puis Dieu m'a dit "George, va mettre fin à la tyrannie en Irak", et je l'ai fait. Maintenant, à nouveau, je sens les mots de Dieu qui me viennent "Va apporter leur état aux Palestiniens, leur sécurité aux Israéliens, et la paix au Moyen-Orient". Et (au) nom de Dieu, je vais le faire.  (Article de la BBC)

Et pendant que j'y suis :en plus des défenseurs de la Terre plate, il existe des géocentristes encore vivants! Comment faire du pas tout à fait neuf avec du franchement vieux...

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Published by Abie - dans Butinons
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10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00
J'ignore si vous vous intéressez à la littérature fantastique, d'horreur, ou de fantasy. Pour ma part, c'est un genre auquelle je suis prête à beaucoup pardonner, jusqu'à la faiblesse du style et l'inanité du scénario, pour peu que l'opération de création d'un monde par pure force d'imagination fonctionne.
Il faut dire que j'ai la suspension d'incrédulité facile, mais cela ne veut pas dire que je néglige la qualité en la matière... Quand l'inventivité rejoint le style littéraire, on ne peut que se rendre :  j'ai donc un gros faible pour Lord Dunsany, Lovecraft et les autres.

c.a. smithEh ben justement, en voici, un autre, dont j'ignorerais encore tout si une bonne âme n'avait pas pris sur elle de me sortir de mon ignorance crasse, c'est Clark Ashton Smith.
Il était grand pote avec Lovecraft, et les auteurs qui ont plus ou moins inventé tout un genre du fantastique, mais à la différence de ceux-ci, il a vécu fort vieux, au lieu de se suicider ou de bêtement sombrer dans la folie...

Il a donc tranquillement continué de produire jusque dans les années cinquante, et s'est donc trouvé le défenseur tout désigné de la déferlante fantastique / science-fiction dédaignés en choeur les critiques "classiques" mais acclamée par le public, depuis les grands classiques jusqu'aux pulp magazines dans le plus pur style Mars Attacks.

En exergue d'un recueil de ses oeuvres, j'ai donc lu ceci :

On Fantasy

We have been told that literature dealing with the imaginative and fantastic is out of favour among the Intellectuals, whoever they are. Only the Real, whatever that is or may be, is admissible for treatment; and writers must confine themselves to themes well within the range of statisticians, lightning calculators, Freud and Kraft-Ebbing, the Hearst and McFadden publications, NRA, and mail-order catalogues. Chimeras are no longer the mode, the infinite has been abolished; mystery is obsolete, and sphinx and medusa are toys for children. The weird and the unearthly are outlawed, and all mundane impossibilities (which, it may be, are the commonplaces of the Pleiads) have been banished to some limbo of literalistic derision. One may write of horses and hippopotomi but not of hippogriffs; of biographers, but not of ghouls; of slum-harlots or the hetairae of Nob Hill but not of succubi. (read more)

Ce qui se traduit à peu près par :

Sur la Fantasy

On nous a dit que la littérature traitant de l'imagination et du fantastique est tombée en disgrâce parmi les Intellectuels, qui que cela puisse être. Seul le Réel, quoi qu'il soit ou puisse être, constitue un sujet acceptable; et les écrivains doivent bien se confiner au domaine des statisticiens, des super-ordinateurs, de Freud et Kraft-Ebbing, des publications Hearst et McFadden, de la NRA, et des catalogues de vente par correspondance.
Les chimères ne sont plus en vogue, l'infini a été aboli; le mystère est obsolète et le Sphynx et la Méduse sont des jouets pour enfants. L'étrange et l'irréel sont réprouvés, et toutes les impossibilités triviales (qui sont, possiblement, très courants chez les Pléiades) ont été exilés dans les limbes de la dérision littéraire.

L'on peut écrire au sujet de chevaux et d'hippopotames, mais non d'hippogriffes; de biographes, mais non de goules; de ribaudes des bas-fonds ou des hétaires de Nob Hill, mais non de succubes.


L'excellent site The Eldritch Dark lui est entièrement consacré.



Notes :
* Kraft-Ebbing : psychiatre  allemand contemporain de Freud.
* Hearts et Mc Fadden : deux maisons d'éditions spécialisées dans les histoires de détectives (bas de gamme d'après ce que j'ai compris).
* NRA = National Rifle Association : Association qui défend le droits des américains à porter des armes, souvent par un lobby politique très efficace mais extrême. Les Associations de chasseurs puissance dix.
Pour vous donnez une idée, jetez un oeil à Bowling for Colombine.

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7 octobre 2005 5 07 /10 /octobre /2005 00:00
Bon, c'est bien beau les bouquins, mais il n'y a pas que ça dans la vie, paraît-il.
J'ai failli oublier que des fois (si,si, je vous assure), je sors  de chez moi.
J'ai donc vu coup sur coup, il y a déjà un moment, deux films complètement opposés et pourtant très intéressants.

The Jacket, de John Maybury

afficheJ'avoue que je ne savais pas trop à quoi m'attendre : je me contentais de  prier très fort pour que le film n'ait aucun rapport avec The Tuxedo, aka Le Smoking (gagné), et de me demander si par hasard cette veste n'était pas plutôt une camisole de force (straightjacket) (1). Encore gagné! J'aurais dû jouer au loto ce jour là.
Nous voilà donc à suivre l'errance d'un soldat américain démobilisé après avoir été laissé pour mort : la mémoire en lambeaux, le cerveau hésitant, il se retrouve, dans des circonstances qui s'éclairciront par des flash-back brutaux (2), condamné pour meurtre dans une institution pour fous criminels.
 On fait plus folichon comme début.
Ça ne s'arrête pas là : il se retrouve à la merci des techniques thérapeutiques proprement abominables d'un docteur bien flippant (celui qui joue le vieux dans Blade. On a les références qu'on peut, hein!), qui lui fait découvrir les joies de la camisole de force citée par le titre, avec dopage jusqu'à la gueule et claustrophobie offerts pour pas un rond de plus.

~~ Intermède ~~
À ce moment-là du film, j'étais en train de vider compulsivement mon accoudoir de son rembourrage, l'avant-bras de mon voisin ayant déjà été réduit à l'état de charpie sanguinolante, mais c'est juste parce que je suis émotive, vous n'êtes pas obligés de faire pareil.
~~~~~~~~~~~

Mlle BonasseHeureusement, après, ça se calme un peu. Ou plutôt disons que cela délaisse un peu les glandes surrénales épuisées du spectateur pour s'occuper en premier lieu de son néocortex, avec paradoxe temporel et enquête à reculons, mais aussi de son système limbique (3) avec l'arrivée de la bonnasse-du-film TM, voir ci-contre.
J'ai rien contre elle, notez bien, elle est même utile au scénario et très agréable à regarder, c'est juste
que, parfois, c'est dur de porter ainsi son rôle sur la figure.
Ainsi donc, Melle Bonasse, après une première panique bien compréhensible, se met en tête d'aider notre héros, lequel compte bien lui rendre la pareille à sa manière, en loucedé.

J'avais très peur d'une fin en queue de poisson, mais non, ça se tient, ça se finit bien tranquillement sans les déceptions flagrantes qu'apportent souvent les films qui démarrent sur les chapeaux de roues, et avec un joli numéro d'acteur de la toubib assistante pleine de scrupules (Jennifer Jason Leigh), et de notre héros, qui réussit même à avoir un charme certain malgré sa tête de déterré pas frais.

Le réalisateur a sans doute voulu faire un mariage étrange entre Requiem for a dream et Brazil, et le résultat se laisse regarder agréablement, sauf pour un point : j'en ai marre, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point j'en ai marre, de Noël dans les films américains.
C'est fa-ti-guant. La fin décembre est une période maudite pour les scénaristes, je ne comprend même pas comment ils osent encore ressortir ce vieux cliché là, même discrètement comme c'est le cas ici.
Si ca continue, je lance une pétition pour une modification du calendrier outre-atlantique qui donnerait 31 jours supplémentaires au mois de novembre, et ça leur fera les pieds!.

Voilà voilà.
Sinon, j'ai aussi vu Broken Flowers, mais ce sera pour plus tard : j'ai une vie à essayer d'avoir.



Ah j'oubliais : lisez l'avis du bon Docteur sur ce film, érudit comme toujours...



(1) Ne me demandez pas comment j'ai appris à dire camisole de force en anglais, c'est inavouable...
(2) Pardon, je voulais bien sûr parler d'analepses brutales.
(3) Je suis polie, je n'ai pas mentionné les corps caverneux.

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6 octobre 2005 4 06 /10 /octobre /2005 00:00

Je vous avais parlé de La bête est morte, un jour de lyrisme sur la BD animalière. Eh bien il paraît que Mathieu Kassovitz va en faire un dessin animé. (Les sources en lignes sont concourrentes, mais Les Inrockuptibles sont tout ce même plus citables comme référence...)

Je lui souhaite bien du plaisir pour faire passer un certain nombre de comparaisons, parce que moi, je serais italienne, je renauderais à me faire traiter de hyène.
Heureusement, soixante ans se sont écoulés depuis qu'est morte la bête (bien qu'on sait ce qu'il faut penser du ventre dont elle est sortie...), et je pense qu'il va falloir y aller un peu mollo sur destroy...

Par ailleurs j'ai trouvé sur un forum cette remarque intéressante :
Je suis assez curieux de voir comment un dessin aussi foisonnant, qui tire sa propre dynamique par une lecture attentive de chaque trait, peut être adapté en film. Cette BD est DÉJÀ animée !
Il donne comme exemple la planche ci-contre (cliquez pour agrandir), dont il faut bien admettre qu'elle sert admirablement son propos.

Bon j'ai l'air de bougonner, comme ça, mais je trouve l'initiative plutôt sympatique en fait, d'autant que Kassovitz est aussi producteur du bidule, c'est-à-dire d'un truc pas banal, pas vendu d'avance et, sauf grosses modifications, impossible à exporter... 
Autrement dit : le monsieur a le courage de ses opinions.

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5 octobre 2005 3 05 /10 /octobre /2005 00:00
Je lis beaucoup de nouvelles, tant par goût que par facilité : terminer la saga des Rougon-Macquart en 10 stations de métro ne fait pas encore partie de mes compétences...
J'en ai donc pratiqué plusieurs recueils dernièrement, en plus des mirifiques Contes du Far-West dont j'ai déjà parlé. Les voici donc, par ordre chronologique :

L'homme qui ne voulait plus se lever, de David Lodge

David Lodge est un romancier britannique qui s'est rendu célèbre pour son illustration drôle et cruelle de la vie universitaire anglaise, avec ses travers et ses idéaux : La Chute du British Museum est à hurler de rire, Un tout petit monde est d'une précision chirugicale, tandis que Changement de décor présente un chassé-croisé plein de malice et
non dénué de délicatesse entre recherche et industrie, sciences et lettres, hommes et femmes...
Je suis donc fort amatrice de cet auteur, et les grandes espérances sont faites pour être déçues : j'ai trouvé que ce qui fait le sel de son écriture et de son analyse se perd dans ces brèves histoires regroupées sans souci de cohérence narrative visible.
Toutefois, force m'est d'admettre que mon jugement aurait été plus indulgent face à un auteur inconnu, et que les nouvelles tiennent assez bien la route prises individuellement.
C'est juste qu'une anecdote autobiographiqe suivie d'une fable symbolique, qui précède une mise en abyme de la condition d'auteur nombriliste, avouez que c'est un peu déstabilisant.

Sous le micocoulier, de Fernand Rambion


Encore un bouquin estampillé "fournée maternelle" (voir ici et ).
Ces historiettes sont censées illustrer la vie villageoise de Provence profonde au temps où l'on parlait patois à l'ombre du micocoulier, et sont d'un intérêt extrêmement limité pour qui ne se passionne ni pour la langue d'oc, ni pour le sulfatage des vignes.
Une perle cependant, qui rachète sans doute l'ensemble : Le dernier soldat du Reich  l'anectode peut-être même véridique d'un soldat "Malgré-nous" laissé en arrière lors de la retraite pour s'occuper d'une histoire d'explosifs, et récupéré par le soi-disant dynamiteur pour l'aider à nourrir  le village.
Comme quoi, il ne faut jurer rien...

Lilith de Primo Levi

Hé oui, Primo Lévi a écrit autre chose que Si c'est un homme (qui n'en est pas moins un très grand bouquin, infiniment plus intéressant à lire que sa notoriété scolaire ne le laisserait craindre).
Mieux encore : il a écrit sur autre chose que les camps.
Le succès de cet autre oeuvre a sans doute beaucoup pâti de ce statut de témoin de l'horreur concentrationnaire, qui tend à le ranger dans une case "documentaire WWII" avec le Journal d'Anne Frank sans tenir compte de son fabuleux talent de conteur.
Ce recueil contient une bonne trentaine de nouvelles courtes et percutantes, dont certaines parlent des camps, d'autres des vallées italiennes avant, pendant et après la guerre, et un certains nombres donnent carrément -et étonnament- dans la science-fiction (Dysphylaxie) et le fantastique.

Il dit aussi quelques choses très intéressantes sur les questions posées par le fait d'écrire sur des personnages réels, et encore vivants.
C'est selon les cas glaçant, amusant, surprenant, émouvant, mais toujours réussi.

Mais tout de même, si vous n'avez pas lu Si c'est un homme, commencez par là.
Ripetetele ai vostri figli.
O vi si sfaccia la casa,
La malattia vi impedisca,
I vostri nati torcano il viso da voi.

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Published by Abie - dans Lectures
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2 octobre 2005 7 02 /10 /octobre /2005 00:00
The Sandman, de Nail Gaiman

sandmanJe vous ai déjà parlé de l'intense plaisir que j'avais eu à découvir la production romanesque de Neil Gaiman. Vos ne serez donc pas étonnés d'apprendre que j'ai profité de cet été pour lire celle de ses oeuvres qui lui vaut la plus grande part de sa notoriété, et ce à très juste titre.

Si j'ai mis tant de temps à en parler dans cette rubrique, c'est tout simplement que ç'a été rien moins que la révélation littéraire de mon été, et que je voulais me donner la peine de lui faire suffisamment justice.

Je savais déjà Gaiman capable  de créer des univers à la fois si étranges et si familiers qu'on jurerait ses fables polies au coin du feu par des générations de grand-mères malicieuses. Cette nouvelle lecture m'a montré qu'outre les contes de fées, Gaiman savait écrire des mythes.
Et des scénarios de bande dessinée.

Eh oui, cette oeuvre majeure, c'est une bande dessinée, ce qui suffira à en détourner les moins ouverts d'esprit.
Pire encore : c'est un «comic», une série d'histoires courtes parues mensuellement et éditées par DC Comics, l'autre mastodonte américain de ce domaine avec Marvel.
Les dessinateurs, et donc le style graphique, varient à chaque chapitre, mais cela ne dessert en rien l'impression d'unité du lecteur : soit que les dessinateurs aient été choisis en fonction de l'histoire à traiter, soit qu'ils sachent se plier à leur ahmosphère propre, cette diversité parvient à mettre en valeur  les ambiances changeantes de cette mosaïque narrative.
En bref : ça ne choque pas, bien au contraire.

Avant de passer à l'histoire proprement dite, une petite parenthèse explicative : je ne l'ai sans doute pas encore dit, mais mes buts ultimes dans la vie sont bien définis, et fort simples. Il s'agit, dans le désorde, de dormir, manger (gras si possible), et de me faire raconter des histoires (1). Et  vous allez voir qu'en matière d'histoires, The Sandman n'y va pas avec le dos de la main-morte (2).

Pour faire simple, Gaiman nous propose une vision du monde à la fois très personnelle et tout à fait universelle. Le personnage autour duquel est construit le récit est, en toute modestie Dream (Rêve), aussi dit the Sandman (c'est-a-dire le Marchand de Sable).
Entendons-nous bien : il ne s'agit pas d'un roi du royaume des rêves, ou d'un quelconque rêveur. Non, il est Rêve, des Éternels, Dream of the Endless, une incarnation ou, pour utiliser le terme technique que Gaiman partage avec Pratchett, une personnification anthropomorphique
(3).

Les Éternels sont au nombre de sept : Destiny, Death, Dream, Desire l'androgyne et Despair sa soeur jumelle, la pauvre Delirium, qui dans les temps anciens fut Delight, et le dernier, qui a abandonné son poste.(4)
They are whispered of in the Inner Mysteries:
the Seven, who are not prayed to, who are not Gods, who were never men.


Sont reprises avec délicatesse diverses légendes, allant de Morphée et son fils Orphée au Royaume de Féérie shakespearien.
Et à chaque Éternel échoit des symboles dont on n'arrive même plus à savoir s'il sont connus depuis la nuit des temps, ou si Gaiman vient juste d'en avoir l'idée géniale :
Destiny est, bien entendu, aveugle et solitaire dans son jardin labyrinthique où chaque croisement est un choix, et les pages de son grand Livre bruissent avec la sonorité troublante de la peau humaine séchée.
Despair a, elle, comme attributs les miroirs : derrière chacun d'eux, à l'affût de la moindre de vos faiblesses, elle vous guette inlassablement.

Dream et DeathEt puis tout Éternels qu'ils soient, ils ne sont pas parfaits et peuvent avoir leurs petits différents familiaux, comme lorsque Death fait la leçon à son frère :
You are utterly the stupidest, most self-centered, appallingest excuse
for an anthropomorphic personification on this or any other plane!
- Death

Pour le reste du casting, vous trouverez parmi les résidents du royame de Dream une certaine Ève, deux frères nommés Abel et Caïn, un corbeau parlant, et celui qui a pris à Rupert Giles son titre de bibliothécaire le plus funky de ma connaissance, l'innénarable Lucien, maître des Livres Jamais Écrits, et qui prend très au sérieux son rôle de conservateur.

Do you know how long it's been since I mislaid a book?
Well, let's just say the continents weren't in their current shapes, not that that means anything to you.

-Lucien

En guest stars, citons aussi : les Muses, Lucifer (Morningstar) et ses démons, des anges pas si angéliques que ça, Odin et Loki, les trois Parques, Haroun Ar-Rachid, Perséphone, ou encore Ishtar, déesse tombée au rang de gogo-dancer, et Bastet, qui doit sa survie à l'inconsciente dévotion des enfants aux chats.
Et bien sûr, vous retrouverez tous ceux sans qui ceux-là n'existeraient même pas : nous, simples mortels, qui rêvons, aimons et désespérons tour à tour, et parfois tout en même temps.

We of the Endless are the servants of the living -- we are not their masters.
We exist because they know, deep in their hearts, that we exist.
When the last living thing has left his universe, then our task will be done.


C'est bourré de références à Poe, Shakespeare, Kit Marlowe, Lovecraft, Lord Dunsany, Casanova, et bien d'autres, et ce n'en est pas moins drôle et accessible, comme le montre l'histoire où le Royaume de Féérie est convié à une représentation de Songe d'une nuit d'été...

"I am that merry wanderer of the night"?
 I am that giggling-dangerous-totally-bloody-psychotic-menace-to-life-and-limb, more like it.

-Une fée, parlant de Puck et de sa représentation sur scene.

Bien sûr, certains des personnages ne rentrent dans aucunes de ces catégories, comme ce grand-père pas comme les autres qui tente de raconter une histoire à sa petite-fille :

Of course you don't believe in fairies. You're fifteen. You think I believed in fairies at fifteen? Took me until I was at least a hundred and forty. Hundered and fifty, maybe. (...)
Listen, blood of my blood. Although I'm a hard man to anger, and I love you deeply, if you interrupt me again so help me I'll rip out your throat with my teeth.

C'est, selon les tomes, terrifiant ou réconfortant, léger ou profond, douloureusement lucide ou joyeusement déjanté, et ça a tout simplement révolutionné le comic pour adultes, et la façon de raconter les histoires en BD.
Je ne peux rien vous dire de la traduction française, si ce n'est qu'elle existe, au moins pour les quatre premiers volumes : vous n'avez donc aucune excuse.

Lisez The Sandman, et surtout, n'oubliez pas : il faut faire confiance au conte, mais jamais au conteur...


(1) : Et quand je serai Présidente du monde, il sera obligatoire de lire des histoires aux enfants au moins jusqu'à leur majorité, ah mais.

(2) : Le copyright de cette expression appartient au Monde de Monsieur Fred, glorieuse émission de Ouï FM.

(3) : Il est d'ailleurs extrêmement amusant de voir comment Terry Pratchett et Neil Gaiman, qui partagent beaucoup de leurs paradigmes (voir Good Omens/De bons présages, écrit à quatre mains) aboutissent à des athmosphères bien différentes : la Mort de Pratchett est spirituelle, mais distante et masculine, tandis que celle de Gaiman est attachante, presque réconfortante, et indubitablement féminine.
On peut aussi comparer les mécanismes de naissance et de mort divine entre The Sandman et Small Gods, ou le concept de trinité féminine avec Wyrd Sisters.

(4) Respectivement : Destinée, Mort, Rêve, Désir, Désespoir, Délire (Joie)
.
Je n'ai pas le courage de me lancer dans la traduction des citations, mais n'hésitez pas a m'en proposer....


Liens :
- Le site officiel de Neil Gaiman (en)
- Une présentation bien documentée de Gaiman, en français.
- La page de présentation de Gaiman chez son éditeur français, Delcourt.
- Goliath, une nouvelle de Neil Gaiman située dans l'univers de...Matrix!


Un commentateur me fait remarquer qu'il est rare de classer la BD dans le genre "littérature".
Il faut se consoler en se disant que c'est tout de même de plus en plus courant : les lecteurs finissent par se rendre compte que le média ne fait pas la qualité, et que The Sandman a plus de littérature dans une seule de ses cases que toute une collection d'Arlequin.

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Published by Abie - dans Lectures
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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

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