Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l'alphabet et la ponctuation sont de plus en plus à la mode dans les bars, cafés, et autres lieux chics de Paris. (*)
Il y a très classique, par exemple l'Apostrophe (dans le 10ème),
mais aussi :
L'Accent, en face de chez moi,
Le Point-Virgule (chépuhoù)
L'œ (Je n'invente rien, le o-e-dans-l'o, dans le 12ème)
Et plus récemment :
L'Esperluette (5ème), mais si vous savez bien "&", eh bien c'est une esperluette, rien à voir ni avec l'espérance ni avec la luette .
Trëma (10ème)
La Cédille (12ème)
Mais forcément, au bout d'un moment, on aura fait le tour des signes de ponctuation les plus courants. Voici donc quelques propositions de nom, à l'intention de ceux qui voudraient ouvrir une brasserie arty à côté de chez moi, entre le Trëma et l'Accent :
Les Astérisques (et périls)
L'astérisme : en astronomie, une constellation; en typographie, trois astérisques en triangle.
L'Interrobang, en français le point exclarrogatif (je n'invente rien), censé remplacer les répétitions dans des phrases comme : "Tu as payé ces chaussures combien ??!! "
Et imaginez-vous qu'il y a des noms de domaine internet avec des caractères comme ça (vive Unicode!)... Vous ne me croyez pas? Allez donc lire ce blog...
Éh oui, il y a même des gens pour les acheter, ces domaines...
Ceci dit, loin de moi l'idée de dénigrer l'importance de la ponctuation, et son rôle tant dans la grammaire (si, si) que dans le style. Je vous recommande à ce sujet un excellent article intitulé "PONCTUATION ¿ p (ou) r, q-uo-i !" de Laeticia Bianchi
(*) Ca marche aussi pour les boutiques de vêtement, les galeries d'art, ou, de façon plus logique, pour les librairies.
Vendredi 23 septembre 2005
Il est parfois amusant de constater à quel point le bizarre, l'étrange et le surréaliste est parfois à notre porte. À titre d'illustration et pour faire travailler vos méninges, voici une petite devinette en image.
Essayez de deviner ce que représente cette photo :
Des suggestions?
Ah non, mademoiselle, ce n'est pas un anneau de Saturne en fausses couleurs.
Allez, je vous aide, elle a été pris le 13 septembre dernier.
Non, Monsieur, pas une vue aérienne de la forêt amazonienne non plus...
Je suis bonne princesse, je vous donne plus d'indices : élargissons le champ...
Toujours pas d'idée?
Si ça peut vous aider j'ai trouvé la photo sur le site de Libé (copyright Reuteurs)
Vous donnez votre langue au chat?
Cliquez ici pour l'original, et là pour l'histoire complète...
Par Gionale Nuovo, un incroyable blog bourré d'érudition et de curiosité, une images très intéressante, tirée du Livres des emblèmes d'Alciato (pour plus de détails, lisez par là) :

Elle représente un javelot (la flèche), autour dusquels s'enroule un poisson, et non un serpent comme je l'ai d'abord cru, pensant y voir un lien avec le serpent-javelot de Lucain déjà évoqué.
Le javelot représente la hâte, la vitesse, et le poisson représente les obstacles et les contre-temps, l'ensemble délivrant un message simple et bien connu des fabulistes : Hâte-toi lentement. (voir l'emblème entier, ici en latin, là en anglais)
Je ne sais pas pour vous, mais le lien entre poisson et lenteur ne frappe pas immédiatement : il est donc nécessaire de préciser qu'il ne s'agit pas de n'importe quel poisson, mais d'un rémora, dont la ventouse dorsale a la propriété d'adhérer solidement aux requins, aux cétacés, et même aux coques des navires.

Ce qui ne nous dit toujours pas le lien entre ce pasager clandestin et l'idée de lenteur...
La réponse ce trouve chez les anciens : le nom grec de Echeneis, donné maintenant à la famille systématique, vient de echein retenir, et naus navire, et Mora, en latin signifie retards, contre-temps..
Les anciens pensaient en effet que le rémora, pour petit qu'il soit, avait le pouvoir d'arrêter les bâteaux, même en pleine tempête!
Cela a été décrit, apprend-on dans ce superbe Bestiaire médiéval, par Lucain (encore lui), Pline l'Ancien et Isidore de Séville, et Pline le Jeune va jusqu'à lui attribuer la responsabilité de la défaite de Marc-Antoine à la bataille navale d'Actium!
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Ce site consacré au bestiaire médiéval est vraiment fabuleux, ne serait-ce que pour la richesse de son iconographie.

Pour compléter mon dernier post, voici donc, à titre de démonstration, quelques bêbêtes enfin illustrées :
- un aspic dans une pose très classique (il n'y a qu'à feuilleter Mandragore pour s'en rendre compte), où on le voit se défendre contre la musique d'un charmeur de serpents en collant une de ses oreilles au sol, et en bouchant l'autre avec sa queue.
J'apprend du même coup que c'est un symbole des riches et puissants, qui étouffent leur âme avec des plaisirs terrestres (le sol) et leurs péchés (la queue).
- un céraste (vipère cornue), qui démontre que les critères de sélection pour être modèles d'illustrateurs n'étaient pas très strict : nous avons ici un serpent avec des pattes et une tête très mammalienne... Mais comme l'aspic avait déjà des ailes en rab des pattes, ne faisons pas la fine bouche.
Et en bonus, vous trouverez par-là l'étymologie médiévale du nom du boa : peut-être pas vrai, mais tellement drôle!
Eh bien j'ai réussi mon coup : avec tout cela je n'ai plus qu'une envie, c'est d'aller voir l'exposition d'enluminures sur le Bestiaire médiéval à la Bnf.
En attendant, il y a toujours l'exposition en ligne, superbe.