Continuons dans les coups de coeur bibliophiliques...
Shakespeare and Co
Si vous êtes parisiens ou de passage à Paris, il y a une librairie à ne rater sous aucun prétexte : c'est un monument historique à elle toute seule.
Shakespeare and Co. a été fondée il y a une quarantaine d'années par un Américain amoureux de Paris et petit-fils du poète Walt Whitman, et la petite librairie (principalement anglophone) est vite devenue le point de rendez-vous de tous les expatriés parisiens, vite suivis des étudiants de la Sorbonne.
L'atmosphère est unique : il y a des livres absolument partout, du sol au plafond (et jusque sous les escaliers!), les chats dorment sur les étagères, certains que personne n'osera les déranger, les badauds jettent de la menue monnaie dans un puits à voeux, tandis que d'autres d'absorbent dans leur lecture...
Il y a aussi des citations inscrites à des endroits improbables, comme un linteau de porte, ou une contremarche; la devise trône au-dessus de l'escalier :
Be not inhospitable to strangers, lest they be angels in disguise
Ne manquez pas d'hospitalité envers les étrangers, de peur qu'ils ne soient des anges déguisés.

C'est l'endroit rêvé pour vous faire votre culture à coup de Penguins Classics (par exemple : Complete Sonnets de Shakespeare, dix francs à l'époque), d'autant que les horaires d'ouvertures sont originaux, puisqu'on peut aller s'y balader de midi à minuit!
Et ma mère me raconte que lorsqu'elle était jeune, le propriétaire était connu pour fermer les yeux sur les étudiants désargentés qui s'endormaient sur les banquettes, et les laisser y passer la nuit....
Vous pouvez même faire une visite virtuelle, mais rien ne replacera cinq minutes à explorer les étagères, alors la prochaine fois que vous passerez dans le Quartier Latin, n'hésitez pas.
Skakespeare and Co, 37 Rue de la Bûcherie, juste à côté du parvis de Notre-Dame : vous ne pouvez pas vous tromper...
En Marge
Pendant que j'y suis, je tiens à vous parler d'une autre librairie, qui n'a, elle, rien de célèbre ni d'exotique.
C'est une librairie agréable, avec une ample sélection de livres de poche d'occasion à des prix modiques, ainsi que des livres rares ou anciens qui, s'ils ne sont pas tous à la portée des cordons de ma bourse, n'en valent pas moins le coup d'oeil.
Le libraire est jeune et très serviable, plein d'enthousisme pour son travail.
Mais quand j'ai fini par lui poser la question qui me titille depuis des années, c'est-à-dire le secret de l'équilibre financier d'une librairie de ce genre, il a souri très jaune, le pauvre... Il a fini par me dire sobrement que c'est un métier qu'on fait pour la passion, pas pour l'argent. Façon de dire que l'équilibre, il ne doit pas le voir souvent.
Allez donc jeter un oeil à ses étalages pleins de tentations à 2 ou 3 euros à
En Marge
10 bis avenue des Gobelins
Paris 13ème
Vous m'en direz des nouvelles!
Dimanche 4 septembre 2005
Ah!
Ce n'est pas tous les jours qu'on tombe, par le plus grand des hasards, sur une perle de petit spectacle qui vous met de bonne humeur pour la semaine.
En effet, et pour mon plus grand bonheur, la Mairie de Paris, en association avec une foultitude de partenaires, organise ce ouiquènnde une sorte de festival d'opéra populaire : des spectacles de rue, gratuits, originaux et plein de fraîcheur, sous le nom d'Opéra des rues.
C'est comme ça que je me suis retrouvée ce samedi, sur une obscure petite place du treizième arrondissement (1), à écouter un ensemble lyrique comme je n'en avais encore jamais rencontré.
Pour reprendre la présentation du prospectus : l'Ensemble Acide Lyrique, composé d'une diva sulfurique, d'un ténor vraiment léger, d'un baryton profond et d'un pianiste aqueux, est une solution astringente destinée à dissoudre les préjugés sur l'opéra.
Et par ma barbe,c'est bien ce qu'il font...
Commencer un récital, même parodique, par une version lyrique à trois voix de La Pitchouli, je trouve que c'est une preuve d'auto-dérison du meilleur goût...
Les costumes étaient aussi un grand moment de poésie, allant de la satyre fine au loufoque le plus délirant.
Connaissant ma mémoire de musaraigne, j'ai même pris sur moi, dans un accès de conscience graphomaniaque (2), de noter le plus gros de leur répertoire, et ça en valait la peine.
Jugez plutôt :
- La Pitchouli donc,
- Quand le virage se met à chanter (!)
- J'ai encore rêvé d'elle
- Vertiges de l'amour
- L'air de Marguerite (mais si, je suis sûre que vous connaissez : "Ah! je ris, de me voir si belle en ce miroir"...)
- Love on the beat
- L'amour est enfant de bohème repris en
"Sa voix lui pose des problèmes, / Elle n'a jamais jamais connu de loi"
avec la cantatrice qui passe imprévisiblement de chant lyrique à la voix de chanson populaire d'avant guerre (bonjour les cordes vocales!) et qui boude "si tu ne l'aimes pas, moi, je l'aime!!"
- Donne Mobile transformé en hymne à la gloire du ténor, qui se termine par un mythique "Quand je pousse mon contre-ut,/ Le public est en rut..."
- Sauvez trente millions d'amis parce que l'opéra aussi peut être un art engagé,
- La Flûte enchantée, sérieusement mise à mal : "J'ai amené mes plumes et mon boa,/ A Paris, on m'appelle Tata Gena"
Mais aussi : Alexandrie Alexandra, La Truite de Schubert en version Lili Marlène, et bien d'autres...
Je suis repartie en faisant des duos d'une efficacité douteuse avec mon père sur l'air de la Reine de la nuit, et La Truite version Francis Blanche, et ça, comme dirait une pub Mastercard, ça n'a pas de prix.
(1) Soyez francs, la place de l'Escadrille Normandie-Niemen, ça vous dit quelque chose?
(2) Pour quelques considérations sur la question, voir Le livre du rire et de l'oubli de Kundera. Ici, un extrait qui a été beaucoup cité dans la blogosphère, et qui présente il est vrai une certaine pertinence.
Croyez-le ou non -la coincidence semble presque trop belle juste après mon article sur les échantillons originaux de lutherie souterraine...- je suis tombée aujourd'hui même sur un joueur de ce que j'aurais appellé, d'après ma petite recherche iconographique un tympanon, mais que le musicien m'a présenté comme une cithare.
Mais, chose extrêmement troublante, il en jouait avec des petites baguettes recourbées au bout, c'est-à-dire bien plus es mailloches que des plectres ce qui ne manque pas d'intriguer pour un instrucment à cordes pincées.
Par ailleurs l'association parisienne ADAC propose un cours d'initiation à la lutherie qui a l'air passionnant. Pour vous donner une idée, voici leur petit laïus :
Construction et restauration d'instruments à cordes pincées et frottées : guitare espagnole, guitare baroque et romantique, guitare jazz, luth renaissance, baroque, luth arabe (UD), dulcimer, psaltérion, violon, alto, violoncelle.
Ah, si seulement les journée avaient trente-cinq heures!