Dans l'article du Monde daté du 15 et intitulé Ariel Sharon a subi une trachéotomie, on apprend la nouvelle suivante.
[U]n électro-encéphalogramme effectué vendredi avait montré "de l'activité dans les deux ventricules" du cerveau du premier ministre.
C'est un scoop. Un vrai.
Le cerveau du Premier ministre israélien n'aurait donc que deux ventricules. Contre quatre normalement : les deux ventricules latéraux, le troisième ventricule au milieu, et le quatrième à l'arrière.
Comme son crâne a des proportions normales, il faut en conclure que les ventricules manquants sont les plus petits, les troisième et quatrième ventricules.
Ce qui ne manque pas d'être étonnant, vu l'importance des structures concernées.
On notera que le V III, ou diencéphale contient, entre autre, les noyaux de la base, et le système limbique. Qui est le siège des -hum hum- émotions. Peur, affection, tout ça. Hum.
Une nouvelle perspective sur la carrière militaire de Sharon?
Ou alors, peut-être, je dis bien peut-être, comme d'habitude, les rédacteurs de l'AFP sont des buses, et ont cru parler du coeur, qui lui a bien deux ventricules, amoureusement accolés à leurs oreillettes respectives.
Mais notez bien que si on enlève "les" la phrase devient possible. Étonnante, parce que s'il n'a aucune activité au niveau du III et du IV ce n'est vraiment pas bon du tout, mais possible.
Morale de l'histoire : cerveau, encéphale, cervelet, hémisphère cérébral, et les autres sont des mots qui ont un sens précis.
Si vous avez un doute, dites cervelle, personne ne vous en voudra...
Entendu ce mardi, vers 13h45, sur France-Infos, au sujet des procédures de ramassage des oiseaux morts à Marseille :
Les oiseaux forment l'espèce la plus importante de la ville...
Un petit rappel semble donc nécessaire pour les têtes de linotte : les Oiseaux sont une classe, qui contient trois sous-classes, deux super-ordres, une trentaine d'ordres et un petit millier d'espèces!
Le proférateur de cette énormité aurait-il réussi à croiser une pie et un cygne ou un canard avec un pigeon?
(Image : Wikicommons)
Oh my god...
La course aux armements, je connaissais.
les conflits d'intérêt entre les sexes est une notion qui m'est familière (je parle de biologie, hein...) : sans même parler des différences d'investissement reproductif, de nombreuses espèces montrent des stratégies élaborées pour biaiser le système, par exemple des mâles se débrouillant pour empêcher des copulations ultérieures (bouchons spermatiques, etc).
Mais je ne m'attendais pas à une démonstration aussi magistrale :
Drosophila seminal fluid has the property of reducing the female's interest in remating, increasing her rate of egg-laying, and is also mildly toxic. Artificial selection in the lab can produce females that are resistant to the effects, and males that produce more and more potent semen to overcome their resistance, to the point where the line of "super potent" males, when crossed to unselected females, kill their partners with their ejaculations. There is literally a battle of the sexes in these species.
Le liquide séminal de Drosophila (la mouche du vinaigre, mascotte des généticiens) a la propriété de réduire l'intérêt de la femelle pour l'accouplement, d'augmenter son rythme de ponte et est aussi légèrement toxique.
La sélection articficielle en labo permet de produire des femelles résistantes à ces effets, et des mâles qui produisent de la semence de plus en plus puissante pour surmonter cette résistance, au point que quand la lignée de mâles "surpuissants" est croisée avec des femelles non sélectionnées, elles sont tuées par leurs éjaculations. C'est littéralement la guerre des sexes dans ces espèces.
Quel dommage que je n'en ai pas entendu parlé avant, ça m'aurait fait un bon post pour la Saint-Valentin...
Encore et toujours via Pharyngula
Rice WR (2000) Dangerous Liaisons. Proc. Nat. Acad. Sci. USA 97(24):12953-12955.
Rice WR (1996) Sexually antagonistic male adaptation triggered by experimental arrest of female evolution. Nature 381(6579):189-90.
Par ordre à peu près chronologique de relevage sur le net, une petite tournée de l'actualité biologique :
Ook?
L'hybride homard-orang-outan (ou pas) découvert par l'Ifremer (des français parfaitement, môôssieur!) a maintenant un nom. Cet étrange crustacé poilu et albinos des oasis abyssales s'appelle Kiwa hirsuta.Dit comme ça, c'est déjà funky, mais le nom français vaut son pesant de cacahuètes : la bébête à votre droite, qui rappelle étrangement un acarien géant, s'appelle une Galathée yéti...
Le terme est un oxymore de belle taille et semble plus adapté au contexte de l'insulte (Papa, t'es rien qu'un fossile vivant!) qu'à celui de la démarche scientifique. Expliquons-nous donc : on connaît des groupes d'animaux longtemps pensés exclusivement fossiles, l'exemple classique en étant les ammonites, céphalopodes à la coquille enroulée.
Pendant longtemps, donc , on les croit complètement éteints, et puis on tombe sur le Nautile, cousin tout ce qu'il y a de plus vivant quoique discret. Poum paf crack, il se retrouve baptisé "fossile vivant".
On retrouve sous ce terme idiot, outre notre nautile cher aux amateurs du nombre d'or, le coelacanthe, le métaséquoia, et quelques autres.
Les anglophones font même une différence entre les fossiles vivants au sens large (espèce actuelle sans famille proche, issue d'un groupe fossile important, comme le Gingko) et les "Lazarus species" c'est-à-dire les espèces Lazare, ou revenues d'entre les morts...
La nouvelle qui vous vaut cette explication, c'est qu'une espèce de rongeur atypique a été identifiée au Laos sous le doux nom de Diatomyidae, plus familièrement rat-écureuil : comme souvent (*), il n'est ni rat ni écureuil, mais membre d'un taxon bien connu et qu'on croyait jusque-là éteint.
Émouvante runion de famille après 11 millions d'années d'absence...
(Image Associated Press)
(*) Quelques exemples au hasard : le rat-taupe, ni rat, ni taupe, la chauve-souris et sûrement plein d'autres qui m'échappent présentement.
Epidémiologie et craintes pandémiques
Un bon article du Monde sur la question intitulé Les virus, champions hors norme de la mondialisation.
Une révolution en bio moléculaire?
Il y a environ un an, j'avais lu sur Slashdot (oui, bon, ça va, c'est pas charitable de se moquer) une brève au sujet d'une toute nouvelle entreprise qui annonçait une revolution de la PCR . Pour les néophytes : il s'agit de la Polymerase Chain Reaction, la manip' moléculaire effectuée en permanence pour amplifier l'ADN par tous les labos de génétique et beaucoup des autres.
Ils promettaient un support beaucoup plus portable (au lieu de la machine grosse comme un four micro-ondes utilisée pour le moment) et qui effectuerait les amplification d'ADN en quelques minutes au lieu de quelques heures. Sur le moment je me suis dit que c'était trop beau pour être vrai, et que je n'avais pas remarqué de procession de remerciement à la Sainte-Vierge dans les rues de Paris menée par les thésards en génèt', et qu'il y avait donc sans doute baleine sous coquillage, voir diplodocus sous gravier.
Le manque d'articles sur la question (en dehors de celui cité par la brève) et le statut "en travaux" du site de la société m'avaient confortée dans mon scepticisme : on n'y trouvait guère que le communiqué de presse.
Mais il semblerait que j'aie péché par thomasisme, cynisme et suspicion imméritée, puisque mon dernier check-up de la situation (oui, je ne lâche pas un mystère facilement...) montre que le site de Thermal Gradient s'est nettement étoffé.
Ils se présentent, s'expliquent et proposent même une jolie animation pour monter le principe de leur invention, qui utilise de façon ingénieuse les techniques de microflux mises au point pour d'autres objectifs. A vue de nez, ça a l'air de rentrer dans la (glorieuse) catégorie de l'oeuf de Colomb : c'est simple mais il fallait y penser.
J'attend avec curiosité de voir ce que donnera l'application pratique (rapport gain de temps/ spectre d'application/taux d'erreur/ prix), et je pense que je suis loin d'être la seule, le but annoncé étant de produire des tests en kit tout simples du type test de grossesse, qui pourraient être utilisés par un généraliste pour diagnostiquer telle ou telle infection (d'après l'article de Medical News today).
Pour l'instant ils annoncent le chiffre de 30 cycles en 5 minutes. Mighty cool, heh?
Jardins de Petri
Quand j'ai vu l'image ci-contre (via Pharyngula), tout ce que j'ai pu penser c'est "It's a thing o' beauty, boss..." parce que j'aime faire des citations obscures.
Non, ce n'est pas plus un flocon de neige qu'une fleur séchée : ce sont des bactéries qui se sont multipliées à partir du centre de la boîte de Pétri, et l'image vient d'un merveilleux site sur la croissance bactérienne sous stress environnemental
Outre le flocon, notre modèle "bactérie décorative" est aussi disponible en version feux d'artifice, et en version chirale avec ses jolies spirales.
Le nom de l'artiste? Oh, vous n'allez pas connaître : c'est Bacillus subtilis 168.
Merci pour lui.
Le maillon fort
Pour conclure, je voudrait célébrer l'arrivée d'un nouveau-venu au beau pays des fossiles transitionnels : vous savez, ces formes étranges et intermédiaires entre des plans d'organisation actuels, comme l'Archéoptéryx ou, d'ailleurs, le coelacanthe, ceux-là même qui, vous diront les créationnistes, n'existent pas.
On est toujours plus ou moins consciemment à la rechercher de l'introuvable chaînon manquant : on en trouve un entre A et B, et il ne nous reste plusqu'à chercher l'intermédiaire entre lui et A et lui et B. Il y a un paradoxe de Zénon dans le coin, cherchez bien...
Vous serez donc ravi d'apprendre l'arrivée, entre Panderictys et Ancanthostega, de Tiktaalik et sa superbe ceinture scapulaire, avec de faux airs batraciens et des nageoires bien en chair, pas comme ces vulgaires Téléostéens.
L'étude de l'exaptation est un bonheur toujours renouvelé, et certains n'ont pas hésité à laisser déborder leur enthousiasme, comme en témoigne l'illustration fournie (d'un certain ray Troll)...allons, pas de timidité, embrace your inner fish!
C'est tout pour cette fois!
Je me rend bien compte que j'aurais pu faire quatre ou cinq posts distincts, mais que voulez vous, j'aime garder une thématique.
Et si vous avez le coeur vraiment bien accroché, demandez à ce que je vous parle des hyènes, sur lesquelles j'en ai récemment appris de belles.
Enfin, de moches.
Je ne sais pas si vous avez vu le film Freaks (La Monstrueuse Parade).
Non ? C'est bien dommage, il est terrible (à tous les sens du terme d'ailleurs) et vous allez voir qu'il a un rapport avec ce dont je veux vous parler...
Comme d'habitude, tout a commencé sur Pharyngula où nous est soumise une bien étrange photo : chez un papillon les ailes de devant sont assez souvent différentes des ailes de derrière, mais est fort rare d'observer une différence entre la moitié droite et la moitié gauche...
Et le web a ceci de formidable qu'une fois la question correctement formulée, la réponse n'est jamais bien loin : ce type de configuration, quoique peu courante est bien connue et expliquée en détails, et en anglais, sur ce site consacré aux Lépidoptères de Georgie. Eh oui.
Commençons par une photo plus lisible :
On voit que le papillon est bien séparé par le milieu : noir avec un peu de blanc à gauche, orange avec un peu de noir à droite. La séparation est même clairement visible au niveau de l'abdomen...
Mais ce qui est encore plus intéressant c'est de remarquer que les dessins ne sont pas du tout désorganisés, et correspondent bien à l'espèce (ici Speyeria diana). Le seul problème est que l'une moitié a un motif mâle (orangé), et l'autre un motif femelle (sombre).
On s'enfonce dans le mystère me direz-vous!
Eh bien pas du tout : l'explication est à la portée de n'importe qui.
Il est de notoriété publique que les chromosomes sexuels de l'espèce humaine sont XX (femme) ou XY (homme). Chez les Lépidoptères, pour faire parler les bavards, c'est exactement le contraire : le mâle est ZZ (ou ZZZ ou ZZZZ) et la femelle est ZW (ou Z tout court). En première approximation, c'est donc le nombre de Z qui détermine le sexe .
L'autre donnée utile pour comprendre le phénomène est que, au tout premier commencement des choses, ô Mieux-aimée, un individu est d'abord une cellule unique, qui se divise pour en former deux. Une à gauche, une à droite (c'est le début de la symétrie bilatérale). Si tout va bien, les chromosomes préalablement dédoublés se répartissent également entre les deux cellules-filles : deux de chaque paire à gauche, deux de chaque paire à droite.
Je suis sûre que vous commencez à voir où je veux en venir...
Prenons un zygote (la Toute Première Cellule, ô Mieux-aimée) de sexe mâle. Si j'ai bien tout compris elle est donc ZZ.
Elle duplique ses chromosomes, ce qui nous donne donc (plus fort au fond, je ne vous entend pas!) quatre Z :
(ZZ + ZZ)
Normalement, bien sûr , chaque cellule-fille est sensée se retrouver bien contente avec ses deux chromosomes Z bien à elle. Mais parfois la machine se grippe et l'on obtient:
(ZZ + ZZ)
|
/
(ZZZ) + (Z)
Ce qui nous donne une cellule à trois Z donc mâle, et une cellule à un seul Z donc femelle. Chacune va poursuivre son petit bonhomme de développement sans se soucier le moins du monde de sa voisine, et c'est ainsi qu'on arrive à de jolis monstres comme ceux illustrés plus haut, avec deux moitiés de sexe différent accolées dans le même organisme. Fascinant.
Reste à lui donner un nom grec pour faire joli : hermaphrodisme est déjà pris, alors on construit un mot pour l'occasion : c'est une "forme mâle-femelle".
forme => morphe
mâle => andro (comme androgène)
femelle => gyno (comme gynécologue ou misogyne)
Maintenant vous pouvez briller dans les salons à la mode en parlant de Gynandromorphie. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel...
Et que ce passe-t-il lorsque les deux sexes n'ont pas la même taille? Une bien pauvre bête, ma foi...
Ah, et le rapport avec Freaks, dans tout ça?
C'est tout simplement que parmi les phénomènes de foire qui forment le cast de ce film unique en son genre, entre l'homme-tronc, les siamoises, le nain et la femme à barbe, il y a le personnage de Joséphine-Joseph, qui se présente comme mi-femme mi-homme, avec les problèmes amoureux qu'on peut imaginer.
Ici, je ne sais pas si le mécanisme décrit plus haut peut s'appliquer : une mauvaise séparation des chromosomes d'un embryon féminin donnerait
(XX+XX) => (XXX) + (X)
C'est à dire pour moitié un syndrome du Triple X et pour moitié un syndrome de Turner, qui correspondent tous les deux à un phénotype féminin, sans puberté pour le second, pour cause d'absence d'hormones féminines. Au premier abord ceci pourrait expliquer une asymétrie des seins, mais en fait la circulation sanguine commune devrait compenser le déséquilibre hormonal.
Je penche donc plutôt pour un cas d'asymétrie mammaire, voire d'aplasie complète d'une des glandes mammaires (côté "homme") aux causes possibles aussi mutiples que mal connues. Je suppose que cette asymétrie, quoique superficielle, ait pu suffire à construire un numéro de chimère gynandromorphe avec moult maquillage de circonstance.
Si un de mes lecteurs a une formation médicale, je serais toutefois ravie d'avoir un avis plus autorisé que le mien sur la question!