Édito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), hebdomadaire au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).
J'ai plus récemment ouvert une page delicious, ainsi qu'un tumblelog intitulé Tempto etiam, principalement constitué de citations, littéraires ou autres.

Vous pouvez consulter la liste complète des articles pour vous faire une idée plus précise de ce que j'entends par «tout et n'importe quoi».
Et n'hésitez pas à
me contacter pour me faire part de vos griefs, réflexions ou suggestions.


Alea jacta est :

Avec le temps va!

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Ordo ab chao

Lis tes ratures!

Lundi 21 mars 2005 1 21 /03 /2005 00:00
Sans trop savoir qu'en penser, je vous fais partager cette étrange petite cosmogonie...
Par Abie - Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 18 avril 2005 1 18 /04 /2005 00:00
J'ai récemment découvert beaucoup de choses :
  • qu'Anatole France, malgré son statut d'Immortel, est tout sauf un vieil auteur poussiéreux,
  • que la science-fiction est un mot qui a énormément changé de sens en cinquante ans,
  • que je connais dramatiquement mal la littérature espagnole.
  • et que le Saint-Marcellin au miel, c'est pas mal du tout, mais c'est une autre histoire.
Je développerai plus tard mais pour vous appâter, voici :

"La nuit n'est pas tant pour que dorment les ignorants
que pour que veillent les sages."

Baltasar Gracian, 1601-1658
(tiens, il était jésuite..
Pourquoi ne suis-je pas surprise?)


Thanks for your kind attention....

- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 30 avril 2005 6 30 /04 /2005 00:00

Le Net a ceci d'original que qu'il offre un moyen de publication bon marché, permanent, et potentiellement universel.
Beaucoup de webcomics ( bédés en ligne) en ont profité pour fidéliser une véritable communauté de lecteurs, bien avant que l'apparition et l'explosion des weblogs ne popularise les blogs de bédés / à dessins. Pour être honnête, fidéliser est un euphémisme... il m'arrive de vérifier trois fois par jour que l'un de ces site n'a pas été mis à jour...

(Petite digression : je vous parlerai sans doute plus avant du phénomène un de ces quatre, mais en attendant, je citerai Boulet (j'aime!), Frantico (petits enfants, passez votre chemin!), et bien d'autres... L'apparteblog de Gä se moque
gentiment de cette nouvelle mode...)

Voici quelques uns de ceux qui m'ont fait pleurer de rire :
  • Phd comics, né en 1997 (hé oui, déjà), décrit avec une lucidité à la fois sincère et hilarante la vie des "Grad students" (thésards) à l'université de Stanford, et de fait, un peu partout de par le monde... (Ph. D = thèse)


  • Sluggy Freelance, lui aussi un dinosaure de la catégorie, offre la particularité d'être quotidien (tous les jours depuis août 1997? Cet homme est fou...).
  • Il se distingue surtout par un scénario parfaitement déjanté à base de lapin tueur psychopathe fan de "Alerte à Malibu", en guerre contre le Père Noël, d'agitateur de flux électronique transdimensionnel, d'androïde amoureuse, de démons idiots et d'extraterrestre anthropophage mais secrétaire modèle. Rien que ça! Au tant dire qu'il vaut mieux commencer au début, ou se référer au Guide du nouveau lecteur......

  • Dans un style plus grincant, Ornery Boy and Dirty Girl vous racontent la vie compliquée d'un jeune misanthrope (et rôliste par-dessus le marché) et de sa chère et tendre, une fille en or, un peu cul-cul, végétarienne et incapable de résister au regard implorant d'un animal de compagnie, même s'il est... zombie!

  • Enfin, pour faire plaisir aux amateurs de H.P Lovecraft et des jeux de rôles qui ont été inspirés de son univers, deux bédés qui exploitent des concepts complètement différents avec les mêmes personnages (les grands anciens, Cthulhu, Dagon, la Couleur tombée du ciel...)


  • Tandis que Hello Cthulhu nous les décrit égarés dans un monde sur lequel ils n'ont aucune influence ou presque, parce que leurs victimes s'obstinent à leur offrir des cookies et à dire "Chu!"...


Bien évidemment la plupart de ces comics ont publié leurs strips en vrais livres en papier, qui, comme de bien entendu... se sont vendu comme des petits pains! Encore une preuve que la gratuité ne signifie pas forcément une perte sèche pour l'auteur!

Nota : Ce n'est qu'à la relecture de cette courte liste que je me suis rendu compte que toutes ces bédés sont... anglais! Toutes mes excuses aux réfractaires à la langue de Shakespeare, je me rattraperai une autre fois (et j'ai déjà fait la pub d'une bd en français ici, suivez, un peu!).
Cela dit, le meilleur moyen de contourner le problème est de mettre à contribution un ami plus versé que vous en anglais, et de lui faire traduire les strips un par un : il y a de forte chance que vous n'ayez plus besoin de lui une fois arrivé à la fin de la bédé!

Allez, tant pis pour la bande passante, voici une dernière image pour la route, et une devinette :

Duquel des comics sus-cités cette image est-elle tirée?...


Le premier à trouver gagne toute ma considération!
- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 3 mai 2005 2 03 /05 /2005 00:00
Au gré de mes navigations , je suis tombées sur un texte amusant et tendre de Théophile Gautier, intitulé Ménagerie intime. L'auteur y raconte son amour précoce et jamais démenti pour les animaux, avec une tendresse particulière pour les chats.
Il raconte comment, après avoir nommé trois chats d'une portée d'après les personnages des Misérables d'Hugo, sa vision de l'oeuvre fut irrémédiablement modifiée :

Enjolras, Gavroche, Eponine, nous rappellent les créations d'un maître aimé. Seulement, lorsque nous relisons les Misérables, il nous semble que les principaux rôles du roman sont remplis par des chats noirs, ce qui pour nous n'en diminue nullement l'intérêt.

Il ne s'agit pas de s'en étonner, car les chats sont des animaux éminemment littéraires (*); tout le monde connaît l'amour que leur portèrent Colette et Paul Léautaud, mais cela ne s'arrête pas là.
Baudelaire, qui voyait en eux des amis de la science et de la volupté, leur consacra dans les Fleurs du Mal plusieurs poèmes 
qui marquent aujourd'hui encore l'imaginaire de tout amateur de chats, car lequel d'entre eux peut affirmer sans mentir ne s'être pas reconnu dans ces amoureux fervents et ces savants austères?

Mais le mystère qui semble nimber jusqu'au plus familier chat de cuisine a inspiré une appréciation bien différente de Raminagrobis...
Prenons Buffon. Dans son Histoire naturelle, il qualifie le chien de meilleur ami de l'homme, le cheval de plus belle conquête de l'homme. Mais du chat, que dit-il?

Ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l'âge augmente encore, et que l'éducation ne fait que masquer. [suite]

Leur réputation sulfureuse et leur troublante intelligence leur valut aussi l'honneur d'être les héros récurrents de la littérature fantastique : Le chat noir [en][fr] d'Edgar A. Poe, mais aussi de nombreuses nouvelles de H.P. Lovecraft, en particulier Les chats d'Ulthar [en][fr], qui fait regarder d'un nouvel oeil le gros matou paresseux qui se prélasse à côté de votre écran.

Au fond, cette ambivalence du chat est sans doute ce qui le rend si intéressant et, pou les auteurs, si humains, comme en témoigne, par exemple les aventures du Chat Murr, d'Hoffmann, qui apprend à lire et à écrire.

Pour être plus exotique, je me dois de citer le très bon roman roman japonais Je suis un chat, de Natsume Sōseki, qui permet d'observer la vie japonaise d'il y a un siècle à travers les yeux d'un chat.

Les héros félins plus ou moins humanoïdes se retrouvent jusqu'à aujourd'hui, en particulier en bande dessinée, parfois dans des styles bien distincts.
Citons, en particulier, l'excellente série du Chat de Rabbin de Sfar, contée par un chat narrateur qui n'a pas la langue dans sa poche.



Aux amateurs de polar sombre, on ne saurait trop conseiller Blacksad, dont le héros éponyme est un chat noir, private eye désabusé qui tente de trouver une justice dans un monde peuplée de rats, de fouines, de crapauds, d'ours, mais aussi de biches et d'iguanes, tous admirablement choisis pour coller au personnage (ça change de Mickey et Pluto). Je garde une tendresse spéciale pour le gorille-boxeur...



Si vous êtes sages, vous aurez droit aux quelques autres BD "animalières" que j'ai encore dans ma manche...

(*) Innocente que je suis, je viens seulement de me rendre compte que Wikipédia m'avait bien sûr devancée sur le sujet : elle propose une Liste des chats de fiction.



[Edit:] Sur une suggestion de Zoélie, j'ajoute à la section japonaise Michaël, le chat qui danse, (en anglais What's Michael?!) dont vous pouvez lire quelques planches ici...
Ainsi que Speed, le chat citadin jusqu'à l'os qui a bien du mal à se faire au Retour à la Terre de Manu Larcenet.



Enfin, sur une suggestion de Fab, élargissons un peu notre cadre littéraire, et penchons nous sur l'excellent Royaume des chats[fr] [en] de Hiroyuki Morita [fr][en] (et non de Miyazaki [fr] [en], bien que l'on prête facilement aux riches...) qui raconte cette fois-ci, non l'histoire d'un chat qui se transforme en homme, mais d'une petite fille qui se transforme en chat...
Disponible en DVD, bien sûr.
- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Jeudi 5 mai 2005 4 05 /05 /2005 00:00
Suite à l'avalanche de suggestions que m'a valu l'article précédent, je me dépêche de continuer ma sélection de bandes dessinées animalières, avant de me faire doubler par les commentaires!

Commençons par deux incontournables de la bédé française :

Canardo de Benoît Sokal, compte maintenant une quinzaine d'albums et campe un détective désabusé et cynique, je cite : un "Marlowe mâtiné de Donald".
Voila maintenant une trentaine d'années qu'il traîne son paletot crasseux dans des histoires plus louches et déprimantes les unes que les autres, ce qui ne fait rien pour arranger sa misanthropie galopante, et la cirrhose qui la suit de près.
Ah, et c'est un canard, pour ceux qui ne suivent pas....
Enfin, pour vous
qui, après l'article précédent, cherchez encore des exemples de chats maléfiques, jetez donc un oeil à La marque de Raspoutine, ça en vaut la peine...


Les formidables aventures de Lapinot, au titre tout aussi transparent, sont un des grands succès du désormais classique Lewis Trondheim. Une quinzaine d'albums aussi, mais en moitié moins de temps (la prolificité du Lewis est légendaire), qui créent quasiment un genre qui leur est propre.
Lorsqu'il ne part pas à l'attaque des Carottes de Patagonie (un beau pavé de 500 pages), l' alter ego lagomorphe de l'auteur se débat dans les angoisses banales de la vie quotidenne : la vie, l'amour, la mort...


Dans un genre complètement différent, avec un humour distillé à chaque page, je dois avouer ma faiblesse pour l'innénarable De Cape et de Croc.
La série nous raconte, au milieu d'un dix-septième siècle de roman, les aventures épiques d'un loup ombrageux, hidalgo espagnol, que la fortune à mis en compagnie d'un renard français jusqu'à l'os, une version vulpine de Cyrano de Bergerac, toujours prêt à se battre pour un vers ou une oeillade. Comme le loup Don Lope, lui, voit des affronts partout, vous vous imaginez bien que leurs épées ne connaissent que peu de repos!
Les jeux de mots vous attendent à chaque détour de case, les blagues idiotes mais hilarantes alternant avec ls références les plus subtiles. Il n'est pas juqu'au nom des personnages qui ne renferne un clin d'oeil à qui sait voir...
Les personnages secondaires sont tout aussi savoureux : le père avare semble sortir tout droit de Molière, Hermine la fière tsigane fait tourner notre andalou en bourrique et Eusèbe, le lapinou envoyé aux galères, vaut son pesant d'or...


Enfin, abordons deux titres qui ont beaucoup en commun : leur caractère animalier, leur sujet (la deuxième guerre mondiale), ainsi que leur succès. Ils n'en constituent pas moins de oeuvres extrêmement différentes par leur style graphique, leur traitement et leur perspective.

La Bête est morte! (1) est une bédé française, parue à la Libération, chez feues les regrettées éditions Futuropolis, scénarisée par Dancette et Zimmermann.
Elle illustre, sous le dessin inimitable de Calvo (célèbre pour son Moustache et Trottinette (2)), la guerre sans merci que livrent les Allemands (Loups), aux Lapins (Français), Dogs (Brittaniques)...
Cette métaphore, qui est gardée du début à la fin, donne à l'ensemble la force d'une fable, et parfois la pertinence percutante du dessin de presse. Et si le politiquement correct rétrospectif n'est bien sûr pas de mise, un peu de distance historique est à recommander.
Soixante ans après certains passages n'ont plus l'évidence de l'immédiate après-guerre, mais il vaut vraiment la peine d'être lu, quitte à garder sous la main un encyclopédie historique ou un papa prêt à élucider les passages obscurs (si vous voulez, je vous prête le mien, il sera ra-vi! Comment croyez-vous que je connais l'existence de cette bédé, hein? ).


Maus
, de Art Spiegelman, est ce qu'on appelle maintenant un graphic novel (
roman graphique). Cette bédé, qui date des années quatre-vingt, raconte la Shoah, vue par l'un des survivants.
Maintenant agé, le héros entreprend de transmettre son histoire à son fils (l'auteur).
Les juifs y sont représentés par des souris (d'où le titre, qui signifie souris en allemand), les Allemands par les chats, les Américains par des chiens, les Polonais par des cochons...
Pour la petite histoire, ce fut la première bédé à recevoir le prix Pulitzer, ce qui n'est pas rien, et donne une idée de la pertinence de l'oeuvre.
Hantant (3).

Voilà un petit topo qui ne fait bien sûr que survoler mes goûts en la matière. Pour en savoir un peu plus, n'hésitez pas à assiéger le rayon bédés de la bibliothèque la plus proche, et à profiter des ressources en ligne, comme l'Exposition virtuelle sur la bédé de la BNF, qui parle entre autre des animaux.



(1)
Mais si "la bête est morte", rappellons que "le ventre est encore fécond d'où est sorti la bête immonde" (B. Brecht).

(2) Les fans de Calvo apprécieront sans doute, toujours dans la catégorie "anthropomorphique" et "histoires de guerre", les Aventures de Rosalie, charmante automobile qui voit sa vie bouversée par la bataille des taxis de la Marne, au début de la guerre de 14-18.
Où il apparaît que les clés à molette sont très joueuses, et ont les fesses roses.
Encore aux éditions Futuropolis, réédité en 1996 par Gallimard.

(3) Hé merde, encore un anglicisme (calque de haunting). Ce n'est pas français et je ne vois aucune façon de le dire autrement. Toute aide est la bien venue...
[Edit]: Kelek propose : obsédant. Très bien, tout à fait ça. Merci beaucoup!

- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 24 mai 2005 2 24 /05 /2005 00:00
Traducteur, traître.
Quand j'ai compris, vers quatorze ans (j'avais un prof d'anglais bizarre), que le proverbe italien était fondamentalement juste, ça m'a déprimé pendant un petit moment : je me demandais si cela valait vraiment la peine d'apprendre une langue étrangère (alors que c'est pour cela qu'il faut le faire!)...
Rassurez vous, j'en suis remise depuis, mais il m'en reste une admiration sans borne pour les bons traducteurs, et une certaine férocité pour les mauvais (1).
C'est sans doute pour quoi j'apprécie tant l'excellent weblog de Céline Graciet, qui traite de traduction et d'interprétariat, ou les notes de traduction dans les ouvrages sérieux.

J'ai découvert voilà quelques années maintenant que la traduction se composait en fait en plusieurs disciplines qui n'aboutissent pas du tout au même résultat...
Il y a, bien sûr, la traduction technique : celle qui vous explique qu'il faut insérer la vis dans le trou en haut à gauche du panneau rectangulaire.(2) C'est aussi celle des pages ouèbe commerciales, des contrats, des dépêches AFP : cette traduction ne se préoccupe que du sens.

Puis, par ordre de complexité, vient la traduction de textes littéraires. Si vous êtes un étudiant en traductologie, vous effectuerez une traduction scientifique, c'est à dire bourrée de notes de bas de pages et d'explications sur l'intraduisibilité de tel jeu de mot, les références culturelles et sociales de l'oeuvre ou les termes monétaires médiévaux en Bas Letton. Ce sera très intéressant, mais il ne faudra pas vous attendre à ce que cela se vende comme du Harry Potter.

Si au contraire, vous êtes employé par un éditeur pour traduire, justement, Harry Potter en anglais, vous ne pouvez pas vous retrancher derrière votre intégrité de traducteur en disant que "Hogwarts" est un nom qui porte trop de sens dans sa sonorité pour pouvoir être traduit en français. Vous le traduisez donc, pour le plus grands bonheur des jeunes lecteurs, "Poudlard" :
c'est la traduction littéraire . Cela vous vaut la haine ferme et inextinguible d'un certain nombre de moins jeunes lecteurs, moi la première ; mais ce sont les risques du métier...
C'est ainsi qu'en cherchant à retransmettre non seulement le sens mais aussi le style d'un texte, le traducteur se voit obligé d'inventer, de laisser parler son imagination, de faire des concessions : donner un nom bizarre à un personnage, pour pouvoir traduire un jeu de mot, ou abandonner le jeu de mot? Choix difficile mais nécessaire. Et le choix des mots, des formules et des tournures permet d'imprimer sa patte à l'oeuvre.
Par exemple, Patrick Couton, l'immensément admirable traducteur de Terry Pratchett en français (3), a marqué à leur insu une génération de lecteurs de science-fiction, puisqu'en plus des chroniques du Disque-Monde, il a aussi traduit en français les Chroniques d'Alvin le Faiseur d'Orson Scott Card, ou encore plusieurs romans de Michaël Moorcock. Sans le savoir, presque tout le monde a lu du Couton.

Mais lorsqu'il s'agit de poésie, la traduction quitte le domaine de la compétence pointue pour entrer dans le royaume de l'impossible...
Il ne s'agit plus seulement de rendre dans une autre langue le sens, le style, et les références, mais aussi le rythme, la scansion, la rime et surtout.. la poésie.

Un bon exemple de ce dilemne est celui du célèbre poème If de Rudyard Kipling.
Si vous voulez une traduction fidèle, lisez celle de Jules Castier, mais vous ne reconnaîtrez pas le poème. Car tout le monde connaît une autre version, celle qui commence par :
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie,
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir...

C'est la traduction d'André Maurois. Bien que moins fidèle, elle a une force lyrique qui fait qu'elle restera, pour tout les non-anglophones, la "vraie" version du poème Si...

Bon vous vous demandez sans doute pourquoi je raconte tout ça. La réponse en est : parce que je suis une incorrigible bavarde.

Ah, vous vouliez la cause proximale?
Eh bien parce que je voulais vous parler des différentes traductions d'un poème anglais sur lequel je ne cesse de tomber, mais j'ai voulu commencer par des généralités sur la traduction, et voilà où j'en suis!

Il va donc falloir attendre un peu, pour que je vienne compléter mon "Babel Web"( oui, je sais, c'est faible...).


(1) Ça a l'air brutal, dit comme ça, mais pour qu'un lecteur lambda se rende compte d'un problème, il faut y aller fort...
Dans mon cas, vu que je ne connaîs guère que l'anglais, ils y vont en général à grands coups de faux-amis de (aéroplane pour avion, désappointé pour déçu, blouse pour chemisier, paranoïde pour paranoïaque, etc.), et de calque maladroit.
Et puis il y a l'autre catégorie de "mauvais traducteurs", celles des traducteurs du dix-neuvième qui se croyaient autorisés à réécrire intégralement l'oeuvre. Groumpf.
Mais, heureusement, il y a les bons, qui se reconnaissent au fait qu'on les oublie complètement. C'est ingrat comme métier, quand on y pense, une oeuvre de l'ombre, un peu comme monteur au cinéma.

(2) Sauf lorsqu'elle a été effectuée par un tadjik germanophone à partir de la version coréenne, auquel cas elle vous informera de glisser le pointu à la point de le plaque derrière, et il ne vous restera plus qu'à vous reporter à la version anglaise....

(3) Il existe en enfer un département spécial où les traducteurs les plus scandaleux sont condamnés à traduire du Pratchett jusqu'à ce que le résultat soit absolument parfait. Je les plains.

Par Abie - Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 25 mai 2005 3 25 /05 /2005 00:00
Il y a peu, j'ai comblé une de mes grosses lacunes (1) littéraires en me gavant de Neil Gaiman, et je ne l'ai pas regretté. Ce monsieur est un conteur-né, et sait jouer les funambules dans des genres où le risque est grand de tomber dans les poncifs et les clichés littéraires.
J'ai beaucoup apprécié le recueil de nouvelles intitulé Miroirs et fumées, mais ce n'est pas ce dont je veux vous parler aujourd'hui.
Stardust est un roman de fantasy qui mérite d'être lu, ne serait-ce que pour pouvoir le comparer à Neverwhere, du même auteur. Il a la légèreté des contes de fées pluricentenaires, et on se prend à regretter qu'il soit si court.
Un exemple?

I gain my freedom on the day the moon loses her daughter,
if that occurs in a week when two Mondays come together.
I await it with patience.
Je reprendrai ma liberté le jour où la lune perdra sa fille, si cela arrive une semaine des deux lundis. J'attends ce jour avec patience.

Ce qui permet de passer toute la lecture à se tordre l'esprit pour inventer une semaine avec deux lundis...

Or l'exergue de ce livre est un poème que j'avais déjà lu auparavant, par le plus grand des hasards, dans le roman pour enfants Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones (qui a été adapté en dessin animé par Miyazaki avec Le Château ambulant). Il apparaissait comme un poème étudié en cours d'anglais qui se retrouvait par hasard dans le monde d'un magicien. L'apprenti du magicien essayait désespérément de comprendre à quelle recette le poème pouvait bien correspondre, avec ses histoires de sirènes et d'étoiles filantes...
Sur le moment je n'ai pas réagi, et c'est en relisant au début de Stardust que j'ai compris qu'il s'agissait d'un vrai poème ancien anglais...

Il a été écrit par John Donne, un poète anglais du tournant du seizième siècle, et est :

so old that that it belonged to an age when there were far more 'e's around.
si vieux qu'il vient d'un âge où il y avait beaucoup plus de "e". (2)

Je vous mets donc la version originale, et celle avec une orthographe anglaise moderne (25 "e" en moins, quand même), parce que la modernisation est déjà souvent une sorte de traduction (3).
Il est sobrement intitulé Song (Chanson).

Goe, and catche a falling starre
,
Get with child a mandrake roote,
Tell me, where all past years are,
Or who cleft the Divels foot,
Teach me to heare Mermaides singing,
Or to keep off envies stinging,
And finde
What winde
Serves to advance an honest minde.

If thou beest borne to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand daies and nights,
Till age snow white haires on thee,
Thou, when thou retorn'st,wilt tell mee
All strange wonders that befell thee,
And sweare
No where
Lives a woman true, and faire.

If thou findst one, let mee know,
Such a Pilgrinage were sweet;
Yet doe not, I would not goe,
Though at next doore wee might meet,
Though shee were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet shee
Will bee

False, ere I come, to two, or three.
Go and catch a falling star,
Get with child a mandrake root,
Tell me where all past years are,
Or who cleft the devil's foot,
Teach me to hear mermaids singing,
Or to keep off envy's stinging,
And find
What wind
Serves to advance an honest mind.

If thou be'st born to strange sights,
Things invisible to see,
Ride ten thousand days and nights,
Till age snow white hairs on thee,
Thou, when thou return'st, wilt tell me,
All strange wonders that befell thee,
And swear,
No where
Lives a woman true and fair.

If thou find'st one, let me know,
Such a pilgrimage were sweet;
Yet do not, I would not go,
Though at next door we might meet,
Though she were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet she
Will be

False, ere I come, to two, or three.

J'ai trouvé deux traductions françaises de ce poème, avec chacune leurs particularités propres :

Va et attrappe au vol une étoile filante,
Fait qu'une mandragore enfante
Dis-moi où s'en sont allées les années,
Qui, du Diable, a fendu le pied,
Apprends-moi, des Sirènes, à ouïr le murmure,
Ou comment, de l'envie, ignorer la morsure,
Et trouve
Quel vent
Pousse un coeur honnête en avant.

Fusses-tu né pour voir l'irréel
Les choses invisibles au commun des mortels
Eusses-tu voyagé dix-mille jours et nuits
Et des que revenu, m'eusses-tu conté, l'ami,
Tout ce qu'euses vécu d'étranges aventures,
Nulle part, en nulle contrée
Tu l'eusses pu jurer
Ne vis femme fidèle et de toute beauté.

En trouverais-tu, une sitôt me l'écrirais,
Semblable pélerinage si doux me serait,
Et pourtant non, au final, point n'irait.
Quoiqu'au seuil voisin nous pourrions renconter
Quelque fidèle qu'elle fut, quand croisa ton chemin
Il n'en demeure pas moins
Qu'avant mon arrivée
À deux ou trois déjà elle se sera donnée.

Traduction de Jean Fuzier et Yves Denis,
extrait de Poèmes de John Donne, Éditions Gallimard.

Va attraper une étoile filante,
Fais qu'une racine de mandragore enfante,
Dis-moi où sont les jours d'antan passés,
Ou qui fit fourcher des Diables les piés,
Enseigne-moi à ouïr chanter Sirènes,
Me prémunir des piqûres de la haine,
Et m'apprends
Quel vent
Sert à pousser esprit honnête en avant.

Si tu es né pour des paysages impossibles,
Voir des choses invisibles,
Chevauche mil et une nuit, chevauche le Temps,
Jusqu'à ce que l'âge sur toi neige des cheveux blancs,
Toi, tu me diras, quand tu seras rentré,
Toutes les merveilles étranges qu'auras rencontrées,
Et jureras que nulle part
Ne vit la chose rare
D'une femme honnête, et belle aussi.

Si tu en trouves une, préviens moi; je gage
Que serait doux tel pèlerinage;
Et puis non, je n'irais point,
Même si par aventure, nous pussions nous voir non loin,
Bien que, lorsque tu l'as vue, elle parut sincère être
Au moins jusqu'au moment ou tu écrivis ta lettre
Déjà elle, je crois,
Sera
Infidèle, le temps que je vienne, à deux ou trois.

Traduction de Gilles de Seze, trouvée ici.


Dans la première traduction, les traducteurs ont privilégié le style et la rime au mot à mot, et se sont donné du mal pour dégager une idée d'archaisme et d'excentricité (subjonctif, constructions...), aux dépens de la légèreté.
Dans la deuxième traduction, l'archaïsme est plus discret (piés, mil..), et la lettre du texte est plus respectée, mais le rythme est brisé avec des vers longs (jusqu'à treize pieds, contre sept ou huit dans l'original).

Comme vous le voyez, pour remarquables qu'elles soient, aucune de ces deux traductions ne me satisfait tout à fait.
Alors, au lieu de dire du mal de gens tout à fait compétents, et qui ont fait du bon travail, je me suis mise au défi de faire ma propre traduction.

J'ai sué, j'ai compté des pieds sur mes doigts (ce qui est toujours bizarre), j'ai grincé des dents à la laideur de mes rimes en -é, -er -és, j'ai offert mon royaume pour un dictionnaire de rimes....
Voici donc le résultat :
(--ta-daam!--)

Chanson

Va, attrape un météore,

Féconde une mandragore,
Trouve-moi les années passées,
Qui fendit du Diable le pied.
Apprends-moi le chant des Sirènes,
Les protections contre la haine
Et le vent
Pouvant
Pousser un coeur honnête en avant.

Si tu es né pour les spectacles étranges,
Pour voir ce que nul ne vit,
Chevauche dix mille jours et nuits
Jusqu'à ce que l'âge enneige ta frange.
À ton retour, me feras le récit
De ces merveilles inouïes
Et jureras
Qu'il n'est pas
De femme belle et sincère à la fois

Dis moi si la trouves, au loin,
Le voyage doux me semblera
Mais non, tais-toi : je n'irais point
Serait-elle en face de chez moi.
Bien que sincère quand tu la vis,
Encore quand tu me l'écrivis,
Malgré cela,

Elle en aura
Avant mon arrivée trompé deux ou trois.

Comme vous le voyez, je reprend un certain nombre de choses des versions précédentes ; j'ai réduit l'archaïsme à la portion congrue, et j'ai sabré dans les sructures de phrases pour sauvegarder le rythme autant qu'il était possible.
Ce sont des choix discutables, et il y a sans doute mieux à faire pour remplir les but fixés, mais, vous savez quoi?...

...je suis contente de moi.


Disclaimer : Certains vont dire que ce poème est misogyne. Libre à eux.
C'est un poème d'amour, même s'il n'en a pas l'air, et que celui qui n'a jamais fait semblant de penser Toutes des salopes, sauf Maman!, ou Tous des rats! Ma mère m'avait bien dit..., jette la première pierre...


Dernière minute : Une recherche sur le web et divers catalogues de bibliothèques vient de m'apprendre que je ne suis pas la seule à m'intéresser à la question.
En effet, un éminent professeur du nom d'Antoine Bernan s'est penché dessus et en a tiré un livre intitulé Pour une critique des traductions : John Donne.
Mince alors, si on ne peut même pas élucubrer tranquille...


(1) Comme dirait mon père, c'est long comme lacune.
(2)
Citation traduite avec les pieds des Wee Free Men de Terry Pratchett.
(3) Un bon mot veut que les anglais envient les autre nations, parce que les étrangers, eux, peuvent lire Shakespeare traduit...
Mais si l'on obligeait les élèves de lycée à étudier Rabelais dans le texte d'origine, je vous assure qu'ils penseraient exactement la même chose!
Vous en doutez? Allez donc lire un peu ici Pantagruel dans le texte...

- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 22 août 2005 1 22 /08 /2005 00:00
Ai-je déjà mentionné que les Anglais sont dotés d'un petit grain de folie qui n'appartient qu'à eux? Oui, je sais, je radote, mais que voulez-vous, c'est l'âge...
Imaginez-vous que j'étais en territoire britannique lors de l'événement apocalyptique que fut la sortie mondiale du sixième tome des aventures du jeune sorcier binoclard, j'ai nommé Harry Potter and the Half-Blood Prince.

Évidemment, ce fut une mémorable ruée, chaque chaîne de librairies annoncant des chiffres plus hallucinants les uns que les autres; il semblerait qu'il ait été écoulé en un jour plus d'exemplaires que de Da Vinci Code en... un an!
On peut donc hasarder que ce n'est pas de si tôt que Sa Gracieuse Majesté récupérera son titre de femme la plus riche du royaume, devancée qu'elle est par J.K. Rowling.

Une brève lue dans le journal m'avait alors beaucoup fait rire: un inconnu avait installé au-dessus d'une route une banderole dévoilant la fin du bouquin aux "unsuspecting motorists" qui passaient par là. La mairie, alertée, a bien sûr immédiatement envoyé une équipe pour remédier à ce drame de lèse-suspense...
Le plus amusant était de voir la façon dont le journaliste prenait des pincettes pour tourner autour du pot : "L'affiche portait l'inscription du nom d'un personnage, suivi du mot dies."

Pourquoi je vous raconte tout ça?
Parce que le site T-shirt Hell (where all the bad shirts go), célèbre pour ses t-shirts d'un goût contestable (par exemple ici) mais souvent hilarants (mon préféré), a récupéré le concept de ce terroriste littéraire, en proposant des ticheurtes portant la mention :

XXX dies page 556 :
I just saved you 4 hours and £8 (1)

C'est le tee-shirt parfait pour exercer la manie effroyable de se faire toujours, partout des ennemis (2)... Mais ne cliquez pas par là sans être sûr de vouloir connaître la fin!
 
 Ceci dit, pour justifier le classement de cette note dans la catégorie Lis tes ratures, je me sens dans l'obligation de mentionner que j'ai fini par lire ledit sixième tome il y a peu, avec une certaine satisfaction.
Ce n'est peut-être pas le meilleur de la série, mais j'aime beaucoup le développement du personnage de Dumbledore, qui est le seul de la série à pouvoir dire sans sourire des choses comme :
And now, let us step out into the night and pursue that flighty temptress, adventure.

Par ailleurs je me permet de porter à l'attention de mes lecteurs anglophones l'existence d'excellentes fanfictions inspirées de la série. Je pense en particulier aux tomes écrits par un certain Barb, qui, trouvant le temps long entre le tome 4 et 5, décida de rédiger lui-même un cinquième épisode alternatif  de 500 bonnes pages, vite suivi d'un 6ème, d'un 7ème, et même d'une "prequel" présentant l'adolescence de Bill Weasley (3).
Bien entendu introuvable dans le commerce, ces romans sont disponibles par le site Schnoogle, et méritent une attention certaine : s'adressant à un public averti, la fanfic a bien moins d'inhibitions que l'original, tant en terme de sexualité que de tentatives d'introspection.
Alors, ne jouez pas les intégristes comme un ayatollah de ma connaissance, et donnez sa chance à cet itinéraire bis!



(1) La version US indique, elle, la page 596 et un prix de $30.
(2) Cyrano de Bergerac, acte 2 scène VIII.
(3) Respectivement :
Harry Potter and the Psychic Serpent,
Harry Potter and the Time of Good Intentions,
Harry Potter and the Triangle Prophecy
et The Lost Generation.
 
- Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 14 septembre 2005 3 14 /09 /2005 00:00
orgie littéraireLu dans le Charlie Hebdo de la semaine dernière (n°690), dans un article de Cavanna qui vilipende la soi-disant rentrée littéraire :

Il me faut de le lecture, beaucoup de lecture, et de la bonne, et de n'importe quelle époque.

Je souscris avec énergie. (Traduction en forumeux : +1)

Pour rester dans la littérature, j'ai appris l'autre jour une triste nouvelle en passant aux Gobelins : un de mes dealers favoris dont je vous ai déjà parlé, et à qui je dois d'avoir gardé un semblant de santé mentale pendant deux éprouvantes années scolaires, est en liquidation totale avant fermeture.
J'en suis bien marrie.

Passez voir si vous avez le temps, il y a sans doute de bonnes affaires à dénicher à :
En Marge
10 bis avenue des Gobelins
Paris 13ème

Enfin, une nouvelle qui viens de m'arriver dans l'oreillette : le prochain biopic* hollywoodien portera sur la vie d'Edgar Allan Poe.
Et sera tourné par Sylvester Stallone. (C'est Imdb qui le dit)

Oui, moi aussi, ça m'a fait bizarre, mais après tout, s'il dit être fasciné depuis toujours par l'auteur, pourquoi pas?
Et je vous rassure tout de suite, en citant le Guardian (ici et) :

Unfortunately for posterity, Stallone will not play Poe.
Malheureusement pour la postérité, Stallone ne jouera pas le rôle de Poe.

C'est déjà ça de pris.


* : Biopic = biographic picture = film biographique.


PS : Pas grand'chose à voir avec la choucroute, mais si vous avez une image de la campagne de publicité faite il ya quelques années par Chapitre.com, sur le thème "Faites des orgies de livres", dites-le moi et vous gagnerez ma reconnaissance éternelle plus un carambar...
Par Abie - Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 10 octobre 2005 1 10 /10 /2005 00:00
J'ignore si vous vous intéressez à la littérature fantastique, d'horreur, ou de fantasy. Pour ma part, c'est un genre auquelle je suis prête à beaucoup pardonner, jusqu'à la faiblesse du style et l'inanité du scénario, pour peu que l'opération de création d'un monde par pure force d'imagination fonctionne.
Il faut dire que j'ai la suspension d'incrédulité facile, mais cela ne veut pas dire que je néglige la qualité en la matière... Quand l'inventivité rejoint le style littéraire, on ne peut que se rendre :  j'ai donc un gros faible pour Lord Dunsany, Lovecraft et les autres.

c.a. smithEh ben justement, en voici, un autre, dont j'ignorerais encore tout si une bonne âme n'avait pas pris sur elle de me sortir de mon ignorance crasse, c'est Clark Ashton Smith.
Il était grand pote avec Lovecraft, et les auteurs qui ont plus ou moins inventé tout un genre du fantastique, mais à la différence de ceux-ci, il a vécu fort vieux, au lieu de se suicider ou de bêtement sombrer dans la folie...

Il a donc tranquillement continué de produire jusque dans les années cinquante, et s'est donc trouvé le défenseur tout désigné de la déferlante fantastique / science-fiction dédaignés en choeur les critiques "classiques" mais acclamée par le public, depuis les grands classiques jusqu'aux pulp magazines dans le plus pur style Mars Attacks.

En exergue d'un recueil de ses oeuvres, j'ai donc lu ceci :

On Fantasy

We have been told that literature dealing with the imaginative and fantastic is out of favour among the Intellectuals, whoever they are. Only the Real, whatever that is or may be, is admissible for treatment; and writers must confine themselves to themes well within the range of statisticians, lightning calculators, Freud and Kraft-Ebbing, the Hearst and McFadden publications, NRA, and mail-order catalogues. Chimeras are no longer the mode, the infinite has been abolished; mystery is obsolete, and sphinx and medusa are toys for children. The weird and the unearthly are outlawed, and all mundane impossibilities (which, it may be, are the commonplaces of the Pleiads) have been banished to some limbo of literalistic derision. One may write of horses and hippopotomi but not of hippogriffs; of biographers, but not of ghouls; of slum-harlots or the hetairae of Nob Hill but not of succubi. (read more)

Ce qui se traduit à peu près par :

Sur la Fantasy

On nous a dit que la littérature traitant de l'imagination et du fantastique est tombée en disgrâce parmi les Intellectuels, qui que cela puisse être. Seul le Réel, quoi qu'il soit ou puisse être, constitue un sujet acceptable; et les écrivains doivent bien se confiner au domaine des statisticiens, des super-ordinateurs, de Freud et Kraft-Ebbing, des publications Hearst et McFadden, de la NRA, et des catalogues de vente par correspondance.
Les chimères ne sont plus en vogue, l'infini a été aboli; le mystère est obsolète et le Sphynx et la Méduse sont des jouets pour enfants. L'étrange et l'irréel sont réprouvés, et toutes les impossibilités triviales (qui sont, possiblement, très courants chez les Pléiades) ont été exilés dans les limbes de la dérision littéraire.

L'on peut écrire au sujet de chevaux et d'hippopotames, mais non d'hippogriffes; de biographes, mais non de goules; de ribaudes des bas-fonds ou des hétaires de Nob Hill, mais non de succubes.


L'excellent site The Eldritch Dark lui est entièrement consacré.



Notes :
* Kraft-Ebbing : psychiatre  allemand contemporain de Freud.
* Hearts et Mc Fadden : deux maisons d'éditions spécialisées dans les histoires de détectives (bas de gamme d'après ce que j'ai compris).
* NRA = National Rifle Association : Association qui défend le droits des américains à porter des armes, souvent par un lobby politique très efficace mais extrême. Les Associations de chasseurs puissance dix.
Pour vous donnez une idée, jetez un oeil à Bowling for Colombine.

Par Abie - Publié dans : Lis tes ratures!
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés