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Mercredi 12 octobre 2005
aspicD'après Lucain (1er siècle sprès J.C.), tous ls serpents viennent de Lybie, car lorsque Persée eu vaincu la Méduse, il en rappora la tête en Grèce par la voie des airs. Pallas lui recommanda d'éviter de survoler les terres fertiles et habitées : il leur préféra donc le désert de Lybie, qui reçut goutte à goutte le sang de la Méduse.

La suite est un festival de mots oubliés  :

Le premier monstre qui leva la tête de cette poudre empoisonnée, ce fut l'aspic somnifère, au cou gonflé. Un sang plus abondant, une goutte de poison plus épaisse tomba sur lui. Nul serpent n'en reçut davantage. Avide de chaleur, il ne va pas de lui-même dans les régions froides, et parcourt jusqu'au Nil les sables du désert. Mais quand rougirons-nous d'un honteux commerce ! Nous allons chercher ces reptiles de Libye pour nos morts raffinées ; l'aspic est un objet de commerce !
L'hemorrhoïs, autre serpent qui ne laisse pas aux malheureux une goutte de leur sang, déroule ses anneaux écailleux. Puis, c'est le chersydre destiné aux plaines des Syrtes perfides, et le chélydre qui laisse une trace fumante, et le cenchris qui glisse toujours tout droit et dont le ventre est tacheté comme l'ophite thébain, l'hammodyie, dont la couleur ressemble, à  s'y méprendre, à  celle du sable, et le céraste vagabond et tortueux, et le scytale, qui seul, durant les frimas épars, s'apprête à  jeter sa dépouille, et la brêlante dipsade, et le terrible amphisbène aux deux têtes, et le natrix, fléau des ondes, et le jaculus ailé, et le paréos dont la queue marque sa route, et l'avide prester, qui ouvre sa gueule écumante et béante, et le seps venimeux, qui dissout les chairs et les os, et celui dont le sifflement fait trembler toutes ces bêtes terribles, celui qui tue avant de mordre, le basilic, terreur des autres serpents, roi des déserts poudreux.

Lucain, La Pharsale, livre IX

 Lucain en dit encore :

Mais le plus terrible des reptiles qui habitent ces déserts, c'est la dipsade, serpent de moyenne grandeur et semblable à la vipère. Sa morsure est violente ; le poison qu'elle distille est épais, et il cause à l'instant même des douleurs que rien ne saurait apaiser. Il brûle, il putréfie, il allume dans tout le corps une ardeur dévorante ; on crie, comme si l'on était étendu sur un bûcher. Mais la souffrance la plus cruelle, la plus poignante, c'est le mal qui a fait donner le nom au reptile, je veux dire une soif excessive. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que plus les malheureux boivent, plus ils sont altérés ; leur désir ne fait que s'accroître davantage. Rien ne peut étancher leur soif, leur donnât-on à boire le Nil ou l’Ister tout entier ; on irriterait encore plus le mal qui les dévore ; ce serait éteindre du feu avec de l'huile. (Lucain Livre LXIV)

Sur le même sujet, Solinus était, trois siècles auparavant, bien plus précis (quoique parfois également fantaisiste) :

L'Afrique est tellement pleine de serpents, qu'on lui accorde à juste titre la palme de cette malfaisante production.
Les cérastes portent de petites cornes, au nombre de quatre, par le mouvement desquelles ils attirent les oiseaux, comme par un appât, et les font périr : à cet effet, ils ont l'instinct de se couvrir de sable le reste du corps, et ne laissent paraître que la partie qui, en présentant une nourriture illusoire, appelle les oiseaux à leur perte. L'amphisbène a deux têtes, dont l'une est à sa place naturelle et l'autre à la queue, ce qui fait que son corps suit ses deux têtes en décrivant un cercle.
Le serpent dit jaculus se tient sur les arbres, d'où il s'élance avec une force prodigieuse pour frapper tout ce qui se présente.
La scytale a des couleurs si variées qu'elle arrête par sa beauté ceux qui la voient, et, comme elle rampe lentement, elle met à profit l'admiration qu'elle fait naître pour arriver à ceux qu'elle n'atteindrait pas autrement. Toutefois, c'est elle qui la première, au, milieu de tout cet éclat, dépose sa dépouille d'hiver.
Il y a de nombreuses et diverses espèces d'aspics, dont chacune nuit à sa manière : la dipsade tue par la soif ; l'hypnale par le sommeil : on se procure ce reptile pour se donner la mort, comme le fit Cléopâtre. Le poison des autres espèces, que l'on peut neutraliser, leur donne moins d'importance. L'hémorrhoïs fait, par sa morsure, jaillir le sang, et, par l'interruption des canaux qui le renferment, la vie s'échappe en même temps que ce fluide. La piqûre du prester produit un gonflement, une obésité dont on meurt. Celle du seps produit la putréfaction. Il y a encore l'hammodyte, le cenchris, l'éléphantie, le chersydre, le chamédracon ; et ici autant de noms, autant d'espèces de morts.

amphisbène (vrai!)amphisbène
L'amphisbène, (deux-chemins en grec) est censé avoir deux têtes, et une vigilance sans faille, car elle dorment à tour de rôle.
Le nom recouvre maintenant tout un phylum de reptiles helminthoïdes (qui ressemblent à des vers). Lesquels sont appelés "doble andadoras" en espagnol et "two-headed snakes" en anglais... Les traditions ont la vie dure!

L'ophite était le serpent adoré à Thèbes en Béotie.
Le
raste (de ceros, la corne) c'est la vipère cornue. L'utilisation de ses cornes comme appat n'est plus soutenue aujourd'hui.
La dipsade doit son nom à la soif causée par sa morsure.

Le natrix est le nom latin de la couleuvre, et signifie "Nageur". (Couleuvre à collier = Natrix natrix dans la classification)
Le jaculus, c'est le boa-javelot, qui se laisse tomber des arbres sur ses proies.
La scytale est aussi le nom d'une technique cryptographique antique.

Quant à l'éléphantie, je soupçonne que c'est une description précoce de l'éléphantiasis, maladie due à des vers filiformes, mais je n'ai rien pour étayer cette hypothèse.

par Abie publié dans : Guillemets
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Commentaires

Incroyable la prolifération de la gente reptilienne (Méduse était fort fournie côté capillarité on dirait lol)
Très instructif! Merci pour ces termes auquels je trouve un certains charme désuet.
Bonne journée.
commentaire n° : 1 posté par : sieglind (site web) le: 12/10/2005 11:29:53

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