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22 septembre 2005 4 22 /09 /septembre /2005 00:00
Rondoudjou!
je viens de réaliser que je suis en train de prendre un énorme retard sur mes comptes-rendus de lecture : je n'ai parlé que de quatre des livres lus cet été, et même si la rentée est venue mettre un sérieux frein à mes pulsions de lecture, je risque d'abandonner une fois de plus  mes notes de lecture si je laisse trop d'écart se creuser.

Cet été, j'ai beaucoup bouquiné, en particulier une fournée de livres d'origine maternelle, que j'ai donc lus pour le principe, étant donné que le prétexte relève plus du "tiens ça t'intéressera peut-être, -moi-j'ai-la-flemme", que du "ma-fille-voilà-le-meilleur-livre-du-monde-lis-le".
Partant sans a priori, j'ai donc eu droit à quelques découvertes.

L'étudiant étranger, de Philippe Labro

atudiant etranger J'ai donc lu ce livre de Philippe Labro sans trop savoir à quoi m'attendre.
Pour commencer, le nom de l'auteur faisait partie de ceux que j'identifie comme connus mais dont je ne sais strictement rien. Effectivement, et comme souvent, il s'agit d'un journaliste/auteur, dont on ne peut échapper au patronyme, sans jamais en apprendre plus sur eux.
Ceci dit, je médis sans doute : il a l'air d'avoir été vraiment journaliste, puis écrivain, et même cinéaste, pour finir à la tête d'une chaine de télévision TNT.

Le roman est très fortement autobiographique et raconte à la première personne l'année d'étude d'un jeune Français boursier dans une université du Sud des États-Unis, dans les années cinquante.

Je dois admettre qu'au bout de quelques chapitres, j'ai envisagé d'arrêter la lecture; en effet, la narration à la première personne est un style difficile s'il en est, et le style me paraissait emprunté et laborieux. Mais bon, après tout je n'avais rien d'autre à lire, et j'étais curieuse de voir ce qui avait mérité au roman son Prix Interallié.

J'ai donc persévéré, et je ne l'ai pas regretté.
Soit que le style se soit insensiblement amélioré, soit que la description de la vie sociale du campus ait réussi à masquer complètement ses défauts, j'ai terminé la suite du bouquin en un clin d'oeil, et j'en suis ressortie horrifiée.
Horrifiée par l'idée d'un campus si snob que point n'est besoin d'un uniforme pour que tous s'habillent exactement pareil (1), où un étudiant peut être convoqué devant une commision de camarades parce que - tenez-vous bien-, bien qu'il dise bonjour à tous ceux qu'il croise, il ne sourit pas toujours en le disant...
Et, est-il besoin de le préciser considérant le lieu et la date, un racisme tellement appliqué qu'il n'y a à peu près aucun contact entre les communautés noire et blanches, sauf pour de rares rapports monnayés et dominateurs (pour faire court, ménage et prostitution).

C'est puant, oppressant, déprimant, insupportable rien qu'à lire, et on s'apprête donc à éprouver une certaine compassion envers le personnage. On en est empêché par sa réaction : il adore.
Il fait tout pour se couler dans le moule, pour remplir les critères, pour pouvoir lui aussi jouer son rôle dans cette danse rigide et mécanique qui tient lieu de relations sociales, le bal de prom' en étant l'apothéose.
Je viens de lire dans Wikipédia qu'il a rédigé une suite, basée sur un été à travailler comme bûcheron pour payer le reste de son séjour. J'ignore si je lirai cet Été dans l'Ouest : j'avoue être partagée entre la curiosité et la crainte quant à ce qu'il y voit, et surtout ce qu'il en pense.

Djamilia, de Tchinghiz Aïtmatov (2)

djamilia Voilà un livre atypique : traduit du kirghiz en russe, il a été découvert et traduit en français en 1959 par Aragon, qui l'a présenté comme rien moins que "la plus belle histoire d'amour du monde". (3)
Mazette, venant d'un auteur  célèbre pour l'extravagante intensité de son amour pour son Elsa, ça vous pose un livre. (4)

C'est une histoire courte, dans un style simple, qui présente au moins trois intérêts :
    D'abord, vous avez déjà lu des auteurs kirghizes? Bah pour moi aussi c'était une première, et ça ouvre un peu l'esprit.
Un peu comme Peaux de phoque, ça permet de réaliser que la production littéraire d'une langue ne se mesure pas à sa proximité géographique, ni à sa densité de population.

     Dans le même ordre d'idée, cela permet de découvrir un monde qui nous paraît étranger parce qu'il est rural, communautaire, et à peine sédentarisé, mais aussi parce qu'il doit autant à l'action de la russification communiste qu'au mode de vie traditionnel.
    Et puis pour une fois, l'histoire d'amour n'est pas racontée par l'un des tourtenaux ni par un narrateur omniscient, mais par le tout jeune beau-frère de l'espiègle Djamilia, qui du haut de ses treize ans lui voue un amour sans borne dont il n'est même pas conscient.  

C'est simple, presque naïf en épousant le point de vue du narrateur, et on y trouve un charme discret et presque obsédant. Et puis après, vous pourrez briller dans les salons en faisant une étude comparée des littérures tchouktche et kirgize...

La suite bientôt!


(1) Je sais bien que le conformisme social joue partout, mais il y a toujours 5 ou 10% d'exceptions plus ou moins marquées... Là, non.

(2) Ce malheureux Aitmatov n'a pas de page dans la Wikipédia française : le lien pointe donc vers l'article angloophone.
Pour les anglophones et/ou russophones, une petite nouvelle intitulée Le petit soldat est disponible en ligne.
Enfin, J'ai pris comme illustration la couverture de l'édition de Denoêl, mais celle de Folio Gallimard présente l'avantage de reprendre la préface de Louis Aragon, ce qui ne se refuse pas.

(3) Reprenant ainsi la formule de Rudyard Kipling, qui a intitulé une de ses nouvelles La plus belle histoire du monde (
The Finest Story in the World).

(4) Pour un exemple parmi tant d'autres, lire ici.

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Published by Abie - dans Lectures
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commentaires

Arteashow 23/09/2005 01:13

un grand merci pour ton commentaire sur mon blog;je reviendrai te rendre visite prochainement c'est le type même de blog qui m'intéresse.à bientot en attendant bonne nuit!L.
http://arteashow.over-blog.com/

walsong 22/09/2005 10:41

Merci de cet article critique sur les bouquins (le premier... rien qu'à savoir le contexte racial de l'époque, je vais avoir du mal alors que j'ai aimé certains bouquins traitant de ça. Je vais plutôt me rabattre sur l'autre... en plus je suis en pleine période "slave" on va dire lol Donc ça ira avec la bande son qui passe en ce moment chez moi!
Bonne journée.

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


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Ordo Ab Chao