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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 00:00
Comme je l'ai déjà raconté, je suis plutôt bon public et j'ai la larme facile au cinéma, mais aussi en lisant ou en écoutant de la musique.
Je me souviens, petite, avoir étonné des adultes par les larmes que me tiraient des chansons supposément plus tristes pour les vieux que pour les jeunes. (Au hasard, Les Passantes, Boulevard du temps qui passe, Pensée des morts, toutes chantées par Brassens*).

Une qui m'a toujours remplie d'une mélancolie indicible, sans doute à cause du côté clown triste que lui donnait l'interprétation par les Frères Jacques*, c'est Adélaïde. En voici les couplets :

Qu'ils soient d'ici où de n'importe quel parage
Moi j'aime bien les gens qui sont de quelque part
Et portent dans leur coeur une ville ou un village
Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir
Voilà pourquoi Jean de Bordeaux, François de Nantes
Voilà pourquoi Laurent le gars du Canigou
Pierre le Normand et toi Joël de la Charente
J'aime tant vous entendre parler de chez vous.

Chaque premier janvier on dit c'est la dernière
La dernière année que je passe en Australie
Et le premier janvier suivant nous voit refaire
Même serment qui sombre à son tour dans l'oubli
Ça serait pourtant le moment de revoir nos plages
Car les pays se ressemblent de plus en plus
Et dans dix ans nous trouverons dans nos villages
Des distributeurs de hot-dog au coin des rues!

Et dans vingt ans sans avoir revu nos falaises
Citoyens d'Australie conscients de leurs devoirs
A nos enfants nous apprendrons la langue française
Mais leur accent ne sera pas celui du terroir
Alors dis-moi de nos vingt ans François de Nantes
De nos vingt ans Laurent le gars du Canigou
Pierre le Normand et toi Joël de la Charente
Nos vingt ans d'aujourd'hui vous en souviendrez-vous?

Je sais, c'est kitsch au possible, mais, pour des raisons qui prendraient sans doute du temps à démêler au meilleur des réducteurs de tête, ça me prend à la gorge.
Et le paradoxe, c'est que de façon simultanée, j'adore aussi La ballade des gens qui sont nés quelque part, de Brassens :

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
 
Je trouve cette chanson jouissive et extrêmement lucide. Et pourtant, Adélaïde...

Je n'ai pas d'explication valable à mes contradictions, si ce n'est celle-ci : l'expat' décrit dans Adélaïde ne tombe justement pas dans la catégorie des cons qui sont nés quelque part. Il est parti de chez lui, et son amour de la terre natale s'étend à celle des autre, de la Normandie au Canigou. Il a le mal du pays (home sick, comme c'est si joliment dit en anglais), mais sans tomber dans le mépris et la haine de l'autre décrits par Brassens.
L'opposition ne serait alors que superficielle. Mais est-ce vraiment le cas ?
Et que penser d'une parisienne born and bred, fort peu patriote et peut-être même citoyenne du monde (on peut toujours rêver) qui a confusément le mal du pays de la campagne normande ?



* Hé oui, petite, j'écoutais surtout les disques de mes parents, plutôt que la radio ou des disques de djeunez. Aussi incroyable que ça puisse paraître à mon âge canonique, je n'ai jamais eu de lecteur de CD. Je me tâte quant à l'acquisition d'un lecteur MP3 : et si j'attendais tranquillement le passage à la technologie suivante?...

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commentaires

Tororoshiru 17/04/2007 12:20

C'est bien ce que je pensais, mon malheureux commentaire a sans doute été mangé par une des araignées du web...
Si vous le permettez j'en reposte l'essentiel:

Je ressens moi aussi une émotion exactement aussi intense à l'écoute des deux chansons: avec vous ça fait deux, et bon, deux cobayes, ce n'est pas encore assez pour faire une statistique, mais ça m'incite à croire que oui, l'opposition n'est que superficielle... la présence d'imbéciles heureux à Sète n'a pas dissuadé Brassens de supplier qu'on l'y enterre, plutôt qu'à Paris, à Rome ou à Zanzibar...

...et les jours où la dose d'émotion ne me suffit pas pour arriver au flash, je m'injecte Les Neiges de Finlande par Edith Piaf :) dans la foulée: là, ni homesick ni dénonciation du chauvinisme, le rêve d'ailleurs sert juste de métaphore à autre chose...

Tororoshiru 17/04/2007 12:11

"ceci est un test", que voilà un titre approprié: je viens de poster mon premier commentaire sur ce blog (bonjour, comment allez-vous?) et il m'a semblé que quelque chose avait dérapé au moment où je l'avais enregistré... je fais un nouveau test, alors...


Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao