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19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 12:00
-- Attention, ceci est une élucubration : c'est long et décousu, vous êtes prévenus... --

Je ne sais pas exactement quand la réclame de nos grands-parents est devenue publicité, mais si quelqu'un dans la salle à des notions d'histoire sociologique, c'est le genre de trucs que j'apprendrais avec intérêt.
Il serait également intéressant de déterminer si la part proprement incroyable qu'a pris la publicité dans la vie du péquin moyen au cours du vingtième siècle est une simple augmentation d'intensité, ou aussi un changement de la nature du phénomène.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le terme de "réclame" est plus franc : après tout, publicité n'est que le caractère de ce qui est public (la publicité de la cérémonie du mariage conditionne sa validité, par exemple.) On obtient la publicité de quelque chose en le publiant (par exemple : création d'une association au Journal officiel.
Donc finalement, une publicité c'est simplement rendre public le fait que la marque X propose à la vente le produit Z.  Tout de blabla autour , quand c'est trop c'est Tropico, just do it, etc, c'est de la réclame (au mieux...).

J'ai peu d'idées valables sur la question, mais je peux toujours essayer de les mettre en forme : dans une épicerie à l'ancienne (du genre celle de la méchante dans La petite maison dans la prairie) vous demandez une certaine quantité de produit, que l'on vous sert dans un petit  papier.
Pas d'emballage, pas de marque.
Si publlicité il y a, elle se fait nécessairement en aval, dans le démarchage du petit commerçant ou de la grosse centrale de vente.
C'est vrai pour tous les étalages : quand vous achetez des bonbons au prix de l'or à des marchands ambulants, (1) vous n'avez aucune idée de la marque. Chez le boulanger par contre, Haribo s'est bien chargé de fournir un présentoir qui vous hurle ses couleurs criardes à la gueule.

Retournons à l'épicerie. u choix, on vous proposera peut-être des sous catégories : fins, extrafins, de luxe, croissants au beurre au lien d'à la margarine (2) si vous êtes un bourgeois,  mais il n'y a toujours pas de marque.

Les premières marques alimentaires à faire de la réclame (du moins dans l'image trop partielle du monde qui occupe mon petit crâne) sont probablement les préparations de type alcools, digestifs, etc : la Chartreuse de l'abbaye Machin, le quinquina, etc etc.
Pourquoi? Réfléchissons un peu...
- parce que c'étaient des produits spécifiques, avec un seul producteur (tandis que "la farine, mangez-en" ca n'est pas très spécifique sur le producteur)

- d'autre part c'étaient des produits au moins un peu de luxe => plus de marge, => plus de trésorerie disponible pour faire de la réclame

- parce qu'il s'agit de produits sans date de péremption, qui peuvent donc être envoyés aux quatre coins du pays, stockés longtemps, et écoulés doucement (cf. produits de luxe).


- et puis aussi, je pense, parce que ces publicités étaitent destinées au débit de boisson plus qu'à l'épicerie, et qu'une jolie madame en train de vous expliquer que le quiquina c'est bon pour vous aura  de l'effet quand viendra le moment de commander...


Si je creuse mes souvenirs de vieilles affiches, je retombe toujours sur des produits de luxe et non périssables : chocolat (3), biscuits (Biscuiterie Nantaise, LU)...
Hors du domaine alimentaire, il y avait bien sûr beaucoup de réclames pour des instruments techniques, des médicaments (parfois difficiles à distinguer des toniques, cordiaux et autres alcools), des crèmes amaigrissantes (déjà) et des rasoirs révolutionnaires (déjà bis), parce querien n'arrête le petit commerce, et que ces choses ne sont pas périssables. Les annonces se faisaient alors dans les journaux, aux pages des petites annonces, avec éventuellement des gravures que nous trouvons aujourd'hui tellement exotiques, tellement "Manufacture des Armes et Cycles".

Dans les journaux, les annonces ont vu leur taille augmenter au fur et à mesure que les possibilités d'illustration se sont diversifiées, et que les tirages ont explosés.
Les calicots, affiches-réclames, panneaux-réclames et pancartes-réclames (merci le tlfi) sont sortis des bars et des épiceries pour conquérir les murs, les kiosques, les hommes-sandwichs ...

Tous les nouveaux supports ont été conquis peu de temsp après leur inventions : après la presse écrite voici les buvards publicitaires, les publicités radiophoniques, puis télévisées!
Les jeux concours, les cadeaux gratuits, les ballons pour enfants!
Le "mécénat", corrompu en jingles insupportables encadrants comme des gendarmes patibulaires des émissions fantoches de deux minutes trente qui leur servent de prétexte.
On aurait pu croire que le plus gros était fait : les murs du métro, les facades d'immeubles, l'espace au-dessus de nos têtes dans le métro... on commencait à ne plus avoir un pouce de libre pour augmenter la pression.
Alors, on s'arrête? Surtout pas :

- les bus qui maintenant, grâce aux progrès de la Science, ne se contentent plus de quatre malheureuses affiches en 4x3 mais se retrouvent *entièrement recouverts* ! Et les voitures, messieurs dames, est-ce que cette Smart n'est pas 'hachement plus trendy recouverte d'une pub pour le dernier DVD sorti?

- les tables de bars . Celui-ci m' a bluffé : c'est tellement laid... des affiches, plus ou moins en reliefs, coincées  sous le verre des tables de bistrots : plus moyen de plonger un regard torve et blasé dans le fond de son verre de perrier-citron sans se faire intimer d'acheter des clopes, de la vodka ou Zeus sait quoi d'autre...

- les portes de chiottes de bar. Ca c'est super sournois aussi. Est-il un moment, à part l'endormissment, où la garde est plus baissée qu'aux toilettes? Eh ben paf, une pub !
Et le pire est à venir (à moins qu'il ne soit déjà là, je fréquente peu les vespasiennes) : les publicités en face, voire *dans* les urinoirs, des fois qu'en des moments pareils ces messieurs oseraient disposer librement de leur temps de cerveau disponible.
Ce qui risque d'être encore aidé par le fait, que parait-il, il est de dernière impolitesse de regarder ailleurs que droit devant soi dans ce genre de circonstance...

- Attention mesdames et messieurs : le tapis-roulant de supermarché! vous vous rendez compte de toute la surface qui a été gachée pendant toutes ces années? ce n'était plus supportable...

Comme vous le voyez, les cerveaux des publicitaires continuent de fumer, et ce n'est pas demain la veille que les militants anti-pub qui gribouillent tant bien que mal le bas de affiches auront gain de cause.
Sans compter qu'ils ont un terrain de jeu (presque) neuf: le net bien sûr...
Vous trouverez ici le guide du parfait petit publicitaire du net (merci Maurinier) : ca vaut son pesant de cacahuètes, même si c'est déjà dépassé : maintenant, on fait dans le buzz avec des videos virales, parfois même faites à l'oeil par les internautes.
Les bandeaux à la papa ne donnant plus un rendement satisfaisant (et les bandes passantes allant croissant) on est passé aux pubs animées, bruitées, vidéo, interactives...
Celles qui se déplient l'air de rien quand tu as le malheur de passer ta souris dessus, celles qui envoient des petites images se balader sur le texte que tu es en train de lire...
Et puis, bien sûr, les publicités contextuelles qui font la fortune de Google
La perversité humaine est décidément sans limite.

Une nouvelle preuve, si besoin en était ?
Certains ont eu l'idée  (toute théorique il est vrai) de remplacer les mots aléatoires utilisés pour éviter les spams (captchas) par des noms de marques.
Voulez vous parier sur le temps qu'il nous reste avant que les filtres tests de Turing dans les commentaires se transforment en publicité vendue à prix d'or ?

A mon humble avis, maintenant que l'idée est sortie, pas bien longtemps...

Allez, j'arrête là les tartines, et je vous laisse digérer, non sans vous inviter à me tomber sur le râble pour donner un peu de rigueur économique à tout ce que je blablate.
Merci d'avance.



(1) 2,95 euros les 100g la dernière fois que j'ai regardé Place d'Italie, c'est à dire la gélatine vendue au prix de l'entrecôte...
(2) La première fois que j'ai goûté un croissant à la margarine, j'ai failli le rapporter à la boulangerie pour me plaindre de l'infâmie. Depuis, on m'a expliqué la vie, j'ai découvert la différence entre les croissants très courbés et ceux presque droits, et je sais que j'ai des goûts de luxe.
(3) Hé oui, luxe! Mon père, élevé pendant la guerre, s'offre un carré de chocolat de temps en temps alors qu'il aime ça. Un. Carré.
Excusez moi, il faut que j'aille terminer le pot de Nutella, pour compenser.


J'ai sciemment laissé de côté la publicité événementielle : celle qui annonce que "du tant au tant, tel chanteur est à Bobillot" ou que "demain soir le Grand Cirque Fratellini divertira grands et petits sur la grand'place de Trifouillis-les-Roubignolles".

Par ailleurs, quelques liens :
L'art dans la publicité
Le biscuit quatre-heures
Des articles du Diplo
Un cours de psychologie de la publicité (pas eu le temps de lire, mais ça peut être intéressant)

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commentaires

Maurinier 20/01/2007 01:57

Toujours plus loin !    Le dernier lieu où afficher de la pub : une pente neigeuse d'une station de sport d'hiver (après le coucher du soleil, bien sûr) avec un projecteur superpuissant. Comme sur les immeubles lors des concerts de Michel Jarre, mais en plus grand.        Ca s'est vite arrêté, à cause des protestations de la population.      (Source : un journal télévisé de 13 h aux environs de Noël)

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao