
Et puis quelques petits logos techniques (cherchez pas, ça ne sert à rien, en
fait...) :
Blogarama
Il y a peu, j'ai comblé une de mes grosses lacunes (1) littéraires en me gavant de Neil Gaiman, et je ne l'ai pas regretté. Ce monsieur est un conteur-né, et sait jouer les funambules dans des genres où le risque est grand de tomber dans les poncifs et les clichés littéraires.
Or l'exergue de ce livre est un poème que j'avais déjà lu auparavant, par le plus grand des hasards, dans le roman pour enfants Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones (qui a été adapté en dessin animé par Miyazaki avec Le Château ambulant). Il apparaissait comme un poème étudié en cours d'anglais qui se retrouvait par hasard dans le monde d'un magicien. L'apprenti du magicien essayait désespérément de comprendre à quelle recette le poème pouvait bien correspondre, avec ses histoires de sirènes et d'étoiles filantes...|
Goe, and catche a falling starre, Tell me, where all past years are, Or who cleft the Divels foot, Teach me to heare Mermaides singing, Or to keep off envies stinging, And finde What winde Serves to advance an honest minde. If thou beest borne to strange sights, Things invisible to see, Ride ten thousand daies and nights, Till age snow white haires on thee, Thou, when thou retorn'st,wilt tell mee All strange wonders that befell thee, And sweare No where Lives a woman true, and faire. If thou findst one, let mee know, Such a Pilgrinage were sweet; Yet doe not, I would not goe, Though at next doore wee might meet, Though shee were true, when you met her, And last, till you write your letter, Yet shee Will bee False, ere I come, to two, or three. |
Go and catch a falling star, Get with child a mandrake root, Tell me where all past years are, Or who cleft the devil's foot, Teach me to hear mermaids singing, Or to keep off envy's stinging, And find What wind Serves to advance an honest mind. If thou be'st born to strange sights, Things invisible to see, Ride ten thousand days and nights, Till age snow white hairs on thee, Thou, when thou return'st, wilt tell me, All strange wonders that befell thee, And swear, No where Lives a woman true and fair. If thou find'st one, let me know, Such a pilgrimage were sweet; Yet do not, I would not go, Though at next door we might meet, Though she were true, when you met her, And last, till you write your letter, Yet she Will be False, ere I come, to two, or three. |
|
Va et attrappe au vol une étoile filante,
Fait qu'une mandragore enfanteDis-moi où s'en sont allées les années, Qui, du Diable, a fendu le pied, Apprends-moi, des Sirènes, à ouïr le murmure, Ou comment, de l'envie, ignorer la morsure, Et trouve Quel vent Pousse un coeur honnête en avant. Fusses-tu né pour voir l'irréel Les choses invisibles au commun des mortels Eusses-tu voyagé dix-mille jours et nuits Et des que revenu, m'eusses-tu conté, l'ami, Tout ce qu'euses vécu d'étranges aventures, Nulle part, en nulle contrée Tu l'eusses pu jurer Ne vis femme fidèle et de toute beauté. En trouverais-tu, une sitôt me l'écrirais, Semblable pélerinage si doux me serait, Et pourtant non, au final, point n'irait. Quoiqu'au seuil voisin nous pourrions renconter Quelque fidèle qu'elle fut, quand croisa ton chemin Il n'en demeure pas moins Qu'avant mon arrivée À deux ou trois déjà elle se sera donnée. Traduction de Jean Fuzier et Yves Denis, extrait de Poèmes de John Donne, Éditions Gallimard. |
Va attraper une étoile filante, Fais qu'une racine de mandragore enfante, Dis-moi où sont les jours d'antan passés, Ou qui fit fourcher des Diables les piés, Enseigne-moi à ouïr chanter Sirènes, Me prémunir des piqûres de la haine, Et m'apprends Quel vent Sert à pousser esprit honnête en avant. Si tu es né pour des paysages impossibles, Voir des choses invisibles, Chevauche mil et une nuit, chevauche le Temps, Jusqu'à ce que l'âge sur toi neige des cheveux blancs, Toi, tu me diras, quand tu seras rentré, Toutes les merveilles étranges qu'auras rencontrées, Et jureras que nulle part Ne vit la chose rare D'une femme honnête, et belle aussi. Si tu en trouves une, préviens moi; je gage Que serait doux tel pèlerinage; Et puis non, je n'irais point, Même si par aventure, nous pussions nous voir non loin, Bien que, lorsque tu l'as vue, elle parut sincère être Au moins jusqu'au moment ou tu écrivis ta lettre Déjà elle, je crois, Sera Infidèle, le temps que je vienne, à deux ou trois. Traduction de Gilles de Seze, trouvée ici. |
Beaucoup de plaisir,merci merci merci!
Dr Devo. [Edit:] Je suis flattée, Docteur et je vous retoutne le compliment : où diable trouvez vous le temps d'écrire tout ça ?
félicitations pour la version du poème -
voici toutefois mon avis : je ne crois pas qu'il soit besoin de donner à tout prix une version en rimes d'un poème traduit - de toutes façons, la musique du poème est toujours, avec la traduction, intégralement perdue...
je pense à un exemple - il s'agit des Élégies de Duino, de Rilke - les traductions ne sont pas terribles terribles, sauf celle données par le type qui a fait la version de gallimard (en poche, il y a un picasso période bleue en couverture - idée absurde d'ailleurs) -
c'est une très bonne traduction, très proche du texte original, et comme l'édition est bilingue, on a le texte en allemand à gauche -
c'est formidable, la traduction est très bonne mais, si les mots français sont choisis, la musique cependant disparaît tout à fait - malgré tout je pense que la meilleure manière de traduire un poète étranger est celle ci - de prendre, dans la mesure du possible, le texte à la lettre -
bravo cependant pour le site et cet article - c'est très bien
Bises de la dragonne
Fais qu'une mandragore enfante,
Dis moi où sont les ans passés,
Qui du diable a fendu le pied,
M'enseigne à ouïr les sirènes,
Parer les brûlures de la haine,
M'apprends
Quel vent
Pousse un coeur honnête en avant.
Si tu es né pour l'impossible
Pour voir des choses invisibles
En dix milles journées le Temps
Fera neiger tes cheveux blancs.
Tu me diras à la rentrée
Les merveilles qu'as rencontrées
Et puis
Qu'ici
Il n'est belle fidèle aussi.
Si tu ..."
D'après la traduction de Jean Fuzier et Yves Denis, éd. Gallimard 1962, pour les deux strophes.