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Jeudi 5 mai 2005
Suite à l'avalanche de suggestions que m'a valu l'article précédent, je me dépêche de continuer ma sélection de bandes dessinées animalières, avant de me faire doubler par les commentaires!

Commençons par deux incontournables de la bédé française :

Canardo de Benoît Sokal, compte maintenant une quinzaine d'albums et campe un détective désabusé et cynique, je cite : un "Marlowe mâtiné de Donald".
Voila maintenant une trentaine d'années qu'il traîne son paletot crasseux dans des histoires plus louches et déprimantes les unes que les autres, ce qui ne fait rien pour arranger sa misanthropie galopante, et la cirrhose qui la suit de près.
Ah, et c'est un canard, pour ceux qui ne suivent pas....
Enfin, pour vous
qui, après l'article précédent, cherchez encore des exemples de chats maléfiques, jetez donc un oeil à La marque de Raspoutine, ça en vaut la peine...


Les formidables aventures de Lapinot, au titre tout aussi transparent, sont un des grands succès du désormais classique Lewis Trondheim. Une quinzaine d'albums aussi, mais en moitié moins de temps (la prolificité du Lewis est légendaire), qui créent quasiment un genre qui leur est propre.
Lorsqu'il ne part pas à l'attaque des Carottes de Patagonie (un beau pavé de 500 pages), l' alter ego lagomorphe de l'auteur se débat dans les angoisses banales de la vie quotidenne : la vie, l'amour, la mort...


Dans un genre complètement différent, avec un humour distillé à chaque page, je dois avouer ma faiblesse pour l'innénarable De Cape et de Croc.
La série nous raconte, au milieu d'un dix-septième siècle de roman, les aventures épiques d'un loup ombrageux, hidalgo espagnol, que la fortune à mis en compagnie d'un renard français jusqu'à l'os, une version vulpine de Cyrano de Bergerac, toujours prêt à se battre pour un vers ou une oeillade. Comme le loup Don Lope, lui, voit des affronts partout, vous vous imaginez bien que leurs épées ne connaissent que peu de repos!
Les jeux de mots vous attendent à chaque détour de case, les blagues idiotes mais hilarantes alternant avec ls références les plus subtiles. Il n'est pas juqu'au nom des personnages qui ne renferne un clin d'oeil à qui sait voir...
Les personnages secondaires sont tout aussi savoureux : le père avare semble sortir tout droit de Molière, Hermine la fière tsigane fait tourner notre andalou en bourrique et Eusèbe, le lapinou envoyé aux galères, vaut son pesant d'or...


Enfin, abordons deux titres qui ont beaucoup en commun : leur caractère animalier, leur sujet (la deuxième guerre mondiale), ainsi que leur succès. Ils n'en constituent pas moins de oeuvres extrêmement différentes par leur style graphique, leur traitement et leur perspective.

La Bête est morte! (1) est une bédé française, parue à la Libération, chez feues les regrettées éditions Futuropolis, scénarisée par Dancette et Zimmermann.
Elle illustre, sous le dessin inimitable de Calvo (célèbre pour son Moustache et Trottinette (2)), la guerre sans merci que livrent les Allemands (Loups), aux Lapins (Français), Dogs (Brittaniques)...
Cette métaphore, qui est gardée du début à la fin, donne à l'ensemble la force d'une fable, et parfois la pertinence percutante du dessin de presse. Et si le politiquement correct rétrospectif n'est bien sûr pas de mise, un peu de distance historique est à recommander.
Soixante ans après certains passages n'ont plus l'évidence de l'immédiate après-guerre, mais il vaut vraiment la peine d'être lu, quitte à garder sous la main un encyclopédie historique ou un papa prêt à élucider les passages obscurs (si vous voulez, je vous prête le mien, il sera ra-vi! Comment croyez-vous que je connais l'existence de cette bédé, hein? ).


Maus
, de Art Spiegelman, est ce qu'on appelle maintenant un graphic novel (
roman graphique). Cette bédé, qui date des années quatre-vingt, raconte la Shoah, vue par l'un des survivants.
Maintenant agé, le héros entreprend de transmettre son histoire à son fils (l'auteur).
Les juifs y sont représentés par des souris (d'où le titre, qui signifie souris en allemand), les Allemands par les chats, les Américains par des chiens, les Polonais par des cochons...
Pour la petite histoire, ce fut la première bédé à recevoir le prix Pulitzer, ce qui n'est pas rien, et donne une idée de la pertinence de l'oeuvre.
Hantant (3).

Voilà un petit topo qui ne fait bien sûr que survoler mes goûts en la matière. Pour en savoir un peu plus, n'hésitez pas à assiéger le rayon bédés de la bibliothèque la plus proche, et à profiter des ressources en ligne, comme l'Exposition virtuelle sur la bédé de la BNF, qui parle entre autre des animaux.



(1)
Mais si "la bête est morte", rappellons que "le ventre est encore fécond d'où est sorti la bête immonde" (B. Brecht).

(2) Les fans de Calvo apprécieront sans doute, toujours dans la catégorie "anthropomorphique" et "histoires de guerre", les Aventures de Rosalie, charmante automobile qui voit sa vie bouversée par la bataille des taxis de la Marne, au début de la guerre de 14-18.
Où il apparaît que les clés à molette sont très joueuses, et ont les fesses roses.
Encore aux éditions Futuropolis, réédité en 1996 par Gallimard.

(3) Hé merde, encore un anglicisme (calque de haunting). Ce n'est pas français et je ne vois aucune façon de le dire autrement. Toute aide est la bien venue...
[Edit]: Kelek propose : obsédant. Très bien, tout à fait ça. Merci beaucoup!

 
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