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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 14:59
Vous vous imaginez bien que si j'ai défilé avec les cortèges universitaires jeudi dernier, j'étais aussi de la partie mardi dernier. pour le huitième (!) défilé des enseignants-chercheurs en deux mois.
Et laissez-moi vous dire que si les manifestants sont toujours aussi déterminés, les forces de l'ordre, elle, commencent à perdre leur calme...

Un exemple : après la manif, plusieurs centaines de manifestants sont allés soutenir la Ronde infinie des Obstinés qui tourne en rond devant l'Hôtel de Ville jour et nuit depuis lundi midi (regardez-la en direct ici).
Il y avait évidemment pas mal de CRS, de policiers et de gendarmes mobiles à l'entour. Après quelques temps, un enseignant-chercheur aux cheveux gris, peu soupçonnable d'être un black block, et que nous appelerons J. pour préserver la fiction de son anonymat, a voulu de quitter la place et s'est alors vu intimer par un policier l'ordre de retirer son badge «Sauvons l'Université». Le prétexte était que le port de ce badge aurait constitué une manifestation non autorisée.
J. ayant demandé à quelle loi il faisait référence, le policier a répondu «Article 1 : Nul n'est censé ignorer la loi.»

Rappellons tout de même que cet adage, pour important qu'il soit à la philosophie juridique, n'est qu'une fiction juridique, et ne figure pas dans les codes (à ma connaissance...).
Pour preuve, l'Article 111-1 du Code pénal est :
Les infractions pénales sont classées, suivant leur gravité, en crimes, délits et contraventions.
et l'Article 1 du Code civil commence par :
Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs
entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication.

Le principe antique de Nemo censetur legem ignorare est toujours très apprécié des forces de l'ordre, mais que cela ne vous fasse pas prendre tout ce qu'il disent pour argent comptant : ils sont assermentés, amis enver sla justice, pas envers vous...

Devant son refus d'obtemptérer poli mais ferme, justifié par le fait que son droit à l'expression discrète de ses opinions politiques ne menaçait pas l'ordre public, le policier a ensuite déclaré que s'il ne voulait pas enlever son badge, il ne pouvait pas sortir de la manifestation ! Notre valeureux chercheur est donc allé chercher une sortie ailleurs sur la Place de Grève.
On pourrait conclure à la fantaisie de planton fatigué si la même chose n'avait pas été rapportée à plusieurs issues différentes, les choses pouvant dégénérer jusqu'à voir des étudiants gazés en plein visage et à bout portant pour avoir refusé d'enlever leurs autocollants.
Le principe de parcimonie fait donc pencher en faveur de consignes directes de la hiérarchie.

Je considère ce comportement policier comme :
1) un abus de pouvoir, étant donné que je ne vois vraiment aucun juge soutenir  cette exigence. Demander de rouler une banderole, oui. D'enlever un pin's, faut peut-être voir à pas déconner.
2) une provocation caractérisée. Pour peu que le monsieur en question ait été un peu moins flegmatique, et un peu moins habitué aux situation de conflit d'autorité (*), je suis disposée à penser que tout énervement verbal lui aurait valu des poursuites pour outrage, et toute approche (il y a des gens qui ne peuvent se disputer avec vous que s'ils sont à moins de trente centimètres...) une vérification énergique d'identité au poste, avec d'éventuelles poursuites pour rébellion (**).

J'en profite donc pour ajouter quelques conseils généraux à ceux que j'avais compilé il y a bientôt deux mois :

Ne répondez pas aux provocations.
Gardez votre calme, et le contrôle de la situation.

Restez poli.
Soyez d'autant plus poli que vous êtes énervé. Essayez de vous convaincre qu'un «Monsieur l'agent» bien placé est la pire des insultes.

Ne vous approchez pas.Tout corps-à-corps, même si vous en resortez avec le crâne ouvert et deux dents en moins sera une occurrence de rébellion, et pire, de violence à dépositaire de la force publique.
J'en profite pour citer un petit livre édité en 2002 par le Syndicat de la magisatrature, intitulé Vos Papiers ! : Que faire face à la police ? :

Il est donc important d'éviter tout outrage ou toute rébellion, ainsi que tout acte ou geste qui pourrait être interprété comme tel. (...) Le problème est que l'incrimination est large (...). En conséquence, l'infraction est souvent relevée au moindre geste de protestation, à la moindre parole prononcée plus haut qu'une autre, ou au moindre ton d'agacement perçu dans la voix.

Si vous êtes emmené au poste pour une vérification d'identité ou pour une garde à vue, on va vous retirer votre téléphone portable (si vous en avez un). En conséquence, si vous craignez pour vos contacts, éteignez votre téléphone avant de vous faire coffrer...
Apparemment, il y a en ce moment une tendance des flics à se jeter dessus pour essayer de récupérer les vidéos/photos que vous pouvez avoir dessus.Ils n'en ont pas le droit.
Je cite l'article de Rue 89 Ce que manifestants et policiers ont le droit de faire (ou pas) :
Enfin, un gendarme ou un policier ne peut pas saisir un appareil photo ni une caméra, ou son contenu. Sauf s'il s'agit d'un officier de police judiciaire habilité par le parquet à l'effectuer. Mais cette mesure est rarissime et nécessite donc l'autorisation d'un magistrat.

Par ailleurs, vous avez le droit de faire prévenir un proche ou un avocat par téléphone.
Problème : on vous le proposera alors que votre téléphone n'est déjà plus en votre possession, et qu'on lui a retiré sa batterie (they're nothing if not thourough...).
En conséquence, notez de façon analogique (papier, broderie, tatouage, que sais-je encore...) et apprenez par coeur le numéro de votre meilleur ami / amant et donnez lui des consignes précises en cas d'interpellation : demander où vous êtes exactement, prévenir la famille, etc.
Munissez-vous également du numéro d'un avocat si vous en connaissez-un. Certains recommandent même de se l'écrire sur l'avant-bras avant la manifestation, histoire d'être sûr de l'avoir sous la main...

Informez-vous.
Si vous souhaitez pratiquer l'action sociale dans le climat actuel vous vous devez de connaître au moins superficiellement les procédures auquelles vous vous exposez, même avec la meilleure foi du monde. J'ai moi-même tendance à être une goody-two-shoes d'un légalisme scrupuleux, mais ça ne m'empêche de me renseigner.
Pour commencer, lisez  ce petit guide du manifestant, qui résume l'essentiel.
Vous trouverez des détails complémentaires dans cette brochure de quatre pages qui résume divers conseils de manif et de cpomportement face aux force de l'ordre : Guide pour mieux se mobiliser et mieux se défendre, du Fond Monétaire des Insurgé-e-s (le pdf s'imprime pour faire un petit livret A5).
Et pour aller plus loin, je vous encourage télécharger, lire en ligne, ou acheter le guide Face à la police/Face à la justice d'Élie Escondida et Dante Timélos, et à consulter le weblog des auteurs pour les mises à jour.

Après ces considération fort sérieuses, rappellons quand même que la manif de mardi était fort réussie de l'aveu même des forces de l'ordre. Voici quelques images, en attendant que je récupère mes propres photos...


(*) And I quote : «Vingt CRS, c'est rien à côté d'un amphi de cent-vingt étudiants...»
(**) Eh oui, rébellion prend un accent, bien que ni rebelle ni rebeller n'en prennent. Allez vous plaindre à l'Académie, pas à moi.

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commentaires

Titi 27/03/2009 19:15

Je confirme que le comportement cité n'est pas vraiment un cas isolé puisque des collègues (cheveux grisonnants aussi) qui souhaitaient rentrer rapporter les banderoles roulées au labo se sont vues interdire le passage par des CRS (qui ont du coup du bloquer la circulation des trams pendant 1/4 d'heure qu'on duré les parlementations) à Strasbourg le mois dernier.
Et merci pour toutes les infos, ça peut être utile effectivement

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao