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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 23:00
Or donc, j'en était resté au début de soirée du jeudi 29, où j'ai pu apprécier la vue depuis la salle d'attente des urgences de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu de 20h à 22h bien tassées. Ils ont une plaque tournante pour permettre aux ambulances et aux camions de pompiers de faire demi-tour dans l'espace très restreint de la cour, c'est fascinant à regarder quand on n'a rien d'autre à faire.

Exclamation de l'infirmière à l'accueil :
«Vous aussi, c'est les CRS ? Mais faut faire un club !»

Admis à 19h30, mon frangin est ressorti à 22h15, enfin recousu d'une dizaine de points de suture sur le crâne, avec un joli pansement compressif sur une plaie qui saignait toujours. Les toubibs avaient eu un peu de mal à le recoudre, parce que voyez-vous,  les coups de matraques ont ceci de particulier qu'ils font éclater la chair, en particulier celle qui se retrouve coincée entre le coup et l'os du crâne.
La plaie s'est même rouverte mardi, comme si on n'avait pas vu assez de sang comme ça...

(Photo prise à son arrivée à l'hôpital par le pote accompagnateur.
Comme quoi, les smartphones avec un objectif raisonnable ont parfois du bon...)

Vous voulez savoir le plus drôle ?
Ce n'était pas une fin de manif.
L'ambiance était bon enfant, pas mal de gens tournaient le dos aux CRS pour regarder la manif.
Pas d'ordre de dispersion, pas  gaz poivre, pas de lacrymo.
Les témoignages sont concordants, y compris venant de gens qui n'en sont pas à leur première charge de CRS, et qui pensaient savoir les prévoir.

Brusquement, la ligne des forces de l'ordre éclate pour aller matraquer tout le monde. Si mon frère s'est fait plus taper que les autres, c'est qu'il protégeait une petite minette en jupe et talons, qui ne courait pas assez vite.
Et si c'est le crâne qui a saigné, c'est en fait le dos et les épaules qui ont le plus mal, avec des bleus maousses.

Autant vous dire que je suis un petit peu énervée. Je vais donc profiter de la tribune que me donne ce blog pour prodiguer quelques conseils d'ordre général, au cas où vous auriez l'intention de manifester prochainement...

Attention à vous. Le comportement des forces de l'ordre est en train de devenir vraiment imprévisible. Le jeudi 29, ça tapait méchamment, alors que ce mercredi (4), ils ont laissé la manif des universitaires les déborder au Panthéon et continuer sur le boulevard Saint-Michel et le boulevard Saint-Germain, sit-in au carrefour inclus. Mais la tête de manif, partie vers le Châtelet, a pris très cher.
Comprenne qui pourra, moi je ne perçois pas la logique : c'est ce qui rend les choses dangereuses.
De façon générale, restez avec des cortèges organisés (n'importe quel syndicat un peu expérimenté fera l'affaire) : cela limite les risques de dégénérescence, ne serait-ce que grâce à l'équipement matériel permettant de faire passer les mots d'ordre de dispersion (mégaphones).

Ouvrez les yeux
. Si vous voyez des provocations, ou une préparation de charge, mettez les bouts, à moins d'être déterminé à jouer les héros.
Apprenez à différencier les CRS (uniforme bleu, écusson rouge, bande jaunes sur le casques), des gendarmes mobiles (noir en haut, bleu en bas, casque à bandes blanches). Il y a aussi parfois des policiers des brigades d'intervention.

Si vous vous faites charger : cassez-vous, et vite.
Ils sont casqués, armés, avec des gaz incapacitants. Fichez le camp et attendez d'être hors de portée pour commencer à compter vos abattis.
Restez groupés et ne laissez pas quelqu'un derrière : une personne sonnée par un premier coup en prendra bien plus si elle reste dans la zone de tabassage. Prenez contact avec ceux qui ont probablement subi la même charge autour de vous : ça peut servir pour la suite des opérations.

Si l'un d'entre vous est blessé : appellez les secours (112) ou, dans le cas où la personne peut se déplacer, présentez-vous aux urgences de l'hôpital le plus proche.
Une personne qui a reçu des coups sr le crâne ou dans le ventre (et a fortiori inconsciente) ne doit pas être laissée seule, même si elle a l'air d'aller à peu près bien. Les plaies saignant abondamment doivent êtres comprimées (à condition qu'il n'y ait rien dedans, bien sûr) avec ce que vous avez sous la main (écharpe, pull...) pour limiter la perte de sang.
(Avez-vous suivi une formation aux premiers secours ? Vous en souvenez-vous encore ? Il est peut-être temps d'y penser.)
Demandez au médecin qui vous examinera un Certificat initial de constatation de lésions, avec une mention du genre de «lésion compatible avec un coup de matraque».

Pour porter plainte
, si vous considérez que vous avez été victime de violences injustifiées, vous ne pouvez pas vous adresser au commissariat de quartier : les simples policiers ne peuvent pas prendre de plaintes contre «les collègues».
Il faut vous présenter le plus vite possible à l'Inspection générale des services. A Paris vous la trouverez à cette adresse :
Inspection générale des Services,
30 rue Antoine-Julien Hénard  75012 Paris
Métro Montgallet (ligne 8)
Téléphone : 01 56 95 11 57

Ouvert du lundi au vendredi jusqu'à 18h30, 
le samedi jusqu'à 17h30.
C'est là que vous allez déposer la plainte la plus détaillée possible, et que l'on vous demandera d'identifier votre agresseur.
Vous étiez de dos, en train de vous faire courser par un «tortue ninja» casqué, avec un physique militaire standard, à la tombée de la nuit, mais vous êtes censés l'identifier, parce que la plainte est déposée contre une personne, pas contre la brigade entière, même si tous ses membres ont agi de la même façon...
La charge de la preuve revient au plaigant, c'est à dire, dans ce cas, à la victime. donc amenez des témoins si vous en avez, ainsi que les photos, vidéos, et tout ce qui peut faire office de preuve.

Si l'on ne prend pas votre plainte
, vous pouvez l'adresser directement au procureur de la République du Tribunal de grande instance dont dépend le lieu où se sont déroulés les faits, par lettre recommandée avec accusé de réception.
Pour Paris, l'adresse est :
Monsieur de Procureur de la République
Tribunal de grande instance de Paris
4 boulevard du Palais
75055 Paris

 Vous trouverez une lettre-type par ici, mais je vous conseille de la rédiger avec l'aide d'un ami juriste, et de ne pas vous faire trop d'illusion sur la suite de l'affaire...

Une fois la plainte déposée
, présentez-vous dès que vous le pouvez aux Urgences médico-judiciaires, à l'Hôtel Dieu sur l'île de la Cité :
Hôtel-Dieu de Paris
1 place du Parvis Notre-Dame 75004 Paris
Métro Cité, Châtelet ou Hôtel de Ville.

Vous pouvez prendre rendez-vous au
01 42 34 82 85.
Vous vous y ferez établir un certificat d'ITT, Interruption totale de travail, auquel vous avez droit même si vous ne travaillez pas (encore heureux). Il est important de ne pas trop traîner, de façon à ce que les médecins puisse correctement évaluer vos blessures.

Et ensuite ? Ensuite vous retournez vaquer à vos occupations dans un pays où le nombre de gardés à vue pour l'an dernier correspond à un pourcent de la population («La France gardée à vue», Le Monde de mercredi dernier).


Edit :
Par ici pour encore quelques conseils de comportement en manif et face aux forces de l'ordre .


Remarques :
- Ces conseils sont centrés sur Paris, car je ne parle que de ce que je connais. Mes excuses au reste du monde, et surtout n'hésitez pas à apporter vos infos.
- Je suis loin d'avoir une gra
nde expérience des manifestations. Il me semble que ce sont des conseils de bon sens, avec des informations précises, mais si je me trompe ou que j'oublie des bouts importants, merci d'avance de me le signaler.
- Pour conclure : les mouvements sociaux actuels sont partis pour durer un moment, alors gardez votre énergie et organisez-vous pour rester au courant de la suite des événements.

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commentaires

bli 15/03/2009 11:42

Ça fait 15 ans que je vais à des manifs et je n'ai jamais eu l'occasion de constater des violences de la part des "forces de l'ordre". Le plus tendu, que j'aie vu, c'est quand j'ai été me promener avec Gwen dans le quartier latin un soir lors du mouvement anti-CPE.C'est une impression où les forces de l'ordre sont plus énervées qu'avant ?

Titi 07/02/2009 10:24

J'allais oublier, dans les manifs généralistes (comme celle du 29/01), si on est seul : profiter des sevices d'ordre des principaux syndicats (perso, je vise souvent le ballon CGT), ils ont bien l'habitude et on est en général à l'abris des débordements intérieurs (style casseurs, braqueurs comme dans les manifs étudiantes du temps du CPE) et extérieurs (toujours obéir quand le service d'ordre conseille de se disperser par contre).

Abie 07/02/2009 15:16


Merci pour tous ces détails.


Titi 07/02/2009 10:12

mercredi matin j'ai également vu/vécu un comportement similaire des CRS à Strasbourg. La manifestation de chercheurs/étudaints avait reçu du président de l'Université l'autorisation d'occuper les marches du palais unversitaire. Malheureusement, des invités de l'ignauguration ont souhaoté rentrer par ces portes à l'intérieur du Palais pour suivre le discours de Mme Pecresse. Au lieu de leur demander de passer par une des portes de derrière, gardée par la gendarmerie mobile, les policiers en civil ont repouusé la foule qui était sur les marches pour ouvrir les portes (qui s'ouvrent vers l'extérieur) et les faire entrer. Ils se sont aussitôt trouvé bousculés à leur tour (forcemment, quand on pousse des gens dans des escaliers, ceux ci n'apprécient pas de tomber en général) et ont donc appelé les CRS à la rescousse. Ceux ci sont arrivé en courant, matraques en avant et la foule s'est écartée pour les laisser passer. Ils ont donc sécurisé les portes (les invités pouvaient alors entrer/sortir à volonté, au milieu d'une manif, est-ce bien sérieux !) et au lieu de s'en arrêter là se sont mis à repousser la foule et à matraquer tout ce qui passait à sa portée. Pour éviter d'être gravement blessés en tombant dans les escaliers (qui compte tenu de la configuration des lieux ne pouvaient pas être évacués assez rapidement pour échapper aux coups), la plupart des manifestant a eu la présence d'esprit de s'assoir par terre. Cela n'a à aucun moment arrêé la pluie des coups de matraque et les CRS se sont alors mis à bomber avec les lacrymos tous les gens situés sous eux.Bref, je n'avais jamais vu ça et je suis pourtant loin d'en être à ma première manif. J'ai eu la chance d'avoir été en dehors des marches au moment de la charge et j'ai donc pu me dégager très rapidement.Un collègue a eu le crane ouvert, sa seule faute ayant été d'avoir été sur les plus hautes marches et de n'avoir pas pu "sauter" par dessus les 1000 personnes situées plus bas.

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao