Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2006 5 21 /04 /avril /2006 00:00
Remember, remember
The fifth of November
The gunpowder treason and plot.
I can see no reason
Why gunpowder treason
Should ever be forgot.
(Comptine)
Souviens-toi, souviens-toi
Toujours du cinq novembre
De la Conspiration des poudres
Je ne vois aucune raison
Pour que cette trahison
Se fasse jamais absoudre
 (Traduction libre)


V pour Vendetta
est une bande dessinée du prolifique scénariste Alan Moore (From Hell, La ligue des Gentlemen extraordinairesWatchmen), dessinée par David Lloyd, et elle vient d'être adaptée au cinéma par
James McTeigue.

A lire chez
Culturofil:
Dans cette Angleterre fascisante et orwellienne, un personnage étrange et masqué a pour seul objectif s'accomplir sa vengeance sur un certain nombre de membres de la nomenklatura, tout en réveillant les aspirations du peuple à plus de liberté et de justice.  

Son masque est celui de Guy Fawkes, un personnage brûlé traditionnellement le 5 novembre en commémoration de la Conspiration des poudres de 1605, tentative  déjouée à temps de comploteurs catholiques de faire sauter le Parlement. Guy Fawkes devait mettre le feu aux poudres et fut plus tard décrit comme "le seul homme à être jamais entré au Parlement avec d'honnêtes intentions"...

Brûlé en effigie depuis 400 ans pour la plus grande joie des gosses, son nom en est venu à vouloir dire "mannequin", "masque grostesque", puis "personne d'apparence ridicule" et enfin, tout simplement, "gars". Je ne peux pas résister à la délicieuse ironie de souligner que le terme général pour désigner un homme anglais est donc le prénom d'un comploteur qui se serait bien vu régicide...

Je n'ai pas lu le comic, lacune que j'espère combler un jour, donc il est tout à fait possible que mes remarques quant au film soient invalidées par des données de la BD qui n'ont pas pu être intégrées au film, ou des artéfacts d'adaptation hollywoodienne.

Pour l'une, au moins, je suis sure de moi: le dictateur s'appelle originellement Adam Susan, et le parallèle avec l'Allemagne nazie était bien assez clair sans avoir besoin de forcer le trait en le rebaptisant Adam Sutler...


Mais qui est V? Laissez-le se présenter lui-même, en pentamètres iambiques, s'il vous plaît :

Voilà! In view, a humble vaudevillian veteran, cast vicariously as both victim and villain by the vicissitudes of Fate.

Voilà ! Vous avez en vue un humble vétéran du vaudeville, un personnage indirectement fait à la fois victime et coupable par les vicissitudes du destin.

Pourquoi ce masque à l'effigie de  l'instigateur de la conspiration des poudres?

This visage, no mere veneer of vanity, is a vestige of the vox populi, now vacant, vanished. However, this valorous visitation of a by-gone vexation, stands vivified, and has vowed to vanquish these venal and virulent vermin vanguarding vice and vouchsafing the violently vicious and voracious violation of volition.

Ce visage, plus qu'un simple vernis de vanité, est un vestige de la vox populi, maintenant caduque, disparue. Toutefois,  cette valeureuse visite d'une insulte passée est ravivée  et a fait le voeu de vaincre cette vermine vénale et virulente qui est à l'avant-garde du vice et encourage la violation violamment vicieuse et vorace de la volonté.

Quel est donc son but?

 The only verdict is vengeance; a vendetta, held as a votive, not in vain, for the value and veracity of such shall one day vindicate the vigilant and the virtuous. Verily, this vichyssoise of verbiage veers most verbose so let me simply add that it's my very good honor to meet you and you may call me V.

Le seul verdict possible est la vengeance ; une vendetta comme un symbole, non pas en vain, mais pour la valeur et la véracité, de celle que réclameront un jour les vigilants et les vertueux. Vraiment cette salade de verbiage tourne au verbeux, laissez-moi donc simplement ajouter que je suis très honoré de vous rencontrer et que vous pouvez m'appeller V.

Dans l'ensemble, et de façon prévisible, le film est un exercice de style en britishitude : outre les jurons (Bloody hell le dispute à Bullocks), la localisation et le prétexte historique de Guy Fawkes, ce sont surtout les citations et la verve théatrales de V qui donnent à l'ensemble un cachet terriblement british... Des pièces commes Macbeth, La Nuit des Rois, et sans doute bien d'autres qui m'ont échappées sont citées tout au long du film.

Les effets pyrotechniques sont très jolis mais totalement irréalistes : pour avoir vu des artificiers travailler, je refuse de croire qu'une explosion souterraine puisse produire une destruction propre, verticale et flamboyante d'un monument gothique (flamboyant d'ailleurs) a fortiori un feu d'artifice soigneusement synchronisé.  Sans blesser les milliers de personnes alentour.
Mais c'est bien traité, et ça sert (un peu) le scénario, ce qui change des grosses explosions poilues des blockbusters, alors je suis encline à la clémence.

Mais il y a d'autres choses qui me chiffonnent. Nous sommes censés être dans un pays totalitaire, avec un contrôle extrêmement étroit des médias, des communications (écoutes téléphoniques) et des déplacements (couvre-feu, mention d'une autorisation nécessaire même pour l'archévêque).
Comment expliquer, en ce cas, l'air impuissant des autorités envers des explosifs et des poisons simplement parce que les ingrédients sont en vente libre? C'est pertinent dans un contexte normal, pas dans un état policier!
Il aurait suffit, ce que semble, d'exiger un suivi administratif des ventes d'engrais (très bons explosifs), avec justificatifs des surfaces d'exploitation à traiter, pour empêcher V d'accumuler de quoi remplir une rame entière de métro.
Idem pour les masques expédiés à des milliers de personnes : on ignore qui les envoie, et avec quel argent, ok, je veux bien admettre de V soit très fort et dispose de ressources intraçables.
Mais dans ce cas, la marche à suivre pour le pouvoir est l'ouverture systématique des colis dans les bureaux de poste, confiscation et destruction des masques : pas ouvrir de grand yeux tristes quand les Guy Fawkes se multiplient dans les rues!

Etrange : je suis parfaitement disposée à admettre que V est un surhomme mutant de la mort, super fort et surintelligent, mais les invraisemblances pratiques me font puissamment tiquer. Pour ne pas parler de celle qui me semble la plus improbable de tous (et je crois, absente de la BD), c'est-à-dire le misérable embryon de bluette entre V et Portman, qui, en plus d'être un cheveu sur la soupe comme souvent au cinéma, apparaît comme surréaliste considérant ce que le personnage de Evey a subi.

Pour ce qui est des connotations politiques, il est bon de savoir que l'histoire a été écrite avec Thatcher en ligne de mire. Toutefois, l'adaptation a clairement été pensée comme une allusion aux Etats-Unis actuels (un personnage mentionne dans le film que depuis la guerre les mots collateral et rendition ont changé de sens).
L'auteur ne cautionne pas cete adaptation, et ce V devenu, d'anarchiste, une espèce de résistant. Il déclare que la BD a été

turned into a Bush-era parable by people too timid to set a political satire in their own country
transformée en une parabole de l'ère Bush par des gens trop pusillanimes pour situer une satire politique dans leur propre pays.

Mais il serait sans doute une erreur de limiter V à cette controverse politique. Je vous en dirai plus à l'occasion

Je cause, je cause... Résumons donc :
Je crois que le meilleur de ce film est l'envie irrépressible qu'il donne de lire la BD. Pour le reste, j'ai beaucoup aimé la performance de Stephen Fry, j'ai été hypnotisée par les sourcils de Mlle Portman (ils sont tout droits, vous trouvez ça normal, vous?), et je recommande le film comme tout à fait convenable.
J'attend la lecture de l'original pour regretter ce qui aurait pu être.

Ah, et outre l'évidence référence aux Sex Pistols, j'y ai vu un évident clin d'oeil à une chanson de The Clash. Le verrez-vous?


Il y a une espèce de consensus pour comparer V à Batman begins : au-delà des forums imdb, même la critique de Libé assène
V for Vendetta s'inscrit dans cette microtendance du « blockbuster intelligent » qui commence à faire quelques ravages. The Island, Batman Begins, la trilogie Matrix, la Guerre des mondes...
C'est peu dire que je n'y souscris pas : à part le ridicule d'une part (c'est bon de rire parfois) et la photographie d'autre part (mais un film ne se limite pas à des images), je ne vois vraiment aucun mérite à la prequel de Batman.
Mais j'en ai déjà un peu parlé...


Post scriptum :
Je n'ai pas pensé à retenir la traduction de la comptine dans la version VOST.
Si quelqu'un à été plus attentif que moi, je suis preneuse ( pour la version VF aussi d'ailleurs).

Edit : Alex me répond dans les commentaires :

  Souviens-toi, souviens-toi
            Du 5 novembre 1605
            De la conspiration des poudres
            De Guy Fawkes, et de Jacques premier
            Souviens t’en, car a l’oublier
            Jamais je ne pourrai me résoudre.

"Cette comptine est également reprise à une ou deux reprises dans une version plus condensée :"

            Souviens-toi, souviens-toi
            De ce 5 de novembre
            Souviens t’en, car a l’oublier
            Jamais je ne pourrai me résoudre.

Cette traduction est sans aucun doute plus adaptée au sujet, puisque V reprend Guy Fawkes comme un personnage positif et "ne pas oublier" en vient à signifier "s'en inspirer", alors que dans l'original il s'agissait de ne jamais pardonner (cf absoudre).
Et puis c'est pas pour dire, mais ma traduction à moi, elle rime :-p.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Konwal 28/07/2008 23:09

"-Souviens toi….souviens toi….Du 5 novembre 1605De la conspiration des poudres, de Guy Fawkes, de Jacques 1er Souviens t'en..car..l'oublié…jamais je ne pourrais me résoudre.Mais que savons nous de lui ?Je sais qu'il s'appelait Guy FawkesEt qu'en 1605, il essaya de faire sauter la chambre du parlementMais qui était t-il vraiment ?Quel genre d'homme était ce ?Nous devons nous souvenirs des idéaux, et non de l'hommeCar l'homme peut échouer…Il peut être pris…Il peut être tuer… et …oublié…Mais 400 ans plus tard, ces convictions peuvent encore changer le mondeJ'ai été témoin de la puissance des idéesJ'ai vu des gens tuer en leurs nomsEt mourir en les défendantMais vous ne pouvez embrasser une idéeVous ne pouvez la toucher ni l'étreindreLes idées ne saignent pas et ne ressentent rienNi la douleur.. ; Ni l'amour…Aujourd'hui ce n'est pas une idée que je pleureC'est un homme…un homme qui me rappelle le 5 Novembre 1605Un homme….que je…n'oublierai jamais"

Alex 14/05/2006 23:52

Bonjour,

 

Après avoir lu votre article sur le film ‘V pour Vendetta’, j’aimerai vous apporter quelques remarques.

 

Tout d’abord, voici la traduction de la comptine pour le film en VF:

 

            Souviens-toi, souviens-toi
            Du 5 novembre 1605
            De la conspiration des poudres
            De Guy Fawkes, et de Jacques premier
            Souviens t’en, car a l’oublier
            Jamais je ne pourrai me résoudre.

 

Cette comptine est également reprise à une ou deux reprises dans une version plus condensée :

 

            Souviens-toi, souviens-toi
            De ce 5 de novembre
            Souviens t’en, car a l’oublier
            Jamais je ne pourrai me résoudre.

 


 

Ensuite, j’ai quelques arguments à opposer à certaines critiques :

 

« Les effets pyrotechniques sont très jolis mais totalement irréalistes : pour avoir vu des artificiers travailler, je refuse de croire qu'une explosion souterraine puisse produire une destruction propre, verticale et flamboyante d'un monument gothique (flamboyant d'ailleurs) a fortiori un feu d'artifice soigneusement synchronisé.  Sans blesser les milliers de personnes alentour.Mais c'est bien traité, et ça sert (un peu) le scénario, ce qui change des grosses explosions poilues des blockbusters, alors je suis encline à la clémence. »
 


 

Il est vrai que le feu d’artifice final est assez surprenant au premier abord, étant donné que l’explosion est sensée être souterraine. Cependant, rien ne prouve que V n’ait pas pris soin d’installer auparavant un système déclenchant le feu d’artifice depuis les toits du parlement.
Ce dernier étant étroitement surveillé depuis seulement quelques mois avant le 5 novembre, cette hypothèse est donc envisageable.

 

Je suis par contre entièrement d’accord sur l’aspect irréaliste du film en ce qui concerne les personnes regroupées autour du parlement en train de s’effondrer.

 

« Mais il y a d'autres choses qui me chiffonnent. Nous sommes censés être dans un pays totalitaire, avec un contrôle extrêmement étroit des médias, des communications (écoutes téléphoniques) et des déplacements (couvre-feu, mention d'une autorisation nécessaire même pour l'archévêque).Comment expliquer, en ce cas, l'air impuissant des autorités envers des explosifs et des poisons simplement parce que les ingrédients sont en vente libre? C'est pertinent dans un contexte normal, pas dans un état policier!Il aurait suffit, ce que semble, d'exiger un suivi administratif des ventes d'engrais (très bons explosifs), avec justificatifs des surfaces d'exploitation à traiter, pour empêcher V d'accumuler de quoi remplir une rame entière de métro.Idem pour les masques expédiés à des milliers de personnes : on ignore qui les envoie, et avec quel argent, ok, je veux bien admettre de V soit très fort et dispose de ressources intraçables.Mais dans ce cas, la marche à suivre pour le pouvoir est l'ouverture systématique des colis dans les bureaux de poste, confiscation et destruction des masques : pas ouvrir de grand yeux tristes quand les Guy Fawkes se multiplient dans les rues! »
 


 

V explique vers la fin du film, qu’il a mis plus de 10 ans pour dégager le métro, il est donc très probable qu’il ait profité de ces dix années pour accumuler tout les matériaux nécessaires à la fabrication des explosifs et des divers dispositifs qu’il utilise. Les masques ont également du être fabriqué durant cette période.
Il a donc disposé d’au moins 9 ans de tranquillité pour réunir ce qui était nécessaire, en effet, on peut supposer que durant la dernière année, celle où il a révélé ses intentions à l’Angleterre, le gouvernement a pris des mesures pour limiter la circulation des produits potentiellement dangereux.
On peut aussi souligner que V se procure certaines choses par l’intermédiaire du marché noir, qui échappe donc au contrôle de l’Etat.

 

Quand à l’envoi des masques, celui-ci semble extrêmement bien préparé, et bénéficie d’un effet de surprise très important, en l’espace d’une demi-journée, l’ensemble de la population possède un masque, laissant le gouvernement littéralement impuissant. De plus, V utilise
la BFC
(British Freight Company) pour livrer ses masques, il est possible que ce soit une entreprise privée, ce qui rallongerai par conséquent le temps nécessaire au gouvernement pour bloquer l’envoi des colis.

 


 

« Etrange : je suis parfaitement disposée à admettre que V est un surhomme mutant de la mort, super fort et surintelligent, mais les invraisemblances pratiques me font puissamment tiquer. Pour ne pas parler de celle qui me semble la plus improbable de tous (et je crois, absente de
la BD
), c'est-à-dire le misérable embryon de bluette entre V et Portman, qui, en plus d'être un cheveu sur la soupe comme souvent au cinéma, apparaît comme surréaliste considérant ce que le personnage de Evey a subi. »
 


 

Cet ‘embryon de bluette’ me parait également gâcher un peu le film. Cependant il me semble que qualifier cela de « surréaliste considérant ce que le personnage de Evey a subi » reviendrait à éclipser une partie du film. En effet, ce que Evey a subi parait brutal et choquant, mais au final, c’est une véritable libération, une délivrance voire une renaissance. Elle est enfin débarrassée de ces peurs, elle ne renie plus le mal que le gouvernement a fait subir à ses parents, à son frère, à elle-même et au peuple britannique tout entier. Elle affronte désormais la vie et la mort, sans être effrayée.

 

Personnellement, je trouve la performance d’Hugo Weaving réellement époustouflante, car donner vie et rendre attachant un personnage au sourire figé n’est pas forcement chose facile.

 

Voila, ici s’achève les quelques considérations de quelqu’un qui a beaucoup apprécié le film, comme vous aurez pu le constater ^^.

 

Bien à vous,

 


 

 

Abie 15/05/2006 03:05

Merci pour les précisions!

Dominique 21/04/2006 21:05

Moore est bien le plus grand scénariste de BD en anglais et  il a failli redonner vie aux super-héros américains les plus traditionnels, il a cependant eu la même trahison avec la Ligue qu'avec ce film qui résume plus de 200 pages, et puis il s'est arrêté maintenant qu'il a obtenu le succès et que cela ne l'inspire plus. Mais attention aux éditions françaises : non seulement l'impression a été souvent défaillante, mais les traductions sont carrément bâclées parce que cela a été fait dans de petites maisons d'éditions pas très soigneuses (les éditions anglaises sont aussi mal imprimées, mais au moins c'est le texte). Son cas me fait énormément penser à Manchette.

Juls 21/04/2006 15:42

Salut à toi !
Ton article me fait envie de lire cette BD et d'aller au cinéma... Donc mon résumé à moi vis-à-vis de toi... : Merci !
Bonne fin de journée !

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao