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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 15:35
Ceci est rédigé en urgence, je n'ai absolument pas le temps d'approfondir et d'aller voir la littérature scientifique : il faudra vous contenter de la dépêche Associated Press :

An American man who suffered from AIDS appears to have been cured of the disease 20 months after receiving a targeted bone marrow transplant normally used to fight leukemia, his doctors said Wednesday.

Des médecins allemands auraient réussi à faire disparaitre le virus d'un malade, du moins d'après les tests effectués pour l'instant.
Si c'est vrai, c'est énorme.
Si ce n'est que partiellement vrai ça reste encourageant.
J'y reviens dès que j'ai deux minutes.


Continué le 17 novembre :

Reprenons donc : la nouvelle a commencé à circuler au début du mois (cf. l'article du Wall Steet Journal daté du 7 novembre), et a été reprise en détail par Le Monde en milieu de semaine.
J'encourage ceux de mes lecteurs auquels un peu d'anglais, de biologie, et pas mal de sigles techniques* ne font pas peur à jeter un coup d'oeil au poster de la présentation sicentifique des résultats faite à un congrès consacré aux rétrovirus, tenu à Boston en février dernier. Ça pique un peu les yeux, mais c'est assez intéressant de voir la façon dont le résultat est présenté par l'équipe : à aucun moment ils ne prétendent avoir trouver la solution miracle.

Il faut dire que l'idée de la greffe de moelle osseuse, lieu de production de globules blancs, pour essayer de soigner le sida, ce n'est pas nouveau. On a même réalisé des xénogreffes : en 1995, un patient atteint du sida et ne répondant pas aux traitement antiviraux a reçu de la moelle de babouin, ce qui a amélioré son état, mais ne l'a pas guéri (voir l'article détaillé du NYT).

Là où cette annonce est très intéressante, c'est qu'il ne s'agit pas d'une «simple» greffe. En effet, une fois que le virus s'est installé dans un organisme, lui donner d'autres lymphocytes à contaminer ne semble pas être une façon de résoudre le problème à long terme.

L'approche de l'équipe allemande est adaptée au cas très particulier d'un patient infecté par le VIH, et ayant développé une leucémie, maladie pour laquelle la greffe de moelle est une procédure classique.
La démarche se distingue par le choix du donneur : ils ont sélectionné une personne qui était non seulement compatible avec le patient, mais aussi porteuse d'une mutation rare du gène qui fabrique une des protéines de surface des lymphocytes. Les rares personnes (~1% de la population) portant deux versions de cette mutation bénéficient d'une résistance au virus du sida : celui-ci ne peut plus s'attacher à ces protéines, qui lui servent de porte d'entrée dans les cellules.
Notre homme a donc reçu des cellules souches produisant des globules blancs théoriquement résistants au virus.
Un an et demi après avoir reçu la greffe et arrêté son traitement antiviral lourd, le patient a une charge virale indétectable avec les tests standards.
Cela ne veut pas dire que la charge virale est nulle, cela ne veut certainement pas dire les virus insérés dans l'ADN des cellules infectées se sont volatilisés par enchantement, mais c'est tout de même impressionnant.

La suite des événement ce sera d'essayer de recueillir des données plus précise, avec des tests plus fins, sur ce qui est exactement arrivé au virus, et aux lymphocytes autochtones ainsi qu'à ceux issus de la greffe. Si les résultats sont encourageants, on pourra réfléchir à généraliser la procédure chez les patients à la fois leucémiques et porteurs du VIH, voire aux leucémiques avec un sida déclaré**.
Au regard des statistique effectuées sur un échantillon plus significatif que cette cohorte à N=1, on sera ensuite en mesure d'évaluer le rapport risque/bénéfice pour les séropositifs non leucémiques.
S'il est favorable, on devra faire face à une explosion de la demande pour une greffe de moelle bien particulière, celle issus de donneurs homozyote pour la mutation Delta 32 de la protéine CCR5.
Et on pourra alors se lancer dans les essais de thérapie génique, qui permettrait d'insérer cette mutation dans des greffons normaux.
Ça à l'air long, lent, et désespérant ? Ça l'est, plus encore pour les malades et leur famille. Mais on sait maintenant pallier  l'infection au VIH pendant des années : il ne s'agit pas d'administrer aux patients un traitement plus dangereux et moins efficace que ceux utilisés actuellement. Cette démarche lourde et minutieuse est la seule façon d'avancer, et de mettre au point un moyen de combattre la maladie.


*Le sigle HAART veut dire trithérapie.
** Le syndrome peut mettre des années à se déclarer après l'infection.

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Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

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Ordo Ab Chao