Vendredi 1 août 2008
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12:00
À l'occasion d'une discussion animée sur la pertinence d'internet pour induire la prévalence réelle de certaines pratiques dans une population, j'ai récemment été
surprise de découvrir que pas mal de gens dans mon entourage, par ailleurs bien informés, ignoraient jusqu'à l'existence d'une procédure contraceptive appelée vasectomie. Je pense donc
faire oeuvre d'utilité publique en en parlant ici...
Pour faire simple et rapide, la vasectomie est la méthode
chirurgicale qui constitue le pendant masculin de la ligature des trompes de Fallope chez la femme.
Il s'agit de sectionner le canal déférent de chaque testicule (vas deferens en latin, d'où le nom), de façon à empêcher l'accès des spermatozoïdes à l'urètre.
L'opération, effectuée sous anesthésie locale, est rapide (de l'ordre du quart d'heure), et on en a plus récemment développé des méthodes non-invasives. En gros, il suffit de passer une
demi-journée à l'hôpital, et après une période de deux ou trois mois, on peut vérifier l'absence totale de spermatozoïdes dans l'éjaculat (azoospermie), qui marque la réussite de l'opération.
Les inconvénients de la procédure sont évidents : l'idée d'une opération chirurgicale non nécessaire est parfois difficile à admettre, surtout sur une zone aussi sensible, tant physiquement que
psychologiqument. Il est important de souligner que le résutat d'une vasectomie est la stérilité, mais absolument pas l'impuissance : les niveaux d'hormones masculines ne sont pas modifiés et le
mécanisme orgastique reste le même : la libido reste la même !
Les avantages de la méthode sont importants : elle est bien moins invasive que la ligature des trompes de Fallope chez la femme (mais l'hospitalisation féminine pour raisons reproductives est
considérée comme plus «naturelle»...) et son efficacité est remarquable : en usage typique, le risque d'échec (0,15%) est cent fois inférieur à celui du préservatif !
Voilà pour la partie éducation sexuelle : passons maintenant à la sociologie.
Connaissez-vous des personnes vasectomisées? Pour moi, pas que je sache.
Qui l'envisagent ? Pas plus.
Qui n'ont pas la moindre idée de ce que c'est ? Plein.
Eh bien imaginez-vous que cet état de fait est typiquement franchouillard (un peu comme le immenses difficultés faites jusqu'à récemment aux femmes nullipares pour l'implantation de stérilets). D'après le Rapport
2008 sur le planning familial du Population Reference Bureau, la prévalence de la vasectomie chez les couples mariés sous sontraception en France est négligeable (<1%), alors
qu'elle est de 8% pour la Suisse, et de 17% pour le Royaume-Uni, le leader européen en la matière.
Je n'ai pas réussi à trouver les chiffres correspondants pour les autres pays d'Europe, mais je suis restée comme deux ronds de flan (une expression à ma mère, toute explication bienvenue) devant
les statistiques canadiennes : dans ce pays 11% des femmes mariées «contraceptées» sont ligaturées, 21% sont sous pilule, et 22% ont un mari vasectomisé. Plus d'un cinquième des
couples considérés !
Ces données confirment donc mon impression, à l'origine de toutes ces discussions et documentations, que la vasectomie est beaucoup plus courante dans les pays anglo-saxons qu'ailleurs, et je
serais assez curieuse de mettre la main sur les données des pays européens dits latins : peut-être que les particularismes culturels, et en particulier la conception de la virilité et la
famille, permettent d'expliquer ces différences.
Notez bien que je parle des pays européens, parce que si on commence à s'intéresser à d'autres pays, pas forcéments développées, l'explication éducative et économique est sans doute plus
satisfaisante qu'une quelconque analyse culturelle. On remarquera une exception notable, le Buthan, avec un taux de 13%, sans doute imputable à une volonté politique.
Pour conclure, une info intéressante trouvée en cherchant des références : saviez-vous (moi pas) que les stérilets en cuivre peuvent
éventuellement être utilisés comme contraception d'urgence pour empêcher la nidation, avec un taux de réussite de 99% ?
J'en apprends tous les jours.
Par Abie
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Publié dans : Sciences et vie
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