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12 mars 2005 6 12 /03 /mars /2005 00:00
Très honnêtement, je ne me considère pas comme particulièrement virulente comme bouffeuse de curé, mais à moment donné il faut arrêter le délire...

Les procès intentés par les associations aux campagnes publicitaires pour la récupération de symboles religieux ne constituent pas un phénomène nouveau, loin de là.
Ils sont depuis 1997 le fait d'une association catholique fondée par l'Épiscopat français, mais en général cela se termine par un échec, ou par des interdiction locales dues à des élus pudibonds, et non à une décision de justice.

Comme il est résumé sur Netlex, il y avait eu l'affaire de l'affiche du film Larry Flint en 1997, puis en 1998 celle de la campagne Volkswagen, qui reprenait l'image classique de la Cène (le dernier repas de Jésus, qu'est censée commémorer chaque messe). La marque d'automobile avait préféré retirer ses affiches, et verser un somme généreuse au Secours Catholique plutôt que d'aller devant les tribunaux... Qui a dit chantage?

Et voilà que Jésus est à nouveau sur le devant de la cène
(désolée, je n'ai pas pu résister, j'ai honte...), cette fois-ci avec une campagne pour la marque de vêtements de Marithé et François Girbaud, intitulée "A tribute to women" ("Un hommage aux femmes").
L'affiche représente un pastiche de la Cène de Léonard de Vinci, où tous les personnages sont remplacés par des femmes, à l'exception de Jean, à la droite de Jésus, incarné par un toyboy sublimement musclé, représenté de dos avec un pantalon tombant très bas.



Il s'agit selon toute vraisemblance d'une allusion au best seller de Dan Brown intitulé The Da Vinci Code, qui suggère que le personnage de Jean n'est en fait que Marie-Madeleine (la prostituée repentie) déguisée.
Les évêques, au bord de la crise d'épilepsie, se sont bien sûr dépêchés de porter l'affaire en justice. Après avoir été retoqués une première fois, en février, pour un problème de formulation de l'assignation, ils viennent d'obtenir du Tribunal de grande instance de Paris le retrait des affiche, assorti de 10 000 euros de frais de justice, et d'une astreinte astronomique de 100 000 euros par jour de retard.

Notons qu'il s'agit d'un jugement en référé, c'est-à-dire destiné à agir vite : j'ai cru comprendre qu'il devrait y avoir une autre procédure, plus lente, pour décider du jugement final.

Comme motif de cette décision, le tribunal cite "les dimensions imposantes" de l'affiche, pour justifier leur condamnation "d'un acte d'intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes".

Parce que, comme me l'a fait remarquer mon coloc', la hideuse croix de 17 mètres de haut qui a défiguré le parvis de Notre-Dame pendant la cauchemardesque "semaine d'évangélisation de Paris" de la Toussaint 2004, ce n'était pas une intrusion gratuite dans les tréfonds de mes croyances intimes, bordel de merde?!...

Ya des fois, je vous jure...


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Une autre icone très appréciée des publicitaire est celle de la pieta, figure classique de la Vierge avec le cadavre de son fils sur le genoux, le canon du genre étant la Pietà de Michel-ange, dans la Basilique Saint-Pierre de Rome. Elle a été reprise par la marque de condiment Maille dans une pub pour son huile d'olive, et surtout pour une campagne des vêtements Kookai, composée de trois pastiches, dont le plus réussi reprend les drapés originaux...
Je ne me souviens plus si ça avait gueulé...
D'ailleurs, l'artiste photographe Gregor Podgorski en a commémoré les 500 ans par 500 réinterprétations, dont certaines sont très inspirées, comme ici ou là...


Digression numéro un :
J'ai découvert dans mes recherches sur cette histoire qu'il y a un mythe sur le tableau de Leonard de Vinci, voulant que la même personne ait posé, à plusieurs années d'intervalle, pour le personnage de Jésus et celui de Judas, incarnant ainsi la déchéance de la beauté sereine d'un chanteur sacré au visage tourmenté du traître par excellence....
È bene trovato, peccato che non sia vero!
Le site Snopes spécialiste des légendes urbaines et des mystifications explique tout ça très bien, avec les références littéraires à l'origine de l'histoire...

Digression numéro deux :
Le thème de la cène a été traité par un grand nombre de peintres au cours des siècles, parfois plusieurs fois.
On peut trouver sur cette page huit interprétations picturales en plus de celle de Léonard de Vinci, auquelles ont rajoutera la toile de Jacopo Bassano (1515-1592) et celle d'Andrea Del Sarto (1486-1530).

Digression numéro trois :
La cène est un mot qui possède beaucoup d'homophones, tous d'origine étymologique très différente...
Cène vient du mot latin cena, qui signifie "le dîner".
Scène vient du grec skênê, par le latin scena...
Saine vient du latin sanus/sana.
(source)
Et enfin Seine viendrait du gaulois Isicauna, transcrit Sequana par César, signifiant "rivière sacrée". (source)

Notons toutefois que séné n'a rien à voir avec la choucroute, ce qui ne l'empêche pas de venir de l'arabe sena en passant par le latin sene, d'être une légumineuse arbustive aux propriété purgatives, et d'être associé à la rhubarbe dans les formes modernes de potlatch (voir ici, note 1).

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Published by Abie - dans Diatribes
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commentaires

Dr Nono 01/08/2007 09:21

j'ai découvert récemment une croisade anti Harry Potter sur le site www.tresordelafoi.org où l'on parle à tout moment du diable et de l'apocalypse. Le webmaster semble totalement illuminé et tient des propos délirants quant à ce petit sorcier de romans. Il dit entre autre qu'il faut dire aux gens où est la fiction et où est la réalité car ils sont incapables de les discerner eux même, et il en appelle à la Vierge Marie!   Ce genre de réaction appelle quasiment l'athéisme!!!

jpouille la fripouille 21/09/2006 20:28

J'arrive pas mal après la guerre, mais finalement, les évènements politiques récents peuvent servir mon argumentaire.
A l'époque, j'avais été choqué du manque de respect d'une bonne partie de la population (au moins 3% des français se disent chrétiens, ce qui fait près d'un français sur 30). Bref, c'est du même accabi que Dan Brown, utilisé un sujet qui succite une polémique,  de toutes façons, on sait que les gens vont prendre parti pour ou contre, que ça va faire parler de nous, donc vendre.... Exemple à l'appui, Festina n'a jamais autant vendu que pendent les affaires de dopage de l'équipe de vélo Festina.
Tout ça pour venir au fait que si on regarde la polémique qui à pu se soulever suite aux carricatures de Mahomet, ou encore au dernier discours du pape (Il traite les musulmans de violent, et les autres répondent avec violence que non ils ne sont pas violents... sans commentaire), bref, on peut se dire que l'église à pas réagit si violement que ça.
Aucun entrepot de vètement n'a été brulé, ni aucun publiciste tué...

maurinier 04/05/2006 23:32

La calotte est à l'oeuvre depuis bien longtemps. Des siècles ! Voici un exemple relativement récent : en 1920. Précision pour Abie : c'était bien avant "Je bouquine".
http://bricablog.net/index.php/2005/01/08/364-du-mariage-des-sens-et-de-la-fecondation

Mrapeur 05/04/2006 01:50

il est toujours bon de dénoncer la censure et de réaffirmer la laicité partout. Alors bravo ! et puis franchement, je trouve jesus ici beaucoup mieux gaulé que sur sa croix, ça devrait plutot lui ramener de nouveaux adeptes...
Pour ce qui est des élus dont tu parles, il ne s'agit pas de pudibonderie, mais d'une lâcheté criminelle. qui paient ces reculades?  En premier, les laics qui essaient de résister dans les théocraties. Dénonçons ces deux derniers talibans de l'assemblée nationale Erica Raoult et Jean Marc Roubaud qui veulent nous ressortir une loi anti blasphème. Honte à ces lâches complices des barbus!
 

kykla 14/01/2006 18:23

Je suis à la recherche de publicités, utilisant des symboles religieux et je suis tombée sur votre site, j'ai été très attérée de voir la réaction de certaines personnes ! je suis catholique, et pourtant l'utilisation de thèmes religieux dans les médias ne me gênent pas, je m'en sers même ! Afin de proposer une réflexion à des élèves de collège, sur les racines judéo chrétienne de notre culture - Le fait qu'elles soient si prégnantes dans les médias, montre bien leur  vivacité, on n'utilise généralement pas des symboles qui n'auraient plus cours dans les consciences, cela m'intéresse... Je suis étudiante à l'Institut  en sciences et théologie des religions.
 

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


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Ordo Ab Chao