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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 00:00
Bonjour mes lecteurs, salut mes fidèles, et mes loulous, coucou.

rouge-baiser.jpgLe sujet de ma ratiocination du jour est des plus quotidiens, mais vous ne réalisez sans doute pas à quel point il est complexe : je parle bien sûr de l'acte, apparement si anodin à nous autres franchouillards, de se faire la bise.

Car en effet, par le Chien, Socrate, qu'en est-il de la bise ?
Il en est qu'à chaque fois que vous léchouillez affectueusement la figure d'un collègue, d'un ami ou de votre vieille maman, vous répondez sans même vous en rendre compte à une foultitude de questions proprement incompréhensibles à l'étranger moyen. Est-ce à dire que les Français sont le seul peuple à se bisouiller ? Certes non, mais je crains qu'arriver avec des coutumes pré-établies de la bise (autre que le «jamais de la vie !» anglo-saxon) soit plus un handicap qu'autre chose.

Pour un exemple de situation gênante liée au bisoutage français, lisez donc cette anecdote de l'excellente Céline Graciet de Naked Translation.

Parmi lesquelles questions, on trouve :

1. Quand faire la bise ?

A l'arrivée ? au départ ? tous les jours, ou seulement après une longue absence ? et les gens avec qui l'on vit, ne serait-ce que momentanément ? et si on se voit plusieurs fois dans la journée ? et pour les grandes occasions (jour de l'an, et je crois aussi les Pâques chrétiennes si je me souviens bien) ? et quand on vous offre un cadeau ?

2. Où faire la bise ?

Hé oui, ne pas tenir compte de l'endroit et de son contexte peu mener à des découvenues, comme l'explique Squewel dans son remarquable essai sur l'art de la bise :
On peut toujours passer pour le plouc de quelqu’un. Le jeune François de Rugy, fraîchement entré à l’Assemblée en tant que député des Verts, vient d’en faire les frais et l’explique sur son blog. En apercevant sur les bancs son ex-camarade verte Aurélie Filippetti, nouvelle élue PS de Lorraine, il s’était précipité pour l’embrasser… Patatras ! Totalement ringard dans l’Hémicycle.
L'explication tient à la tradition de l'Assemblée, qui possède un règlement digne d'un pensionnat religieux :
Faire la bise est interdit par le réglement intérieur de l'Assemblée Nationale française. Si un député est surpris à faire la bise à une députée pour la saluer, un huissier les remet courtoisement mais fermement à l'ordre en leur rappelant la bienséance à respecter dans un des lieux phares de la République. Il paraît que de jeunes députés, choqués par ce réglement vieillot, se font la bise en cachette, attendant pour cela que les huissiers aient le dos tourné !
Le Parisien (pas de source plus précise)

Confirmation sur le blog de l'intéressé, l'élu PS François de Rugy :
Je retrouve Aurélie Filipetti, nouvelle élue PS de Lorraine et ancienne Verte. Je découvre en lui faisant la bise que c’est là une pratique interdite dans l’Hémicycle ! Les huissiers nous le signalent mais, toujours prévenants, nous indiquent qu’ils font preuve d’indulgence pour les premières séances !
Garder les portes du palais Bourbon ne doit pas être marrant tout les jours, et j'imagine que ces huissiers (plus bonhommes que ceux de justice) s'amusent fort à policer ainsi les moeurs de nos parlementaires...
Mais c'est loin d'être tout

3. À qui faire la bise ?

Et là, ça se complique.
Je connais des hommes qui se vexeront très fort si quelqu'un du même sexe essaye de les embrasser, alors que dans certains endroits, c'est la norme : je pense en particulier au grand Sud (Marseille, Aix... corrigez-moi si je dis des horreurs, je suis terriblement parigote).
Symétriquement, la plupart des femmes n'apprécient guère de se voir serrer la main, du moins dans un contexte informel et amical. C'est un peu l'équivalent de s'entendre dire (and I quote) «Toi, t'es pas une fille, t'es un pote.» Certaines prennent la mouche, le croirez-vous ?

Plus spécifiquement, le choix de la bise n'est certes pas le même selon que le bisé potentiel (c'est à dire le bisé visé) sera votre chef de service, votre ami d'enfance, un pote de pote de pote ou le pape.

On notera d'ailleurs que le pape, ayant la vue basse et des problème de dos, a tendance à embrasser ce qui est le plus facilement à sa portée en descendant d'avion, c'est-à-dire le sol. Mais c'est un cas particulier, même s'il vous maintiendra dur comme une bite en teck qu'il avait forcément raison de le faire, alors qu'il y a clairement un malentendu : il s'obstine à tendre la main aux gens alors que ceux-ci essayent de l'embrasser. Mais je digresse.
Car, pour la bise, il y a façon et façon..

4. Comment faire la bise ?

Symboliquement, sans même se toucher, ou au contraire une belle bise bien sonnante comme les tantes de caricatures en claquent sur les rondes zé vermeilles joues de leurs poulpiquets de neveux ? La réalité se situe le plus souvent entre les deux, heureusement à notre humble avis, la salive étant une sécrétion physiologique utile à ne pas disperser à tout vent (pourquoi croyez vous que j'écrive tant... pour moins bavasser, sans doute.).

On peut aussi se demander quel sera le point d'impact exact, l'épicentre de la bise ayant tendance à progresser le long d'une ligne oreille-commissure au fur et à mesure que les travaux d'approche s'enhardissent au sein d'un futur couple. C'est d'autant plus remarquable que la cible est tout autant en position de moduler cette progression tant dans un sens que dans l'autre.

Se pose également la question de contact physique en général : faut-il toucher votre cible ?
Le bras est en général acceptable dans le cercle amical, et peut être remplacé par un appui sur l'épaule, dans les cas de forte différence de taille entre les deux bisouillant. Tenir le cou, ou a fortiori la tête du bisé est le privilège des amis proches ou de la famille, et encore, uniquement si vous êtes très touchy-feely et à condition que les autres le prennent bien.
Il me semble également que, dans ce domaine des conventions sociales comme dans quelques autres, les filles et les femmes ont une latitude d'action nettement plus importantes que l'autre sexe, sans doute par ce qu'on est éduqué pour ne pas considérer leur langage corporel comme agressif.

Enfin, last but not least, n'oublions pas qu'entre deux bises, a lieu une combinaison de rotation des deux têtes impliquées entraînant en général un passage des bouches à fort peu de distance l'une de l'autre. Nous autres Français oublions facilement, à moins d'être en parade nuptiale, l'ambiguité d'une telle situation, mais les étrangers en ont une conscience aigüe, comme en témoigne Petite anglaise dans sa délicieuse chronique sur la bise. En comparant un groupe de collégiens français se faisant cérémonieusement la bise, elle avoue :
As you change from one side to the other, you could conceivably brush the other person’s lips. Quite frankly, highly strung as I was at that age I think I would have swooned at such intimate contact.

Lorsque vous changez d'un côté à l'autre, vous pourriez possiblement effleurer les lèvres de l'autre. Franchement, tendue comme je l'étais à cet âge, je pense qu'un contact aussi intime m'aurait fait m'évanouir.

Voilà qui est bel est bon. A-t-on pour autant levé le dernier voiles sur les mystères de ce miracle quotidien de coordination sociale ? Demandons donc son avis à Arte, chaîne bi-culturelle et donc à même de juger de la difficulté des règles implicites de l'exercice. Un épisode de son ancienne émission Karambolage, est des plus instructifs :


Nous voyons bien que nous avons négligé un aspect fondamental de la bise : à la question de la méthode, du récipiendaire, du lieu et du temps, il importe, sous peine d'embarras répété, d'ajouter un « combien ?» fondamental.

5. Combien de bises ?


Fort heureusement, la question a été traité par de plus grands spécialistes que nous.
Comme le dit Karambolage, les deux facteurs principaux de l'équation  f=Nb (nombre de bises) sont la géographie et la classe sociale. En effet :
Si dans les grandes villes (Paris, Lyon, Strasbourg) la règle semble claire (deux bises), dès qu’on s’éloigne des centres-villes, tout se complique. Ainsi, une lycéenne de ZEP entrée en classe prépa à Paris révèle être « passée pour une beauf » en tentant, par habitude, de claquer quatre bises à ses camarades venus d’horizons plus chics. Une habitante du Quesnoy (Nord), elle aussi habituée à embrasser quatre fois ses cousins, raconte le choc de son installation à Lille où les codes supposent deux bises seulement…
Le critère de la classe sociale semble assez inextricable, mais celui de la pure géographie déjà piqué la curiosité de personnes moins vélléitaires que moi, qui ce sont attachées à cette tâche ingrate de collecte et de mise en forme des informations sur la questions.
La carte ci-dessous est empruntées au blog Glaçons de Daniel, qui lui même l'a scanné d'un magazine non précisé.

kissing.jpg
C'est en tombant dessus il y a déjà plus de deux ans (!) que je m'étais proposé de rédiger un article sur la théorie de la bise. Comme quoi, patience et longueur de temps...
Ceci dit, cette carte m'a paru très discutable : par exemple il me paraît invraisemblable de considérer que la norme est de quatre bises en région parisienne. Je sais bien que Paris n'est pas tout seul en Île-de-France, mais je vous jure la tête sur la billot que le standard parigot et de deux bises, ni plus, ni moins, et que cela doit tout de même peser sur la moyenne de la région.

Je parle de moyenne, mais c'est également abusif. À titre d'exemple, une région dont la moitié fait deux bises et l'autre quatre ne peut certes pas être considérée comme ayant un standard de trois bises : plus que le nombre de bises, c'est bien sa parité qui lie les deux pratiques entre elles.
Les rencontres les plus catastrophiques sont celles qui présentent un "pair" à un "impair", parce que les rythmes d'embrassade sont très différents et ne permettent pas de se rattraper, en faisant une tournée de plus pour passer de deux à quatre, par exemple.

Plus récemment, un site a pris ce problème à bras-le-corps. Ayant saisi que la difficulté principale est la récolte de données, le site Combien de bises met à profit l'interactivité du Web 2.0 blablablah pour obtenir cette superbe carte compilée par département (donc beaucoup plus précise que la précédente) à partir des votes des internautes.
La capture d'écran ci-dessous à été prise le vendredi 23 novembre au soir, mais même si les chiffres peuvent légèrement varier au cours du temps s'il y a un afflux massif de bisouteurs de telle ou telle obédience, je ne crois pas à un basculement complet des tendances.

bises.png
Sur cette magnifique carte, plusieurs remarques à faire : tout d'abord, que la règle des "deux bises" est loin d'être une lubie parisienne ; c'est même l'écrasante majorité des départements, puisqu'on ne compte qu'une vingtaine de quadraticiens, une douzaine de ternaires concentrés en Provence, et deux malheureux départements unitaristes.Faire deux bises semble dont une bonne statégie par défaut, lorsqu'on a aucune idée de la appartenance bisoutique de la personne à bisouter.

Ensuite, notons que la légende propose le chiffre assez invraisemblable de cinq bises. Chers lecteurs, j'en appelle à vous : avez-vous jamais entendu parlé d'un endroit où l'on se ferait cinq bises. Personnellement, jamais, mais cela ne prouve rien. Pourtant, il se trouve tout de même 91 personnes pour prétendre que c'est le cas à Paris. Tous des plaisantins ? Je ne saurais dire, mais je serais curieuse d'apprendre l'existence de cette coutume dans des endroits très précis. Peut-être même est-ce un signe de reconnaissance d'une société secrète, un salut maçonnique ? L'aventure est au coin de la rue...

Enfin, et surtout, ce site présente l'avantage de donner le détail complet des statistiques qui ont permis de construire la carte. Il y aurait sans doute plein de choses intéressantes à en tirer, par exemple, en se basant sur les poucentages et les chiffres de population de chaque département, une estimation du nombre de personne pratiquant chaque type de bisoutation, la Corrèze, par exemple, ayant un poids démographique bien moindre que sa surface géographique.
Le tableau qui donne les premier et second choix pourrait, en particulier, servir à tester mon hypothèse sur le lien entre les systèmes à deux et à quatre bises.

Mais cela n'épuise pas encore tout à fait le sujet : il reste un facteur bien plus discret, et pourtant responsable de moultes collisions gênantes, j'ai nommé le côté de départ.

6. Par quelle joue commencer ?
bises-copie-1.png
Pour commencer à se faire la bise, deux choix : commencer par la (joue) droite, ou par la gauche. Comme je vous aime beaucoup, et que, accessoirement, faire des schémas débiles me calme les nerfs, je vous ai illustré le dilemme.

Si les deux protagonistes sont d'accord, aucun problème, le ballet peut commencer, que ce soit d'un côté ou de l'autre. Mais s'il y a conflit, on peut s'attendre au pire (dents cassés, nez en sang...) comme au meilleur, par exemple le début d'une grande histoire d'amour.
Mais comment savoir ?
Il me semble qu'encore une fois on noterait une division Nord/Sud, avec un départ de la joue droite au nord de la Loire, de la jour gauche au-delà.
Il y a donc ici la place pour un site ami de Combiendebises.free.fr, qui tabulerait la répartition géographique des départ de bises.
J'aurais alors l'occasion, une fois n'est pas coutume, d'y proclamer fièrement que je suis complètement de droite !

Je crois avoir fait le tour, à défaut de les avoir tous épuisés, des différents aspects de ce vaste domaine d'étude qu'est la bise. Mais n'hésitez pas à contribuer vos remarques et suggestions d'amélioration...
Sur ces bonnes paroles, je vous laisse vaquer plus avant à vos occupations.
Allez, on se fait la bise ?
 

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commentaires

Bizoutologue 01/09/2011 00:13


Et le choc electrique, paf ! Chez nous c'est 3 et quand on se deplace on prend un vent a la 3eme par reflexe. Je confirme entre amis proche on se fait la bise et on commence a gauche en rhone-alpes


mojito 21/08/2010 12:04



Bravo pour cet article complet et documenté. Je reste intrigué par la règle qui donne le nombre de bises., notamment les "une bise": où est-ce localisé exactement. Wikipedia dit "Brest et Poitou"
mais n'est pas très fourni.



Gonin 12/07/2010 12:34



La carte de France des bises scannée vient d'une méthode de Français Langue Etrangère (Ici 1) publiée chez Clé International.



céline 30/11/2007 11:23

Gé-nial ! Il faudrait le traduire en anglais, la bise étant un sujet qui panique et terrifie nos amis britanniques en visite dans l'hexagone.

Sébi 26/11/2007 22:02

Ben ayé, j'ai lancé l'appel.
http://sebisghosts.free.fr/index.php?2007/11/26/143-ces-bises-ghosts

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

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Ordo Ab Chao