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Edito

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Jeudi 20 septembre 2007
Aujourd'hui, je me penche sur une question soumise par un lecteur dans les commentaire d'un vieil article : les mots du possédé.

Clément (s'agit-il d'un de ceux que je connais ? Mystère et boule de gomme...)
Autre mot pas piqué des hannetons: illécébrant (trouvé chez Léon Bloy) : ça veut dire quoi ?
Ah-ha ! Voici une nouvelle enquête pour Super Abie !

Première étape
: trouver la source :
la splendeur morale de l'immolation devrait infiniment surpasser en illécébrant vertige la charnelle beauté sacrifiée.
Léon Bloy
(1846-1917), Le Desespéré
Au sujet de ce roman, Wikipédia nous dit :
Le drame vécu par les deux principaux protagonistes, Caïn Marchenoir et Véronique Cheminot, est en fait la transposition de celui de Bloy avec Anne-Marie, une relation où la sensualité est peu à peu effacée par le mysticisme. L’œuvre est achevée en 1886, mais l’éditeur craignant d’éventuels procès, sa publication n’a lieu qu’en janvier 1887, et sans grand écho.
Nous situons déjà mieux le contexte de l'occurence.

Deuxième étape
: le réflexe de référence.
Je cherche sur le TLFI : rien.
Voilà qui ne laisse pas de t'étonner, fidèle lecteur...

Troisième étape : exploitons la puissance de la toile !
Je cherche sur Google : presque rien...
Ah si ! un discours d'apologiste musulman qui dit :

Seule subsiste, dès maintenant, la face du Tout-Miséricordieux, dont Ramadan est peut-être l'un des rayons, le plus doux, le plus pur, le plus illécébrant.
Je me dit que tiens, le mot doit avoir une tradition religieuse... Eh bien pas du tout, car la suite est :
Ainsi, Léon Bloy, l'immense poète mystique dont je tremble de mêler le nom à ma vile prose, écrivait ...
Donc on tourne en rond : le principe de parcimonie suppose que l'adjectif ait été emprunté à Bloy.

Dans un souci de parité, j'ai donc repris mes echerches et googlé illécébrantE. Et j'ai obtenu un lien vers "Poèmes ironiques" de Emile Goudeau. (d'où cette citation, d'ailleurs).
Il y a deux occurences:
Quand l'illécébrante Grand'Ville
Les met sous quelque joug servile,
Et les rejette de ses bras;

Comme elle n'a jamais compris
Les gasconismes de tendresse,
L'illécébrante de Paris;
Je veux rentrer dans ma paresse,
Loin des poèmes manuscrits,
Et je ne veux plus de maîtresse,

Tout ca n'est pas très éclairant.
J'en étais réduite aux conjectures : la première a été de croire à une construction sur ille, illa, illud, pronom démonstratif latin à connotation emphatique (Dies irae dies illa...), mais un de mes petits camarades penchait plutôt pour une construction privative du type "il-légal".
Tous mes essais (quelque peu desespérés, je l'admets) de trouver un verbe comme illécébrer ont bien sûr échoué.
Devant un tel mystère, et en l'absence de piste, je me rendis donc à l'évidence : le tout-venant était piraté, il allait falloir sortir la grosse artillerie...

Quatrième étape
:
J'ai donc mis un de mes meilleurs éléments sur le coup ; c'est un historien, pinailleur, et parlant latin comme d'autres parlent du nez : naturellement. Sa réputation d'efficacité légendaire s'est une fois de plus vérifiée, et le mystère est résolu en deux coups de cuillère à pot :
Illecebra, (inl-), ae, f, (illicio):
1) attrait, charme
2) au plur., attraits,
charmes, appâts, charmes, etc.

C'est super classique, ça vient de lacio, "enlacer", qui donne des mots à la
fois de l'ordre des pièges et de l'ordre de la séduction.

Mon cher Clément, case closed!

Certes, j'aurais sans doute pu obtenir cette info si j'avais eu la présence d'esprit (et l'énergie) d'aller chez mes parents exhumer le Gaffiot qui y tombe fidèlement en poussière depuis quelques décades décennies.
En tout ca, ces efforts n'auront pas été vain : non seulement ils me permettent de répondre à la question posée, mais ils m'ont fait découvrir un sorte de mousse délicieusement baptisée l'andersonie charmante, et dont le nom scientifique est Bryoandersonia illecebra (dont voici même quelques images). J'adopte illico charmant comme synonyme d'illécébrant, car il a le mérite de conserver la forme de participe présent. Et hop !
À bientôt pour de nouvelles aventures...

 
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