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Mercredi 5 septembre 2007
genlis.jpgConnaissez-vous  Madame de Genlis ? Non ? Rassurez-vous, je n'en avais moi-même jamais entendu parler jusqu'à ce que j 'achète  dans la collection Folio 2 euros sa Femme auteur, par curiosité familiale.

Cela se lit vite et bien, même si la morale de l'histoire peut sembler paradoxale sous la plume d'une  femme de lettres reconnue :

Si vous deveniez auteur, vous perdriez la bienveillance des femmes, l'appui des hommes, vous sortiriez de votre classe sans être admise dans la leur. Ils n'adopteront jamais une femme auteur à mérite égal, ils en seront plus jaloux que d'un homme. Ils ne nous permettront jamais de les égaler, ni dans les sciences, ni dans la littérature ; car, avec l'éducation que nous recevons, ce serait les surpasser.
Cette lucidité un peu amère m'a fait penser à Des femmes et de leur éducation, de Choderlos de Laclos (Mille et Une Nuits : décidément, les petits formats ont le chic de ressortir de vieux textes aussi oubliés qu'intéressants), mais  il ne s'agit pas de les confondre :  le vieux Pierre est autrement plus subversif de cette dame, qui fut après  tout "gouverneur" du jeune Louis-Philippe. Un petit extrait en passant, juste pour vous montrer de quel bois il se chauffait :
Ô femmes ! [...] Si au récit de vos malheurs et de vos pertes, [...] vous rougissez de honte et de colère, [...] si vous brûlez du noble désir de ressaisir vos avantages, de rentrer dans la plénitude de votre être, ne vous laisser plus abuser par de trompeuses promesses, n'attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux : ils n'ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir ? Apprenez qu'on ne sort de l'esclavage que par une grande révolution.
Mais je clos là cette digression.
Pour ce qui est du style, on retrouve dans cette courte histoire (80 pages) de Mme de Genlis toute une façon d'écrire caractéristique de son temps, signalée en particulier par les petites phrases qu'on dirait toutes prêtes à aller composer un recueil d'aphorismes :

L'homme qui désirerait être une femme serait un lâche, la femme qui voudrait pouvoir devenir un homme ne serait déjà plus une femme. (p.27)

L'amour n'apprécie que le temps présent, c'est de tous les sentiments celui qui s'occupe le moins de l'avenir ; il craint d'y jeter les yeux, il n'est  pas sûr de s'y retrouver. (p.60)
Et puis bien sûr, il y a l'inévitables portrait de caractère, farci de ses douze points-virgules par ligne :
Elle avait cette sensibilité et cette flexibilité d'organisation qui produisent la diversité des talents, mais qui ne sont pas sans inconvénient pour le caractère ; une extrême curiosité, de la facilité pour apprendre la rendaient capable de se livrer à des études sérieuses ; un goût passionné pour les arts lui faisait aimer tous les amusements frivoles. La variété de ses occupation donnait à sa conduite l'apparence et les résultats de l'inconstance ; elle voulut apprendre un si grand nombre de choses, et cultiver tant de talents, qu'elle n'eut jamais la possibilité de réfléchir et de travailler sur elle-même. Pour s'épargner la peine de corriger ses défauts, elle se persuada qu'elle pourrait les compenser en exaltant ses vertus, elle ne parvint qu'à gâter ses bonnes qualités par l'excès qui les fait dégénérer ou qui les rend dangereuses. [...] Une sensibilité excessive lui rendit inutile la finesse et la pénétration de l'esprit.
Et ça y est, en lisant ça, ma paranoïa lectorale me reprend...

NB :  La Femme auteur est tiré du tome troisième des Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques, publié à Paris, chez Lecointre et Durey, 1825.
L'illustration est un détail d'un tableau de Jean-Baptiste Mauzaisse, trouvé sur cette page fort intéressante du musée des Arts et Métiers. Cette dame était décidément pleine de ressource !

 
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