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27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 13:25
J'ai écouté, ou plutôt entendu, ce mercredi midi sur France Info, la chronique Question d'argent de François de Witt (subventionné par l'obscène Mieux vivre votre argent : vivre son argent, quelle formule abominable...). Le plus gros était constitué de blah blah sur le fait que les Français y connaissent tchi walou en finance et que c'est peut-être un peu dommage.
tirelire.jpgDu point de vue des commanditaires du sondage, l'Institut pour l’éducation financière du public, c'est dommage parce que, quand on sait pas ce que c'est qu'une Sicav, on en n'achète pas, et que c'est tout de même bien triste pour les banquiers, ma bonne dame.
En gardant ceci à l'esprit, il peut néanmoins être intéressant d'aller faire un tour sur leur site ouèbe pédagogique, intitulé la finance pour tous. Pas très bandant comme nom, mais il y a tout de même des choses à y apprendre : je me suis méchamment fait blouser par certaines questions de leurs Quiz à destination des djeun'z.

Tout cela est bel et bon, mais, me direz-vous, quand est-ce que je vais commencer à gueuler ? Ne vous inquiétez donc pas, il n'y a jamais longtemps à attendre, vous connaissez mon caractère de suidé.
Cette fois-ci, ce qui m'a fait râler, ce sont les implications de ce passage :
De fait, près des trois quarts de nos concitoyens avouent ne pas s’y connaître dans ce domaine. Or la moitié des Français pratiquent les placements financiers. Il y a donc une moitié de cette moitié qui investit quasi-aveuglément, en faisant confiance à son chargé de clientèle. Et en prenant le risque d’acheter un produit d’épargne qui ne lui convient pas.
Bon.
On en conclut qu'un chargé de clientèle n'est pas digne de confiance, et que, malgré ce qu'on le paye, il ne défend pas les intérêts de ses clients. C'est fort dommage. Il s'agit donc d'en apprendre autant que lui, pour pouvoir faire les choix à sa place (tout en le payant quand même?...)
Mais alors, sur quoi se baser pour les choix? Mais bien sûr, en passant son temps à écouter les chroniques financières et à lire Mieux vivre votre argent (et Les Échos, et  La Tribune...) qui eux, évidemment, se feraient couper en morceaux pour défendre notre livret A.
Hum. Tout cela est d'un crédible....
Le nouvel institut pour l'éducation financière a du pain sur la planche. Mais comment s’y prendre ? Son site lafinancepourtous ne peut qu’être une des pièces du dispositif. Même si ce site est bourré d’infos et d’interactivité. Il faut surtout espérer que les Français développeront un réel appétit pour la finance.
Ah bon. Pouquoi ?
Une curiosité, un bagage conceptuel, je veux bien, mais est-ce que ce sera vraiment au bénéfice des Français de se faire gaver d'obligations jusqu'aux ouïes?
Or une enquête internationale de l’an passé montre que seulement 17% des ménages français s’intéressent aux sujets patrimoniaux (...) Il y a encore du chemin à faire. À commencer par l’école, où la règle de trois est appliquée au débit d’un robinet plutôt qu’à un taux d’intérêt. Nous avons dans le domaine de l’argent de grosses barrières à faire tomber.
Là encore, je suis atterrée par le ton normatif de cette chronique. Quand une journaliste se réjouit, mettons des bons chiffres de la sécurité routière, ça se défend : finalement, des morts involontaires en moins, c'est plutôt cool karmiquement.
Mais des assurances vie ? des crédits à la consommation ? Est-ce un tel bien qu'il faille gambader en rêvant au jour où chaque habitant aura son portefeuille, au moins sur le second marché ?
Savoir calculer un taux d'intérêt est fort utile, et cela rassurera peut-être ce distingué chroniqueur que pour ma part, j'en ai calculé au collège, alors que des problèmes de robinets, fort peu. Beaucoup de trains, cependant. Un complot de la Sncf? allez savoir...
Il aurait beauoup mieux gagné mon coeur en soulignant que cette éducation à la finance est nécessaire pour la compréhension des choix politiques qui modèlent l'économie du pays, et qu'elle permettrait de voter en connaissance de cause. Mais que voulez-vous, je suis une idéaliste...

J'ai l'impression que les "grosses barrières" dont il parle au sujet de l'argent est qu'il existe une part de la population (à rapprocher des bo-bo, peut-être) qui a des revenus lui garantissant l'aisance, mais qui n'envisage pas particulièrement de se prendre la tête avec une maison à crédit, deux voitures, et que sais-je encore. C'est-à-dire des gens qui ont de l'agent, mais qui, - horreur ! malheur ! - ne le mettent pas au centre de leur vie (1), et le traitent comme une commodité. A-t-on vu plus subversif ?
L'autre possibilité c'est qu'en disant cela il pense aux "pauvres" ou aux petites classes moyennes. Ce public-là, ce n'est pas qu'il ne veut pas épargner ou se lancer dans des opérations acrobatiques, c'est qu'il n'en n'a pas les moyens.  Si l'éducation prônée par cet institut leur permet d'échapper aux miroirs aux alouettes des crédits révolving et autres puits de surendettement, ce n'est pas une mauvaise chose, mais j'ai du mal à saisir pourquoi les organismes financiers voudraient tuer la poule au oeufs d'or...

Bon, j'arrête ici : c'est assez de cynisme pour aujourd'hui.

(1) Il est évidemment bien plus facile de ne pas mettre l'argent au centre de sa vie quand on en a. Quand on en n'a pas, la chose devient nettement plus compliquée, et tout finit par s'exprimer en terme de fric.


PS : Économistes de tous les pays, unissez-vous pour corriger les erreurs (pas trop grossières j'espère) dont cet article est sans doute parsemé.

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Published by Abie - dans Diatribes
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commentaires

krysalia 18/12/2010 05:48



Au sujet de cette partie :


"On en conclut qu'un chargé de clientèle n'est pas digne de confiance, et que, malgré ce qu'on le paye, il ne défend pas les intérêts de ses clients. C'est fort dommage. Il s'agit donc d'en
apprendre autant que lui, pour pouvoir faire les choix à sa place (tout en le payant quand même?...)"


Si on parle bien du chargé de clientèle d'une banque, il n'est pas rémunéré par les clients, mais salarié par la banque. la plupart des banques ne fonctionnent pas à l'intéressement du chargé de
clientèle justement sous couvert d'indépendance du conseil. Or rien n'est moins vrai.


Le chargé de clientèle est l'employé de la banque qui lui impose des objectifs drastiques en terme de rentabilité oui, mais de rentabilité/mobilité des capitaux pour la banque ! C'est à elle
qu'il doit rendre des comptes et la fructification qu'il privilégie dans tous les cas c'est celle au profit de la banque. Si un client mécontent quitte son portefeuille, il ne peut que s'en
réjouir parce que ça améliore la qualité moyenne des clients restants.


Cf la vague de petits clients s'étant littéralement fait virer de leur banque il y a trois ou quatre ans. vous ne nous rapportez pas assez, au revoir, bon vent.


aparté ="my life"


C'est pour cette raison que certains établissements (dont ma caisse d'épargne) prennent sur eux de "convoquer" les clients pour un "entretien commercial" deux fois l'an. Durant cet "entretien" on
essaie de te faire bouger à tout prix tes économies des livrets ou elles sont, peu rentables pour la banque. Ils tentent de forcer à cette manoeuvre quand bien même avec le jeu de la fiscalité tu
gagnerais moitié moins des cacahuettes que t'avais avant, voire plus rien du tout. Quand tu le leur fais remarquer, ils passent par toute la panoplie des arguments foireux sur l'orgueil et la
vexation, de "vous êtes un client premium vous savez, profitez-en", à "si vous ne voulez pas un conseiller supérieur comme moi pour votre patrimoine, je vous comprends il est presque inexistant
(#fail incohérences). alors on va vous rétrograder à un conseiller tout venant, attassionnn". -ouais. ok. surtout s'il ne me convoque pas deux fois l'an, ça m'arrange. j'aurai la paix. faites
donc ça :|. - (!) et sinon en assurance auto vous êtes chez qui ?! parce qu'on a des tarifs qui... au final l'argument matraque en mousse, quand ils revient à ses propositions de placement : mais
arrêtez de dire que je vous propose des placements moins rentables, c'est faux ! Je n'ai pas de commission, aucune personne ici n'a de commission ! on ne travaille que dans l'intérêt du client
ici, il ne faut pas insinuer ça ! (on admire au passage la pirouette triple axel "pas moins rentables parce que pas commissionnés". le rapport avec la choucroute :D ?) - aaaah bon, vous n'avez
pas d'objectifs ? :/ - ... il l'a presque dit tout haut, son "Et feuque !"... il a renoncé à me lâcher la jambe au bout de deux heures, sans jamais avoir parlé des législations spéciales qui
concernent mon statut fiscal et qui interdisaient toutes les ventes qu'il voulait me fourguer. Sans être informée j'aurais pu faire de gros dégâts dans la gestion de mon presque rien à moi que
j'ai. le pire : je n'ai compris ce problème fiscal qu'à la maison, quand j'ai regardé sur le web le contenu de ses plaquettes à deux ronds. Je m'étais jurée de ne signer pour rien quoi qu'il
arrive : tu imagines ma tronche quand j'ai découvert à quel point j'avais bien fait ! [/mylife]


Donc "en savoir autant que son conseiller clientèle", c'est surtout savoir repérer les bons conseils des mauvais et les pièges à mal informés. C'est pouvoir discuter de solutions $$, pas "subir"
un argumentaire commercial. On peut accepter en connaissance de cause ces placements, avec leurs risques choisis et leurs atouts calculés, quitte à ce que ça arrange moins la banque que soi :) .
Actuellement, tu as tellement de petits épargnants qui choisissent un placement parce que la plaquette a de belles couleurs et un joli nom...


Ça me fait penser aux parieurs de PMU du dimanche qui jouent très gros sur le nom des chevaux en ignorant ce qu'est une cote :[. Je crois que c'est en cela que le monsieur qui parlait regrettait
un manque de formation du client bancaire lambda.



sieglind la dragonne 09/07/2007 09:55

Fort bien léché celui-ci, et dans la foulée, je le balance à dragon (c'est le "financier" du couple hé, hé)... J'abonde dans ton sens... en ce qui concerne les "pauvres"... et je ne vois pas de cynisme à l'horizon, juste de la lucidité et du réalisme désolée (ou je suis cynique aussi remarques...)

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao