Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 00:00
David Fincher était très attendu cette année sur la Croisette  pour la présentation de Zodiac : il avait à défendre sa réputation de petit génie d'Hollywood, ayant commencé sa carrière par rien moins que Alien 3 à même pas trente ans, qu'il a fait suivre des films cultes Se7en et Fight Club, mais aussi d'échecs commerciaux comme The Game, trop souvent oublié, et Panic Room, très oubliable.

Pour son grand retour, Fincher s'est risqué à l'exercice doublement difficile de l'adaptation d'un livre, lui-même documentaire : comment un tueur en série surnommé Zodiac a terrorisé l'Amérique des années 70 avec des lettres cryptées adressées aux journaux. En l'occurrence, Ficher arrive à transformer ces contraintes en forces narratives : on retrouve bien sûr, et avec plaisir, les figures canoniques du genre, comme l'étude de la scène du crime par le binôme d'inspecteurs complémentaires et symbiotiques jusqu'au ridicule, mais on  échappe  à la caricature d'enquête  expéditive où tous les indices s'emboîtent exactement, au mépris de la réalité du terrain.

On peut d'ailleurs voir dans ce film deux histoires différentes : la première heure du film est consacrée aux meurtres, aux messages, aux indices et à l'excitation d'une enquête menée au coup par coup, dans l'urgence des commissariats et des salles de rédactions.
Mais au fur et à mesure que Zodiac se fait plus rare, l'opinion se désintéresse de l'affaire, le journaliste vedette, Avery, s'en détourne,  et l'on sent s'échapper la possibilité de fin hollywoodienne où l'on verrait le pugnace inspecteur Toschi (campé par Mark Ruffalo, excellent) résoudre à lui tout seul l'énigme du siècle.
article-photozodiac.jpgAlors commence le deuxième film, plus lent, plus frustrant, moins chargé d'adrénaline, mais tout aussi intense : c'est Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal), un improbable cartooniste féru d'énigmes, qui relève le défi, moins par dévouement que par obsession personnelle, et met sa vie entre parenthèse pendant les deux décades qui s'écoulent pour se jeter dans ce mystère à corps perdu  : pour ce qui est de la santé mentale, elle n'est pas loin d'être perdue aussi.
Sa perséverence absurde lui permet de s'obstiner jusqu'à obtenir, alors que tout espoir de réponse semblait avoir sombré, la certitude qui lui permettra de boucler son livre et de récupérer sa vie, mais pas de résoudre l'enquête sur le plan judiciaire. -- En passant, chapeau à la geekette (Chloë Sevigny), seule femme du cast, et qui vaut son pesant de cacahuètes.--

Et cette morale mi-cynique mi-attendrie est la marque distinctive de Ficher  sur ce film où la réalisation s'est effacée au profit de l'intrigue, et pour une fois, on n'assiste pas au succès calibré du héros banalement aligné loyal bon.
Car enfin à bien y réfléchir, quelle est la force qui pousse Graysmith jusqu'au bout de son obsession? Ce n'est pas la soif de vengeance, ni le désir de justice, encore moins l'attrait de la gloire... C'est tout simplement le besoin irrépressible de savoir, sans autre but que la satisfaction de sa curiosité, gratuitement. Zodiac, c'est le triomphe du geek, ou je ne m'y connais pas.

NB : Les habitués auront peut-être remarqué que cette chronique a un format un peu particulier.
Tout commentaire bienvenu.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

sieglind la dragonne 09/07/2007 09:38

J'ai tilté sur ce film aussi, pas eu la possiblité d'y aller avant notre départ pour l'Ecosse par contre, il faudra attendre une sortie vidéo ou une diffusion télé.Bon début de semaine et j'entame mon marathon-rattrapage...

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao