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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 01:24
Plus ça va, plus mon empathie se développe à l'égard des étrangers qui tentent d'apprendre la langue française.
Bien sûr, ça pourrait être pire : nous n'avons que deux genres, pas de déclinaison du nom, et finalement pas tant de lettres que ça dans l'alphabet.
Dans l'autre plateau de la balance, on mettra les conjugaisons, qui ne manquent pas d'une certaine fantaisie et discordent à l'occasion, les accords de l'adjectif, les finesses sur l'accord du pronom possessif pluriel, sans parler du fait que le concept de cas n'est jamais explicite alors qu'il est fondamental, ne serait-ce que pour la déclinaison du pronom personnel.

Ma révélation du jour, elle, a trait à une autre particularité française : la disparité totale des adverbes grammaticaux.
En anglais par exemple, on les compose avec une particule de quantité (aucun, un peu, tous) et une racine qui spécifie ce dont on parle (de temps, de lieu...)
  where one (body) thing way time
no nowhere no one nothing ? never
some somewhere someone something someway sometime
every everywhere everyone everything everyway every time
any anywhere anyone anything anyway any time

Ça donne un tableau clair et complet, avec une exception dans le cas de never, et une case vide : je ne vois pas ce qui serait utilisé idiomatiquement.

Tentons maintenant la même démarche avec les mots français :

  lieu personne chose temps façon
no nulle part (ne) personne (ne) rien (ne) jamais ?
some quelque part quelqu'un quelque chose parfois d'une façon ou d'une autre
every partout tout le monde tout toujours de toute façon
any n'importe où n'importe qui n'importe quoi n'importe quand n'importe comment
  où que + subj qui que ce soit quoi que ce soit ? de quelque manière que ce soit

C'est tout de suite moins limpide, n'est-il pas? On remarque cependant :

1) Que notre rapport conflictuel à la négation rend les choses très compliquées.
Avec le temps, toutes sortes de mots à sens positif se sont associés avec le mot "ne" : pas, point, guère, rien (= chose), jamais et oncq 1(= un jour), personne, et avec la chute de la négation, on arrive au paradoxe d'utiliser les mots positif comme rien et personne pour signifier leur absence.
Signalons que des formes plus anciennes, comme nul (n'entre ici...), échappent à cette contradiction
Je ne sais pas si je me fais comprendre, alors n'hésitez pas à protester ou à me corriger si je suis vire trop cryptique.

2) Que le mot "tous" a perdu en force au point que nous ne l'utilisons plus seul. Pour donner dans l'universalité, on est obligé d'insister en diant "tout le monde", ce que je trouve vaguement ridicule, sans trop savoir pourquoi.

3) Que la fonction d'opérateur de parcours2 n'est en français pas dévolue à un simple mot grammatical, comme c'est le cas en anglais avec any (et ever). Elle est en fait remplie par un mode : le subjonctif, et par exemple Anywhere you go se traduira Où que tu ailles.

(Merci à mon prof de seconde pour le concept d'
opérateur de parcours et à Worthless de m'avoir clarifié les idées.)

Il y a beaucoup d'autres choses à dire sur le sujet, mais c'est tout pour aujourd'hui!


Je suis en train de tester la version 2.0 d'overblog, et il y a quelques... features, on va dire. Donc je n'ai brusquement plus le droit de mettre des liens. Alors il va falloir les copier à la main :

1 : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot=onc
2 :
http://edel.univ-poitiers.fr/corela/document.php?id=958

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commentaires

Tororoshiru 09/05/2007 23:31

Il n'y a pas que le mot "tous" qui a perdu en force... je me demande jusqu'à quel point une des particularité de l'usage français n'est pas la vitesse à laquelle les expressions les plus employées s'usent. Je n'ai pas l'impression que cette usure, et les surenchères qu'elle entraîne, soient aussi prononcées dans d'autres langues... En anglais, "no doubt" ne veut rien dire d'autre que "sans doute".... tandis qu'en français, "sans doute" ne s'emploie guère que pour dire "peut-être" (et "sans aucun doute", pour dire "peut-être pas"). Ca fait toujours rire les anglophones quand on leur explique...

Edito

Soyez les bienvenus sur ce petit blog sans ligne éditoriale fixe, qui échoue à mourir depuis 2005.
La fréquence de mise à jour se veut quotidienne au mieux (par ce que je suis de nature optimiste), trimestrielle au pire (parce que je suis velléitaire bien plus encore).

Alea jacta est :


Aussi :



Ordo Ab Chao